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Réflexions sur le Prologue de Jean 28 mars, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

31 octobre 2020

Réflexions sur le Prologue de Jean.

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En loge, la Bible est placée sur le plateau du Vénérable, ouverte à la page du Prologue de Jean. L’équerre et le compas la recouvrent. Elle est le symbole d’une tradition immémoriale qui dicta nos règles de vie et notre morale collective.

La présence de la Bible est confirmée par les rituels les plus anciens. L’évangile de Jean est un livre capital de la spiritualité chrétienne. Le caractère ésotérique de ses écrits le distingue des évangiles dits synoptiques. Très tôt au sein de la première diaspora,  les adeptes de Jean se voulaient les gardiens de la part cachée de la tradition par opposition aux tenants de l’Eglise de Pierre exotérique et dogmatique.

Si un certain nombre de loges maçonniques s’intitulent « Loges de St Jean », la raison est peut-être due à cette particularité. La F.M. se plaça sous le patronage des deux St Jean. Le baptiste est considéré comme le précurseur et l’initiateur, Jean l’évangéliste, lui, nous appelle à nous ouvrir aux mystères de la vie de l’Esprit.

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Pour ma part, je remercie la franc-maçonnerie qui me l’a fait redécouvrir, car depuis de nombreuses années, Jean l’évangéliste est devenu mon « Maître ». Je prends donc le parti d’exprimer mon ressenti de franc-maçon-chrétien. Comme un viatique, ce prologue qui lui est attribué traduit l’essentiel de ma démarche maçonnique. 

Par contre c’est une tâche délicate que d’aborder ces sujets devant des Sœurs et Frères de sensibilités hétérogènes.

         Le Prologue – 1/18 – « Pro-logos » (avant le discours) ; c’est avant tout un hymne au LOGOS qui condense la pensée de Jean. Il emploie un langage poétique car il n’y a pas de mot qui sache exprimer de façon adéquate sa pensée. C’est un langage allusif qui indique quelques directions, quelques indices orientés pour qui a le désir de s’y aventurer. « La poésie n’est pas un jeu mais un moyen de haute connaissance » disait Henri Bosco.

Le cadre historique

En quelques versets (1/18), Jean nous plonge dans un espace-temps qui se contracte pour nous projeter dans la fulgurance d’une rencontre qui va changer le monde : nous sommes dans ces temps instables et anxiogènes où la culture vétérotestamentaire était battue en brèche par les occupations grecques puis romaines et les nombreuses invasions qui l’ont précédée.

De ce fait, au sein de ce peuple qui souffre et s’interroge, la résurgence de l’idée d’un sauveur que l’on pourrait dire « miraculeux », un Messie roi, « fils de David » qui viendrait libérer Israël du joug de l’occupant se fait de plus en plus prégnante.   Mais le profil de cet envoyé de Dieu reste flou; en effet de qui parle-t-on ? D’un messie prêtre ? D’un messie chef des armées ?

L’évangile de Jean vient interrompre ce temps d’incertitude : il fallut l’apparition de Jésus/Yeshoua sur les bords du Jourdain pour que le rideau se lève dévoilant un paysage inattendu. En effet, comme le décrit Jean, il est au-delà des schémas habituels : ce n’est pas un messie davidique au sens où on l’entend, il fuit ceux qui veulent le faire roi et proclame devant Pilate que sa royauté est d’en haut… C’est évidemment incompréhensible pour qui l’entend.

Tel que je le perçois, Jean prend le prétexte de la rencontre de Jean Baptiste et de Jésus-Yeshoua qu’il décrit comme capitale, comme un basculement : nous sommes à la croisée des chemins, au point de jonction de la Première Alliance abrahamique, l’ancien monde et l’Avènement d’une Nouvelle Alliance qui porte en elle le concept d’Amour et de Vie éternelle et cette Nouvelle alliance, Jean va clairement  l’identifier à une personne : Yeshoua,  l’Unique de Dieu.  Le Logos divin préexistant qui se manifeste au sein du monde.

Pour Jean, le message de Yechoua/Jésus, commence véritablement ce jour-là, au bord du Jourdain. Cette histoire s’inscrit dans l’histoire universelle… comme l’image d’un grouillement improbable et une Présence, une présence « discrète et irradiante ». Jean nous convie à nous approcher de ces textes avec audace, à les scruter, à nous ouvrir à l’appréhension des mystères, il nous fait entrer, en présence d’une « Altérité que ni l’intellect ni le cœur ne peut contenir ». Ces écrits sont, pour moi, comme une épiphanie…

Ceci traduit ma quête essentielle, et tout ce vers quoi je tends. Jean  me donne à entrevoir tout un contenu qui n’est pas explicitement signifié. Il m’apprend à voir « au-delà » et avec une plus juste mesure…  C’est, pour moi, la mise en état de regard avec cette Présence qui rencontre mon désir de sens et m’invite à une aventure… comme Yeshoua le dit simplement à Jean et son ami André qui lui demandaient : « Où demeures-tu », ils voulaient dire « Dis-nous ta vraie nature ». Il répond simplement : « Venez et voyez… ». 

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Avant d’étudier ce message transmis par Jean:

Qui était-il ce Jean, ce « disciple bien-aimé » auteur du quatrième évangile ?

Un personnage historique : Johannes – homme savant du clan Cohen ?  ou Jean, fils de Zébédée, l’Apôtre, frère de Jacques ? Ou une figure symbolique, l’archétype du disciple idéal ?

A-t-il été écrit en grec ou en araméen ? Les conjectures abondent et qu’importe de ne pas savoir exactement  qui  il était,  cela nous montre d’ailleurs  le degré d’humilité et de retrait qui l’habitait.

Innombrables sont les figures de Jean. L’Église chrétienne a remplacé le culte romain de Janus par celui des deux saints Jean en plaçant leurs fêtes aux dates des solstices. Jean le Baptiste ouvre la porte estivale et annonce le cycle d’obscuration. Jean l’Évangéliste ouvre la porte hivernale et annonce le cycle d’illumination.  L’évangéliste rapporte lui-même dans son évangile les paroles du Baptiste « Il faut que lui grandisse et que je décroisse ». Elles croisent ces belles paroles de François Cheng : « Vraie Lumière, celle qui jaillit de la Nuit » … « Vraie Nuit, celle d’où jaillit la Lumière ».

Ces fêtes sont restées présentes dans l’univers de la franc-maçonnerie, comme lente et sage respiration que rythment nos banquets d’ordre, notre fête solsticiale et les rites de notre année maçonnique. J’aime la figure sur les tableaux des loges des deux tangentes de part et d’autre du cercle avec son point de centre : le dernier des prophètes de l’ancienne alliance et le premier des témoins de la nouvelle alliance qui touchent au plus près la « figure » du Logos.   

Pour de nombreux francs-maçons (je cite Hubert Greven Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France), je cite « Jean fut un prodigieux médium, son évangile est essentiellement ésotérique… L’ésotérisme des écrits de Jean fait comprendre au mieux, en le faisant murir, le fond commun et traditionnel de toutes les religions… C’est un bâtisseur du Temple dont il présente les dimensions à l’échelle universelle, participant au Cosmos. L’Homme est comme un dieu en devenir.  Son message a pour but de dégager l’homme de son état strictement humain, de rendre effective la capacité qu’il possède d’accéder aux états supérieurs. » Jean est le patron des francs-maçons et des Templiers. 

Il poursuit : « Peut-on considérer que  l’évangile de Jean n’est que réflexions analogiques, intuition et actions symboliques, attribuées à des personnes… on peut considérer que ces personnes ont existé, nier leur réalité historique ou les regarder comme des archétypes comportementaux, selon son intime conviction personnelle, et selon l’adage : « tout est symbole ? L’important est de s’attacher au cheminement initiatique évoqué par les textes »

Quant à René Guénon il suggère : « L’idée principale… est que l’Être a de multiples états dont l’espèce humaine ne fait qu’en occuper un, mais que de l’un à l’autre de ces états on peut s’élever par des actes volontaires de son esprit, par son activité psychique et intellectuelle jusqu’à parvenir sur ce plan à l’identité suprême… Pour cela  il faut une initiation et des rites initiatiques.  Dans les états mystiques au contraire, il est enseigné depuis Abraham, que l’on ne peut obtenir une certaine élévation que par la grâce de Dieu qui répond à un désir… ce qu’il appelle le mysticisme passif… ».

Mais pour un grand nombre d’exégètes, Jean était avant tout un théologien sublime à la fois gnostique et mystique. Toute son intelligence et son amour disent la manifestation de l’Être ; il s’est élevé très haut dans la contemplation de cette manifestation… son emblème est l’aigle qui, seul, s’élève, porté par le vent de l’esprit jusqu’au zénith.

La lecture que nous pouvons faire de ce prologue sera donc polysémique, elle peut être vue sous un angle ésotérique, théologique ou mystique. « Notre cerveau est un « organe de tâtonnements, ce serait lui faire injure que de lui imposer des certitudes ».

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Et « Jean le Baptiste » : Qui était Iohanân ?

Il a été dit que Jean Baptiste avait été un adepte des communautés esséniennes. C’est une hypothèse plausible. Cette secte juive de stricte observance prêchait l’ascétisme et la repentance,  l’immersion quotidienne et même le célibat.

Leur théologie était une gnose-dualiste et eschatologique,  elle attendait et se préparait pour la fin des temps lors d’événements apocalyptiques décrits comme un gigantesque combat opposant les Fils de Lumière aux Fils de Ténèbres. 

Deux Figures eschatologiques étaient donc attendues intensément par cette communauté : un Prophète qui devait annoncer la venue d’un Messie, et ce Messie à la fois sacerdotal et royal. « Mashia’h » en araméen, c’est celui qui a reçu l’onction (Samuel a consacré David). Mais en élargissant cette fonction à l’image du « Parakletos grec », c’est celui qui intercède, vient en aide ou console.

Jean le Baptiste semble s’inscrire dans cette mouvance. Il va se retirer dans le désert. Il prophétise et baptise. Il prêche le renoncement et la conversion, la redécouverte des fondamentaux de la religion… et devient Jean le Précurseur, une « figure » dans la vie religieuse et politique de ce pays, et les gens viennent à lui en grand nombre.  Il est la voie qui crie : « Dans le désert déblayez, frayez les chemins du Seigneur ».

Appelé par Yeshoua « le plus grand parmi les fils de la femme », Fils de ce terreau qu’est notre humanité, il clôt le cycle des prophètes de la première Alliance. Il prêche la Téchouva… le retournement. Il est, pour nous francs-maçons,  un initiateur. Cette figure est essentielle, elle nous incite au grand déblaiement de notre « moi », avant tout choix de vie pour cheminer vers la Lumière, car il s’agit bien là de traversée du désert, de dépouillement, d’abandon, de dé-sécurisation.

A ce vide nécessaire, comme la « table d’attente » en héraldique,  répond, le « lâché prise », la vacuité totale d’esprit, d’âme et de corps qui nous est nécessaire pour  accueillir l’Infini/ la conscience du « Soi »,  l’Axe de notre condition humaine.

En une longue suite de mutations Mort/résurrection/ Mort/résurrection,  nous devons petit à petit nous détacher, mourir à nos attachements, accepter parfois de ne plus rien comprendre, comme notre père Abraham, mort à lui-même, devant son fils Isaac qu’il croyait devoir immoler.  Longue et périlleuse est la route qui nous conduit à notre verticalisation.

Jean le baptiste est le Précurseur, témoin de la Lumière. Notre mission d’initiés est d’être nous-même des témoins de la Lumière. 

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Alors entrons dans le texte : nous avons parlé de Jean l’évangéliste, et nous avons évoqué sa rencontre avec Jésus / Yeschoua.

 Verset 1 : Ce premier verset, on peut l’énoncer de différentes façons, issues de traducteurs, tous théologiens : « Au commencement était le verbe » , « Au commencement, le Logos, Le Logos est vers Dieu/Le Logos est Dieu », «Entête lui le Logos/ et le logos, lui pour Elohîms / et le logos, lui, Elohîms »,  « D’abord il y avait le Langage… », « Dans le principe, le verbe… »   Enfin, « Au commencement était la Parole, la Parole était en compagnie de la Lumière, la Parole était la Lumière », cette dernière traduction de Hubert Greven pour qui « ces écrits sont essentiellement un message ésotérique qu’il faut décrypter ».

Nous pouvons en effet l’interpréter selon ce point de vue car « tout est symbole » et Jean, le poète, l’ami fidèle de Yeshoua, nous y invite, son évangile et particulièrement le prologue est, pour moi, un rougeoiement qui attend notre désir mêlé au souffle divin pour nous illuminer. Sa lecture nous demande de rester ouverts … « le vent, on ne sait d’où il vient, ni où il va… » comme une parole lancée, on ne sait pas où elle va aboutir.

Ce n’est donc pas à proprement parler de la « lecture comparée », mais plutôt une approche collégiale. C’est mon choix, mon interprétation en est une parmi d’autres.  Il n’y a pas d’interprétation unique. Nous verrons que plus on approche et plus le sens se révèle infini en tant qu’il est inépuisable.

Ainsi Verset 1) : La première question qu’on ne peut éviter : « Au commencement… »  Jean Yves Leloup (philosophe et théologien) nous invite à poser cette question fondamentale : « Au commencement de quoi ? et quel commencement ?  Le commencement du monde, de cet espace-temps.  Mais avant ce commencement ?…  De rien, rien ne peut sortir ».

 On se souvient du premier mot de la Genèse : Bereshit.  André Chouraqui en bon exégète bibliste nous fait signe : avant le « beth » il y a « l’aleph », ce mystère qui est et qui nous dit qu’il y a quelque chose plutôt que rien.

Jean-Yves Leloup précise : « Il faut garder cette question ouverte car elle est fondamentale dans notre démarche de maçon : Connaître son origine, c’est connaître sa fin… ce pourquoi nous sommes faits.  Elle me force à m’identifier : quel est le lieu d’où je viens ?… Car le commencement n’est pas à chercher hier, autrefois, mais ici et maintenant ».  Qu’y a-t-il à l’origine de mes actes, à la source de mes pensées, de mes émotions, de mes sentiments ? A la source d’une pulsion, d’un cri, d’une angoisse ? ».

On rejoint la question de Jean et André : « Maître, d’où est-tu ?». On rejoint aussi, nous le verrons plus loin, l’analyse d’Annick de Souzenelle.

Si nous revenons au texte, en tout premier lieu, Jean nous invite à une réflexion : pour le premier verset, nous avons plusieurs traductions possibles.                                      

Mais avant tout, première digression :

On parle là de Dieu, ou plutôt des noms des dieux, tous improbables …car comme le dit Sylvie Germain : « On a tous une certaine conception de Dieu, et selon le nom qu’on lui octroie, cela peut déterminer le sens d’une croyance ou d’un comportement ».

Il faut rappeler que, pour les croyants « Dieu n’existe pas, il n’est rien de ce qui existe, Il est Incréé… il n’appartient pas au règne des Etants… il n’est pas du monde. Il est « l’Incréé » d’où vient toute créature ».

Et les francs-maçons précisent que « Dieu n’a rien à voir avec les religieux, dieu est un nom qui s’applique à aucune chose en particulier, bien qu’il les concerne toutes singulièrement. Du fond de leur réalité finie, exprime leur commune appartenance à une totalité infinie. »

C’est ainsi que dans beaucoup d’ateliers il est nommé « Grand Architecte De L’Univers », (pour moi, c’est un vocable « technique ») c’est la « Sagesse divine ».  

Au REP nous disons « Dieu » et parfois le « GADLU », les Juifs ne le prononcent pas, il est יהוה, ils l’appellent « Chaddaï » ou « Adonaï » ou « Eloïms ».

D’autres le nomment « l’Être », «la Lumière », « le Soi », « la Conscience ».

Les chrétiens disent « Yahvé » (c’est à mon avis une traduction hasardeuse), ou « Abbah /Père » comme l’appelle le Fils.  D’autres enfin ne veulent pas nommer ce qu’ils rejettent comme irrecevable.

Quelques précisions : Quand Jean parle du « Père », c’est l’origine, le fondement…

Pour Hubert Greven, c’est le père spirituel, l’initiateur, le Maître.

Le Fils : « Être fils », c’est entretenir une relation d’intimité avec ce qui sans cesse nous fonde et nous « origine ». Pour Hubert Greven : « fils » c’est le disciple privilégié, l’Initié, le fils spirituel.

Et « l’Esprit » est la relation (pneuma / souffle) spirituelle.  Relation de Présence-à-présence, présence du souffle humain au Souffle qui anime « tout ce qui vit et respire ».

Nous le voyons, autant de lectures et de sensibilités intéressantes. C’est la pluralité des lectures et leurs interprétations qui nous ouvrent à la connaissance de ce texte. Quant au LOGOS, j’ai retenu en premier lieu ce vocable pour la richesse d’interprétations qu’il offre :

 « Logos », selon un helléniste italien, le professeur Morani, est un mot clé qui pourrait résumer à lui tout seul l’expérience culturelle des grecs anciens : « LOGOS signifie parole, pensée, rationalité, capacité de l’être humain de relier et développer ses propres pensées ». Il note que la signification originelle de Logos est le fait de parler, d’être en capacité de communiquer quelque chose de rationnel. Logos n’est pas simplement la parole, mais un mot qui exprime l’intelligibilité (intelligence, parole, verbe, information créatrice…).

Ainsi nous parlons du Logos qui est « Parole créatrice ». Pour les sémites, parole et évènement sont liés ; c’est la Parole (Dabar en hébreu) de Dieu qui crée. C’est le concept d’information : pour qu’une chose existe, elle a besoin d’être informée.

« Au commencement, à l’origine, » il y a donc cette Intelligence, cette « Parole créatrice » qui informe toutes choses, elle est « agir et réalisation ».  Plus généralement  la parole est « créatrice » au sens où elle donne du sens et crée de la relation.

Osons aller au-delà, « la Parole » engendre « l’écoute, le lien », elle donne vie à « la relation ».  Dire (en 1) : « Au commencement : le Logos / Le logos est vers Dieu », c’est admettre et dire que ce qui est premier est de l’ordre de la « Relation » et qu’il y a « mouvement et orientation ».  Et Jean ajoute que ce « Logos est Dieu », en nous disant cela, il nous informe que ce Logos contient tout Dieu. Et comme nous le dit Jean Grosjean : « Il contient la totalité de sa source.  Il ne fait qu’un avec la lumière qu’il donne à contempler ». Il évoque là, en particulier « le mystère divin personnifié ». Je le cite : « Le Logos et le Théos sont distincts. Ils ne sont pas séparés. Ils ne sont pas confondus ou mélangés : ils sont Un… Entre l’aleph, l’inconnaissable et la création, il y a ce Logos ce « dialogue », qui pose la dualité et dans le même mouvement appelle et rend possible l’Unité… non l’unité indifférenciée ou fusionnelle, mais l’unité de relation. L’Unité n’est pas détruite par l’Altérité, l’Altérité n’est pas anéantie par l’Unité ».

Avec Jean, le regard plonge donc dans l’intime de l’Être. Nous  entrons  dans le mystère trinitaire.

Hubert Greven, lui parle de fusion : « La Parole était en compagnie de la Lumière, la Parole était la Lumière » Ceci revient à dire que la parole existe depuis l’origine du monde créé et accompagnait la Lumière. Tout a donc été fait par la Parole et par la Lumière… « la fusion de ces deux concepts implique un seul principe créateur qui est à la fois Parole et Lumière. »  Ailleurs, il dit : La parole est dans la Lumière, et la Lumière se manifeste par la Parole, celle de la sagesse suprême, envoyée sur la terre pour y révéler les secrets de la volonté divine et c’est ce postulat, cette espérance qui fonde la quête du F.M. »

Annick de Souzenelle a une vision toute différente et passionnante que je tente de résumer : elle rejette le terme « au commencement » pour « Dans le Principe, le Verbe ». Cette traduction nous projette dans ce qu’Annick de Souzenelle appelle « le temps ontologique », qui n’est plus « le temps historique » composé du passé, présent et futur, c’est au contraire « l’instant » Hic et Nunc, qui nous relie au divin, c’est le « non temps » de l’éternité.

Dans le Principe est le Verbe qui nous habite, ici et maintenant : c’est le temps et le lieu de l’accompli et du non-accompli. Cet inaccompli qui verra son accomplissement au fur et à mesure des dimensions de conscience successives qui nous habitent et nous habiteront. C’est une réflexion fondamentale qui nous met, non pas au pied du mur, mais aux pieds de l’échelle de Jacob et des nombreux paliers qui nous attendent. 

Puis Jean précise, il répète, et c’est un indice (en 2) : « Il est au commencement avec Dieu ».  C’est la révélation que Jean nous livre : le dévoilement de l’Uni /Trinité de l’Être. Quand j’ai pris conscience de cela, ce fut, pour moi, libérateur, car cette unité n’a rien de statique. Tout est Mouvement / Relation et Vie...        

Si l’on adopte cette révélation, il n’est plus question d’un Être solitaire et Omnipotent, mais d’une relation d’Amour. Pour Jean, l’Amour est avant tout le cœur et l’ADN de chaque chose. Il le dit plus loin (en 4) : « de tout être il est la vie… ». Lorsque rien n’existait à part l’Uni /Trinité de l’Être, il y avait donc l’Amour. Tout est contenu dans ce mot : mouvement/relation /vie

Fidèle de Jean, j’ai donc cette intuition toute personnelle, que ma vie, ici et maintenant, est pétrie de cet Eternel qui me fait…. Il me constitue, il me structure. Il est « L’AMOUR qui tient toutes choses ensemble. Inouï et Irreprésentable ». Le Logos n’est plus un « objet de connaissance », « quelque chose à comprendre », mais le dévoilement d’une Présence qui s’offre à mon intuition, à ma liberté et m’introduit dans son mouvement « vers l’Infini / l’Altérité absolue et l’Inconnu d’où nous venons ».

(En verset 3) – « Tout existe par Lui – Sans Lui : rien ». Traduction au plus près : « Le tout, en Lui, sa genèse et rien n’a de genèse en dehors de lui ». Pour Jean-Yves Leloup : « Il importe de s’éprouver sans cesse en genèse, en voie de création. Nous ne sommes pas faits une fois pour toute. Le Logos est sans cesse à l’œuvre pour nous tenir hors du Néant ».

Et pour Jean Grosjean, je cite : « L’univers est tramé, tout le temps, par le mouvement même de la parole. Et comme on ne sait jamais où va aboutir une phrase, on ne sait pas non plus où va l’histoire du monde… » question !!

(En verset 4) – « De tout être, Il est la vie. La vie est la lumière des hommes. »

(En verset 5) - « La lumière luit dans les ténèbres, les ténèbres ne peuvent l’atteindre ».

Jean proclame que Logos est la vie de nos vies. Il contient l’univers et tous les univers possibles… tout être vivant est « demeure de l’infini/Réel ». 

La lumière est par elle-même invisible, invisible au cœur même de tout ce qu’elle donne à voir ; cette Lumière incréée qui habite dans les profondeurs de l’être n’est pas accessible à l’esprit « sec », elle est d’une autre nature.  

Cette gnose, ce Souffle, nous donne à voir le Logos dans tous les êtres. C’est faire l’expérience de la Transfiguration, c’est le symbole du mont Thabor. Nous devons donc tenter de percevoir le Logos qui anime toutes choses : si nous l’oublions, le monde devient profane à nos yeux, « profané », vidé de la présence qui l’habite, vidé de sa Lumière.

Pour Hubert Greven : « De même que le soleil illumine la route, de même la lumière (c’est-à-dire illumination) est ce qui éclaire le chemin divin : c’est le principe même de l’initiation. La lumière est symbole de vie aux ténèbres de la captivité (le profane prisonnier de ses passions) s’opposant à la lumière de la libération et du savoir. »

« La vie de l’Esprit fait sortir l’homme des ténèbres.  La lumière de l’Esprit va lui permettre de s’ouvrir pour avoir la vision d’une autre réalité. C’est la source et le fondement de la Connaissance qui est symbole de ce qui éclaire la vie intérieure, de ce qui oriente. La véritable Lumière, c’est la Parole, l’ultime réalité qui est en « tout homme venant dans ce monde ». C’est un message qui demeure éternellement en accomplissement. »

(En verset 6) – « Paraît un homme, envoyé de Dieu – Iohanan est son nom ».

(En verset 7) « Il vient comme Témoin pour rendre témoignage à la Lumière afin que tous y adhèrent »

(En verset 8) – « Il n’est pas la Lumière mais témoin de la lumière ».

Jean le Baptiseur est l’archétype de l’envoyé, l’apôtre, « l’Ad Verbum ».  Il porte la Lumière et sa présence est pure capacité de l’Autre.

Jean le baptiste est nommé, il est l’envoyé de Dieu : être appelé par notre nom, est fondamental, au sens strict du terme. Quand Socrate nous dit : « Connais-toi toi-même », il nous invite à une introspection, soit, mais se « connaître soi-même », c’est se connaître comme individu, quand le soi est pris comme objet de connaissance ou d’investigation, on s’aperçoit qu’en vérité, on ne sait rien de soi, l’essentiel nous échappe. Mais si cette connaissance est vécue en une lente maturation, en toute humilité, par une attention toute intérieure à chacune de nos pensées, de nos silences, comme notre initiation doit être vécue et continue de l’être, on devient de plus en plus conscient de son souffle, de son axe et de ce qui nous entoure, conscient du Soi qui nous crée et constitue à chaque instant.

Car notre nom usuel n’est que nom substitué ; cette exigence d’identité demeure notre démarche fondamentale : rejoindre le tréfonds de nous-même pour nous placer dans l’axe du Très-Haut.

Exigence constante, comme l’est l’exigence de la transmission qui rejaillit à chaque étape de notre existence de Maître Maçon. A l’instar de Jean le Baptiste, notre mission d’initiés n’est-elle pas d’être nous-même des témoins de la Lumière pour que nos Frères humains soient eux-mêmes illuminés.

 (En verset 9) – « Le Logos est Lumière véritable qui éclaire tout homme. »

 (En verset 10)« Il est dans le monde, le monde existe par lui, le monde ne le connaît pas. »

 (En verset 11) – « Il vient chez les siens, les siens ne le reçoivent pas. »

Traduction de Hubert Greven : « La Parole était lumière, la vraie, celle à laquelle il appartient d’éclairer tout homme ; elle fit à ce moment son entrée dans le monde. »

Toute parole de vérité, quelle que soit son origine, est inspirée de l’Esprit.

Jean le baptiseur disait : « Il y a au milieu de vous quelqu’un que vous ne connaissez pas ».

Le monde est l’histoire des hommes, c’est ce que l’homme fait de l’Univers pour le meilleur et pour le pire, en harmonie avec le Logos qui l’anime ou au contraire contre Lui. Et Jean comprend qu’il n’y a pas de place pour l’Éternel dans notre temps, pas de place pour l’infini dans notre finitude.

Annick de Souzenelle nous le dit : « Le monde est comme dans un état « d’ignorance » (de non vision) qui n’est pas manque de savoir, mais oubli de l’Être, l’ignorance du Soi, à côté de ce qu’on est et de ce pour quoi on est fait vraiment, histoire purement horizontale, oublieuse de notre verticalité, de notre ouverture à la transcendance ». « Le monde extérieur est fait de compensations.  Nous sommes dans  l’archaïsme.  Nous pratiquons un humanisme à l’horizontal avec les valeurs de l’exil. Adam se croit devenir Dieu, il se croit accompli. Il a perdu conscience de son être intérieur. Nous n’avons que notre identité biologique. » Il s’agit alors de retrouver notre dimension ontologique : « Être dans le monde, sans être du monde ».

Le LOGOS s’incarne toujours aussi difficilement. L’homme n’est jamais « forcé » de croire ou d’accepter l’amour qui le constitue et qui lui offre une absolue liberté… C’est certainement un concept des plus difficiles à accepter, difficile à y adhérer.

 (En verset 12) – « A tous ceux qui le reçoivent, à ceux qui croient en son Nom, Il donne d’être Enfants de Dieu ».

(En verset 13) – « Engendrés ni du sang, ni de la chair, ni d’un vouloir d’homme mais de Dieu ».

De verset en verset, Jean nous conduits à nous ouvrir à cet exhaussement, ceux qui se font « capacité », le Logos les investit « Shema Israël… ». L’Ecoute conduit à la « fiance ». Croire en son Nom, c’est adhérer au dynamisme de vie, d’intelligence et d’Amour qu’il signifie, c’est devenir « enfant de Dieu » et ceux-là entrent dans une nouvelle dimension. Ils sont « d’ailleurs », ils sont « nés d’en haut, ainsi nait l’homme nouveau ! ».

Et comme le suggère Hubert Greven : « Lorsqu’il reçoit la lumière, l’Apprenti, mort aux séductions du monde phénoménal et des « demeures » profanes, entre dans la demeure initiatique, dans la voie de la Connaissance. De profane (hors de Temple), il devient initié (celui qui commence). Pénétrant dans le sanctuaire, il voit se dévoiler les mystères sacrés, s’ouvrir les seuils jadis interdits, éblouissants de lumière ». Nous sommes à la recherche de la Parole perdue, c’est une aventure (intérieure) spirituelle initiatique. La quête de perfectionnement ».

 (En verset 14) – « Le Logos a pris chair. Il a fait sa demeure parmi nous ». Le logos a fait sa genèse dans la chair (humanité corps et âme). « Et nous avons contemplé sa gloire, la gloire de l’Unique du Père, plein de grâce et de vérité. »

Le Logos nous a rejoints dans notre « histoire » en venant nous dire Dieu dans une « vie humaine ». L’Eternel est entré dans le temps. La matière est ici sanctifiée comme demeure du Logos/ Dieu.

Ce corps humain fragile abrite la Présence Divine et l’information qu’elle contient. Comme le dit Jean Grosjean, le poète : « Il a dressé sa tente de nomade parmi nous. Il campe, il est de passage, le temps de dire et de manifester aux hommes l’Amour dont ils sont aimés dès l’Origine. Depuis Abraham l’installation n’est pas notre nature, nous sommes des passants, nous sommes tissés de temps, notre vie est un mouvement imprévisible, le mouvement même du langage qui est venu en personne partager nos déplacements incertains ».

(En verset 15) – « Iohanan lui rend témoignage. Il crie : Voici celui dont j’ai dit : lui qui vient derrière moi est passé devant moi, parce qu’avant moi, Il était ».

Nous connaissons bien cet appel en Franc-Maçonnerie : « Il faut que je décroisse pour que lui grandisse ».  Qui a des oreilles, entende !

(En verset 16) – « De sa Plénitude, nous avons tout reçu, et grâce sur grâce ».

(En verset 17) « La Thora nous a été donnée par Moshé. La Grâce et la Vérité nous sont venues par Ieschoua, le Messie. »

On peut avancer cette explication : la grâce de la création en genèse, puis la grâce de la Thora par Moïse, enfin la grâce de la filiation. 

Jésus incarne la Thora, l’éclaire du dedans en la vivant comme une expression de l’Amour.  Il nous révèle que nos actes n’ont de valeur que par la liberté et l’amour qu’on y introduit. C’est ce qui leur donne leur « poids » de gloire.

Leloup : (En verset 18) – « Nul n’a jamais vu Dieu. Le Fils unique qui demeure au sein du Père, Lui, nous le fait connaître ». On ne connaît Dieu que par son Logos.  Personne n’a jamais vu Dieu. Le propre de Dieu est d’être inconnaissable. Le Logos est son Unique, ce Fils est le seul à connaître sa source. Cet Unique est entièrement dans le secret du Père puisqu’il en est l’expression parfaite.

Ieshoua ne dit pas : « J’ai la vérité », mais « Je suis la vérité ». Par-là, Jean affirme que Jésus est Vérité de Dieu et Vérité de l’homme, sans confusion, sans séparation. Il nous invite à changer de regard, à voir toutes choses enveloppées d’Invisible. Il nous montre que la moindre virgule d’humanité contient en secret le Nom Divin, fait à la fois d’intériorité et d’extériorité. Il nous oriente avec Lui sur le chemin de l’existence vers « le Père ».

Voilà, avec Jean, je vous ai dit mon angle de lecture.  Je suis sur le chemin… un chemin initiatique que je découvre à chaque instant.  Tout l’évangile de Jean dira que l’œuvre  du Logos dans le monde sera de rendre à l’homme Son Esprit (pneuma), son BON sens, tourné vers le Père/Origine et le restituer dans sa dimension de Fils. Ce sera en soi une invitation au retour dans cette intimité, qui est participation à la vie Trinitaire, à la vie intérieure de Dieu.

« Présence de l’infini dans les corps et le souffle fragile que nous sommes ».

« Que demandez-vous, mon frère ? La Lumière ! »

M.°.L.°.  -  R.°.L.°. « Le Chardon Ecossais » à l’O.°. de Besançon.

Auteurs cités :

Hubert GREVEN – Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France.

ORDO AB CHAO : Réflexions dur l’enseignement de St Jean.

Allocations faites en qualité de Ministre d’Etat, Grand Orateur du Suprême Conseil de France à l’occasion de la St Jean d’hiver de décembre 1989.

Jean-Yves LELOUP : Ecrivain, psychologue et philosophe, théologien orthodoxe. Fondateur de l’Institut pour la rencontre et l’étude des civilisations et du Collège international des thérapeutes. Il a donné des traductions et des interprétations innovantes de l’évangile, des Épitres et de l’apocalypse de Jean, ainsi que des évangiles considérés comme apocryphes (Philippe, Marie, Thomas).

André CHOURAQUI : (1917 en Algérie /+ 2007 à Jérusalem) Ecrivain, penseur, homme politique, traducteur et commentateur de la Bible, (hébraïque et évangiles).

Jean GROJEAN (1912 / +2006) Ecrivain, poète,  philosophe et exégète . Traducteur et commentateur de la Bible,  de l’évangile et de l’Apocalypse de Jean et du Coran.

Ami de Malraux,  Jean Grosjean participa à l’aventure NRF (éditions et revue) en tant que lecteur et éditeur, aux côtés de Claude Gallimard, Raymond Queneau et J.M.G. Le Clézio notamment.

Annick de SOUZENELLE :  née le 4 Novembre 1922. Infirmière anesthésiste pendant 15 ans, elle a suivi une formation Jungienne de psychothérapeute puis fait des études de théologie chrétienne orthodoxe et d’Hébreu biblique. Depuis 40 ans elle est écrivain et conférencière.  Elle est l’auteur de nombreux ouvrages de spiritualité. Sa recherche s’inspire de la spiritualité cabaliste. Citons « Le symbolisme du corps humain ».

 

SOURCE  : https://ecossaisdesaintjean.over-blog.com/

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La Franc-maçonnerie, entre cité céleste et cité terrestre : divisions et équilibrages internes au sujet du théisme, de la religion et des questions sociétales 21 mars, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire
« Si la maçonnerie moderne se tournait vers la question de la transcendance en oubliant sa tradition humaniste ou si, au contraire, au nom de son devoir de défendre l’humanisme, elle oubliait sa vocation spirituelle, l’authentique démarche maçonnique serait alors mutilée »

  • 3  Barat, Michel, La Conversion du regard, Paris, Albin Michel, 1992, p. 48.

Michel Barat3 (ancien Grand Maître de la grande Loge de France)

1Nulle organisation ne témoigne mieux que la Franc-maçonnerie, peut-être, des aspirations religieuses de l’homme moderne, mais également du paradoxal mouvement d’écartèlement et de recouvrement entre Dieu et le siècle qui marque aujourd’hui la société occidentale, comme nous allons le montrer dans cette étude.

2Nous mettrons ainsi en évidence la dimension religieuse de cette société initiatique, qui ne saurait pourtant être considérée elle-même comme une religion : d’abord parce que la quête spirituelle qu’elle propose et le sacré dont elle entoure ses rites ne renvoient pas à un culte, dans la mesure où elle se veut a-dogmatique ; ensuite parce que la question de la croyance en un Être Suprême et de l’évocation du Grand Architecte de l’Univers au sein des loges ne cesse de diviser les différentes obédiences.

3Puis nous soulignerons l’engagement sociopolitique de nombreux francs-maçons, désireux de faire évoluer les lois de la République et de défendre les principes de la laïcité, en accord avec la devise maçonnique qui exhorte les initiés à travailler « au progrès de l’humanité ». Or c’est bien dans cette tentative d’équilibrage entre la construction de la cité céleste et l’édification de la cité terrestre, constitutive d’une philosophie résolument médiatrice, que réside l’originalité – mais aussi la complexité – de la démarche maçonnique.

La dimension religieuse de la Franc-maçonnerie : fonction reliante et présence du sacré

4La Franc-maçonnerie, qui se présente comme une société « secrète » ou « discrète », une association « philosophique et philanthropique », ne peut être considérée comme une religion, dans la mesure où elle est ne professe pas de dogme et ne pratique pas de culte. Loin d’inculquer des vérités révélées, elle propose une mise sur la voie (« initium »), un enseignement (au sens originel de « montrer le signe ») via un système de symboles que chaque adepte doit s’efforcer d’interpréter personnellement par un incessant travail herméneutique, et plus profondément une démarche initiatique ancrée dans un rituel.

  • 4  La Franc-maçonnerie est « une véritable ecclesia dans le sens d’union fraternelle, la seule religi (…)
  • 5  Bolle de Bal, Marcel, La Franc-maçonnerie, porte du devenir. Un Laboratoire de reliances, Paris, D (…)

5Cependant, la Franc-maçonnerie a affirmé une véritable dimension religieuse dès sa création, en 1717, suite à la fusion de quatre loges londoniennes et à la formation de la Grande Loge Unie d’Angleterre : d’abord en faisant référence à Dieu, et plus tard au Grand Architecte de l’Univers (dont on retrouve le symbole dans les temples maçonniques, à travers le « Delta lumineux » doté de « l’œil qui voit tout »), ensuite en privilégiant la construction d’un lien social, à travers la fameuse « fraternité » maçonnique4. Elle est donc bien ce « laboratoire de reliances » que décrit le sociologue et franc-maçon belge Marcel Bolle de Bal5, s’efforçant de tisser une médiation tant verticale qu’horizontale, en accord avec l’étymologie du mot « religion », issu du latin « religare », signifiant « relier ».

  • 6  Meslin, Michel, « Religion, sacré et mythe », Actes du colloque de Paris, Centre Ravel, 24-26 octr (…)

6Michel Meslin, en effet, relevant le changement de sens que le mot religion a connu au IVe siècle, sous Constantin et sous Lactance (et qui, après avoir longtemps désigné un ensemble de traditions et de croyances propres à une société humaine, finit par indiquer la vénération que les hommes portent à un Être suprême), souligne fort justement à ce propos : « on aurait tort, je pense, de voir dans ces deux sources étymologiques « une duplicité originaire de la religion » comme l’affirme Jacques Derrida. Je dirais volontiers qu’il s’agit d’un complément de sens : une religion fonde des liens entre des hommes et des femmes qui partagent une même croyance et, en même temps, elle est un lien vertical entre ces humains et le(s) dieu(x) qu’ils vénèrent ».6

  • 7  Debray, Régis, Vie et mort de l’image. Une histoire du regard en Occident, Paris, Gallimard, 1989, (…)
  • 8  Durand, Gilbert, L’Imagination symbolique, Paris, PUF, 1964, pp. 12-18.

7Plus largement, ce désir de reliance verticale / horizontale, qui se double d’une volonté de conciliation entre le transcendant et l’immanent, le céleste et le terrestre, s’exprime à travers le système symbolique qui soutient toute la démarche maçonnique. Or, la médiation horizontale à laquelle procède la pensée symbolique est évoquée par l’étymologie même du mot « symbole », qui provient du grec « sumbolon », lui-même lié au verbe « sumballein » signifiant « réunir, rassembler ». De fait, le symbole désignait initialement une pièce de terre cuite brisée en deux, et destinée à être réunie ultérieurement par des amis, des familles ou leurs descendants lors de retrouvailles. L’aspect social et communicationnel y est clairement manifeste, le symbole étant un signe de reconnaissance, une concrétisation matérielle des rapports de confiance établis, et visant à réparer une séparation. Aussi Régis Debray rapproche-t-il les notions de symbolisation et de fraternisation : « symbolique et fraternel sont synonymes : on ne fraternise pas sans quelque chose à partager, on ne symbolise pas sans unir ce qui était étranger. L’antonyme exact du symbole, en grec, c’est le diable : celui qui sépare. Dia-bolique est tout ce qui divise, sym-bolique est tout ce qui rapproche »7. Parallèlement, le symbole tisse une médiation verticale, réunissant l’idéel et le matériel, puisqu’il est « le message immanent d’une transcendance », ou encore une « reconduction du sensible, du figuré au signifié, mais en plus il est par la nature même du signifié inaccessible, épiphanie, c’est-à-dire apparition, par et dans le signifiant, de l’indicible », ainsi que le souligne Gilbert Durand8.

  • 9  Ferré, Jean, La Franc-maçonnerie et le sacré, Paris, Dervy, 2004.
  • 10  Etienne, Bruno, L’Initiation, Paris, Dervy, 2002.

8Enfin, la Franc-maçonnerie se rapproche de la religion par les rapports intrinsèques qu’elle entretient avec le sacré9. Les adeptes travaillent dans un espace-temps distinct de celui du monde profane, « de midi à minuit », dans une enceinte réservée à cet effet, appelée « temple ». Comme la plupart des institutions religieuses, d’ailleurs, l’institution maçonnique a élaboré son propre calendrier, qui fonctionne avec 4000 ans d’avance par rapport au calendrier chrétien : ainsi l’année civile 2011 correspond-elle, pour les francs maçons, à l’année maçonnique 6011. Elle possède ses propres mythes (le mythe d’Hiram, notamment), et fonctionne selon des rituels particuliers (Rite Écossais Ancien et Accepté, Rite Écossais Rectifié, Rite Émulation…). Enfin, il n’est pas inutile de rappeler que le processus initiatique dans lequel s’engage tout franc-maçon est censé aboutir à une « métanoia » ou conversion totale de l’être, comme le note Bruno Etienne10, démarche proche de ceux qui s’engagent en religion.

  • 11  Agulhon, Maurice, Pénitents et francs-maçons dans l’ancienne Provence. Essai sur la sociabilité mé (…)
  • 12  Cambacérès et Joseph de Maistre, par exemple, possédaient une double affiliation, étant tout à la (…)

9Les recherches menées par l’historien Maurice Agulhon11 peuvent nous éclairer sur la complexité des relations que les loges maçonniques entretiennent vis-à-vis de la sphère religieuse. La loge, en effet, possède un caractère mixte, dans la mesure où elle offre une sacralité qui ne se confond pas toutefois avec celle qu’offre la religion. Agulhon a montré les points communs qui existent, dans la région provençale du XVIIIe siècle, entre les confréries religieuses et les confréries associationnistes, au rang desquelles figure la Franc-maçonnerie : un même esprit d’entraide spirituelle et de fraternité anime ces deux types de structures, au point que nombre de membres de la première catégorie (les notables surtout12) vont déserter progressivement leur institution d’accueil pour intégrer les secondes vers la fin de l’Ancien Régime. Si ce passage des associations religieuses aux associations maçonniques a pu se faire aussi facilement, c’est précisément parce qu’il existe des éléments de continuité entre elles, autant que des éléments de divergence. Agulhon voit dans les loges maçonniques un mouvement de déchristianisation qui conserve néanmoins un sentiment religieux.

La question théiste au cœur des dissensions internes et les rapports conflictuels de la Franc-maçonnerie avec l’Eglise

10En plein siècle des Lumières donc, tandis que nombre de philosophes combattent une foi jugée obscurantiste afin de placer la raison prétendue toute-puissante et éclairante au centre d’un mouvement d’émancipation humaine, la Franc-maçonnerie met la religiosité au cœur de son fonctionnement. A l’issue de leur initiation, les néophytes prêtent serment de garder le silence sur les secrets de leur communauté d’accueil en jurant sur les trois Grandes lumières de la Franc-maçonnerie, qui ne sont autre que l’équerre, le compas et le Volume de la loi sacrée, c’est-à-dire la Bible. James Anderson et Jean Théophile Désaguliers introduisent d’ailleurs la notion de « religion naturelle » dans les célèbres Constitutions, parues en 1723 et qui constituent la charte fondatrice de la Franc-maçonnerie puisqu’elles en fixent l’histoire officielle, les principes et modes de fonctionnement.

  • 13  Négrier, Patrick, L’éclectisme maçonnique, Bagnolet, éditions Ivoire-Clair, 2003.
  • 14  Dachez, Roger, Histoire de la Franc-maçonnerie Française, PUF, collection « Que sais-je ? », 2003.
  • 15  En France la Grande Loge Nationale Française est l’une des représentantes de la branche traditionn (…)

11Mais très vite, cette religiosité va être l’objet de vives dissensions au sein de la jeune institution. Dès le milieu du XVIIIe siècle, une querelle oppose les obédiences, notamment à propos de la place qu’il convient d’accorder à la croyance en Dieu et en l’immortalité de l’âme au sein des loges. Certaines d’entre elles sont résolument théistes, d’autres sont simplement déistes, ces deux types d’obédiences formant une branche que l’on pourrait qualifier de traditionnelle. D’autres encore, qui reçoivent la désapprobation de la branche traditionnelle, constituent un courant libéral en acceptant d’initier des agnostiques et des athées13. Cette querelle se transforme en un véritable schisme en 1877 (lorsque le Grand Orient de France, de mouvance libérale, supprime l’obligation pour ses membres de croire en Dieu, puis les références rituelles faites au Grand Architecte de l’Univers14, et se trouve alors ostracisée par la plupart des obédiences anglo-saxonnes d’inspiration traditionnelle), et se poursuit aujourd’hui.15

  • 16  On trouvera une publication des différentes versions des Constitutions d’Anderson dans l’ouvrage d (…)

12Ainsi, si la Grande Loge Unie d’Angleterre affirme que les francs-maçons placés sous sa juridiction « doivent croire en un Être Suprême », dans le troisième de ses huit principes de base, remaniés en 1989, les obédiences qui se réfèrent aux Constitutions d’Anderson, adoptent une position plus tolérante, en accord avec le texte du pasteur presbytérien qui déclare : « Bien que dans les temps anciens les maçons étaient tenus dans chaque pays de pratiquer la religion de ce pays, quelle qu’elle fût, il est maintenant considéré plus expédient de seulement les astreindre à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, c’est-à-dire à être hommes de bien et loyaux, ou homme d’honneur et de probité, quelles que soient les dénominations ou confessions qui aident à les distinguer »16. Enfin, une obédience comme le Grand Orient de France stipule dans l’article premier de sa Constitution de 1877 que la Franc-maçonnerie « a pour principes la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine. Elle n’exclut personne pour ses croyances ».

  • 17  Boutin, Pierre, La Franc-maçonnerie, l’Eglise et la modernité : les enjeux institutionnels du conf (…)
  • 18  Cité par Beaurepaire, Pierre-Yves, « Le temple maçonnique », Socio-anthropologie, n° 17-18, 2006.
  • 19  Porset, Charles, et Révauger, Cécile, Franc-maçonnerie et religions dans l’Europe des Lumières, Pa (…)

13Si les rapports de la Franc-maçonnerie avec la religion sont sources de dissensions internes, la problématique se révèle encore plus complexe si l’on considère les relations qu’entretiennent l’institution maçonnique et l’Église. A partir de 1738, et pendant près de deux siècles, en effet, l’Église condamna la Franc-maçonnerie, allant jusqu’à interdire à ses prêtres l’initiation maçonnique17. Ainsi l’évêque de Marseille, Mgr de Belzunce, grande figure de l’épiscopat français, condamna-t-il sans appel les conventicules maçonniques dans un mandement de 1742, où il fustigea ces « assemblées où sont indifféremment reçus gens de toute nation, de toute religion et de tout État »18. Selon Charles Porset et Cécile Révauger, cette attitude de l’Église catholique serait due à sa crainte d’être concurrencée par une association faisant référence à une religion naturelle, libérée des dogmes, et proche, dans son esprit, de l’idéologie protestante19.

  • 20  Vindé, François, L’Affaire des fiches. 1900-1904 : chronique d’un scandale, Paris, éditions Univer (…)
  • 21  Chevallier, Pierre, Histoire de la Franc-maçonnerie française, tome 3, « La Maçonnerie, Église de (…)

14La Franc-maçonnerie libérale, à son tour, combattit le cléricalisme dans des pays comme la France à partir des XIXe et XXe siècles, comme le prouve l’affaire des fiches qui éclata avec le général André et la complicité du Grand Orient de France, sous le gouvernement Combes, et visait à éradiquer les tendances conservatrices de l’armée20. Cet attachement au républicanisme fit dire à l’historien et maçonnologue Pierre Chevallier que la Franc-maçonnerie devint « l’Eglise invisible de la République »21. En 1905, enfin, de nombreuses obédiences participèrent à réaliser la séparation de l’Église et de l’État.

Un fort engagement social et politique : les francs-maçons dans la cité terrestre

  • 22  Gayot, Gérard, La Franc-maçonnerie française. Textes et pratiques (XVIIIe-XIXe siècles), Paris, Ga (…)

15Si la question religieuse a préoccupé les francs-maçons dès les débuts de la Franc-maçonnerie, les questions sociales ont aussi été l’objet d’une attention majeure à partir du XVIIIe siècle. Bien avant la Révolution française, l’institution maçonnique affirma le principe d’égalité entre les hommes (représenté symboliquement par cet outil rituel qu’est le « niveau »), ce qui ne manqua d’ailleurs pas de faire scandale sous l’Ancien régime, foncièrement inégalitaire, ainsi que le fait remarquer l’historien Gérard Gayot en s’appuyant sur des témoignages d’époque22. Nombre d’aristocrates, en effet, voyaient d’un mauvais œil ces ateliers où de grands seigneurs abandonnaient le privilège de leur rang en fraternisant avec des roturiers. Cet intérêt pour les problématiques sociopolitiques s’est mué en un véritable engagement dans le siècle, même si cela est surtout vrai pour la Franc-maçonnerie libérale et irrégulière, la Franc-maçonnerie anglo-saxonne, traditionnelle et régulière, restant davantage tournée vers les thématiques spirituelles.

16En France, l’attachement des francs-maçons – majoritairement libéraux à l’exclusion de ceux qui œuvrent au sein de la GLNF – aux lois de la République est attesté depuis très longtemps, et nombre d’entre eux se sont illustrés dans ce sens : Lazare Carnot et Jules Ferry, fervents défenseurs de la laïcité et partisans d’une éducation égalitaire, accessible à tous, Victor Schoelcher, qui réalisa l’abolition de l’esclavage, ou encore Félix Faure, Camille Pelletan, Léon Gambetta, Alexandre Millerand, Guy Mollet, Gaston Doumergue, Paul Ramadier… Au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, on compte également des noms aussi célèbres que Winston Churchill, George Washington, Franklin Roosevelt, Théodore Roosevelt et Harry Truman. Au XXe siècle, en France, les francs-maçons ont œuvré dans le sens de la laïcité, défendu le projet de loi sur la contraception, participé à faire voter la loi Veil autorisant l’avortement ou encore la loi abolissant la peine de mort, aux côtés de Robert Badinter. Plus récemment, ils ont contribué au retrait du très controversé fichier Edvige, et tentent de faire progresser la législation autour de l’euthanasie et de la bioéthique, notamment.

  • 23  Nom donné à des associations inter-obédientielles, qui regroupent des francs-maçons exerçant une m (…)
  • 24  Henri Caillavet a élaboré des projets de loi sur l’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse), le (…)
  • 25  Martin, Luis P., (dir.), Les Francs-maçons dans la cité. Les cultures politiques de la Franc-maçon (…)
  • 26  Coignard, Sophie, Un Etat dans l’Etat. Le contre-pouvoir maçonnique, Paris, Albin Michel, 2009.

17L’exemple de la « fraternelle »23 parlementaire, créée en 1947 sous l’impulsion de l’ancien sénateur et député – initié au Grand Orient de France – Henri Caillavet, durant le mandat de Paul Ramadier, est à cet égard significatif24. Les élus du Sénat et de l’Assemblée Nationale, appartenant à diverses obédiences maçonniques, s’y retrouvent pour débattre des dossiers en cours et de diverses questions de société en s’efforçant de dépasser les clivages des partis. Tout cela atteste de la tradition d’engagement dans la cité qui est celle des francs-maçons depuis les origines25, tout du moins en France et en Belgique. Une tradition qui, associée à la fraternité et à l’esprit d’entraide maçonniques, peut d’ailleurs être source de dérives en tous genres26 (comme le prouvent les scandales politico-financiers qui secouèrent la région PACA vers la fin des années 1990, et que le Procureur de la République au Tribunal de Grande instance de Nice, Eric de Montgolfier, s’efforça de combattre), lesquelles font le bonheur des grands hebdomadaires et de leurs marronniers. D’où le préjugé, largement répandu, selon lequel la Franc-maçonnerie se réduirait à n’être qu’un réseau affairiste destiné à servir les intérêts personnels de quelques individus cupides.

Une tentative d’équilibrage : vers la réalisation utopienne des « noces chimiques du ciel et de la terre »…

  • 27  Jean Verdun a mis en évidence cette bipolarité de la démarche maçonnique, allant jusqu’à intituler (…)

18Pour autant, cet engagement politique et social est censé être complémentaire avec le développement spirituel des initiés. La progression des adeptes dans leur quête intérieure, en effet, doit idéalement les amener à transformer leur comportement au sein de la société. Car si le travail de l’initié prend naissance dans l’enceinte sacrée, où s’élabore la réflexion et où se cherche la sagesse, il se prolonge et s’actualise naturellement dans le monde profane, comme en atteste ce passage du Rite Écossais Ancien et Accepté, invitant chaque franc-maçon à « poursuivre au-dehors l’œuvre commencée dans le Temple ». Inversement, l’amélioration de la vie matérielle doit favoriser l’épanouissement personnel des adeptes.27

  • 28  Plantagenet, Edouard, Causeries initiatiques pour le travail en chambre de compagnons, Paris, Derv (…)
  • 29  Mollier, Pierre, La Chevalerie maçonnique : Franc-maçonnerie, imaginaire chevaleresque et légende (…)
  • 30  Vierne, Simone, Les Mythes de la Franc-maçonnerie, Paris, Véga, 2008, pp. 122-123.

19Considérations temporelles et spirituelles sont donc dialectiquement imbriquées, pour la plupart des obédiences francophones, et témoignent de l’influence profonde et durable que la tradition alchimique, qui s’efforçait de réconcilier l’esprit et la matière en opérant les « noces chimiques du ciel et de la terre » par un phénomène de transmutation, possède sur les francs-maçons. Le système ternaire des « frères trois points » (triangle, trois pas de l’Apprenti, trois colonnes baptisées « Sagesse », « Force » et « Beauté », trois Grande Lumières de la Franc-maçonnerie…), n’est d’ailleurs pas sans rappeler les principes de base des alchimistes, qui prétendaient réunir le Soufre igné et le Mercure aqueux via un troisième terme, le Sel. L’analyse que l’initié Edouard Plantagenet effectue au sujet de la conversion maçonnique est nettement imprégnée de cette pratique alchimique, puisqu’il précise que « cette tâche s’accomplit en « spiritualisant la matière » au premier degré de l’Initiation, en « matérialisant l’esprit » au second et, enfin, en unifiant la matière et l’esprit au troisième »28. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la symbolique maçonnique des hauts grades s’inspire également des traditions templière et chevaleresque29, les moines-soldats et membres de ces ordres étant animés par des motivations tant profanes que spirituelles30.

  • 31  Mannheim, Karl, Idéologie et Utopie, Paris, Marcel Rivière, 1956.
  • 32  Le désir d’ordre, en effet, est une constante des organisations utopiennes. En outre, on retrouve (…)
  • 33  A ce sujet, voir Beaurepaire, Pierre-Yves, La République universelle des francs-maçons. De Newton (…)

20On peut même percevoir dans la voie maçonnique une ambition utopienne, visant à réaliser la cité céleste sur terre, dans la mesure où elle entreprend de parfaire la condition humaine. Le caractère « protestataire » que Karl Mannheim identifie comme étant au fondement de l’utopie31 (à l’inverse de l’idéologie qu’il décrit comme un outil de conservation du pouvoir aux mains des classes dominantes), en effet, est bien présent dans l’institution maçonnique, qui s’efforce de changer la nature des choses. Il s’exprime notamment à travers l’initiation, qui prétend faire du profane un « nouvel homme » qui renaît après avoir connu une mort symbolique, ou encore à travers la devise maçonnique Ordo ab chao, qui entreprend de faire advenir l’ordre à partir du désordre32. Enfin, on peut aussi en trouver la trace dans le désir de dépasser les clivages idéologiques, religieux et politiques, et d’unir les hommes autour de valeurs communes. La Franc-maçonnerie, en effet, éprise d’universalisme, entend bien offrir à ceux qui se considèrent « citoyens du monde » une institution cosmopolite33, un langage symbolique anté-babélien, capable de transcender les particularismes nationaux. Elle est ce « centre de l’Union » évoqué par les Constitutions d’Anderson, qui permet de réunir par une » véritable amitié, des personnes qui eussent dû rester perpétuellement séparées »…

21Une obédience comme l’Ordre Maçonnique Mixte International le Droit Humain, qui rassemble plus de 27 000 membres de par le monde, tente explicitement de concilier approches symboliques et spirituelles d’une part, approches sociales d’autre part, en faisant « plancher » annuellement ses adeptes sur des questions relevant de ces deux thématiques. Très attachée à la laïcité, elle est également tournée vers des considérations proches de celles que les religions développent, certains de ses adeptes s’engageant dans une démarche méliorative que l’on pourrait qualifier de sotériologique.

  • 34  Tel est le cas, par exemple, à la loge Nostra Delta, sise à Salon de Provence.
  • 35  Pozarnik, Alain, A la lumière de l’acacia. Du profane à la maîtrise, Paris, Dervy, 2000, p. 35.

22Cette tentative d’équilibrage entre deux postures que les philosophes des Lumières tendaient à considérer comme antinomiques (tradition et modernité, symbolisme et conceptualisme, foi et raison, ésotérisme et exotérisme…), traduit une volonté de ré-enchanter un monde désenchanté – selon l’analyse weberienne – par l’affaiblissement des idéologies transcendantes et des référents métaphysiques, sans toutefois sacrifier aux idées de progrès et de liberté que la société moderne a mises en exergue. Dans certains ateliers du Droit humain34, l’ouverture et la fermeture des travaux par le Vénérable Maître se fait d’ailleurs selon la mention significative suivante : « Au Progrès de l’Humanité et / ou à la Gloire du Grand Architecte de l’univers »… Si la franc-maçonnerie est un idéal, elle se veut donc un idéal incarné. Alain Pozarnik, ancien Grand Maître de la Grande Loge de France, affirme ainsi qu’ « il y a deux plans, deux niveaux de vie, l’homme peut choisir l’un ou l’autre, le matériel ou le spirituel, l’initié s’équilibre entre les deux, il vit à la fois le ciel et la terre »35.

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Notes

1  Roy, Jean-Philippe, « Théisme, déisme, adogmatisme, la Franc-maçonnerie. Une troisième voie pour sortir du clivage autonomie/hétéronomie ? », in La Pensée et les Hommes, n° 66, 2007.

2  Maffesoli, Michel, Eloge de la raison sensible, Paris, Grasset, 1996.

3  Barat, Michel, La Conversion du regard, Paris, Albin Michel, 1992, p. 48.

4  La Franc-maçonnerie est « une véritable ecclesia dans le sens d’union fraternelle, la seule religion dans le monde, si nous considérons le terme comme dérivé de « religare », puisqu’elle unit tous les hommes qui lui appartiennent comme des « frères », sans égard à leur race ni à leur foi » (Plantagenet, Edouard, Causeries initiatiques pour le travail en chambre du milieu, Paris, Dervy, 2001, p. 72).

5  Bolle de Bal, Marcel, La Franc-maçonnerie, porte du devenir. Un Laboratoire de reliances, Paris, Detrad, aVs, 1998.

6  Meslin, Michel, « Religion, sacré et mythe », Actes du colloque de Paris, Centre Ravel, 24-26 octrobre 2005 : les conditions d’un enseignement du fait religieux dans l’école française, publiés par l’ARELC, Bulletin de liaison, n° 20, 2007.

7  Debray, Régis, Vie et mort de l’image. Une histoire du regard en Occident, Paris, Gallimard, 1989, p. 82.

8  Durand, Gilbert, L’Imagination symbolique, Paris, PUF, 1964, pp. 12-18.

9  Ferré, Jean, La Franc-maçonnerie et le sacré, Paris, Dervy, 2004.

10  Etienne, Bruno, L’Initiation, Paris, Dervy, 2002.

11  Agulhon, Maurice, Pénitents et francs-maçons dans l’ancienne Provence. Essai sur la sociabilité méridionale, Paris, Fayard, 1968.

12  Cambacérès et Joseph de Maistre, par exemple, possédaient une double affiliation, étant tout à la fois pénitents et francs-maçons.

13  Négrier, Patrick, L’éclectisme maçonnique, Bagnolet, éditions Ivoire-Clair, 2003.

14  Dachez, Roger, Histoire de la Franc-maçonnerie Française, PUF, collection « Que sais-je ? », 2003.

15  En France la Grande Loge Nationale Française est l’une des représentantes de la branche traditionnelle, tandis que le Grand Orient de France incarne la mouvance la plus libérale.

16  On trouvera une publication des différentes versions des Constitutions d’Anderson dans l’ouvrage de Ferré, Jean, Histoire de la Franc-maçonnerie par les textes (1248-1782), Paris, éditions du Rocher, 2001.

17  Boutin, Pierre, La Franc-maçonnerie, l’Eglise et la modernité : les enjeux institutionnels du conflit, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.

18  Cité par Beaurepaire, Pierre-Yves, « Le temple maçonnique », Socio-anthropologie, n° 17-18, 2006.

19  Porset, Charles, et Révauger, Cécile, Franc-maçonnerie et religions dans l’Europe des Lumières, Paris, Honoré Champion, 2006.

20  Vindé, François, L’Affaire des fiches. 1900-1904 : chronique d’un scandale, Paris, éditions Universitaires, 1989.

21  Chevallier, Pierre, Histoire de la Franc-maçonnerie française, tome 3, « La Maçonnerie, Église de la République : 1877-1944 », Paris, Fayard, 1975.

22  Gayot, Gérard, La Franc-maçonnerie française. Textes et pratiques (XVIIIe-XIXe siècles), Paris, Gallimard, 1991 (p. 125, pp. 153-177).

23  Nom donné à des associations inter-obédientielles, qui regroupent des francs-maçons exerçant une même profession.

24  Henri Caillavet a élaboré des projets de loi sur l’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse), le divorce par consentement mutuel, l’acharnement thérapeutique, les greffes d’organe ou encore la transsexualité, et participé à la création de la CNIL.

25  Martin, Luis P., (dir.), Les Francs-maçons dans la cité. Les cultures politiques de la Franc-maçonnerie en Europe, XIXe – XXe siècles, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2000.

26  Coignard, Sophie, Un Etat dans l’Etat. Le contre-pouvoir maçonnique, Paris, Albin Michel, 2009.

27  Jean Verdun a mis en évidence cette bipolarité de la démarche maçonnique, allant jusqu’à intituler un chapitre de son ouvrage La Réalité maçonnique « La Franc-maçonnerie, corps spirituel et corps social ».

28  Plantagenet, Edouard, Causeries initiatiques pour le travail en chambre de compagnons, Paris, Dervy, 1992.

29  Mollier, Pierre, La Chevalerie maçonnique : Franc-maçonnerie, imaginaire chevaleresque et légende templière au siècle des Lumières, Paris, Dervy, 2005.

30  Vierne, Simone, Les Mythes de la Franc-maçonnerie, Paris, Véga, 2008, pp. 122-123.

31  Mannheim, Karl, Idéologie et Utopie, Paris, Marcel Rivière, 1956.

32  Le désir d’ordre, en effet, est une constante des organisations utopiennes. En outre, on retrouve encore une fois l’influence de l’alchimie dans la devise maçonnique Ordo ab chao. Les alchimistes, en effet, possédaient une devise assez semblable (Solve et Coagula, qui signifiait que la materia prima dissoute se transformait ensuite en une substance ennoblie et solidifiée), et affirmaient donner naissance à l’Œuvre au Blanc à partir de l’Œuvre au Noir.

33  A ce sujet, voir Beaurepaire, Pierre-Yves, La République universelle des francs-maçons. De Newton à Metternich, Rennes, Ouest-France, 1999.

34  Tel est le cas, par exemple, à la loge Nostra Delta, sise à Salon de Provence.

35  Pozarnik, Alain, A la lumière de l’acacia. Du profane à la maîtrise, Paris, Dervy, 2000, p. 35.

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References

Electronic reference

Céline Bryon-Portet, « La Franc-maçonnerie, entre cité céleste et cité terrestre : divisions et équilibrages internes au sujet du théisme, de la religion et des questions sociétales », Amnis [Online], 11 | 2012, Online since 10 September 2012, connection on 10 November 2019. URL : http://journals.openedition.org/amnis/1676 ; DOI : 10.4000/amnis.1676

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Céline Bryon-Portet

Maître de conférences HDR en Sciences de l’information et de la communication, Université de Toulouse, France, celine.bryonportet@ensiacet.fr

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Hommage à Robert Amadou

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Hommage à Robert Amadou

Hommage à Robert Amadou dans Silhouette RA3

A Catherine, très affectueusement

Mon frère, mon ami, mon vieux maître s’est endormi, mardi 14 mars 2006, dans la Paix du Seigneur qu’il avait tant cherché et tant aimé toute sa vie terrestre durant, commencée voilà 82 ans.  » L’homme peut soutenir l’homme ; mais il n’y a que Dieu qui le délivre  » dit le Philosophe inconnu, que Robert Amadou, son vieil ami, a rejoint dans la lumière sans déclin. Le voici donc délivré et nous voici donc orphelins.

Ce serait trop peu, assurément, que de dire que l’occultisme, le martinisme, la gnose, la théosophie, en un mot la Tradition de l’Occident-Orient doivent beaucoup à Robert Amadou. Au vrai,  » nous lui sommes tous redevables. Honte à qui s’en dédie ! « . Ainsi s’ouvrait, à l’endroit de Papus, la préface de Robert au livre que le Dr Philippe Encausse a consacré jadis à son père, Papus, le  » Balzac de l’occultisme « . Cette sentence, je l’adopte à mon tour, s’agissant de Robert et de son œuvre immense, fruit de plus de soixante ans d’un travail sans relâche, dont le présent hommage, aussi modeste et imparfait soit-il, s’efforcera d’abord de donner quelques lignes majeures.
L’immense tache, le premier service de Robert Amadou – et de quelques très rares compagnons de route – aura été, au sortir de la guerre, de restituer l’occulte à la culture. Les résistances – rappelait-il en 1987 – furent très vives, à commencer par les instituteurs de l’immuable Sorbonne où il traita pourtant de la Contemplation selon Aristote. Dans cette académie rabâcheuse et hostile, deux exceptions, disait-il : Marcel Jousse, à l’Ecole pratique des hautes études, et Paul Valéry, au Collège de France. Paul Valéry… Un souvenir me vient : nous sommes, Robert, Catherine et quelques intimes, en septembre 1987, quelque part au bord de la Méditerranée, dont Robert disait qu’elle était la seule mer. Au loin des voilures albâtres se distinguent des flots. Robert, les yeux fixés sur l’horizon, cite des vers de Paul Valéry…
Ce fut grâce à Paul le Cour que Robert Amadou entra dans la carrière. L’homme d’Atlantis, en qui il voyait du prophète, lui fit connaître ce « grand méconnu, l’abbé Paul Lacuria, le ‘Pythagore français’ », qui fut sous ce titre le sujet de sa première conférence, le 7 mars 1943. Le conférencier en herbe n’avait que dix-neuf ans, mais Lacuria ne l’a jamais quitté, dont il a publié bien des années plus tard la  » Défense des Harmonies de l’être « , qui compose, avec d’autres carnets inédits, Lacuria, sage de Dieu (Awac, 1981). La même année, Robert donnera à l’enseigne d’Atlantis (1981) un copieux dossier sur « L’abbé Lacuria et les harmonies de l’être ».
En 1950, Robert Amadou produit l’Occultisme, esquisse d’un monde vivant (Julliard, 1950 ; nouv. éd., Chanteloup, 1987), qui marque un coup d’essai qui n’en est pas moins un coup de maître. Salué par la critique, l’ouvrage deviendra classique, tandis que l’auteur publiait la même année, en collaboration avec Robert Kanters, une très précieuse Anthologie littéraire de l’occultisme (Julliard, 1950 ; nouv. éd., 1975). Le mouvement était lancé : les livres allaient s’enchaîner avec régularité, sur tous les fronts. Je cite pour mémoire : Eloge de la lâcheté (Julliard, 1951) ; Albert Schweitzer, éléments de biographie et de bibliographie (L’Arche, 1952) ; Recherches sur la doctrine des théosophes (Le Cercle du Livre, 1952) ; La poudre de sympathie (Gérard Nizet, 1953) ; La science et le paranormal (I.M.I, 1955) ; Les grands médiums (Denoël, 1957) ; La télépathie (Grasset, 1958)… Du lot, tirons au moins, en 1954, son essai historique et critique sur La Parapsychologie, devenu classique lui aussi, qui marquait alors le renouveau de la vieille métapsychique.
En 1955, Robert lance la revue La Tour Saint-Jacques, qui devient aussitôt incontournable. Elle a pour devise :  » rien de ce qui est étrange ne nous est étranger « , et rassemble les meilleures plumes du moment : René Alleau, Robert Ambelain, André Barbault, Armand Beyer, Eugène Canseliet, Marie-Madeleine Davy, Mircea Eliade, Philippe Encausse, Robert Kanters, Serge Hutin, Alice Joly, Louis Massignon, Pierre Mariel, René Nelli, Jean Richer, François Secret, Pierre Victor (Pierre Barrucand)… J’en oublie beaucoup. Mais comment oublierais-je le cher Jacques Bergier, « amateur d’insolite et scribe de miracles » qui y rapportait les « nouvelles de nulle part et d’ailleurs », et dont Robert m’aidait jadis à perpétuer la mémoire ? La revue La Tour Saint-Jacques se double alors d’une collection d’ouvrages. On y aborde avec rigueur, méthode et amour, les grands anciens et les recherches contemporaines, et aussi l’illuminisme, et Saint-Martin, et Huysmans, et tant d’autres ! et les sciences traditionnelles et leur histoire : magie, astrologie…
Si Robert Amadou n’a jamais pratiqué l’alchimie, il a étudié Raymond Lulle et l’alchimie (Le Cercle du Livre, 1953), s’est intéressé à  » l’Affaire Fulcanelli  » et s’entretint notamment avec Eugène Canseliet dans Le Feu du Soleil (Pauvert, 1978).
En revanche, l’astrologie fut pour lui une compagne constante. Né à Bois-Colombes, le 16 février 1924, à 2 heures du matin, sous le signe du Verseau et l’ascendant Sagittaire, Robert avait découvert l’astrologie à 14 ans, avec le petit livre de René Trintzius, Je lis dans les astres ; il commença à la pratiquer avec les éphémérides de Choisnard, offertes par sa tante, et il n’a pas cessé, pendant près de 70 ans, à toutes fins utiles, y compris, disait-il, les plus quotidiennes et les plus hautes, parce que l’astrologie touche à tout, et que l’on touche à tout par l’astrologie. L’authentique astrologie révèle Sophia et s’offre comme un moyen de connaître Dieu ; elle est, par vocation, sagesse, et Robert était un ami de Dieu et de sa Sagesse. En théorie et en pratique, il a suivi au plus juste la tradition, en particulier Plotin, Ptolémée et Paracelse, sans négliger les modernes, de Robert Ambelain à Armand et André Barbault, tout en vilipendant la prétention à une astrologie scientifique. Nombreuses ont été ses publications en l’espèce, depuis le numéro spécial de La Tour Saint-Jacques, en 1956, jusqu’au magistral Question De sur les astrologies, en 1985. Il a également remis au jour Les Monomères. Symbolisme traditionnel des degrés du zodiaque (Cariscript, 1985), a étudié La précession des équinoxes. Schéma d’un thème astrosophique (Albatros, 1979) en rapport avec l’Ere du Verseau chère à Paul Le Cour. Chez les anciens, il s’est intéressé à L’astrologie de Nostradamus, qu’il a contribué à éclairer, par exemple lors d’un colloque, à Salon de Provence, en 1985, et à travers un dossier de près de 500 pages (diffusion ARCC, 1987/1992) – qui le connaît ? – ou encore aux côtés des Amis de Michel Nostradamus fondés par Michel Chomarat, en 1983.
En dehors de l’astrologie, mais au cœur de la Tradition occidentale, combien d’autres grands anciens a-t-il contribué à remettre et même à mettre en lumière ? Il a étudié Franz Anton Mesmer et son magnétisme animal (Payot, 1971). De Balsamo-Cagliostro, il a présenté au congrès international de San Leo, en juin 1991, Le rituel de la maçonnerie égyptienne (SEPP, 1996). J’entends du Joseph Balsamo du XVIIIe siècle, car il y en a un autre – à moins que … – qui manifeste les mêmes prétentions et se comporte de la même manière, dont Robert Amadou a retrouvé la trace, à Toulouse, en… 1644.
De Fabre d’Olivet, il a publié partiellement, après l’avoir retrouvé en 1978, le manuscrit inédit de La Théodoxie universelle qui prolonge La Langue hébraïque restituée du même auteur. Ce maître d’ésotérisme, que Robert vénérait à ce titre depuis l’adolescence, trouve l’aboutissement de son œuvre majeure dans les écrits de Saint-Yves d’Alveydre, dont il a exhumé à la bibliothèque de la Sorbonne le fonds que Philippe Encausse y avait déposé. La pensée de Saint-Yves trouve sa perfection dans l’œuvre du Dr Auguste-Edouard Chauvet, dont le service n’avait cessé de l’instruire parce qu’il avait été son maître et n’a jamais cessé de l’être. A Chauvet et à son Esotérisme de la Genèse, Robert Amadou a consacré des séminaires, notamment à Ergonia, en 1981, après une soirée d’études et d’hommage, au centre l’Homme et la connaissance, en 1978, où il tint à associer Chauvet à son fils spirituel, l’abbé Eugène Bertaud, dit Jean Saïridès, dont Robert fut l’ami. Sur Chauvet, sa vie, son œuvre, il avait résolu de composer un ouvrage conséquent qui n’a pas vu le jour. Mais il en tira la matière d’une plaquette De la langue hébraïque restituée à l’Esotérisme de la Genèse (Cariscript, 1987). Dans l’entourage de Chauvet s’était constituée aussi une société chrétienne d’initiation : l’Ordre du Saint Graal qu’avait formé un autre Chauvet, prénommé James, et le Dr Octave Béliard (1876-1951), et Robert a édité La Queste du Saint Graal (Cariscript, 1987).
Quant aux sociétés secrètes, qui ont fait l’objet de ses entretiens avec Pierre Barrucand (Pierre Horay, 1978), Robert en connaissait les bienfaits en même temps que les limites et les travers. Mais il aimait désigner les plus dignes du mot du bon pasteur Pierre de Joux – dont il a tiré de l’oubli Ce que c’est que la franche maçonnerie (Cariscript, 1988) – comme  » sociétés succursales  » de l’Eglise intérieure, à commencer par l’Ordre martiniste et la franc-maçonnerie.
A la franc-maçonnerie, Robert Amadou a consacré un doctorat en ethnologie, en 1984 : « Recherches sur l’histoire et réflexions sur la doctrine d’une société initiatique en Occident moderne ». Entre maintes autres études, relevons au moins sa Tradition maçonnique (Cariscript, 1986), sa collaboration au Dictionnaire [universel] de la franc-maçonnerie de Daniel Ligou (1974 ; nouv. éd. à paraître en 2006), et, plus récemment, sa contribution à l’Encyclopédie de la franc-maçonnerie d’Eric Saunier (Librairie générale française, 2000). Sans omettre sa participation à tant de revues d’érudition, à commencer par Le Symbolisme et à finir par notre chère Renaissance traditionnelle, de « René Désaguliers, Maçon de l’universalité », de Roger Dachez et de Pierre Mollier, amis fraternels, pour laquelle il préparait encore tant d’articles attendus et même un numéro spécial sur Saint-Martin.
Mais c’est au régime écossais rectifié, avant tout, qu’allaient les élans du cœur de Robert Amadou qui en a notamment réédité les Archives secrètes de Steel et Maret (Slatkine, 1985) et mis en lumière les arcanes du saint ordre. De Jean-Baptiste Willermoz, fondateur et patriarche de ce régime sans pareil, il a inventé le fonds L. A., publié maint texte d’instruction et dressé le plus attachant des portraits : « honnête homme, parfait maçon, excellent martiniste ».
J’ai cité pêle-mêle ou presque les grands anciens dont Robert Amadou vénérait la mémoire, et dont il a défendu la cause dans Illuminisme et contre-illuminisme au XVIIIe siècle (Cariscript, 1989). Deux noms au moins manquent à cette liste. Et quels noms ! Qui, ici, ne les connaît ? Louis-Claude de Saint-Martin, le Philosophe inconnu, a marqué à jamais la vie, l’œuvre, la pensée et le cœur de Robert Amadou, depuis le jour où il découvrit dans la librairie Chacornac, en 1941 ou 1942, le numéro d’Atlantis qui lui était consacré. Louis-Claude de Saint-Martin et le martinisme (Le Griffon d’Or, 1946) inaugura l’interminable liste des publications savantes et amoureuses – parce que la connaissance et l’amour sont les deux piliers de la gnose – qu’il a consacrées, pendant 60 ans, à son vieil ami le théosophe d’Amboise, dans l’amitié de Dieu.
A son livret de 1946 qu’il n’a jamais réédité, trois autres livrets se sont substitués, qui sont complémentaires : Calendrier de la vie et des écrits de Louis-Claude de Saint-Martin (Renaissance traditionnelle, 1978), « Martinisme » (1979, 1993) et « Sédir, levez-vous ». La théosophie de Louis-Claude de Saint-Martin (Cariscript, 1991). Il faut y ajouter « Louis-Claude de Saint-Martin, le théosophe méconnu », publié ici-même de 1975 à 1981.
 
« Servi par un instinct divinatoire exceptionnel et le génie de la découverte », comme l’a fort bien écrit Eugène Susini, Robert Amadou est parti très jeune en chasse des inédits du Philosophe inconnu. Et il en a trouvé beaucoup ! Aux Cinq textes inédits qui inaugurent, en 1959, sa carrière d’inventeur sans pareil, succèdent le Portrait historique et philosophique (Julliard, 1961), la Conférence avec M. le chev. de Boufflers (1961), les Pensées mythologiques (1961), le Cahier des langues (1961), les Fragments de Grenoble (1962), les Pensées sur l’Ecriture sainte (1963-1965), les Etincelles politiques (1965-1966), le Cahier de métaphysique (1966-1968), le Carnet d’un jeune élu cohen / Le livre rouge (1968/1984), les Lettres aux Du Bourg (1977), Les nombres (1983), Mon livre vert (1991), le Traité des Formes (2001-2002), les Pensées sur les sciences naturelles… En 1978, l’invention du fonds Z lui avait offert la perle tant recherchée : les papiers personnels de Saint-Martin parmi les plus précieux, passés après la mort du Philosophe inconnu entre les mains de Joseph Gilbert. Quoi d’étonnant au fond !
Parallèlement, Robert Amadou tirait un à un de l’oubli les imprimés de Saint-Martin : Le Crocodile (Triades, 1962 ; 2e éd., 1979), l’Homme de désir (U.G.E., Bibliothèque 10/18, 1973), les Dix prières (L’Initiation, 1968, puis Cariscript, 1987), et il rééditait les « œuvres majeures », sous la marque du prestigieux éditeur allemand Georg Olms, avec des introductions qui sont de purs chefs-d’œuvre. En 1986, lors d’un colloque qui marqua à Tours la Présence de Louis-Claude de Saint-Martin (Société ligérienne de philosophie, 1986) Robert Amadou défendit « Saint-Martin, fou à délier ». Louis-Claude de Saint-Martin et le martinisme ont fait l’objet de son doctorat d’Etat ès lettres et sciences humaines, soutenu à Paris X, en 1972, avec la mention « très honorable ». Soutenance que Combat qualifia à juste titre de « gnostique » !
 
Par charité, Robert Amadou avait également rassemblé à l’intention des hommes du torrent de très précieuses Maximes et pensées de Saint-Martin (André Silvaire, 1963 ; éd augm., 1978). Mais quels services ne sont-elles pas capable de rendre aussi aux hommes de désir ? Eugène Susini disait de Robert Amadou qu’il savait tout du Philosophe inconnu. Il avait raison.
Pour le bonheur de tous les martinistes, L’Initiation de Philippe Encausse eut la plus grande part de ses articles sur Saint-Martin. D’autres sont à redécouvrir dans les revues qu’il a fondées : La Tour Saint-Jacques, Les Cahiers de l’homme-esprit, le Bulletin martiniste. Ce dernier, Robert Amadou le porta aux côtés d’Antoine Abi Acar, directeur des chères Editions Cariscript, où il dirigeait tant de collections merveilleuses, à commencer par les  » Documents martinistes  » où il me fit entrer, en 1986. Dans la boutique et l’arrière-boutique de Cariscript, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, où me ramènent aujourd’hui tant de souvenirs, l’on discutait de théologie et d’ésotérisme, d’astrologie et de théurgie autour du café préparé par Antoine. Que de projets ont mûri là ! Au nombre de ceux-ci, le Bulletin martiniste devait se réincarner en Gnostica, qui n’a pas vu le jour. Mais en 1991, de l’enthousiasme de quelques apprentis gnostiques, naissait l’Esprit des choses, organe du Centre international d’études et de recherches martinistes (CIREM), dirigé par Rémi Boyer, sous la présidence de Robert – qui y donna de nombreux inédits de Saint-Martin – puis dans l’autonomie. Robert m’engageait aussi à écrire un cours de martinisme diffusé dans le cadre de l’Institut Eléazar, dont il avait accepté dès 1990 la présidence d’honneur, et où il n’a pas cessé de m’assister, dans une parfaite communion spirituelle.
Mais impossible de comprendre Saint-Martin sans avoir abordé l’œuvre de son premier maître, Martines de Pasqually, le théurge inconnu, dont Robert Amadou a détaillé ici-même, pour la première fois, la doctrine dans une « Introduction à Martines de Pasqually », texte sans précédent et sans second. Il en a aussi publié deux éditions différentes du Traité de (ou sur) la réintégration (Robert Dumas, 1974 ; Diffusion rosicrucienne, 1995) et publié et commentés maints documents, tant maçonniques que théurgiques, de l’Ordre des élus coëns. Dernier chef-d’œuvre en date, conçu en collaboration avec Catherine Amadou : Les Leçons de Lyon aux élus coëns (Dervy, 1999), réunissent les leçons de trois élèves du maître : Saint-Martin, Du Roy d’Hauterive, Willermoz.
 
Son dernier livre consacré à la correspondance de Saint-Martin avec Kirchberger, n’aura pas vu le jour de son vivant, mais Catherine conduira le chantier à son terme. Quant à nos entretiens annoncés chez Dervy, dont nous avions pourtant ébauché le plan, il n’a pas été possible de les réaliser. Combien d’autres ouvrages annoncés et attendus comme des trésors de science et d’érudition, sont eux-mêmes restés en plan ou en chantier ? Dieu aidant, Catherine, qui fut constante à l’œuvre à ses côtés, compétente, dévouée, efficace, poursuivra, n’en doutons pas, la tâche à laquelle Robert l’a préparée.
Robert Amadou n’a pas cessé de chercher la vérité, par exemple dans l’histoire et dans la Tradition. Lisez ou relisez son Occident, Orient. Parcours d’une tradition (Cariscript, 1987). Dès ses premières lettres, en 1982, il m’exhortait à me lever de bonne heure et me donnait la clef : érudition ! Robert avait tout lu, tout étudié de nos objets, et son œuvre témoigne d’une érudition inégalée dans la seconde moitié du XXe siècle dont il fut et restera le plus sûr et peut-être le plus grand historien de l’occultisme, ne serait-ce que par l’ampleur de son champ d’investigation.
Entre toutes, trois bibliothèques étaient particulièrement chères à son cœur : Sainte-Geneviève d’abord, où il s’était plongé dès l’adolescence dans l’astrologie et la kabbale – il m’y conduisit dès le lendemain de notre première rencontre – ; la vieille B.N. ensuite, où pendant vingt ans il avait occupé tous les jours (sauf quelques pèlerinages loin de Paris) la place 191 ; notre chère BML enfin, dont il inventoria les fonds Bricaud et Papus, qu’il exploita conjointement avec le fonds Willermoz, notamment.
Papus ! Le vulgarisateur de l’occultisme était cher au cœur du plus érudit des occultistes, et avec lui combien de ses compagnons de la hiérophanie, selon l’expression classique de Michelet, et combien de ses épigones ? De Papus comme de Jean Bricaud, il a classé les archives à notre chère Bibliothèque municipale de Lyon, dont il tira tant d’informations et de publications (que nous remémore « L’Occulte à la Bibliothèque municipale de Lyon » (éd. augm. in Lyon carrefour européen de la franc-maçonnerie, 2003). Dans le cœur de Robert Amadou, impossible de dissocier Papus de son fils, le Dr Philippe Encausse, dont il a réhabilité la mémoire quand des instituteurs patentés l’ont injuriée (A deux amis de Dieu : Papus & Philippe Encausse. Hommage de réparation, CIREM, 1995). Du legs Philippe Encausse à la BML, Robert m’offrit d’ailleurs, en 1986, de publier quelques pièces remarquables.
2.
Voici pour l’inventaire, ô combien sommaire je le sais bien, d’une œuvre immense. Pour mémoire, disais-je. Mais l’homme ne se confond pas avec son œuvre et j’entends Robert me remémorer aussi la mise en garde de Freud : celui qui devient biographe, ou historien, s’oblige au mensonge, aux secrets, à l’hypocrisie, car il est impossible d’avoir la vérité biographique ou historique. Or Robert détestait le mensonge autant que l’hypocrisie, il ne se laissa jamais séduire par le mythe moderne de la conscience objective, mais il chercha et aima plus que tout la vérité, parce que la Vérité est un être, qui est la Voie comme il est la Vie. Allons à présent à l’essentiel, à la racine des choses, à la racine de Robert Amadou qui se dégage à merveille de son œuvre comme de sa vie.
 
C’est à l’âge de treize ans que les bons pères jésuites chez lesquels il fit ses études secondaires, rue de Madrid, à Paris, avaient servi la Providence en le plaçant au service du patriarche de l’Eglise syrienne catholique, lors de sa venue à Paris, à l’occasion de l’exposition universelle de 1937. Quelques années plus tard, Robert entrait dans l’Eglise syrienne catholique, et il tint l’office de chammas à l’église parisienne Saint-Ephrem-des-Syriens. Il se liait avec Gabriel Khouri-Sarkis, qu’il aiderait ensuite à la fondation et à la direction de l’Orient syrien. Mais son cœur et son intelligence le portaient vers l’Eglise syrienne orthodoxe, héritière directe de la communauté judéo-chrétienne primitive. Le 25 janvier 1945, il fut ordonné dans la succession syrienne de saint Pierre, et sa thèse de doctorat en théologie a pour titre : « Recherches sur les Eglises de langue syriaque et les Eglises dérivées ».
Parenthèse : en 1944, Henri Meslin lui avait imposé les mains pour la consécration d’évêque gnostique, dans la lignée de Jules Doinel,  » fol amant de Sophie « , dont il a publié la biographie et réédité et commenté Lucifer démasqué (Slatkine, 1983). Puis, en 1945, Victor Blanchard le consacra évêque gnostique, dans la succession apostolique que celui-ci avait reçue, le 5 mai 1918, du patriarche Jean II Bricaud, lequel la tenait de Mgr Louis-François Giraud, successeur de l’abbé Julio. Sans avoir jamais appartenu formellement à aucune église gnostique, c’est à ce titre que Robert accordait pourtant à Alain Pédron un  » entretien avec T Jacques « , publié dans l’Initiation, en 1978, sous le titre  » Qu’est-ce que l’Eglise gnostique ?  » (compléments, CIREM, 1996).
Robert Amadou n’a pas pour autant négligé la kabbale et le soufisme. Il a été admis dans une confrérie soufie et disserta sur Le soufisme même (Caractères, 1991). Judaïsme, christianisme et islam sont les trois piliers de la sagesse abrahamique.
Prêtre de Notre Seigneur Jésus-Christ, Robert officiait, notamment pour des martinistes ; il donnait les sacrements, à commencer par le baptême (comment oublierais-je que Robert voulut que notre première rencontre se fit à l’occasion du baptême d’une petite fille dont Philippe Encausse était le parrain ?), il visitait les malades – tant à leur domicile que dans les hôpitaux – et les prisonniers ; il priait, célébrait et exorcisait. Ses études sur Satan et le mal sont du plus grand intérêt. Qui les connaît ? Tel fut aussi le sens de notre réflexion commune sur le Sida face à la Tradition, thème d’un petit colloque que nous organisions à Paris, en 1988. Las, un volume projeté – un de plus ! – n’a pas vu le jour.
Sans appartenir à beaucoup et tout en se méfiant des formes associatives, Robert n’a pas négligé les bienfaits des écoles succursales où il a accompli sa part de services. La lumière maçonnique lui avait été donnée, le 6 juin 1943, dans Paris occupée, au sein de la loge clandestine Alexandrie d’Egypte placée sous le vénéralat de Robert Ambelain, dans l’ombre duquel se tenait Georges Lagrèze. Sa préface à mon histoire de La franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm rappelle ces circonstances héroïques.
Puis le Grand Architecte de l’Univers le guida vers le régime écossais rectifié, dont la doctrine lui était déjà si familière. Maître écossais de Saint-André, le 23 mars 1966, au sein de la Grande Loge nationale française – Opéra, il fut armé chevalier bienfaisant de la Cité sainte, le 7 mai 1966, avec pour nom d’ordre Robertus ab AEgypto, et pour devise In domum Domini ibimus, « nous irons à la maison du Seigneur ». Sa maison, Robert l’a trouva ici-bas au Grand Prieuré d’Helvétie et dans l’obédience de la Grande Loge suisse Alpina où l’accueillit en 1978 la loge In Labore Virtus, à l’orient de Zurich. Le 18 mai 1969, un ultime collège, à Genève, l’avait admis au cœur du saint ordre, avant de lui confier le mandat de publier dans Le symbolisme une mise au point sans pareille, qui fit grand bruit « A propos de la grande profession », sous la signature pseudonyme de Maharba, anagramme d’Abraham. Puis, mission accomplie, Maharba entra dans le silence. Lors des obsèques, trois roses entrelacées, symbole de force, de sagesse et de beauté, ont marqué à jamais l’amitié des frères suisses pour Robert et Catherine.
 
 
A la franc-maçonnerie, comment ne pas associer ici le martinisme ? Après avoir découvert Saint-Martin, Robert avait reçu d’Aurifer, son premier maître, l’initiation martiniste, le 6 juin 1942, au grade d’associé, puis aux grades d’initié et de supérieur inconnu, avec les fonctions d’initiateur, le 1er septembre de la même année, dans la clandestinité initiatique. Par analogie avec son patronyme et avec la pente de son caractère, il avait alors choisi pour nomen Ignifer, le porteur de feu. Jamais symbole n’aura été plus pertinent, plus efficace ! De même, Robert trouva sur le champ le nomen de Catherine, Pacifera, en 1965. Comment oublierai-je que Robert me fit à mon tour bénéficier de ce dépôt insigne, en 1994 ?
Dans l’Ordre martiniste, Robert Amadou seconda son vieil ami Philippe Encausse qui l’avait réveillé en 1952, et dont le fils de Papus l’avait voulu grand orateur. Il allait aussi inlassablement porter la bonne parole dans les cercles formels ou informels où l’on cultivait notamment l’amitié fraternelle du Philosophe inconnu, voire celle de Martines de Pasqually et de Papus. Robert savait, à l’instar de Saint-Martin, y distribuer la béquée, quitte à être récupéré et à servir parfois de caution indue. Mais en l’espère sa charité était exemplaire, comme était exemplaire sa lucidité. Un souvenir l’illustrera : nous sortons d’une réunion où des hommes de désir, jeunes pour la plupart, ont beaucoup parlé de l’initiation, de sciences occultes. Robert a corrigé parfois, conseillé un peu, écouté beaucoup. Qu’en penses-tu ? lui dis-je d’un air désabusé, une fois seuls, dans la rue. Robert lève les yeux au ciel, secoue la tête et me répond, terrible : « Bergson disait : on ne peut pas penser le néant ! ».
En des temps plus graves, avec des martinistes clandestins rassemblés par Robert Ambelain dont il était le bras droit, Robert Amadou reconstituait dans le Paris de l’Occupation les opérations théurgiques de Martines de Pasqually et de ses émules. Le 24 septembre 1942, la Chose répondit pour quelques-uns, dont il était – quel signe ! – à l’appel de l’homme de désir. S’en suivit la résurgence de 1943, après que Robert Ambelain eut été ordonné réau-croix par Georges Lagrèze, le 3 septembre de cette année. A son tour Ambelain lui conféra les premiers grades coëns le même mois et, à l’équinoxe d’automne 1944, il l’ordonna réau-croix. Si Robert prit ses distances avec la théurgie coën, il n’a jamais cessé de l’étudier et d’attester qu’elle surpasse la magie naturelle et la magie céleste et peut ouvrir une voie spirituelle à quelques-uns, à condition – mais condition ô combien indispensable ! – de ne pas la détacher de la foi et des exercices religieux prescrits. Mais à l’instar du Philosophe inconnu, coën de cœur, et même d’action, Robert resta jusqu’au bout, pour le bénéfice de quelques-uns. Ses « carnets d’un élu coën » (2001-2002) en témoignent.
De même, Robert avait été admis par Robert Ambelain, en 1944, dans l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix.
Pour mémoire et presque en marge, la fondation, le 11 septembre 1945, avec Paul Laugénie et Edouard Gesta, des Amis de Saint-Martin, tombés en sommeil, puis réveillés en 1972, sous la présidence de Léon Cellier et la présidence d’honneur de Robert Amadou. Las, les Amis passèrent ensuite du côté des instituteurs dont Robert n’avait de cesse, à l’instar de Saint-Martin, de condamner l’approche mortifiante et mortifère.
3.
Restituer l’occulte à la culture fut le premier combat, le premier service de Robert Amadou. Avec quelques-uns de sa race, il a combattu avec succès contre les récupérations mercantiles et universitaires de l’occultisme. Puis il a restitué aux occultistes, à toutes les femmes, à tous les hommes de désir, beaucoup de leur patrimoine oublié.
Lors d’un de nos derniers entretiens, je convainquis Robert qu’un troisième combat nous était désormais imposé. Car voici que des voyous cherchent à leur tour à s’emparer de l’occultisme. Ceux-là ne l’auront pas épargné pendant les dernières années de sa vie terrestre ; ils n’épargneront pas plus sa mémoire, je le sais, dans les années qui viennent. Mais de nouveaux combattants se sont dressés sur le champ de bataille.
 
Contre tant d’occultistes du dimanche, Robert Amadou vivait l’occultisme – synonyme pour lui d’ésotérisme – au quotidien, parce que son quotidien était au service de Dieu et des choses de Dieu, le sacré, nos « objets » aimait-il à dire, en écho de Saint-Martin. Ainsi, Robert ne quittait jamais la soutane qui signifiait son engagement religieux et initiatique, quitte à scandaliser les bourgeois pour qui n’existe, en matière vestimentaire comme ailleurs, qu’un modèle, unique et profane.
Robert Amadou refusait de tricher, il détestait l’hypocrisie, ne cédait à aucun terrorisme, ne supportait pas l’injustice et ne fit jamais la moindre concession qui puisse, de quelque façon, aliéner sa liberté. En quête de la perfection, qui est, disait-il, la seule fin de l’homme qui doit devenir Dieu, il ne supportait guère davantage la médiocrité. Sa plume, à titre privée, mais aussi parfois publiquement, lorsqu’il s’agissait de réparer quelque outrage, prenait parfois la forme de l’épée. Il brandissait alors la parole de l’abbé de Rancé, dont il avait fait sa devise : « ceux qui vivent dans la confusion ne peuvent s’empêcher de faire des injustices », et ses mots tranchaient vif. Cela lui valut des amitiés pour l’éternité, quelques inimitiés passagères et bien des désagréments.
Pour Robert et Catherine, la Grèce fut pendant quelques années un paradis. Alors qu’elle menaçait de se transformer en enfer, ce fut le retour à Paris, qui fut un purgatoire. Les deux dernières années de sa vie terrestre ont été pour Robert, privé de ses livres et souffrant d’une fibrose pulmonaire d’origine inconnue, une épreuve permanente, tant morale que physique. Et pourtant, la fatigue de plus en plus pesante ne l’empêchait pas, au prix d’efforts quotidiens, de se mettre chaque jour à sa table de travail, sauf pendant l’hiver 2006, et même de se rendre encore en bibliothèque, notamment à la BNF où il se rendit encore deux jours seulement avant son arrêt cardiaque, accompagné, soutenu par Catherine, qui a été un modèle de courage et de dévouement.
En 2003, Robert avait concélébré une messe pour le bi-centenaire de la mort du Philosophe inconnu, en l’église Saint-Roch, à Paris, et cette « sale maladie », comme il disait lui-même, ne l’a pas empêché non plus de participer à la célébration d’une messe annuelle pour Saint-Martin, à Honfleur en 2004, puis à Saint-Roch en 2005. Depuis 1985, une autre liturgie annuelle célébrée par Robert en mémoire de Philippe Encausse, le 22 juillet, rassemblait les proches de Philippe que Jacqueline a rejoint à son tour, en février dernier.
 
Le 22 mars, à dix heures trente, à Montfermeil, en l’Eglise Sainte Marie Mère de Dieu, la liturgie des défunts selon le rite syrien orthodoxe a été concélébrée, en araméen et en français, par le père Yakup Aydin, de l’Eglise syrienne, assisté du père Antoine Abi Acar, de l’Eglise maronite, et du père Jean-François Var, de l’Eglise catholique orthodoxe de France. Ce dernier avait, le matin, célébré un petit office, à l’hôpital Cochin, en présence de Catherine et de quelques intimes, réunis autour du corps de Robert. D’autres amis, parfois venus de loin, se sont retrouvés ensuite au Père Lachaise, sous une pluie battante, pour un dernier adieu. Au bras de Catherine, Jacqueline Corcellet, l’amie de toujours, et une autre Jacqueline, venue de Grèce.
Celui qu’Albert-Marie Schmidt, en 1950, promouvait jeune maître, sans jamais se prendre ni se donner pour tel, mais revendiquant le statut d’un vieil étudiant, n’a pas cessé, pendant des décennies, de s’instruire et de nous instruire. Robert Amadou m’en voudra-t-il de reprendre à mon compte la formule immortelle par laquelle Joseph de Maistre qualifiait Saint-Martin et par laquelle je souhaite l’honorer à mon tour ? Robert était le plus instruit, le plus sage et le plus élégant des théosophes modernes.
« Quiconque a trouvé son flambeau n’a plus rien à chercher ; mais il lui reste toujours à le conserver, ce qui est incomparablement plus difficile » dit le Philosophe inconnu. Serviteur du Seigneur et de son Eglise, ami de Saint-Martin et avec lui de tous les Amis de Dieu, combattant du bon combat, Robert Amadou fut pour moi, comme pour d’autres, un flambeau de la lumière du Seigneur. Dieu voulant, Dieu aidant, nous tâcherons de conserver cette lumière. Quant à Robert, il bénéficie désormais, dans une plus grande lumière et dans l’attente de la pleine lumière, de la compagnie de Sophia, Sagesse divine et parèdre du Christ. A ses côtés, il poursuit, je le crois comme il le croyait lui-même, sa tâche dans le sein d’Abraham.
Adieu le théosophe, le rose-croix de l’ethnocide ! Adieu mon vieux maître, mon frère et mon ami !
Serge Caillet
sergecaillet@gmail.com
 
Cet hommage a été publié dans la revue
l’Initiation, n° 2, avril-mai-juin 2006, pp. 88-100.
Publié il y a 4th May 2007 par
Libellés: Robert Amadou

La laïcité 19 février, 2021

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

laicite

« Si tu veux que brille la flamme, médite dans le Temple et agis sur le Forum, mais garde-toi bien de faire du Temple un Forum. » J. Corneloup.
La laïcité ou le  sécularisme désigne le principe de séparation de la société civile et de la religion. Elle s’oppose donc à la notion de théocratie, d’état religieux. Dans une démocratie, la loi peut être contestée car elle est l’œuvre des hommes.
Dans une théocratie, la loi est l’œuvre de Dieu, donc toute contestation devient impossible, c’est bien là le piège des pseudos « républiques islamiques » qui n’ont rien à voir avec la notion de république et qui rappelle sournoisement les notions de « républiques démocratiques socialistes » qui n’avaient elles non plus aucun rapport avec la notion de démocratie. Le mot république, abusivement employé, peut ainsi cacher une dictature, une oligarchie ou une théocratie.

La laïcité est un sujet récurent, notamment en France, où elle est mentionnée expressément dans la constitution. En quoi est-elle vraiment un rempart de la liberté de conscience et de culte contre les intégrismes ? N’est elle pas, aussi, une autre forme d’intolérance de la raison à la gloire de l’étatisation ? En quoi intéresse-t-elle la Franc-Maçonnerie ?

1. La laïcité, une victoire de la raison sur la passion ?

La laïcité est un courant historique défini comme étant le principe de la séparation de la société civile et de la société religieuse, l’État n’exerçant aucun pouvoir religieux et les Églises aucun pouvoir politique. L’antithèse de la laïcité est donc le cléricalisme, d’où cet esprit anticlérical que la laïcité a longtemps généré en France, notamment dans ce qu’on a appelé la pensée « libre » et avec laquelle elle a souvent été confondue.

Dans l’histoire de France, où régnait une monarchie de droit divin, la pensée laïque a commencée il a près de 400 ans avec la promulgation de l’Edit de Nantes qui assurait la liberté de culte. Mais ce n’est qu’en 1787 et en 1789, sous les coups de butoir des idées propagées par la révolution française, que « l’alliance du sabre et du goupillon » a réellement commencé à décliner.

Ainsi, la laïcité s’est historiquement imposée comme concept et comme opérateur d’organisation sociale face aux religions révélées. Religion entendue comme ce qui donne les « raisons » de vivre et de mourir. Le croyant devient souvent intolérant (et même meurtrier comme en témoigne l’histoire des religions) car il est toujours persuadé de détenir la seule vraie religion, adorer le seul vrai Dieu. Il a donc été juste de créer un espace de vie en commun, neutre, excluant du débat et de la manifestation ce qui avait pu faire tant de ravages. En ce sens la laïcité est effectivement source de liberté, d’ouverture, et de tolérance. Mais cette définition est elle satisfaisante ? Le principe de laïcité, doit-il aujourd’hui être limité au « non-cléricalisme » ? ne doit-il pas être réactualisé et étendu à toute autre forme de lobby, même non religieux ?

Une définition trouvée sur l’internet [1] défini la laïcité dans les termes suivants : « La laïcité exprime une éthique de société, qui ne saurait accepter les idéologies toujours en mouvement de l’obscurantisme et des dogmes, du prêt à penser, de la haine. Elle est notre atout majeur dans les combats engagés contre la xénophobie, le racisme, les intolérances et les intégrismes. Elle veut être cette école de l’intelligence dont Jean Rostand disait qu’elle vise à « former les esprits sans les conformer, les enrichir sans les endoctriner, les armer sans les enrôler, leur communiquer une force dont ils puissent faire leur force, les séduire au vrai pour les amener à leur propre vérité, leur donner le meilleur de soi sans attendre ce salaire qu’est la ressemblance ». »

Aujourd’hui, les idéologies de l’obscurantisme et des dogmes, du prêt à penser, de la haine propageant la xénophobie, le racisme, les intolérances et les intégrismes ne sont plus seulement le propre des Églises. Elles sont aussi l’œuvre de groupes sociaux ou ethniques, de partis politiques et même de certains milieux économiques toujours prêt à détourner le bien commun et la liberté des peuples à leurs profits personnels. Mais à ce niveau ne fait-on pas un amalgame entre Laïcité et démocratie ? Peut-être, en ce sens, si on pense que le mot laïcité vient du grec « laos » qui désigne un peuple au sens de sa réalité communautaire, où les hommes, partie de ce tout, sont par nature égaux en ce que chacun est un élément unique, parfaitement équivalent à un autre et également fondateur de la réalité du groupe. Ce « laos » est distinct de la « polis » grecque, la cité, qui est l’ancêtre de notre État en tant qu’organisation sociale autonome et du « demos », peuple, compris comme entité politique dans « demokratia » gouvernement, souveraineté populaire. Le « laos » renvoie, lui, à ce que les latins appelaient « res publica », chose publique, dont chaque citoyen est souverain et qui a donné aujourd’hui la notion de « république ».

2. La Laïcité, religion inversée ou dictature de la raison ?

Certains « enragés » de la République n’ont-ils pas un comportement qui est proche de l’intégrisme ? Prenons par exemple l’épisode du « foulard islamique ». La polémique entourant le port du foulard islamique dans les écoles publiques a provoqué en France un important débat sur la prise en compte de la diversité culturelle et religieuse dans les institutions publiques. L’école s’est développée autour d’un certain nombre d’enjeux à la fois politique, juridiques et socioculturels parmi lesquels on peut identifier : la présence de l’Islam dans les sociétés occidentales, le statut de la femme, le phénomène de l’immigration et de l’intégration, le statut de l’école publique et laïque en France. Ce débat a pris rapidement un caractère symbolique et s’est installé dans l’opinion et les médias (avec une confusion savamment entretenue entre Islam et islamisme). Il met en évidence l’opposition de deux éléments : le caractère laïque de l’école publique et le port d’un signe religieux, face à cela deux attitudes apparaissent ; La première, s’appuyant sur la laïcité la plus stricte qui considère le « hidjab » comme une attaque de l’intégrisme islamiste contre la laïcité de l’école ; La deuxième se fondant sur une forme de neutralité qui prône « le droit à la différence », qui tout en défendant une école au-dessus de tous pluralismes respectent ceux-ci. L’exclusion de ses jeunes filles, ouvre la porte à une « laïcité intégriste ». Quelles angoisses identitaires le foulard de quelques gamines a-t-il réactivé, entraînant stigmatisation, exclusion et violence ? Serait-il le support d’un affect d’angoisse ? Angoisse face à l’étrangeté ? Angoisse face à la féminité ? En pensant se protéger par l’exclusion d’un risque « intégriste », qui relève plus du fantasme que d’une réalité, on aboutit souvent à l’effet inverse, en interdisant l’accès à l’école, on les enferme, les privant ainsi des influences extérieures, d’une ouverture sur le monde. On les transforme en « victimes », et « en offrant des victimes de l’intolérance de la société française on relativise l’intolérance intégriste », on les pousse vers un repli identitaire, communautaire. L’éducation est l’élément clé pour combattre l’ignorance et les stéréotypes. L’école doit promouvoir la démocratie et l’humanisme par l’éducation et la conviction et non par la contrainte. Ce n’est pas un combat contre la laïcité, mais la répression dans un tel cas n’est pas une solution. Bien sûr, on ne peut contester que le foulard est un symbole de l’oppression des femmes, mais doit-on faire preuve d’intolérance, de rejet face à celles qui le portent ? Par ailleurs personne ou presque ne s’est vraiment efforcé d’en comprendre vraiment la signification réelle. Pour certaines, il s’agit d’un choix, une manière d’affirmer leur liberté individuelle, « de leur droit à être française et musulmanes », « le symbole d’appartenance à un groupe » pour d’autres, il s’agit d’un compromis, « une concession faites à leurs parents, pour obtenir quelque chose en échange, comme par exemple la possibilité de continuer des études ». Il faut donc écouter avant de condamner. L’école doit et peut rester, grâce à une « laïcité vivante », c’est à dire ouvert et tolérante, le lieu social de l’apprentissage de la communauté, de formation du citoyen, et du « vivre ensemble », et c’est se tromper d’ennemi, « prendre l’ombre pour la proie » que de lapider sur la place publique quelques jeunes filles pour qui, souvent le port du voile peut être un passeport qui ouvre la voie à l’intégration.

Une laïcité « pure et dur » n’est elle pas une forme de dictature de l’étatisme ? Nous avons tous en mémoire l’échec des « dictatures du prolétariat ». Le Marxisme a voulu être une sorte de religion laïque faisant de l’étatisme le meilleur garant du bonheur genre humain. Son joug n’a pas été plus doux que le pire des intégrismes. Aujourd’hui, on peut mesurer l’ampleur et le désastre où peut mener ce genre d’utopie…

Que fait-on en ce sens du droit des familles à transmettre leurs propres valeurs ? Le rejet des valeurs confessionnelles peut être dangereux car il constitue une autre forme de dogmatisme qui rejetterait toute une part culturelle qui est aussi un héritage légitime auquel à droit tout être humain appartenant à une collectivité donnée. Faire le « vide » en la matière, peut-être dangereux car il semble nécessaire que chaque personne puisse avoir fait son « indigestion » de religieux, ne serait-ce que pour pouvoir savoir, en connaissance de cause, ce qu’elle aurait éventuellement à critiquer… La laïcité sans culture religieuse aucune n’est-elle pas le plus sûr moyen de livrer des individus, incultes en la matière, à l’attrait des sectes de tous poils ?

Par ailleurs, La rationalité froide, même purement scientifique, rejetant toute forme de spiritualité ne peut engendrer qu’une forme de pensé aride. Une pensée purement matérialiste empêche la voie du cœur et rend sourd à la poésie. C’est une autre forme de conditionnement. C’est oublier que la science ne répond qu’à la question « Comment ? » et que seules la philosophie et la métaphysique posent la question du « Pourquoi ? ». La pratique d’une spiritualité sereine n’est-elle pas le meilleur garant de ce genre de dérive ? Rabelais [2], en son temps, a pu dire : « Parce que, selon le sage Salomon, sapience (sagesse) n’entre point en âme malivole (de mauvaise volonté) et science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». La conscience a-t-elle pu jamais avoir été découverte sous le moindre scalpel ? Cela voudrait-il dire qu’elle n’existe pas et n’est que le fruit de l’irrationnel ? La science et la raison pure sont-elles réellement les seules et uniques clés de la connaissance ? L’homme ne semble pas vivre que de pain et son esprit a aussi besoin de s’aguerrir hors des sentiers de la raison, ne serait-ce que pour se forger une identité personnelle et libre.

Croire c’est prendre une option, un pari. Ne pas croire n’est pas ne pas prendre une option, c’est prendre l’option de ne pas en prendre, c’est prendre le pari qu’il n’y a pas de pari à prendre. La laïcité militante, anticléricale, affirmée comme un espace pur de toutes traces religieuses, comme non contaminés par l’irrationnel, le subjectif etc., comme espace préservé et à préserver à tout prix des agressions du mal « religieux » (comme on veut dans les hôpitaux tuer tous les microbes, bactéries) finit par engendrer une autre forme d’intolérance. La dictature de la raison n’est pas meilleure que celle de la passion. Elle est différente, mais elle engendre des souffrances aussi grandes.

3. En quoi intéresse-t-elle la Franc-Maçonnerie ?

Au « Grand Orient de France » (GODF\), certaines Loges finissent encore leurs travaux sur un vibrant « A bas la calotte ! ». Cette intransigeance anticléricale fleurant bien le XVIIIème siècle, a-t-elle aujourd’hui, encore un sens ? Pour répondre à cela, un article [3] paru dans le journal « Le Monde » du 8 septembre 2000, résume bien la situation. En s’appropriant le monopole de l’interprétation républicaine, en s’identifiant à la seule République moniste, en se déclarant le dernier rempart contre la barbarie pluraliste, le GODF est devenu une sorte d’organisation profane qui ne fait que parodier les clivages de la société française. Comme celle-ci, il se raidit dans son incapacité à gérer le nouveau pluralisme culturel et religieux. On trouve au sein de cette obédience française des enragés de la République, des intégristes de la laïcité, des « athées stupides » (selon la formule d’Anderson, le rédacteur de la première Charte maçonnique), des souverainistes et des fédéralistes minoritaires et même des spiritualistes plus discrets que les haut-parleurs médiatiques. En ce sens, le GODF, qui a pour slogan « liberté, égalité fraternité » et qui entend participer activement à la « construction de la société idéale » est un bon baromètre de l’état dans lequel se trouve aujourd’hui une certaine Franc-Maçonnerie, en l’an 2000, à la croisée d’un cheminement. Elle doit, soit se transformer en clubs politiques ou mondains comme les autres avec peu de chance de concurrencer ceux qui sont déjà en place. Soit proposer au contraire une réforme radicale qui lui permette de répondre réellement à un certain nombre d’angoisses de nos contemporains sur le plan de la spiritualité par la voie initiatique. Dans ce dessein, il faut certainement renoncer à un certain nombre de pratiques qui l’ont conduit à devenir une machinerie administrative gérée par des professionnels dont la maîtrise est inversement proportionnelle à leur ego. Le GODF a étalé sur la place publique ses dissensions autour de six « Grands Maîtres » en moins de dix ans. Cela fait un peu désordre pour une « société secrète ».

Il faut, peut-être, tout simplement revenir aux Constitutions d’Anderson, à la loge libre, en reprenant nos travaux discrets, en étant dans la société civile et non dans l’Audimat, en acceptant la progressivité du parcours pour ensuite, forts des vérités acquises à l’intérieur, les proposer au monde, qui d’ailleurs n’en demande pas tant. Les temps sont sans doute venus de repenser les structures qui ne produisent que de l’entropie et de la gratification de l’ego pour ceux qui veulent être « califes à la place du calife ». Ce sont d’ailleurs les apparatchiks élus selon un système complexe à plusieurs niveaux qui parlent le plus de « transparence démocratique ».

Une autre forme de Franc-Maçonnerie existe, par ailleurs, en parallèle. Plus traditionnelle, elle a pour devise « force, sagesse, beauté » et préfère travailler à « la construction du Temple de l’Humanité » à partir de la construction du temple intérieur par la maîtrise de l’ego. Ainsi, si un Frère doit intervenir dans la vie sociale, en qualité d’élu, de responsable d’association ou à quelque autre titre, il devrait pouvoir rayonner suffisamment de fraternité et de tolérance du fait de sa formation maçonnique. Mais ce n’est pas à l’ordre maçonnique en tant qu’entité, à peser sur la société dans laquelle elle vit et dont elle doit respecter toutes les règles et non pas les modifier, même si c’est dans un sens positif. Ce strict respect des « landmarks » et des constitutions d’Anderson, ne fleure-t-il pas non plus le siècle dernier et ne mérite-t-il pas d’être mis à jour ?

La Loge est composée d’hommes de tous horizons qui viennent aussi du monde profane et qui sont influencés par sa pensée du moment. Un échange permanent se fait entre la condition de maçon et celle d’homme du quotidien. Cela est une symbiose qui n’autorise pas d’absolu total et oblige à tous les compromis. La perfection est un objectif mais elle n’est pas encore de ce monde. Elle est une projection vers l’infini qui s’oppose à notre condition de simples mortels. L’Esprit de la Loge, L’Égrégore, est un terreau fertile qui permet l’éclosion de l’éthique et de l’identité maçonnique. Cette fraternité de pensée permet-elle de donner des réponses pratiques à chacune de nos questions quotidiennes ? Ce qui fait la force d’une pensée, c’est son degré d’objectivité. Une façon de penser qui ne colle pas à la réalité ne peut que reposer sur le dogme. C’est là, le grand mérite de l’esprit maçonnique que de lutter contre toutes formes d’axiome et de prôner un humanisme universel au de-là de tout esprit de chapelle, de race, de culture, de sexisme et de croyances. Le symbolisme, ce langage muet, est le meilleur moyen de communiquer pour autant qu’il ne soit pas figé dans le dogmatisme.

Si les valeurs de la laïcité sont bien présente dans l’éthique maçonnique qui, par définition, doit être inter-confessionnelle, non dogmatique et doit rejeter toute forme de totalitarisme, elle ne représente qu’une partie de cette éthique qui est aussi la recherche de la sagesse, apprendre à écouter, se méfier des passions et des préjugés, retenir l’envie d’intervenir, respecter les autres et donner sa chance à celui qui en a vraiment besoin, seule une école initiatique propose ce programme, surtout si celui-ci est associé à l’introspection, au retour sur soi-même. On remarque, dans la vie profane, l’homme qui a été à cette école.

4. Conclusion

Il semble, aujourd’hui, à la veille du troisième millénaire, qu’il soit plus important que jamais de rester « vigilant ». La franc-maçonnerie est une bien curieuse institution. Elle présente en effet un certain nombre de caractéristiques qui expliquent, en partie, les fantasmes et les interrogations qu’elle suscite depuis sa création en Angleterre entre 1717 et 1723, par des huguenots français émigrés, admirateurs de Newton et manipulés par la Royal Society. Elle se présente comme une société de pensée caractéristique du XVIIIème siècle ébloui par la « scienza nuova » [4].

Mais elle est plus une communauté pneumatique qu’un club parce qu’elle prétend également assumer la transmission d’une double tradition : celle des maçons « francs » et donc du « mestier », tradition fondée sur l’interprétation du mythe d’Hiram, le constructeur du Temple de Salomon, couplée à l’autre versant du mythe fondateur, la chevalerie templière. L’histoire et l’évolution de cette double fonction permettent de comprendre la crise qu’elle traverse actuellement, surtout en France et plus particulièrement dans le cas du Grand Orient de France. Comment a-t-elle pu surmonter toutes les excommunications, condamnations et accusations justifiées ou pas ? Comment a-t-elle pu survivre par-delà ses errements et ses erreurs, ses nombreux avatars et multiples sectes, à tous les régimes politiques, y compris ceux qui l’ont martyrisé ? Certainement pas par ses prises de positions contingentes mais parce qu’elle a d’archétypal et de paradigmatique, c’est-à-dire en l’occurrence ses rites, ses mythes et surtout son système initiatique. Elle est en effet une des rares sociétés initiatiques qui proposent, en Occident, une voie pour vaincre la mort. Cette méthode particulière est fondée sur le symbolisme et le raisonnement par analogie. Ce sont là ses vraies valeurs universelles qui la rattachent à ce qu’on peut appeler « l’humanitude ».

La réponse peut toujours être trouvée dans le Cabinet de Réflexion que chaque franc-maçon devrait ne jamais oublier. Le Coq annonce l’aube du jour qui doit se faire dans les esprits. Il fait allusion aussi à la mystérieuse Quintessence, qui se dérobe à toute perception sensible et que nous ne pouvons concevoir qu’à force d’approfondir. La nécessité de descendre en soi et de pénétrer jusqu’au centre d’où jaillit la lumière intérieure, celle qui éclaire tout homme venant en ce monde, et dont la direction est indiquée par le fil à plomb.

Si nous savons ce qu’ont pu faire les Francs-Maçons du passé, ceux des « constitutions d’Anderson », au siècle dernier, à savoir, d’avoir pu réunir dans le même Temple, en une volonté commune, des hommes que tout séparait. Le Juif et le Chrétien, le riche et le pauvre, le blanc et le noir… Il serait intéressant de se poser la question, pour nous autres Francs-Maçons, à la veille du troisième millénaire, quels sont les vrais grands défis et valeurs qui nous restent encore à accomplir et à défendre, au-delà des vaines querelles dogmatiques et sexistes, pour avancer dans l’œuvre qu’ont commencés nos aïeuls. Pourrons-nous, par exemple, continuer éternellement, à ne pas reconnaître la réalité de l’initiation de nos sœurs et continuer à les appeler hypocritement « madame » ? La construction du « Temple de l’humanité » est bien loin d’être terminé et la « voûte étoilée » est encore le seul toit du Temple encore inachevé. Car le jour où cela sera fait, nous aurons alors la funeste prétention d’être l’égal de nos dieux ! Ce jour-là, à mon avis, l’Ordre sera vraiment perdu et le Temple ne sera plus que ruine…

Alors retroussons nos manches car le chantier réclame encore son lot quotidien de labeur. Car dans le Travail est la vraie et concrète réalité : L’initiation répudie tous les égoïsmes, même ceux qui visent à se satisfaire de se perfectionner soi-même en oubliant les autres. Le symbolisme de la « Règle » et celui de la « houppe dentelée » doivent toujours rester présent à nos esprits pour nous rappeler le principe fondateur de la « Chaîne d’Union », celui de la Fraternité Universelle et celui de la « juste mesure de toutes choses », La « Règle » que les anciens égyptiens appelaient la déesse « Maât ».


[1] http://www.respublica.fr/laicite/

[2] Rabelais (François), Pantagruel, 8. Bibliorum Larousse.

[3] Le Monde du 08/09/2000. Article de Bruno Étienne, franc-maçon, professeur de sciences politiques à l’Institut universitaire de France. http://www.lemonde.fr/article/0,2320,seq-2070-92950-QUO,00.html

[4]   Le Monde du 08/09/2000. Article de Bruno Étienne, franc-maçon, professeur de sciences politiques à l’Institut universitaire de France. http://www.lemonde.fr/article/0,2320,seq-2070-92950-QUO,00.html

 

SOURCE : https://www.rene-guenon.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=37:le-miroir-du-maitre-franc-macon&catid=39:poemes-maconniques&Itemid=36

Tradition et religion en franc-maçonnerie 13 février, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Tradition et religion en franc-maçonnerie

Religare et tradere pour le franc-maçon spéculant.

Peut on parler d’une complémentarité entre ce qui constitue la Tradition et ce qui fonde les religions? Dans les deux termes nous retrouvons la notion d’origine, de thesaurus et de transmission et donc de genèse, de lien et de dévolution. Il nous semble devoir traiter religare et tradere sous l’angle étymologique appliqué au divin révélé et à la connaissance initiatique. (1ere partie extrait)

(…)Augustin, lorsqu’il écrit que religion vient de « relier » (religare), fait valoir que la religion devrait être « ce qui relie à Dieu et à lui seul ». Mais on retient généralement pour religare la notion de lien et de relecture. Ceci supposerait un lien « direct », mais ce lien semble en réalité capté par l’institution religieuse de type ecclésiale qui se charge de relier le pratiquant plus à l’institution qu’au divin. C’est l’institution qui fait elle-même la relecture interprétée des textes sacrés (dogme) tout en s’interposant entre l’homme et Dieu. Or l’héritage maçonnique ancien est à la fois fondé sur la tradition et la religion, avec toutefois une évolution remarquable. Les Anciens devoirs gothiques catholiques (Regius 1390 et Ms Cook 1410) célébraient cette relation ecclésiale par l’œuvre accomplie et passée de décoration et de représentation plastique figurant le divin au fronton des cathédrales, alors que le rite du Mot de maçon calviniste depuis 1637 veut revenir au lien direct entre l’homme et Dieu par la « sola scriptura » (la lecture directe de la Bible sans decorum) tout en préservant le devoir de mémoire imposé par les Statuts Schaw de 1598 . Les deux rites maçonniques entretiennent un devoir de mémoire ou art de mémoire, soit sous la forme d’un récit assorti d’images plastiques (Anciens devoirs) soit sous la forme d’un catéchisme mnémotechnique favorisant la représentation mentale (Mot de maçon). La particularité des rites maçonniques est d’emporter dans leur mise en œuvre un répertoire d’images mentales découlant de représentation imagée (tableau de loge) ou d’échange verbaux évocatoires. Ces images mentales ont vocation à être transmises (tradere) depuis des temps immémoriaux et assurent ainsi le cheminement d’un lien mental avec l’origine ou la cause première (religare).

C’est en ce sens que nous pouvons avancer que ces représentations mentales sont des clefs (symboliques et hermétiques) qui ouvre la relation à l’ontologie et aux mystères de la, vie et de la création.

En examinant de prés le processus religieux et son empreinte sociologique, on voit un lien incontestable avec la notion de tradition qui est ici récupérée. En effet, la tradition fait aussi le lien avec ce point originel et se charge de versifier dans l’oralité une transmission d’images et de récits qui vont constituer le fonds commun des archétypes, le dogme viendra puiser dans cette bibliothèque les représentations qu’il entendra imposer et figer et interpréter. Ainsi le symbole et sa représentation peuvent faire l’objet d’une explication dogmatique.

Généralement le religare et le tradere vont s’appuyer sur les livres de Sagesse tels que la Bible. L’herméneutique qui consiste en son interprétation sera libre ou orientée suivant qu’elle s’attache à la cohérence d’un dogme ou qu’elle réserve son choix à une vision autre et traditionnelle c’est-à-dire dans la continuité de la pensée, de la volonté ou de l’action ayant un lien démontré et cohérent avec la notion d’origine contenue dans le texte étudié.

La définition du terme du mot tradition vient du latin traditio, dérive du verbe tradere qui signifiait « continuer »,  » transmettre ».

Religare et tradere postulent à relier l’homme à son origine, il semblerait que ces deux notions soient de toutes façons indispensables au devoir de mémoire du franc-maçon. Mais les deux notions ne sont pas obligatoirement « religieuses » au sens commun de la croyance.

Le propre du franc maçon est de se situer dans une des grandes transmissions initiatiques qui reposent moins sur le dogme( orthodoxie) que sur le vécu et l’expérience (orthopraxis). Cette expérience initiatique découle à la fois du voir discursif et symbolique, du ressenti intuitif, et souvent de la raison.

L’objet, l’image ou le concept sont représentés en images mentales qui réveillent et éveillent l’esprit et restent intégrées dans notre bibliothèque des signifiants-signifiés. Cette bibliothèque préexiste probablement en nous et c’est l’initiation qui met en action les analogies et correspondances cachées qui ont toutes une relation finale dans le symbolisme dit cosmique (macrocosme-microcosme). C’est ici que l’initiation dans son sommet peut aboutir à la notion de révélation « graduelle ».

  • La filiation

On comprend alors que le tradere et le religare font le lien entre l’homme et son origine.

Se situer dans la ligne de transmission permet tout à la fois de bénéficier à titre personnel de l’accès aux « mystères de la franc-maçonnerie » mais aussi d’apporter à la collectivité la sensibilité et la vision inhérente à ce grand mouvement ancestral.

L’initiatique individuel du franc-maçon se pratique en groupe de bouche à oreille. C’est une oralité, une mise en situation assortie d’une gestuelle parfois dramatique qui donne à la transmission la profondeur du vécu et de l’expérience. La transmission suppose une parole prononcée par celui qui a la connaissance, dans oreille de celui qui sait entendre. Il s’agit de mettre en partage et en phase l’ensemble des vues et visions archétypales qui fondent l’homme bâtisseur. Ainsi on refait le baptême (la renaissance « élémentaire » d’un homme devenu franc-maçon par la vision de la lumière), et on revit la cène par l’agape en nourriture de l’esprit (partage du pain et du vin et amour fraternel). Il s’agissait de situer l’initiatique dans la lignée des bâtisseurs qui donnait forme à la matière grâce à l’ombre et la lumière et qui édifiaient des temples au divin (religare) en consolidant l’éthique de l’homme (tradere). Mais il fallait aussi suivre les rituels de la tradition qui fondent l’amour et le partage dans le réel et valorisent des préceptes sociétaux communs et ancestraux reconnus par tous (bonne morale dont la pratique est héritée des anciens et de la tradition: orthopraxis).

La démarche ne reposait donc pas sur l’invention ex abrupto d’une fausse filiation, mais sur la recherche de la transmission de l’authentique et du vrai. Ainsi nous pouvons dire que le franc-maçon spéculatif veut se situer dans la chaîne de transmission de la voie initiatique artisanale, dont l’objet surplombant est le Temple de Salomon et dont le but reste l’édification en soi dudit Temple de Salomon et qui derrière l’antique savoir-faire (tour de main) induit l’antique savoir-être (La Sagesse)!. Les deux savoirs sont les prérequis de la connaissance.

Ce souhait, ce désir d’intégration dans la chaîne d’union à la fois horizontale avec les FF présents dans toutes les loges et avec les FF du passé qui ont franchi la porte de l’Orient Éternel, démontre que l’initiatique se rattache par nécessité et par goût à un point originel situé dans les profondeurs de la mémoire présente et historique.

On voit l’avantage que l’on peut tirer de cette situation : il s’agit pour l’initié d’envisager l’origine de la transmission de la parole, de sa déformation dans le temps et de sa déclinaison dans des ordres et des mondes successifs. Cette relation ontologique va créer dans nos rituels suivants les grades et les degrés, une succession logique explicative de la dévolution de la parole, de l’image, du geste, et de l’acte. L’objectif restera de recouvrer la parole la plus proche du Logos, celle qui est la pensée précédant la volonté et l’action. Il s’agit de remonter le fleuve de la manifestation génésique pour atteindre le seuil qui précède la création.

Pour conclure sur le chapitre de la filiation, nous dirons que la voie initiatique de la franc maçonnerie spéculative est autonome est ne dépend d’aucune reconnaissance autre que celle quelle tient de sa propre lecture du livre sacrée qui est la Bible depuis 1637 et de sa connaissance de la symbolique des outils et du Temple de Salomon. Dans cette lecture directe du texte sans intermédiaire, la franc-maçonnerie a su intégrer une herméneutique « symbolique » et donc philosophique, plutôt que « littérale » de la scolastique cléricale. C’est le résultat des l’influences luthériennes et calvinistes écossaises mais aussi du mouvement Rose-croix dont l’idée est de déchiffrer les symboles secrets dans le grand livre de la nature. C’est sur cette base novatrice que la « spéculation » s’est associée au métier et à la voie initiatique dite artisanale et donnera aux cherchants, respectant a minima une orthopraxis morale, un authentique plan de réalisation et d’expression devant aboutir à une vision. C’est cette vision qui outrepasse les apparences (don de « seconde vue » relaté par Adamson en dans « The Muses threenodie » en 1638) et remonte jusqu’à l’origine qui constitue l’authentique pratique du religare et c’est cette technique de mise en œuvre qui est rituellement traditionnellement transmise (tradere) par induction dans l’imitation des maitres. Cette capacité à voir repose sur l’image évoquée par le catéchisme et la rituelie, projetée sur un plan mental. La représentation intérieure qui en découle est due à la capacité ancestrale qu’a l’homme à conscientiser le divin, développant ainsi un « point de vue » véritablement gnostique.

  • La spéculation

L’ontologisation philosophique de la franc-maçonnerie va de pair avec sa dimension universaliste. C’est ce qui apparaît nettement dans les Constitutions de Anderson, Désaguilier et Georges Paine en 1723.

On sort désormais du métier pour ouvrir à la spéculation et à l’élargissement des domaines d’investigation ; cette ouverture favorisera par la suite l’intégration des influences initiatiques et ésotériques diverses qui se retrouvent bientôt protégées, transmises et travaillées à l’intérieur d’une cadre initiatique alliant le religare et le tradere.

La franc-maçonnerie allait être à la suite des mouvements universalistes et , sous l’influence d’élites et de mouvements ésotériques et encyclopédiques , un grand conservatoire pour la pensée symbolique et permet de revoir l’homme dans son attachement aux différents états de l’Être et la définition de l’Esprit , sous-tendant la notion d’éternité (ne devrait-on pas dire plutôt la notion d’intemporalité ?).

Ainsi la tradition conçue comme un conservatoire du sens et de la parole en regard du Logos nous relie à l’instant premier dans la qualité et l’état actuel de « frère ». Le temps fait écran a la notion de reliance.

Être relié à l’instant premier qui est pour certains l’origine de la vie sur terre, pour d’autres l’origine de la création, et pour d’autres encore ce qui précédait la naissance de la lumière, implique de saisir le sens du mot religare.

On définit souvent religare par son vocable exotérique « religion » . Cette relation impliquant la foi était bien celle de l’Église des premiers siècles qui, en dehors du dogme rendu nécessaire pour occuper par le pouvoir l’espace et le temps, se nourrissait d’un message plus « essentiel » que la pratique des églises contemporaines. La religion expansive et conquérante des territoires et des âmes, avec un Pape voulant être Roi, a simplifié son discours pour le mettre au service d’un dogme facile d’accès. Elle le rendit le plus universel possible dans sa compréhension et syncrétique dans le recyclage des usages anciens et traditionnels en vue d’asseoir son autorité temporelle. L’aspect temporel dogmé domina l’aspect spirituel, les connexions et luttes avec le pouvoir royal accentueront le mouvement d’abandon du message ésotérique au profit de l’exotérisme plus immédiat et efficace au plan politique.

Dans ce message ésotérique se situait l’explication symbolique du lien ascendant et descendant reliant l’homme au divin, mais aussi les secrets (la tradition) du pouvoir royal et sacerdotal qui sont liés aux facultés de représentation transcendante de l’homme. Cette explication donnait un sens particulier à la notion d’origine des temps et de dévolution de l’esprit dans la matière. Il s’agissait donc de transmettre à nouveau le lien premier qui fait de l’homme une image matérialisée d’une volonté divine, ou une image accidentellement chutée d’un homme premier. Le religare nous reliait donc à l’instant premier, en donnant une explication qui pouvait être vécue en expérience initiatique avec les rituels fondamentaux de l’Église des premiers temps. Simplement cet aspect plus difficile d’accès se heurta à la nécessité du temps, à la raison et à la controverse des interprétations. Ainsi sont nés les mouvements dissidents, les schismes, les « hérésies » et réformes, etc, finalement plus occupées à leur survie qu’à défendre le religare et le tradere…

On mit donc sous le boisseau la dimension ésotérique de la religion pour ne conserver que l’aspect efficace et concret qui maintient la foule dans un cadrage comportemental et dogmé. Le Roi, étant de pouvoir divin (et donc « relié » à l’origine), on reporta toute la dimension du religare vers le Pouvoir matériel sur les consciences et sur les sociétés. La nécessité et la contingence ont vaincu la dimension ésotérique et essentielle du religare.

Le religare ne pouvait se passer du tradere dans une classe dite sacerdotale, car le rite illustrant la parole, interprétée au plan exotérique comme ésotérique est une transmission, une tradition en soi. La mise en œuvre du rite est traditionnelle par nature, sauf à être déformé par une mise en en œuvre erronée.

  • Que fait le maçon en loge ?

Par la voie dite initiatique, il redécouvre comme une expérience personnelle et collective, la transmission des anciennes traditions. Il est vrai qu’aux XVIIème et XVIIIème Siècles, les loges devinrent les réceptacles des différentes traditions initiatiques, et se retrouvèrent face à l’autorité spirituelle des Églises. Cette transmission des traditions et recherches vont accentuer automatiquement le désir de connaître le point de départ du logos, du verbe, de la lumière.

Tout dans les différents rituels tend vers cette recherche lumineuse (c’est-à-dire connaissance de l’Être, de la lumière-vérité et de l’esprit. Dans son parcours il pourra dire qu’il a été « relié » par le désir de connaître l’origine, en jonction avec l’ontologie. Pour être relié il en faut le désir persistant en s’appuyant sur une méthode, ou plus simplement bénéficier d’une forme de Grâce tombée du ciel ou trouvée en soi.

Tradere et religare sont donc les deux lices d’une échelle qui relie l’homme à la lumière « illuminatrice ». Les barreaux de l’échelle seront les plans successifs ou grades et degré de la franc-maçonnerie qui lui permettront d’accéder à l’ origine.

Pour les Anciens devoirs il s’agissait de gravir l’échelle des arts libéraux comme une échelle initiatique qui permettait de connaître soi et le monde, la vie dans le réel, puis arrivé au sommet de ses arts voir le visage de Dieu (la connaissance) puis redescendre pour transmettre a ses FF. En complément à cette échelle « libérale » une autre s’imposait: celle des vertus cardinales et théologales qui en toutes hypothèses offre un retour sur soi et les autres. La caverne socratique nous dépeint le même tableau partant du sub-terrestre pour voir la vraie lumière plutôt que son ombre, puis revenir et transmettre. Ceci est une démarche typiquement prométhéenne qui caractérise parfaitement la démarche initiatique.

Donc se dire relier à l’origine par le désir de transcendance et de connaissance implique le transfert à l’autre de la parole de l’image et du geste. Nous pouvons dire que la connaissance qui nous relie à l’origine n’a d’intérêt que si elle est transmise. Religare seul n’a de sens que par Tradere et inversement (du moins en matière initiatique, le cas de la démarche mystique de « l’état d’être » ou de la « grâce » diffère dans sa méthode et peut être sans schéma directeur ou méthodologique, et n’impose pas le tradere). L’association du tradere au religare est aussi vrai pour le voie initiatique que religieuse tant que cette dernière conserve son versant ésotérique et sa voie sacerdotale.

C’est donc les rituels qui ouvrent et ferment les espaces symboliques superposés (qui sont des mondes en soi ou des points de vue toujours plus élevés) qui formeront les barreaux de l’échelle.

  • Il existe cependant une différence notable entre le tradere et le religare.

La différence est dans le mouvement scientifique hermétique et constructif pour tradere, car il faut expliquer ce que l’on a vu, ou relaté par le rituel ce que l’on a ressenti au-delà des mots, ici l’initiation est liée à la vie. Pour religare la démarche est autre car, sans être passif, il faut se mettre en état de recevoir comme un miroir ce qui est en haut et l’intégrer de manière intuitive en soi suivant un conditionnement dogmé ou pas.

Il y a donc d’un coté une démarche volontaire, active et vitale d’un initié qui va apprendre à franchir la porte et les obstacles pour voir enfin la lumière, et l’autre démarche moins active que réceptive qui va accueillir l’empreinte de l’esprit originel en soi. L’herméneutique et l’anagogique vont donc se compléter successivement pour dépasser les difficultés du sens et de l’essence dans un cas, et pour recevoir et ressentir intuitivement une proximité ou une présence du divin dans l’autre cas.

La démarche initiatique du tradere vient compléter la démarche mystique du religare.

Nous évoquions une échelle dotée de deux lices, nous pouvons désormais dire que cette échelle est dotée d’une lice volontairement montante par l’initiation de l’homme recherchant l’origine de la transmission et d’une lice descendante qui fait descendre la lumière en tout homme relié. Jacob a vu les deux sens s’animer dans un songe.

  • Le rituel est indispensable

Sans doute que Tradere et Religare ne peuvent être mis en œuvre efficacement que par des rituels. La religion dite naturelle (morale pratique du bon comportement individuel et sociétal) qui préexiste au dogme d’une quelconque Église, ne s’en réfère pas moins aux usages surplombants et ritualisés de la bonne moralité et de l’art de vivre ensemble. La religion naturelle consistant en une orthopraxis immémoriale serait donc une tradition universelle qui précèderait l’orthodoxie religieuse plus récente?.

C’est par une autorité surplombante que l’homme réussit à faire naître et justifier la bonne morale. La bonne morale peut être noachite suivant les Constitution de 1738 (en regard des percepts de Noé), ou fondée sur les tables de la Loi et commandements, ou sur les vertus cardinales (puis théologales). Elle est donnée par un prophète ou par un messager divin dans le cadre d’une théophanie et s’accompagne d’un cadre rituelique.

Il s’agit donc de confier au nuage surplombant la foudre liée au non-respect des rituels de vie communautaire (préceptes de vie). Ces rituels vont « sacraliser » la vie humaine dans l’institution comme le rituel maçonnique va sacraliser la loge ou le temple qui est aussi une image de l’homme des origines. Celui qui intègre ces préceptes en art de vie serait alors sur la voie de la sanctification.

Dans ces conditions, les rituels fondés sur des préceptes surplombants sont facilement « reliables » à la pensée originelle, à la volonté originelle et à l’acte originel. Ces rituels favorisent soit la prise de conscience « lumineuse » résultant d’un travail (Labora) pour tisser et entretenir et transmettre le lien « tradere », soit la mise en l’état de réceptivité Graalique pour recevoir le lien « religare » par la prière notamment (Ora). Ce sont les deux exercices auquels nous invite le rite maçonnique fut-il œcuménique et fondé sur la religion naturelle comme le rite de la Grande loge d’Angleterre et ses constitutions de 1723, ou délibérément théosophique comme le RER depuis 1778. Notons que la Grande Loge d’Angleterre depuis sa réunification des Anciens et des Modernes en 1813 et ses principes de base de 1929, substitue à la religion naturelle Desaguilienne et à la foi maçonnique, la notion de croyance au GADLU et une vérité révélée. On contingenta par ce Landmark l’espace initiatique à la longueur du rayon de l’Architecte, avec pour perspective, peut être, la notion de mise en œuvre et d’ordonnancement, mais probablement pas celui de la création.

On s’adresse dans les deux systèmes, religare et tradere, à la même échelle, mais on suit plus ou moins l’une ou l’autre lice suivant que l’on dit religion ou initiation.

Pouvons-nous dire que dans une démarche initiatique (prométhéenne par nature et reposant sur la connaissance acquise par l’expérience) c’est l’homme qui part à l’assaut des trois enceintes pour atteindre le sommet ou le Centre, alors que dans une démarche chrétienne d’un religare dogmé (croyance et grâce) ce serait le divin qui descendrait au coeur-centre de l’homme pour sa rédemption ?

Les éléments initiatiques et mystiques sont quasiment identiques, mais leurs dynamiques sont celles de l’exhaussement par l’effort d’une recherche « essentielle » dans un cas et d’une discipline de l’intériorisation et de l’induction « cardiaque » dans l’autre cas. Ainsi les fonctions discursives seront mises de côté au profit des fonctions intuitives reposant sur la vision analogique ou la perception anagogique. (On retrouvera ces deux dynamiques associées aux notions de transcendance et d’immanence.)

On comprend pourquoi la voie artisanale du fait de sa nature volontaire et constructive, est plus adaptée à l’accueil d’une représentation de l’origine qui repose moins sur le dogme du croire, que sur l’expérience initiatique ritualisée du voir et du vécu associé à l’évocation (récit mythique ancestral sur l’origine et la fin) et à l’invocation (sollicitation de l’autorité surplombante). Cette voie modelante par la vision du Temple de Salomon et des deux colonnes est accessible en terme de représentation et puissante des symboles qui relie le maçon au divin. Il n’y a pas de révélations imposées en dehors de la bonne lecture du rituel est d’une interprétation personnelle, qui pourront aboutir au minimum à une foi maçonnique relative à l’éthique conforme à la morale, et peut-être à une vision métaphysique pouvant aboutir au « croire » ou à ses illustrations. (…)

E.°.R.°.

Cet article vient en complément de l’article: http://www.ecossaisdesaintjean.org/article-spiritualite-maconnique-99413011.html

Pour élargir le sujet au plan historique:

on conseille la lecture de Patrick Negrier « Art Royal et Regularité » éd Ivoire-Clair, David Stevenson, « Les origines de la franc-maçonnerie » le siècle écossais 1510-1710 éd Telèthes et « Les premiers francs-maçons » éd Ivoire-Clair-

Au plan symbolique: René Guenon : « introduction générale à l’étude des doctrines hindoue »Tradition et Religions » mais aussi « Aperçus sur l’Initiation » et « Initiation et Réalisation Spirituelle » éd Traditionnelles-

SOURCE : http://www.ecossaisdesaintjean.org/2014/12/tradition-et-religion-en-franc-maconnerie.html

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La lemniscate : symbolisme et signification spirituelle du signe infini 7 février, 2021

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La lemniscate : symbolisme et signification spirituelle du signe infini.

lemniscate21

Quel est le sens caché du 8 couché ?

Comment l’interpréter ?

La parole, en tant que synonyme de langage, est la faculté d’exprimer et de communiquer la pensée. Elle consiste à utiliser des concepts pour formuler et transmettre des idées.

La parole évoque aussi :

La parole évoque donc un phénomène à la fois divin (le Verbe porteur de la Création) et humain (la raison en soi), ces deux formes d’intelligence ayant vocation à se rencontrer et s’unir.

Mais la parole humaine se trouve limitée et imparfaite : elle s’écarte souvent du Verbe divin ; elle est dans l’incapacité d’approcher la Lumière : on parle alors de parole perdue.

La parole perdue évoque aussi la langue adamique, et la chute d’Adam et Ève après qu’ils aient croqué du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Parole versus parole perdue.

La parole est le propre de l’homme. Elle est à la base de la pensée, du raisonnement ; elle permet d’entrer en relation avec soi-même (réflexion) et avec les autres (dialogue). Elle est la base du lien social, elle fonde les cultures et les civilisations.

Quelle que soit la langue utilisée, la parole consiste en le maniement de mots qui sont autant de concepts abstraits.

Remarque : Un concept (du latin cum capio : “saisir ensemble”) est une construction mentale faite pour résumer et généraliser les caractéristiques des objets. A chaque concept correspond un mot porteur de sens qui joue le rôle de symbole, d’outil pour penser. Exemple : une table, une pomme, la liberté, la force.

Les concepts et la parole permettent de mieux saisir les choses. La pensée construite est une tentative de décrire la réalité, par conséquent elle aide à approcher la vérité.

Mais la parole peut aussi constituer un obstacle à la réalité et à la vérité : par leur caractère abstrait, les concepts et les théories forment des associations mentales qui transforment la réalité, créant ainsi une autre vérité, parallèle et déconnectée du monde réel.

Le risque est de passer à côté à l’essentiel, de perdre le sens : c’est bien la signification de la “parole perdue”.

La parole perdue : définition, signification.

La parole perdue pointe ce qui est difficilement accessible, à savoir :

La “parole perdue” évoque donc une vérité cachée, qui doit faire l’objet d’une quête : c’est la recherche d’une clé de compréhension des causes et des grandes lois de l’univers.

L’adjectif “perdu” sous-entend que cette vérité a été possédée par le passé. Il s’agit alors de retourner à un état antérieur, à une authenticité primordiale qui a été oubliée, celle du jardin d’Eden.

De nombreux voiles et obstacles dissimulent la vérité. La plupart sont en nous-mêmes, et ça n’est que par la connaissance de soi qu’ils pourront être levés.

Il s’agit d’identifier ce qui trouble notre appréhension et notre compréhension directe des choses : nos intérêts, nos envies, nos déterminismes, notre psychologie, nos passions, nos préjugés… Nous pourrons ainsi abandonner notre vision égoïste pour accéder à une vision universelle des choses.

Car la réalité est à portée de main : elle est une évidence pour qui sait lâcher-prise et ouvrir les yeux.

La parole perdue peut enfin désigner la Lumière divine qui nous éclaire : cette Lumière fait le lien entre la volonté de Dieu et la manifestation, tout comme la parole fait le lien entre l’émetteur et le récepteur. Il s’agit tout simplement de “reconnaître” cette Lumière.

Comment retrouver la parole perdue ?

Retrouver la parole perdue, c’est déchirer les voiles qui nous empêchent de voir la réalité telle qu’elle est, et qui nous barrent le chemin de la vérité.

Pour retrouver la parole perdue, il faut renoncer à nos illusions et dépasser nos désirs égoïstes : bref, tout ce qui nous sépare de l’universel. C’est un chemin d’unité et d’Amour.

Sur le plan philosophique et spirituel, de nombreux chemins ou méthodes existent pour retrouver la parole perdue :

La parole perdue pour les chrétiens.

Nous avons déjà évoqué le logos de l’Évangile selon Saint-Jean.

D’autres passages du Nouveau Testament évoquent la “parole” : Que la parole de Christ habite parmi vous abondamment. Épître aux Colossiens, 3, 16

Ce passage évoque l’importance de l’imprégnation : connaître la parole du Christ n’est pas suffisant ; il faut la vivre, la laisser nous coloniser. Il faut pour cela s’ouvrir, lâcher-prise, se laisser habiter par Jésus, son message et son exemple : c’est la clé de la compréhension de notre propre existence, qui donne accès au Royaume de Dieu.

Mais à plusieurs reprises, Jésus avertit :

Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné. Ou encore : Que celui qui peut comprendre comprenne.

La parole perdue en franc-maçonnerie.

Le rapport aux mots et à la parole est central dans la tradition maçonnique :

La quête de la parole perdue est un thème phare de la franc-maçonnerie : l’assassinat d’Hiram a entraîné la perte du mot sacré, remplacé par un “mot substitué”. C’est l’ignorance, le fanatisme et l’ambition qui ont causé ce drame. L’alliance avec Dieu est rompue. Le chantier du Temple est arrêté.

Lire aussi notre article : Le fruit défendu, une interprétation maçonnique.

Par ailleurs, au 4ème degré du REAA (grade de Maître Secret), la parole perdue est symbolisée par la clé d’ivoire posée sur le Volume de la Loi Sacrée : c’est la clé de la compréhension, celle qui promet de rétablir l’alliance avec Dieu.

Dans les degrés suivants, il est fait allusion au nom ineffable de Dieu. Connaître ce nom, c’est le prononcer en conscience dans la maison de Dieu, une fois que les trois mauvais compagnons seront neutralisés et que le Temple sera achevé.

Enfin, les franc-maçons sont de grands adeptes du symbolisme, au même titre que d’autres courants ésotériques. Les symboles forment un langage universel, et à ce titre ils peuvent permettre de retrouver la parole perdue, c’est-à-dire “l’éternelle pensée vivante dont ils sont l’expression énigmatique” (Oswald Wirth).

Dans le bouddhisme.

Dans le bouddhisme, la quête de la parole perdue s’effectue dans le silence de la méditation, qui consiste “à laisser tomber la boue au fond de l’eau”. C’est la recherche du calme mental et de la vision profonde, qui mène à comprendre et expérimenter émotionnellement et intellectuellement la réalité. Ce chemin mène au nirvana.

Mais, avant même d’atteindre le nirvana, le bouddhisme invite à la “Parole Juste”, une pratique qui fait partie du Noble Sentier Octuple :

Qu’appelle-t-on, ô moines, la parole juste ? C’est éviter de dire des mensonges, éviter de calomnier, éviter de parler de façon haineuse ou injurieuse, éviter les paroles frivoles ou le bavardage futile. Moines, éviter ces quatre façons négatives de parler est appelé la parole juste. Enseignement du Bouddha.

Dans le taoïsme.

La taoïsme est la philosophie du “tao” : le tao est le principe à l’origine de toute chose, la “mère du monde”, la “grande source”, l’ordre de l’univers ou encore la Voie.

Selon Lao Tseu, le tao est inexprimable, car éternel, infini et intangible. La parole est impuissante à définir le tao :

Le tao qui peut être exprimé n’est pas le Tao éternel.

Le nom qui peut être nommé n’est pas le Nom éternel.

L’indicible est éternellement réel.

Nommer est l’origine de toutes choses particulières.

Tao Te King, 1

Le tao est à la fois invisible et omniprésent. Comprendre le tao, c’est retrouver la parole perdue.

Merci ma Sœur Dominique pour ce partage …

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L’initiation maçonnique entre tradition et modernité

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Conférence : L’initiation maçonnique entre tradition et modernité :

Version filmé : http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/anx_conferences_2016/a.c_160528_samedi_savoirs.html

Version écrite : https://yveshivertmesseca.wordpress.com/2016/06/16/linitiation-maconnique-entre-tradition-et-modernite-2/

L’initiation maçonnique entre tradition et modernité

Parler d’initiation maçonnique présuppose que la franc-maçonnerie initiationau18mescopiesoit une société initiatique. La chose ne va pas de soi ni dans le temps, ni dans l’espace. A sa naissance en 1717, la franc-maçonnerie dite spéculative était d’abord une friendly society (mutual society) progressivement intellectualisée par l’arrivée de fellows de la Royal Society et de gentlemen. Ainsi la définition avancée par la franc-maçonnerie anglaise d’aujourd’hui est toujours éthique et civique puisqu’elle se présente comme « a system of morality veiled in allegory and illustrated by symbols», même si de nombreux acteurs sociaux d’Outre-Manche (et d’Outre-Atlantique) vivent la pratique maçonnique comme un processus de construction spirituelle individualisée. Plus affirmée, la faction clubiste de la franc-maçonnerie latino-francophone refuse toute vision initiatique ou alors sous une forme abâtardie ou dévoyée.

initiation2Pourtant la référence aux secrets professionnels du Craft (Mestier) laissait déjà sous-entendre un enseignement caché à découvrir. C’est donc progressivement et plus ou moins rapidement et complètement que la franc-maçonnerie devint l’Art Royal par une plus ou moins grande assimilation/imitation des doctrines, récits et usages de mystères antiques, de certains cultes gréco-asiatiques, de l’ésotérisme médiéval, du corpus salomonien, de la kabbale chrétienne et juive, de l’alchimie, de l’architecture et de la géométrie, lues à la fois comme science et pensée ésotérique, du rosicrucisme, de l’illuminisme, de l’égyptomanie du XVIIIe siècle, de l’occultisme du XIXe, de la psychologie des profondeurs, de la psychanalyse, des apports de l’anthropologie et du spiritual revival post 1945. En passant sur le continent, des éléments nouveaux s’y amalgamèrent dès la deuxième moitié du XVIIIe siècle : épreuves physiques, voyages les yeux bandés, emprunts chevaleresques, référence à trois ou quatre éléments (terre, air, eau, feu), cérémonie du sang, calice d’amertume ou menaces grandiloquentes en cas de parjure.

Ce processus se retrouve dans la taxinomie maçonnique. Dans les Constitutions d’Anderson, comme dans la Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730), première divulgation du rite des Modernes, dans Ahiman Rezon (1756), de Laurence Dermott, premier dévoilement du rite des Anciens ou encore dans les usages anglo-saxons actuels, l’expression la plus usitée est « to make a mason », ou « to enter » ou « to admit »t (avec le double sens de recevoir ou d’affilier). Une situation assez voisine se retrouvait en France. Durant tout le XVIIIe siècle, on appelle le plus souvent l’admission d’un néophyte au grade d’apprenti « réception ». Pourtant dans les textes anglais et français, « initier », « initiation », « in initiating » (sens d’admission en maçonnerie) font une apparition discrète mais constante. Dans le manuscrit du rite Moderne dit Français (1786), le terme apparaît quatre fois dans le rituel du grade d’apprenti. Au demeurant, la carence de nomination ne signifie pas l’absence du fait initiatique. Au-delà de cette querelle d’Allemand (si on peut dire), la question est de savoir si la réception et le cheminement dans la franc-maçonnerie s’inscrit dans la grande famille des rites de passage.

 

Présentement, il est donc largement admis que la franc-maçonnerie est une société initiatique bien qu’elle soit bien d’autres choses en tant que fait social et culturel. L’initiation maçonnique s’inscrit dans rsz_mummersun phénomène quasi universel, polyphonique et polysémique, y compris dans son sens trivial. L’emploi du terme s’est généralisée aujourd’hui pour signifier le simple fait de mettre au courant un individu aussi bien d’une technique, d’un fonctionnement d’un objet, d’approches scientifiques que des modalités d’une profession alors qu’il désigne stricto sensu l’ensemble des cérémonies par lesquelles sont admis obligatoirement ou volontairement des néophytes à la connaissance de certains « mystères », secrets ou pratiques ou à des réceptions par âge, par classe, par sexe. Elle s’exprime dans un processus destiné à réaliser socialement, culturellement, psychologiquement, voire psychanalytiquement, un passage d’un état réputé inférieur à un état réputé supérieur. L’initiation, au sens ethnologique, fut, est et demeure un des mécanismes de socialisation qui permet de faire passer l’individu à une nouvelle identité. Elle est donc à la fois une admission et une accession : admission à une communauté constituée comme inclusive de ses membres et exclusive du reste de la société dans laquelle le groupe recrute ; accession à un stade nouveau de connaissance et/ou de statut.

Classiquement, on distingue trois types d’initiation décrite par l’ethnologue et folkloriste Arnold van Gennep (1873-1857)[1] :

TURMI, OMO VALLEY, ETHIOPIA - DECEMBER 30, 2013: Portrait of unidentified mature Hamar woman at bull jumping ceremony. Jumping of the bull is a rite of passage into manhood in some Omo Valley tribes.

*** « tribale », clanique, obligatoire, collective, par groupe d’âge et par sexe[2], elle a pour but d’intégrer l’individu dans la société à une place assignée ;

*** « religieuse », volontaire, le plus souvent 250px-NAMA_Mystères_d'Eleusismonosexuée[3], elle ouvre l’accès à des sociétés secrètes et/ou à secrets, à des groupes fermés et/ou discrets ou à des confréries fermées ;

initiation-aux-rituels-et-chants-chamaniques-mongols-main*** « magique », chamanique, individuelle, le plus souvent, elle vise à compléter ou bien à provoquer une personnalité « aberrante » à s’échapper à la condition humaine, pour obtenir des pouvoirs surnaturels, le groupe profane constatant l’efficience de ladite initiation.

Dans ce tableau, l’initiation apparait comme un rite de passage particulier[4]. Même si l’ouvrage de van Gennep demeure un classique, des travaux plus récents ont apporté des nuances, des précisions, des ouvertures & des relectures[5]. Ainsi Mary Douglas (1921-2007) affirma que le terme de rite est souvent synonyme de symbole. Il n’y a pas de rapports sociaux sans symbolisation. Elle ouvrait ainsi le champ du rite, en y assimilant les actes dits symboliques, conceptualisant qu’il existe des rites en dehors de la sphère religieuse stricto sensu[6]. Max Gluckman (1911-1975) mit en évidence une considération fonctionnelle négligée par van Gennep : les rites en général, et les rites de passage en particulier, ont vocation, entre autres, à résoudre des conflits, ou du moins à apaiser des tensions inhérentes à toute organisation sociale[7]. Un de ses élèves, Victor Turner (1920-1983), insistera sur le fait que dans divers rites, la phase centrale ou liminaire est caractérisée paraborigine_double_roasting_initiation l’humiliation des futurs bénéficiaires de l’initiation. Il propose d’associer cette situation au concept de communitas (communauté homogène, égalitaire et fondée sur des liens interpersonnels, par opposition à la société ordinaire, différencié et inégalitaire). Les vexations durant l’admission dans la communitas sont des rites d’inversion qui donnent à voir le caractère construit et relatif des hiérarchies sociales. L’ethnologue et sociologue française Martine Segalen a mis en évidence la capacité du rite de passage à s’adapter au changement social, à avoir plusieurs sens, à s’infléchir, évoluer et se métamorphoser avec le temps[8]. Plus critique envers van Gennep, Pierre Bourdieu (1930-2002) lui reproche d’avoir ignoré la fonction sociale du rite de passage : il souligne qu’une de ses fonctions n’est pas de de séparer ceux qui l’ont subi de ceux qui ne l’ont pas subi, mais de ceux qui ne le subiront jamais[9]. Enrichi de significations nouvelles, le rite de passage perdit un peu de sa spécificité : il n’apparaît plus comme un dispositif symbolique sui generis, mais comme une des formes parmi d’autres que peut prendre l’expression des tensions fondamentales des sociétés humaines. Ainsi aujourd’hui, la notion de rite de passage n’est plus guère employée qu’à titre descriptif pour désigner les initiations stricto sensu, voire même les seules initiations « tribales ».

Quoi qu’il en soit pour que l’on puisse parler de rite (de passage ou non), il faut :

*** une conduite spécifique et particulière, individuelle et/ou collective ;

*** un support corporel (verbal, gestuel, postural, etc°) ;

*** des règles codifiées, même si une marge d’improvisation est admise ;

*** un caractère plus ou moins répétitif d’une conduite exprimant quelque chose de plus qu’elle et destinée à être répétée ;

*** une forte charge symbolique sur les acteurs, voire pour les témoins ;Escalier-en-spirale-copie-1

***  une adhésion mentale, éventuellement non conscientisée, de l’ordre du croire et un certain rapport au sacré ;

*** une efficacité attendue ne relevant pas, aux yeux des acteurs sociaux, d’une seule logique.

Peut-on reconnaître dans les diverses caractéristiques de l’initiation énoncées ci-avant des traits communs à l’initiation maçonnique ? Rite de passage incontestable, l’initiation maçonnique s’inscrit dans la famille des initiations dites « religieuses ». Elle relève donc de la reliance telle que l’on définit Roger Clausse[10], Edgar Morin[11], Michel Maffesoli[12] et Marcel Bolle de Bal[13].

ritconf_logoDepuis le XVIIIe siècle, les maçons ont beaucoup glosé sur l’origine, l’évolution, le sens et la portée de l’initiation que la grande majorité des acteurs sociaux proclame pourtant inexprimable ou intransmissible (il est vrai lorsqu’elle parle de son vécu brut). Néanmoins toutes les versions rituelles de réception et les discours doctrinaux sur l’initiation présentent des structures communes. La franc-maçonnerie y est définie comme une institution traditionnelle initiatique fondée sur des mythes et qui pratique des rites en utilisant des symboles, et destinée à la mise sur la voie d’un individu volontaire dans le but de se réaliser spirituellement. Elle se veut donc un Ordre séculier dont la finalité première est la libération intérieure du cherchant par un cheminement en résonance avec d’une part, l’acronyme à prétention alchimique et hermétiste V.I.T. R.I.O.L. et d’autre part, la sentence delphienne[14] reprise par Socrate[15] Γνῶθι σεαυτόν (Gnỗthi seautόn) : Connais-toi, toi-même

Le premier signifie Visita Interiora Terrae, Rectificandoque, Invenies Occultum Lapidem soit Visite l’intérieur (explore le tréfonds) de la terre et VITRIOL1en (la) rectifiant (purifiant) tu trouveras la pierre cachée (occulte). Le vitriol [les sulfates] est le solve alchimique qui contribue à « dissoudre » le profane lors de l’initiation. C’est sur cette pierre cachée, rectifiée, purifiée que l’adepte est invité à bâtir son temple intérieur pour se mettre à l’abri des « intempéries ». Mais il doit par un travail de décantation et de purification qui lui permettra de « séparer le subtil de l’épais » trouver cette pierre cachée dite philosophale, au plus profond de lui-même.

gnothi-seautonLe second même s’il ne correspond pas parfaitement à la maïeutique socratique invite à la connaissance de soi c’est-à-dire au savoir qu’une personne acquiert sur elle par la rectitude de la pensée, l’esprit critique et l’acceptation du regard extérieur nécessitant introspection, lucidité, libre arbitre, congruence et maîtrise de soi.

L’initiation maçonnique est donc à la fois un commencement (initio,  initium) et un but (teletè, telos). En latin, initium, d’ineo (aller dans) signifie commencement, début, naissance. Au pluriel, le mot désigne plutôt la naissance, la cause première, les fondements. Initus équivaut également à entrée, commencement, pénétration sexuelle. Initiare veut dire instruire ou commencer, initiatio, l’initiation, initiatur, l’initiateur. En Grec ancien, télos (τελός) signifie la fin, la complétion, l’aboutissement, la perfection. Les rites initiatiques se disent telea, initier, telein, l’initiation, teletè et les initiés, teloumenoi. Initium et télété représentent les deux aspects de la démarche initiatique maçonnique. L’un est la mise en chemin, l’autre, le chemin et le but. L’initiation maçonnique est un moment/passage (ou plusieurs) et un processus dans la durée (très variable, voire sans fin sur la terre) qui font sens, à la fois comme signification et direction.

Depuis longtemps, le mot initiation désigne le plus souvent, et parfois exclusivement, la cérémonie de réception du profane en maçonnerie et par extension les admissions aux grades suivants, y compris les post-magistraux même si elles sont nommées sous d’autres appellations : avancement, élévation, exaltation, adoubement. Il s’agit d’une succession de rites de passage tels que les définit van Gennep. La réception en loge et l’exaltation à la maîtrise s’apparentent aux rites cycliques, certaines cérémonies post-magistrales relèvent de la tradition chevaleresque alors que l’avancement au compagnonnage ou la réception comme Maître Maçon de la Marque ont conservé un aspect grandement corporatif. Mais progressivement, l’initiation maçonnique s’est trouvée investie d’un deuxième sens, à savoir un long, lent et permanent processus de transformation du cherchant depuis sa réception comme apprenti jusqu’au passage à l’Orient Eternel. Entrée dans l’Ordre, réceptions successives, présence en loge, pratiques rituéliques conduisent à une socialisation maçonnique, à l’apprentissage du vivre ensemble en loge, à l’intériorisation des normes et des valeurs maçonniques et à la construction de la nouvelle identité psycho-sociale du maçon, bref à un véritable habitus plus au sens « maussien »[16] ou « éliasien »[17] que bourdien[18]. Cette socialisation est-elle compatible/complémentaire avec la connaissance de soi, revendiquée par de nombreux acteurs sociaux. autre-soi-memeSi l’initiation est perçue comme une méthode de la connaissance de soi, il est loisible de se demander si la connaissance de soi est possible ? En effet comme l’écrit Nietzche, « l’intellect, en tant que moyen de conservation de l’individu, déploie ses principales forces de travestissement »[19]. La conscience de soi n’est pas spontanément une connaissance de soi. Elle ne peut être une connaissance de type « scientifique » car un sujet ne peut être objectivé. Elle ne peut être non plus une analyse/pratique psycho-pathologique. Pour qu’un individu puisse faire l’expérience de son être, il y faut une médiation, voire plusieurs. L’ Art royal peut-il être un de ces outils ? Est-ce alors une initiation ? Une anthropologie clinique entre dévoilement d’une essence ontologique et quête d’une aventure spirituelle ?

 

L’initiation maçonnique présente quelques traits communs à toute initiation avec des spécificités et des variantes propres liées le plus souvent aux perspectives métaphysique, spirituelle, culturelle, philosophique et/ou psycho-sociale: dans lesquelles le cherchant situe sa quête, les choix individuels des acteurs sociaux étant parfois contradictoires.

Quoi qu’il en soit d’abord, le parcours se fait toujours d’un statut réputé inférieur à un statut réputé supérieur, de l’extérieur (monde profane, environnement exotérique, conscient, « anciennes connaissances ») vers l’intérieur (monde sacré, ésotérisme, psyche2drose0profondeur de la psyché, nouveaux enseignements), symboliquement de la mort vers la vie, le parcours inverse étant impossible. Aussi si les obédiences peuvent s’extérioriser si elles le jugent utiles, et si le maçon comme citoyen (et seulement comme tel) croit pouvoir « répandre à l’extérieur » des « vérités apprises » dans la loge, il est très difficile à l’initié de rendre compte de sa propre initiation. Ce qui se passe durant une initiation maçonnique est à la fois étonnant, tangible et difficilement partageable[20]. L’initiation ne demande pas de dispositions particulières, sauf d’ « être libre et de bonnes mœurs » (« juste, droit, libre, majeur, de jugement sain et de mœurs strictes »)[21]. Elle est donc théoriquement accessible au plus grand nombre, mais elle n’est pas faite pour tout le monde dans la mesure où elle exige un certain rapport à la parole, au silence, à la gestuelle codifiée, aux usages du groupe, à la vérité et au sacré. Le cheminot doit pouvoir supporter les effets de sa quête, ce qui n’est pas donné à tout le monde d’où des rejets provisoires ou définitifs, des abandons mais aussi des refus de certains maçons d’accepter le fait initiatique ou alors du bout du tablier. L’appartenance à une obédience ne vaut pas brevet d’initiation.

Ensuite, la séquence centrale de l’initiation est une époptie, c’est-à-dire une représentation théâtrale du mythe principal et de l’enseignement du secret propres au groupe maçonnique en général, et aux degrés (ou groupe de degrés) en particulier, à partir de jeux scéniques. Comme la plupart des autres initiations, la maçonnique est à la fois un mimodrame et un théâtre parlé dans lesquelles le récit, les gestes, les mimes, les bruits mais également la musique, voire les sensations (stimulations des sens), la mise en scène jouent un rôle central et complémentaire.

Trois thématiques y dominent : l’une est structurée autour du monde de la construction. Ce concept est omniprésente dans la franc-maçonnerie (Pyramides, Tour de Babel, Temples de Jérusalem, Cathédrales). Certes le modèle est le temple dit de Salomon tel queTemple-de-Salomon-1784 le décrit la Bible (1er Livre des Rois, 6-8 ; 2e Livre des Rois, 3-5) mais l’édifice va bien au-delà. Il donne le cadre spatio-temporel dans lequel s’exprime l’imaginaire et l’initiatique maçonniques, entre midi et minuit, de l’orient à l’occident. Un peu comme la scène du théâtre et ses décors, ce cadre est également le vrai/faux lieu de l’activité maçonnique où sont mis en action les rites de passage et le plaisir pour les maçons d’être inclus ensemble. Mais le mythe de la construction en maçonnerie s’active et se féconde dans un mouvement plus ample que l’on peut nommer sans jeu de mots (encore que !) le constructivisme maçonnique, c’est-à-dire la construction/déconstruction/reconstruction à la fois d’un humain debout, d’un édifice spirituel et d’un monde meilleur. Ce processus double comme mise en chemin et comme complétion préempte, engendre, porte la transformation de la vision et du comportement du maçon. Dans cette perspective constructiviste, il y a initiation lorsque le cherchant développe, construit et adapte continuellement sa pratique, sa pensée et sa psyché avec les autres membres de la confrérie, avec les outils, les techniques et le corpus du métier et avec lui-même. Ainsi, il y a analogie entre la construction du Templum Dei (ou sa version sécularisée dite du temple  de l’humanité) et celle du temple intérieur de chaque maçon, entre l’espérance de la cité idéale et la résilience du cherchant après chaque étape initiatique. Ciselant le tout, la franc-maçonnerie a intégré dans son corpus initiatique le mythe de la chevalerie médiévale avec ses valeurs de loyauté, dePenthesilea_as_one_of_the_Nine_Female_Worthie solidarité envers les faibles et de vertu/virtù, récits qui structurent une grande partie des grades post-magistraux.

Mais la plus importante des thématiques initiatiques maçonniques est la nécessité d’une nouvelle naissance, après destruction de l’ancienne personnalité dans le but de faire ressusciter le cherchant à une vie nouvelle. Celui qui est né doit mourir pour renaître. L’initiation maçonnique a des correspondances évidentes avec les mythes thanatologiques[22], les conduites du deuil et les eschatologies (discours sur les fins dernières). La « résistance » à la mort (qui n’est pas le refus d’accepter la finitude psychocorporelle terrestre) est une constance anthropologique. La mort/renaissance est une des attitudes/réponses. La franc-maçonnerie postule une ontologie de la survie[23] que l’on pourrait qualifier de manière oxymorique comme une « eschatologie agnostique » puisqu’elle ne tranche pas l’après[24], entre simple survie dans la mémoire des confrères, possible « amortalité » technico-scientifique, après-vie, réincarnation, métempsychose, métensomatose, palingénésie, résurrection. Le parricide/fratricide d’Hiram, mythe fondateur,
légitimateur et didactique, demeure au cœur de l’initiation maçonnique. Il se perpétue dans le temple de Salomon, lieu saint par excellence, alors que la renaissance du « découvreur » se fait dans un ailleurs indéfini simplement signalé par l’acacia[25]. Par ce mythodrame[26], le cherchant fait l’expérience de la mort à travers l’assassinat de l’architecte et la recherche de son corps. La putréfaction/décomposition atteint les os qui se séparent de la chair picturec’est-à-dire qu’on atteint le primordial. Comme dans de nombreux rites, le cadavre, ici en biodégradation, reste le point d’appui de l’initiation maçonnique car le rituel qui met en scène cette thanatologie n’a qu’un seul destinataire : le postulant et indirectement ceux qui l’accompagnent. La cérémonie n’a qu’un but principal, celui de la métamorphose/renaissance du cherchant. Ce rite de mort est en définitive un rite de vie/renaissance.

Ensuite encore l’initiation maçonnique se déploie dans et par un corpus symbolique[27]. La symbolique[28] maçonnique n’est pas une simple analogie, une allégorie bonasse ou une correspondance commode dans laquelle le niveau signifierait l’égalité, l’équerre, la droiture et le compas, la mesure encore qu’il faut bien commencer l’apprentissage par l’alphabet. Elle est la version maçonnique de la fonction symbolique anthropologique qui en œuvrant produit de l’ordre lequel organise symboliquement et réellement (les deux en dialectique) le monde, les groupes humains et les individus et fonde la culture et les structures, ici le corpus, le culturel et le cultuel maçonniques. Cette fonction structurante de l’esprit humain fait du lien. C’est le cas dans la loge et chez le maçon. Cette structuration fondamentale (consubstantielle à l’espèce homo) sert de médiation entre les individus et constitue ce qui fait groupe et société. Condition universelle, à travers le temps et l’espace, de la vie mentale individuelle et collective, le symbolique se présente comme un médiateur pour chacun, la communauté et le monde. « Ordres » apparemment séparés selon Levi-Straus[29], le réel, l’imaginaire et le symbolique seraient en relation et en correspondance[30]. En maçonnerie comme ailleurs, les rites, les mythes et le symbolique ne témoignent-ils pas de la réalité et ne tutoient-ils pas la vérité ?

Ainsi le symbolique maçonnique permet aux maçons de signifier ce qu’ils pensent et ce qu’ils font. Le symbolique maçonnique est donc la représentation collective codifiée des maçons. Ainsi, l’initiation maçonnique se déploie dans une culture spécifique définie comme un système symbolique structuré autour et par le langage (mots, formules, récits, gestuelles, sensations, discours, chants, concepts, mythes, etc…) dans lequel chaque symbole/signe prend sens selon une logique d’opposition/trie/réaction/complétude réductible le plus souvent (mais pas toujours) au binaire (masculin/féminin, noir/blanc, bien/mal, Soleil/lune, deux colonnes B. et J.) ou ternaire (triangle/triangulation, vescica piscis/mandorle, fingersvesicafirewater360soleil/lune/vénérable). Le fait de plonger les mains du récipiendaire dans l’eau, par trois fois, pourrait être interprété comme un acte hygiénique (encore que !) alors qu’il renvoie à une purification spirituelle (ablution)[31]. Cette fonction symbolique est donc pour l’initié en devenir une référence/outil pour ses pratiques et sa pensée si l’on veut bien admettre qu’il ne s’agit pas d’un processus cognitif primitif et archaïque, opposée à la « noble » démarche rationnelle moderne occidentale, mais d’une pensée d’ordonnancement (organisation immanente aux choses) propre à l’homo sapiens faber demens religiosus qui fonde son humanité en général et dans le processus initiatique, sa sociabilité maçonnique en particulier.

Enfin l’initiation maçonnique s’exprime également dans la moelle du symbolique, savoir le mythe comme récit fondateur. Le mythe est tenu pour vrai et remplit une fonction socio-culturelle et « reliante » dans la mesure où il se présente comme le ciment du groupe. Le mythe raconte une histoire dite sacrée. Il a un rôle d’explication du monde mais sur un mode souvent énigmatique, toujours symbolique et paradoxalement normatif et cognitif. Il exprime une vérité profonde par le détour d’une fiction ouvertement équivoque. C’est donc un récit atemporel qui transcende l’histoire. Le mythe peut ainsi être défini comme un objet signifiant, une parabole conceptuelle (qui se dévoilerait avec lenteur en suscitant un subtil frisson lié à ce lent dévoilement), une métaphore nomade, une analyse en labyrinthe, un discursus non « littérarisé » selon l’expression d’André Siganos[32] ou un mutus liber[33] cher aux 220px-Mutus_Liber_coveralchimistes pouvant faire entendre des « voix » silencieuses comme le suggère Gilbert Durand[34]. Quel rôle joue-t-il dans l’initiation maçonnique ? Comme leurs homologues, les mythes maçonniques et/ou les mythes en maçonnerie sont des éléments fondamentaux de la composition idéelle (relative au monde des idées) et émotive de la communauté maçonnique. Ils sont donc en résonnance intime, profonde, consubstantielle avec l’initiation maçonnique. Ils contribuent à son climat, à son parfum, à son expression. Ils assurent le continuum dans le processus initiatique entre le cultuel (le rite et les usages) et le culturel (le symbolique, le corpus d’idées). Mais dans le corpus initiatique, l’important n’est pas les éléments du récit mais la manière dont lesdits éléments sont combinés entre eux. Le mythe est simultanément dans le récit et au-delà de lui, un peu comme le silence qui suit la musique de Mozart et qui serait encore du Mozart. Il est in et out, un peu comme les linguistes distinguent la langue qui relève du temps réversible et synchronique (histoire de la langue et ses évolutions)  et la parole du temps irréversible et diachronique (langue à un moment précis). Il se développe toujours dans des faits advenus, mais sa force provient de ce que ces événements, censés se dérouler à un moment du temps, forment aussi une structure permanente. Dans l’initiation, le mythe se rapporte ainsi concomitamment au passé, au présent et au futur. De plus, il n’est pas un produit fini. Il faut donc autant comprendre sa genèse qu’analyser le récit dans ses variantes successives. La maçonnisation du standard du héros injustement frappé est bien plus parlante, pertinente, explicative pour l’initié que les débats byzantins infra-maçonniques sur les objets qui tuent Hiram, la manière dont il est atteint et comment il tombe, tartines pour Diafoirus petits docteurs es maçonnologique. En effet, le mythe maçonnique se présente comme un festin de mots[35]. L’opération mythique se fait avec des mots, matériau polysémique, capable de mettre bout à bout et en ordre des éléments discursifs qui construisent le sens du récit. On ajoutera qu’il est nécessaire de prendre en compte la totalité des variantes d’un mythe. Ainsi il n’existe pas une version « vraie » (encore moins officielle, sauf pour les «pseudo-gardiens » de la doxa maçonnique qui confondent allégrement l’esprit et la lettre) du 220px-St_John's_Church,_Chester_-_Hiram-Fenster_2mythe salomonico-hiramique (ou hiramico-salomonien). Il faut retenir à la fois les récits archaïques plus ou moins oubliés, ceux qui ont donné naissance à des divers grades post-magistraux ou à des side degrees, les récits nés en marge de la franc-maçonnerie comme celui de Gérard de Nerval[36], ou ceux plus burlesques qui expliquent l’histoire par la lutte des classes. Toutes les versions appartiennent au mythe. Et le mythe nous dit que la richesse du sens réside dans l’infinitude de son possible. Enfin, dans la mythologie maçonnique, il faut se méfier comme de la peste de la nomination. Le même nom ou adjectif ne renvoie pas obligatoirement à la même famille. Beaucoup de mythèmes (unités fondamentales que partagent les mythes) proches sont nommés différemment. D’autres ont des significations multiples, encastrées, en contrepoint, inversées, dérivées ou bien d’autres. Pourtant les mythes maçonniques sont fondamentalement les contes initiatiques de la franc-maçonnerie.

Comme sa grande famille anthropologique, l’initiation maçonnique est une accession à un stade nouveau « supérieur », s’opérant par des cérémonies particulières, par étape, de manière progressive, en référence à un discours, avec un double but, la socialisation et la symbolisation. L’initiation maçonnique est donc à la fois une pratique, un développement & un corpus, qui passe (plusieurs fois et plus ou moins) par trois situations successives:

*** La phase préliminaire ou la séparation, (« avant le seuil » = pro-fanum, pour la réception, les quatre appartements pour la cérémonie de Rose-Croix, 18e degré) avec une réclusion « prophylactique » dans un lieu clos (cabinet de réflexion, chambre de préparation) et un dépouillement physique et/ou vestimentaire (par exemple le pied déchaussé d’où le boitement/boiterie comme Jacob ou Œdipe, ou le corps « ni nu ni vêtu, mais dans un état décent »);

*** la phase liminaire ou la liminarité ou liminalité, l’entre-deux, entre le vieux et le neuf, qui se manifeste sous des formes rituéliques souvent fort différentes selon les grades;

*** la phase post-liminaire ou l’agrégation/réincorporation conférant au récipiendaire un nouveau statut.

289740_143647059056057_100002322900628_258823_4624022_oSymboliquement, ces trois moments figurent mort, gestation et renaissance du récipiendaire ou psychanalytiquement, crise, rupture et dépassement pour reprendre le titre d’un ouvrage collectif[37].

Peu ou prou, dans la réception dans l’Art royal, puis dans les diverses progressions/promotions par degré, on trouve tout ou partie des éléments suivants, d’abord dans les deux premières phases (parfois dans la troisième) :

* Un mythodrame, en général un principal par grade (le meurtre d’Hiram et la recherche de son cadavre au grade de maître et de ses assassins, dans les grades post-magistraux);

* une (ou plusieurs) époptie(s) dévoilée(s) par la « contemplation » de symboles, en liaison avec la représentation « théâtrale » du mythe et de l’enseignement du grade ;

* La présence de un à quatre éléments (terre, eau, feu, air) dans des rituels de purification ;

* Un ou plusieurs voyages unidirectionnels, une déambulation ritualisée et orientée, des marches codifiées, des départs d’un pied déterminé ;

* Une guidance, car le récipiendaire est toujours « accompagné » même de loin ;

* Une ou plusieurs chute(s)/élévation(s) suivie(s) d’une montée/passage/élévation et des obstacles à la progression (marches ou escaliers, bruits, descente au sein de la terre (caverne, grotte, cave, voute), ordalies) ;

* Des contraintes physiques (bandeaux, voilettes, entraves, encordement, breuvage, clôture des lèvres, cérémonie du sang);

* Une eurythmie, c’est-à-dire une harmonie résultant d’un agencement heureux et équilibré de gestes, de sons et de la gestion du temps (« de Midi à Minuit ») ;

* un espace/temps délimité, couvert, fermé, séparé donc sacré (« lieu très saint et très éclairé connu des seuls vrais maçons ») ;

* la présence plus ou moins marquée d’anxiété provoquée par l’attente et l’incertitude et/ou de la confiance d’un récipiendaire alors sujet actif/passif.

La phase d’agrégation, quant à elle, se structure autour de rites de dévoilement/intégration (don de la lumière, relèvement du maître par les cinq points de la maîtrise, adoubement) et de protection/incorporation (épées « protectrices »). Elle compte toujours un serment solennel. Elle s’accompagne de la présentation/narration d’une partie du corpus maçonnique, avec un ou plusieurs discours/récits reprenant tout ou partie du mythe fondateur, un ou plusieurs épisodes spécifiques du grade, l’annonce explicite ou implicite d’une eschatologie, c’est-à-dire à la fois un but et une fin et d’une uchronie, c’est-à-dire la description d’un « meilleur des mondes » situé dans l’ailleurs spatio-temporel (le voyage initiatique relève de la quête d’un monde meilleur) et un questionnement de la fin/finitude/but/dessein de l’individu.

Le tout se termine par des embrassades, des libations, un repas et parfois des chansons que l’on retrouve également sous forme autonome (banquet d’Ordre) comme medium de lien social.

Inscrite dans un Ordre traditionnel, l’initiation a-t-elle à voir avec la modernité ? Le mot tradition vient du latin traditio = acte de transmettre, du verbe tradere = faire passer, livrer, remettre. La transmission est consubstantielle du fait initiatique. La tradition est la transmission continue plus ou moins ritualisée d’un contenu culturel à travers l’histoire depuis un événement fondateur (réel ou mythique) ou de temps immémorial, lequel constitue un facteur d’identité, de cohésion et de légitimation d’un groupe. L’initiation maçonnique est donc par essence traditionnelle. Néanmoins les concepts de tradition primordiale[38], de Sophia perennis, connaissance universelle d’origine non humaine théorisée entre autres par René Guénon (1866-1951) ou de traditionalisme religieux se légitimant dans une tradition révélée relèvent de choix « idéologiques » de certains acteurs sociaux, même si divers courants maçonniques s’y référent explicitement.

Grâce à sa nature traditionnelle et d’une certaine manière invariante, l’initiation maçonnique semble constituer un laboratoire extrêmement efficace et efficients pour la socialité[39] postmoderne ou hypermoderne. Le monde moderne occidental désenchanté serait en voie de saturation matérialiste et en cours de réenchantement[40] (maintien, appétence & renouveau de diverses formes initiatiques et de l’ordre symbolique, retour des rituels, sens de la communauté, imaginaire, haptonomie dans divers groupes sociaux, diverses associations et manifestations, dans la culture, la publicité ou dans des formes nouvelles du politique et de l’économique). L’initiation maçonnique, par ses mythes, ses rites et son symbolisme c’est-à-dire par ses structures traditionnelles apparaît alors d’une étrange modernité. Face aux angoisses que fvcvghv-hjboujhn-bvc4b1kpeuvent provoquer la mondialisation d’une part et l’hyper-individualisation d’autre part, dans un monde d’immédiateté, de zapping, d’éphémère et de superficiel, les structures anthropologiques de l’initiation maçonnique fondées sur la naissance, la vie, l’amour et la mort, apportent une réponse apaisante et pérenne donc moderne. Néanmoins l’initiation, dans le temps et l’espace, n’est pas immuable dans sa forme. Même si elle est associée à l’idée de tradition, et donc à une certaine immuabilité, elle est plastique. Elle est le produit de temporalités spécifiques historiques et/ou géo-culturelles qui voient se transformer (les serments), disparaître (épreuves physiques), naître (épreuves de l’air et de la terre, à la fin du XVIIIe siècle et du miroir, aujourd’hui) ou ressurgir certains de ces éléments[41]. Elle est donc aussi d’une certaine manière de la modernité.

Ainsi l’initiation maçonnique (comme les autres types d’initiation au demeurant) a une triple fonction pour le cherchant : l’hominiser, l’individualiser et le socialiser. Elle est la substantifique moelle de l’universel maçonnique car elle relève de la naissance, de l’élan vital, abramovic_perfod’Eros et de Thanatos. C’est par elle que la franc-maçonnerie est véritablement universelle plus que par ses valeurs qui, somme toute, sont celles de tout humanisme de bon aloi. Elle est donc à la fois découverte d’une expérience de caractère intime, perspective de développement, expérience physico-psychologique, éveil de la conscience, intelligence du réel ou du caché, introduction aux mystères de la vie et de la mort, découverte de soi et des autres, cheminement sur la voie, quête d’identité et de sens. Elle alterne temps forts et lent processus, recul et avancée, refus et acceptation, doute et foi. Elle n’est donc ni un acte religieux stricto sensu, ni un métarécit politique, ni une psychanalyse. Le processus initiatique se développe sur le plan individuel, social, intellectuel, moral, psychologique et spirituel. Se pose cependant la question de savoir comment l’initiation (dans les deux sens ci-dessus définis) est reçue, vécue et intégrée. Les maçons sont-ils tous des pratiquants croyants initiatiques ? L’initiation n’a de valeur que si le rite est conforme aux normes du groupe qui agrègent les récipiendaires (Quel sens, fait la formule « je préférerais avoir la gorge tranchée plutôt que de faillir à ce serment » pour la plupart des postulants). L’initiation n’aurait pas de pouvoir sui generis (intrinsèquement liée à sa nature) si elle ne se ressent, s’éprouve, s’intériorise encore que la répétition automatique de dizaines de gestes et d’actions et la réception de perceptions de tous ordres, conscientes ou inconscientes, n’est pas sans conséquence sur le cerveau humain[42]. Si le cherchant n’y voit qu’une coquille vide, un jeu puéril, un théâtre d’ombre, un cérémonial désuet, il est peu probable que ladite initiation ait un sens (fasses sens) et soit efficiente. L’initiation maçonnique ne peut être qu’une pensée/intelligence/spiritualité/métaphysique vécue : المدخل (الدخول الى الحمام ليس خروج, Dkhoul l’hamman machi b’al Khroujou[43].image collée 640 x 428

 

 

  1. Dire que ce texte doit aux lectures de et aux discussions avec Bruno Etienne est un doux euphémisme mais comme il aimait à dire et à écrire avec Sören Kierkegaard et Moheïddine Ibn’Arabi : « la forme du serviteur est l’incognito. Car plus bas est l’initiateur, plus haute est l’initiation».

 

[1] Paris, Nourry, 1909.

[2] Encore qu’il existe quelques exceptions comme l’initiation sikoaanga en Pays Moaaga (Burkina Faso). Cf. Vinel Virginie, Etre et devenir Sikoomse, in Cahiers d’Etudes Africaines, 158, 2000, p. 257-280.

[3] L’exception notable est les mystères d’Eleusis. Dans plusieurs cultes, on trouve une prêtrise mixte, notamment pour le culte civique (Dionysos à Millet) mais l’initiation stricto sensu semble alors le plus souvent de la seule responsabilité des femmes.

[4] Goguel d’Allondans Thierry, Rites de Passage, rites d’initiation : Lecture d’Arnold Van Gennep, Québec, éd. Presses universitaires de Laval, 2002.

[5] Cf. entre autres Douglas Mary, Purity and danger : an analysis of concepts of pollution and taboo, Londres, Routledge & K. Paul / New York, Praeger, 1966 ou Turner Victor W., The ritual process : structure and anti-structure, Chicago, Aldine Publishing, 1969.

[6] Natural Symbols : Explorations in Cosmology, Londres, Barrie & Rockliff the Cresset Press, 1970.

[7] Order and Rebellion in Tribal Africa. New York, The Free Press of Glencoe (Macmillan), 1963.

[8] Rites et rituels contemporains, Paris, Nathan, coll. 128, 1998.

[9] Les rites comme actes d'institution, in Actes de la recherche en sciences sociales, 1982, 43, p. 58-63.

[10] Néologisme devenu un concept sociologique in Les Nouvelles, Bruxelles, Ed. de l’institut de sociologie, 1963.

[11] La Méthode, VI, « Ethique », Paris, Le seuil, p. 113/120.

[12] Le réenchantement du monde. Une éthique pour notre temps, Paris, La Table Ronde, 2007.

[13] La tentation communautaire. Les paradoxes de la reliance et de la contre-culture, Bruxelles, Ed. de l’Université de Bruxelles, 1986 & éd. de Voyages au cœur des sciences humaines. De la reliance, Paris, L’Harmatttan, 1996, 2 tomes.

[14] Selon Pausanias (c.115/180), diverses sentences se trouvaient dans le pronaos du temple delphien d’Apollon. En recoupant avec les références de Platon et de Plutarque, on peut émettre qu’elles figuraient sur des colonnes ou sur des cippes (stèles de pierre).

[15] Cette formule se trouve dans divers dialogues de Platon (Charmide [Sur la Sagesse], Philibé [Sur le Plaisir], Premier Alcibiade [Sur la Nature de l’Homme] : «Allons, mon bienheureux Alcibiade, suis mes conseils et crois-en l’inscription de Delphes : Connais-toi toi-même, et sache que nos rivaux sont ceux-là et non ceux que tu penses et que, pour les surpasser, nous n’avons pas d’autre moyen que l’application et le savoir.»

« … et tu connaîtras l’univers et les dieux » est un ajout moderne.

[16] Mauss Marcel, Les Techniques du corps, in Journal de Psychologie, Paris, vol. XXXII, n° 3-4, 15 mars-15 avril 1935.

[17] Elias Norbert, Die Gesellschaft der Individuen, Stockholm, Stockholms Universitet [Idehistoriska uppsatset, no. 5.], 1983; trad. française, La Société des individus, Paris, Fayard, 1991, avant-propos de Roger Chartier.

[18] Bourdieu Pierre, La distinction : critique sociale du jugement, Paris, Minuit, 1979 & Le Sens pratique, Paris, Minuit, 1980.

[19] Über Wahrheit und Lüge im außermoralischen Sinn [Vérité et mensonge au sens extra-moral], 1873, 1896.

[20] Paradoxe ! De nombreux maçons n’ont de cesse de vouloir formaliser et intellectualiser leur parcours initiatique afin de le partager avec des autres membres de la communauté, voire d’en faire profiter (au moins en partie) des profanes alors que la plupart affirme le caractère inexprimable et intransmissible de ladite initiation.

[21] Formules traditionnelles loin d’être univoques…

[22] Ni la thanatocratie, ni les systèmes mortifères, mais le regroupement de tous les savoirs qui parlent de la mort comme le définit Louis-Vincent Thomas.

[23] Thomas Louis-Vincent, L’eschatologie : permanence et mutation in Thomas Louis-Vincent et alii., Réincarnation, immortalité, résurrection, Bruxelles, Publications des Facultés universitaires Saint-Louis, 1988, p. 17 et suivantes.

[24] Encore que diverses obédiences et/ou familles maçonniques avaient et/ou ont affirmé l’immortalité de l’âme.

[25] Même si pour des raisons pratiques, la scène se joue dans le temple/bâtiment.

[26] Le but du mythodrame est de contribuer à ce que l’initié se mette en lien avec son processus d’individualisation.

[27] A cause de son ambiguïté, Umberto Eco, par prudence épistémologique, invite à utiliser le mot symbole avec « parcimonie » in Sulla letteratura, Milan, Bompiani, 2002.

[28] Le symbolique est le domaine du symbole. Il est selon l’approche lacanienne un des trois « registres essentiels » du champ de la psychanalyse avec l’imaginaire et le réel (Cf. J. Lacan, Le symbolique, l’imaginaire et le réel, in Bulletin interne de de l’Association française de psychanalyse, 1953; Ecrits, Paris, seuil, 1966). La symbolique est l’ensemble des relations et des interprétations afférant à un symbole particulier et/ou l’ensemble des symboles caractéristiques d’une culture (symbologie). Quand on parle de l’art d’interpréter les symboles, on préférera utiliser le terme d’herméneutique (Cf. Ricoeur Paul, De l’interprétation. Essai sur Freud, Paris, Éditions Le Seuil, Collection L’Ordre philosophique, 1965 ; item, Le conflit des interprétations, Paris, Éditions Le Seuil, Collection Esprit, 1969).

24 Anthropologie structurale, Paris, Plon,1958 ; Anthropologie structurale deux, , Paris, Plon, 1973

[30] Godelier Maurice, L’imaginé, l’imaginaire et le symbolique, Paris, CNRS éditions, 2015.

[31] Hidiroglou Patricia, L’eau divine et sa symbolique. Essais d’anthropologie religieuse, Paris, A. Michel, 1994.

[32] In Le Minotaure et ses mythes, Éditions PUF, 1993. Cf. également Mythe et écriture, Paris, PUF, 1999 et en collaboration avec Chauvin Danièle & Walter Philippe, Questions de mythographie. Dictionnaire, Paris, Imago, 2005.

[33] Un « livre muet » où les images seraient des mythes.

[34] Les Structures anthropologiques de l’Imaginaire, introduction à l’archétypologie générale, Paris, PUF, 1960.

[35] Cf. Scheid John & Svenbro Jesper, La tortue et la Lyre. Dans l’atelier du mythe antique, Paris, CNRS Editions, 2015.

[36] Nerval, Gérard de, Histoire de la reine du matin et de Soliman, prince des génies, in Le Voyage en Orient, Paris, Gervais Charpentier, 1851.

[37] Kaës René, Missenard André, Anzieu Didier, Guillaumin Jean, Kaspi Raymond, Bleger et al., Crise, rupture et dépassement : analyse transitionnelle en psychanalyse individuelle et groupale, Paris, Dunod, 1979.

[38] François Stéphane, L’Ésotérisme, la « tradition » et l’initiation. Essai de définition, Tours, Grammata, 2011.

[39] Socialité : mode de vie et d‘être déterminée par la sociabilité définie comme une tendance à vivre en société.

[40] Maffesoli Michel, Le réenchantement du monde. Une éthique pour notre temps, Paris, La Table ronde, 2007.

[41] Cf. Segalen Martine, Rites et rituels contemporains, Paris, Nathan université, 1998.

[42] Naccache Lionel & Riveline Claude, Les étranges pouvoirs du rite sur le cerveau in Le Journal de l’Ecole de Paris, 2014/4, n° 84, p. 7/13.

[43] L’entrée au hammam n’est pas comme sa sortie, ou si l’on préfère : on ne ressort pas du bain comme on y est entré.

SOURCE : https://yveshivertmesseca.wordpress.com/tag/mysteres-deleusis/?fbclid=IwAR0qgOsJeG1jZVS5vsvCQ_ETa4UqRoXpvrE8I9mPl2TY4_UKTbl2SJlt5hA

Le Temps …

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Le Temps

Publié le 3 décembre 2016 par Gérard Baudou-Platon

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Le temps

La Déesse Neith ….

(Inscription au fronton du temple de Saïs)

«  Je suis ce qui est, ce qui a été, ce qui sera,

Nul n’a jamais soulevé mon triple voile noir.

Le fruit que j’ai en engendré est le « Soleil » »

Le compagnon de Neith est Oupouaout, l’ouvreur des chemins … Avec Neith nous sommes dans la sphère des « Shemsou-Hor » et dans la mouvance des Grands anciens …

L’apprentie, Noen, dans le Temple du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, Voie Orientale, de sa colonne du septentrion doit tendre l’oreille, ouvrir les yeux, à chercher à comprendre par le cœur, par l’esprit … par la raison … Elle contemple cet espace considéré comme « sacré » … Son chemin parcouru depuis son statut de profane vers une « initiée ayant reçu la lumière » l’a conduit à se confronter à un ensemble de symboles. Chacun d’entre-eux  parle à son cœur et à son âme et éveille en elle une connaissance particulière.

Il est à propos de dire « connaissance » car la « Franc-maçonnerie n’étant pas un système de transmission dogmatique », elle n’érige rien, à partir des messages qu’elle suggère, comme une vérité absolue ou devant être reçu comme telle » … son rôle : la révélation de soi …  le « Connais-toi, toi-même et tu connaitras l’univers et les dieux » … ainsi la vérité exprimée par chaque Franc-maçon sera la vérité qu’il conçoit en son âme et conscience … Vérité qu’il apportera dans l’Athanor de la loge( ou de l’atelier) afin qu’elle se confronte aux miroirs de ses alter-égaux

L’Apprenti (Terme générique), après un parcours particulier « Profanum », aura été attiré par le « Naos », par la « circulation de la lumière » puis il aura côtoyé une démarche très instructive grâce à l’examen d’un « Compagnonnage particulier : celui de Platon » … un voyage, d’abord intérieur, s’il en est, au sein d’une  ancienne Égypte qui reste, aujourd’hui d’une richesse absolue en ce qui concerne l’accès au « savoir » et à la « connaissance ». Quels autres éléments symboliques lui sont-ils suggérés dans le Temple qu’il côtoie, maintenant ?

Une juste apposition de la lune et du soleil, une Houppe dentelée suggérant 12 fenêtres dans la voute céleste, chacune d’entre-elles évoquant un symbole que tout profane associera à la représentation de l’infini … mais aussi, d’un événement Cosmique qui fut à l’origine de tout …

Voici, donc, deux éléments qui interpellent profondément l’apprenti. Sans doute a-t ‘il raison  car voilà deux symboles qui lui parlent en profondeur et qui désignent, enfin, quelque chose de « vivant » … en un mot le « mouvement » …

L’un apporte la lumière et réchauffe la Terre et son absence détermine la nuit … l’autre rarement  visible le jour trône la nuit … soulignant des phases que le psychisme humain identifie à diverses situations réglant sa vie de façon quasi intime …  L’un rythmant jour-nuit et ensoleillement de toute la nature selon une judicieuse dilution orchestrée par les saisons … l’autre présidant à la germination … Oui, le couple  « Soleil – Lune » nous parlent de Vie et de Cycle … de Cycle de vie … et d’alternance.

Noen sent que la nature est « palpitante », qu’elle pulse, qu’elle construit inéluctablement, qu’elle conduit une création suivant un ordonnancement, manifestement, sans faille …

Voici … qu’apparaît ce qui se succède, ce qui est simultané, ce qui est occurrent, ce qui disparait puis revient. Voici, alors, des séquencements d’événements de toutes natures d’où émerge l’idée d’une  Horloge … le Calendrier et leurs phénomènes récurrents … Les Marées … le pouls humain … le souffle dont on dit qu’il peut être Cardiaque ou Mental …  le rythme social … économique … politique … tout semble alternance …

Tout est mouvement et transformation   quelle en est la cause ? Ou les causes ? …

… Le Temps …

Nécessaire ou inutile …. Présent ou Absent … Réel ou conceptions opportunes …

Le mouvement … Un concept claviculaire pour comprendre la Vie conduit à cette notion partageable par tous les chercheurs du Monde entier qu’ils soient scientifiques ou ésotéristes convaincus … car, en effet lorsque l’on évoque un mouvement il est difficile de ne pas le relier à un rapport « Espace / temps » voilà, un mouvement uniforme puis … un nouveau rapport entre le précédent rapport avec de nouveau le temps … né, par conséquent, l’accélération ou le mouvement uniformément varié sous l’action de forces, de gravitation (concept à l’œuvre dans tous les univers)… ainsi nous vient à l’esprit une nouvelle notion : « l’espace-Temps » … terme définissant les caractéristiques vivantes d’un lieu, partie du monde manifesté qui nous entoure.

Qu’est-ce que le temps ? Si d’aventure il est, assez, simple de définir « l’espace » (ce qui reste à démontrer) parler de la notion de « temps » est d’une grande complexité. Pour l’heure l’apprenti  sentira naturellement qu’il faille, à son stade, faire appel à l’intuition.

La logique humaine nous fait concevoir que la cause d’un phénomène est, forcément, antérieure au phénomène, lui-même. Lorsqu’il se produit il est impossible de revenir en arrière … la flèche du temps a une origine et une seule direction !!! … peut-être, peut-être ?

Pourtant il y a le « temps objectif », le « temps subjectif » … derrière le terme « Temps » émerge une complexité de notions toutes aussi vraies et toutes aussi essentielles … qu’est-ce que : la simultanéité, la succession, la durée, le changement, l’évolution, la répétition, la « synchronicité » chère à notre frère Young … le devenir

Le temps crée, use, détruit, sans jamais reconstruire ce qu’il détruit … il élimine mais il construit … jamais la même chose … enrichit-il ?  Adapte-t’il ? rend t-il adéquat ?

Le temps séquence les phénomènes (actions, réactions, rétroactions, évaluations, adaptations, …), la pensée, l’humanité … quel était le temps des civilisations disparues (le temps de l’Atlantide, le temps de la Mésopotamie, celui de l’Egypte ancienne, d’Alexandre le Grand),  le temps de la chrétienté … celui de Saint Augustin, pas celui des Arabes ni celui des Chinois, le temps du moyen-âge. Il n’est pas le temps du Siècle des Lumières, ni celui du 20ième siècle … celui des ténèbres mais aussi des révolutions industrielles, le temps du 21ième siècle qui n’est pas le temps de la construction des pyramides ni celui des cathédrales … c’est celui du temps raccourci, de la communication, de l’inter-connectivité … celui des réseaux sociaux, de l’événement médiatique immédiat, des technologies mobiles, celui la prolifération mathématique et des espaces multidimensionnels …

Mais alors ce temps, que signifie-t-il ?, y a-t-il un temps absolu ? Un temps relatif ? Existe-t-il, seulement ? Ou est-il tout simplement multiple et associé juste à une configuration … locale ?

Aristote nous explique cela : « Puisque le passé n’est plus, puisque l’avenir n’est pas, encore. Puisque le présent n’existe déjà plus dès qu’il a commencé d’exister comment pourrait-il être … un « être temps » … Bergson, lui fera la distinction entre temps objectif et temps subjectif et dira «  le temps est celui qui est vécu er ressenti par chaque être humain » …

Descartes, Kant professent l’idée que « le temps n’existe que selon l’esprit de l’homme ». Une manière de saisir l’ensemble des événements reposant sur la conscience humaine … l’homme non conscient serait-il, alors, hors temps ?

Mais revenons à Galilée qui nous confirme que « le temps est une valeur quantifiable susceptible de mesurer le mouvement » examinant la chute des corps il comprend, alors que la vitesse acquise est proportionnelle au temps de chute !!!! (Belle démonstration pour dire que le temps appliqué à lui-même nous projette dans un autre monde celui des forces d’attraction ou de gravitation et sa conséquence première : l’accélération des masses)

Newton mais aussi Stephen Hawkins évoquerons la théorie du temps absolu « avec une bonne horloge le temps devient le même pour tous »

Mais il existe un temps objectif … celui des objets célestes (-5000 Chine), celui des Clepsydres (horloge à eau) (-2500 Mésopotamie), celui des sabliers (1300), celui de l’horloge de Huygens qui utilisa le pendule (1656) … puis celui du balancier à spirale (1675) …  l’invention du Chronomètre marine par John Harrison (1761) … les premiers chronographes au 10ième de seconde en 1821 … l’horloge Astronomique, horloge Atomique  … Le temps de cosmologistes … qui détermineront l’origine de toutes existences (13,7 Milliard d’années pour notre univers … 4.5 Milliard d’année pour notre espace solaire et notre planète Terre, 3,5 million d’années pour voir apparaitre un bipède …

Avec Albert Einstein … le temps absolu n’existe pas … il est relatif et se définit dans une notion connue sous ne nom « Espace-Temps » (au moins trois dimensions + une pour simplifier). Il sera, alors, important de signaler le paradoxe des frères jumeaux de Paul Langevin. Pour ce dernier le temps n’est pas le même, lorsqu’il est évalué dans deux espace-temps en mouvement l’un par rapport à l’autre. Une horloge placée dans l’un et l’autre de ces deux espace-temps montrerait que l’une et l’autre se « désynchroniserait » … ce qui implique la valeur du temps dans l’un et dans l’autre des espaces-temps n’est plus la même !!!! (Phénomène parfaitement vérifié pour les satellites dont l’horloge embarquée détermine les résultats du système GPS). Il est, dès lors nécessaire des systèmes permettant la parfaite synchronisation avec notre planète Terre.

Enfin toute la famille des physiciens quantiques, pour les désigner … Planck, Einstein pour une part, De Broglie, Bohr puis Pauli, Heisenberg, Jordan, Dirac … et enfin Schrödinger, Born … tous ayant concouru à  modéliser un monde subtil grâce à la description de « fables » permettant de décrire des réalités physiques expérimentées et évaluées selon des probabilités crédibles et  de dire que le vide interstellaire et atomique est en fait un « plein » (nos ésotéristes nous l’avaient suggéré) un plein d’in-formation circulant à des vitesses qui sont de l’ordre de 20.000 fois la vitesse de la lumière ce qui démontre l’interrelation entre tous les éléments de l’univers, l’intrication de toutes formes de réalité, le principe de non localité, la croyance en la présence de multi-univers mais aussi d’un méta-univers produisant in-formation et processus de création ordonné … allant même à penser que la présence d’un champ A (Champs Akashique ?) pourrait être la référence de tout système d’où peut émerger vie et conscience … Qu’elle lien entre cet Akasha et les sources de l’âme ?  … quel lien entre ce que l’on vient d’écrire et notre capacité à changer le vieil homme que nous sommes ?

physicquanta-ingres

Cette photo, particulièrement symbolique du lien entre l’homme et le cosmos, a été tirée du blog dont je mets, ci-dessous, le lien …

https://allevents.in/neuchatel/physique-quantique-et-loi-de-l’attraction/1134548449936857

Ainsi pour l’apprenti … lorsque le moment est venu … lorsqu’il se trouve sur les parvis … il accomplit le passage d’un monde profane vers un monde sacré … l’un semble mettre en œuvre de multiple façons d’évaluer les dimensions temporelles qui y sont attachées. Dans le temple d’autres dimensions temporelles se font, dès lors, jour … elles ont trait aux dimensions profondes qui construisent toute vie, toute création, au travers d’un souffle qu’il faudra sans doute découvrir. Dans tous les cas, son corps, son esprit, du fait de l’incarnation qu’il expérimente, ici et maintenant, devra prendre en compte ces deux espaces … son temple intérieur & son temple extérieur.

Le Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, Voie Orientale notamment, est un Rite dont la vocation est, dès le degré d’Apprenti, d’apprendre à intégrer de nombreux champs ou plans de réflexion … Symbolisme, Philosophie surement mais aussi Physique, Mathématique, Métaphysique, Hermétique … ainsi l’apprenti souhaitera devenir Compagnon car l’apprentissage des Arts Royaux lui sera d’un grand secours pour … entrer en lui-même … et intégrer tous les temps qui structurent sa propre vie.

Faire mourir le vieil homme qui est en nous pour se régénérer en Homme réalisé c’est-à-dire devenir un être conforme et incarnant en tout point l’harmonie universelle des forces primordiales

Noen, a appris que l’espace est remplit de l’Energie, de Matière … mais le Temps. Si la vie est Mouvement alors l’espace a besoin de Temps ……. le « Temps » … est-il discontinu ?, est-il linéaire ?, est-il cyclique ? Est-il relatif ? Est-il uniforme ?…

Notre Sœur Noen se rappelle de ses premiers cours de physique … lorsque relation était faite entre Espace et Temps

Dès lors le facteur « temps » est de la plus haute importance à la fois sur le plan des différentes sciences dites objectives mais aussi sur le plan de l’organisation des sociétés (lorsque le temps des changements technologiques, des systèmies organisationnelles et même de l’évolution des savoirs ne sont plus en symbiose avec le temps individuel, intérieur du monde vivant et notamment de l’homme)

Que nous disent les anciens ?

Qu’Il existe des enseignements issus des Egyptiens et datant du 1ier siècle, connu sous le nom de « Corpus Herméticum » … il exprime le fondement d’un système de croyances qui voyait une connexion entre le cycle des étoiles, celui des hommes et des choses terrestres …  « Dieu organisa le Zodiaque en accord avec le cycle de la nature  …. Et conçut une machine secrète (le Système Stellaire)  associé au destin infaillible et inévitable auquel tout, dans la vie des hommes, de leur naissance à leur destruction finale, sera nécessairement soumis … et tout autre chose, sur Terre, dépendra également du fonctionnement de cette machine »

L’égyptologue Richard Wilkinson explique que jusqu’à des temps forts reculés trois grands thèmes : la structure cosmique originelle, la fonction cosmique dans le présent et la régénération cosmique … pouvaient être considérés comme récurrents  dans le symbolisme des Temples Egyptiens ….

Rundle Clark précise que tous les rituels et les fêtes pharaonique de l’Ancienne Egypte étaient « la répétition d’un évènement ayant eu lieu au commencement des Temps »  ….. « Les principes fondamentaux de la vie, de la nature et la société avaient été déterminés par des Dieux depuis longtemps, avant l’établissement de la Royauté … cette période, appelée Zep-Tepi « les premiers Temps » dura du moment où « le grand Dieu » fit son premier mouvement dans les eaux primitives jusqu’à l’intronisation d’Horus et la Rédemption d’Osiris … tous les mythes authentiques relatent des évènements de cette époque » …  (Jubilée Heb-Sed …. Le Zep-Tepi Heb-Sed ou le Hed-Sed des premiers temps  … Zep-Tepi Wahen Hed-Sed ou la répétition du Hed-Sed des premiers temps)

Ces fêtes Hed-Sed consacraient « Pharaon » apte à faire corrélation entre Ciel & Terre afin d’assurer Fertilité, Santé et Richesse

Ces fêtes étaient en relation avec ce que l’on appelle le « Cycle Sothiaque »  …. Pharaon suivait, alors, le trajet du Dieu Soleil Rê-Horakhty (Horus de l’Horizon)

Le cyclique sothiaque correspond au temps qu’il faut pour  que le temps présent  revienne à l’identique lorsque l’on compte la longueur d’une année en 365 jours … alors que manifestement la révolution solaire telle qu’elle est calculée est de 365 jour 2422

En effet si l’on considère que le Soleil fait une révolution en 365 jours ¼ (soit 0,25 jour en plus)  … l’on constatera, si nous ne prenons en  compte que 365 jours, qu’il nous faudra 365/0,25 soit 1460 ans pour « resynchroniser » les deux calendriers … année civile & année Sothiaque ##

Le Cycle Sothiaque concerne le lever héliaque de Sirius à l’Horizon … si cet évènement fût constaté en l’an 139 ap JC … alors le Zep-Tepi devrait avoir eu lieu (139 -1460) 1321 Av JC …. Ou 2781 av JC …. Ou 4241 av JC … 5701 av JC …. … … 11541 av Jc

Ainsi une fois tous les 1460 des super Jubilé étaient célébré « le retour du Phénix »   … les premiers temps » pourraient bien être à cet âge d’0r ou pour la première fois l’homme aurait vu Sirius pointer à l’Horizon … dans le livre « le Code Secret des Pyramides » (Robert Bauval) un chercheur utilisa le calculateur Starrynight qui utilisait un logiciel astronomique ultra performant dans la  reconstruction du ciel cosmique en fonction d’une date donnée) et proposa que cet évènement aurait eu lieu en 11.541 avant JC !!!

« A ce moment Sirius émergeait au Sud de l’Egypte …. Un observateur tourné vers  l’Est aurait vu, simultanément,  le lever d’une autre légendaire constellation  …  l’astronome Nancy Hathaway décrit ce moment avec lyrisme « la constellation du Lyon ressemble à un animal dont elle porte le nom … un triangle d’étoiles trace le contour de la patte arrière …. L’avant de la constellation comme un point d’interrogation géant retourné, profile la tête, la crinière et les pattes avant … au pied du point d’interrogation de se trouve « Regulus », le cœur du lion » »

Sur le plateau de Guizeh  il existe un Lion tourné vers l’Est que l’on nomme le Grand Sphinx …. Entre ses pattes se tient une grosse pierre couverte d’inscription dont celle-ci «  ceci est le lieu Splendide du Premier Temps » …. (Message ésotérique du Sphinx selon Etienne Guillé : Savoir, Vouloir, Oser, se taire)

En 11541 ans avant JC  … la voie lactée se trouvait, alors, dans l’axe du Nil …. « Ainsi les eaux d’en haut (la voie Lactée) fécondait les eaux d’en bas (le Nil) » …. Et notre rituel ajoute « en la même mystérieuse saison » … en ce temps, Sirius, le Phenix-Bennu s’était sphynx-04posé et avais mis en marche le « Temps »

Les Egyptiens de 2781 avant JC  (date du Retour de Sirius …  la réapparition du Phénix) fut le départ de la construction du complexe pyramidal de Guizèh et de l’implantation des Temples  … cette disposition représentait dans son intégralité la cosmologie, le renouveau cosmique et l’autorité cosmique qui affectait les Egyptiens … les prêtres d’Héliopolis se mirent à mettre en œuvre l’aménagement de la région de Memphis et d’Héliopolis

Mais une autre forme de Temps peut être pointée par la raison : c’est le grand cycle Solaire … comme le cycle Sothiaque il est déterminé par le fait que une révolution solaire se fait en 365 jours et 0,2422 ou pour simplifier 0,243 jours … ainsi basée sur une année de 365 jours  … le dit Cycle se régénère tous les 365/0,243 soit 1506 ans  … ce sera le retour du jour de l’an au Solstice d’été …  ce Cycle se nomme « le Grand Cycle Solaire »

Enfin le « symbole solaire » de notre Temple (et le luminaire du tous les mondes vivants) nous invite, toujours, en relation avec notre planète « Gaia » (Note Terre-mère) à prendre en compte une autre notion …. La « précession des équinoxes »  qui fut bien comprise par les Egyptiens …. En témoigne la construction de temples de Satis bâtis en Eléphantine, les temples d’Horus construit sur la colline de Thot … les Temples d’Isis à Dendérath … ce cycle est de 25.960 ans … ce cycle sera nommé « la grande Année »

Précisons un peu :

S’agissant de la Grande Année … pour simplifier nous dirons que la précession des équinoxes fait croiser la route du soleil avec l’équateur de la Terre (« point vernal »)  … terre_axe04avec un recul de 1° tous les 72 ans dans le champ Zodiacal …. Ainsi faudrait-il  (72 ans * 30 soit 2160 ans) pour reculer d’un signe …. Pour l’exemple, selon les données astronomiques,  l’Ere du poisson aurait débutée  en -130 Av JC … et verrait sa fin en 2030 Ap JC  …. Là commencerai l’ère du verseau !!!  ….

Il conviendra de noter que l’Ere du Poisson, nommée « ère de César » …. A vue épopée Christique se développer  sous le symbole même du Poisson : l’évangéliste Luc en sera témoin et porteur du symbole  …

Pour parcourir l’écliptique dans sa totalité, c’est à dire les douze constellations, le temps serait de 2160 * 12 soit 25920 ans

Profitons d’en être à ce point pour compléter une définition naturelle du découpage temporel de notre espace Terre. De façon classique que cela soit dans l’hémisphère Sud comme au Nord au niveau du +- 45° parallèle lorsque le Soleil passe au point Vernal, il déterminera un point « Zéro » pour nos saisons … entre le 19 et le 21 Mars ce sera, pour l’hémisphère Nord le « Printemps » (en 2016 le 30/03/ à très exactement 5H30’11’’) … puis l’Eté … Puis l’Automne … enfin l’Hiver … (et l’inverse pour l‘hémisphère Sud) Il n’y a pas lieu de préciser plus mais il nous sera facile de comprendre que les énergies et la lumière associées à ces saisons orchestreront la magnificence de la création sur notre Planète Terre

De même rappelons qu’un autre effet et non des moindres !!! sera mis en œuvre par un autre Symbole : « La Lune » … avec son cycle de 28 jours en moyenne … au moment de l’équinoxe de printemps 2016 … la pleine lune était le 23/03 …

Sur le plan astronomique :

Là, encore, inutile de préciser, ici, toutes les conséquences tant elles sont nombreuses sur notre environnement et même en médecine !!!

Voilà la magie des Cycle … mais revenons, quelques instants, à l’ancienne Egypte … lors de l’écoulement d’une année le fait important  sera la crue du Nil …  de cet événement s’amorcera le début de la nouvelle année ….   Moment de la fécondation  du Nil par les eaux d’en haut …. et sa conséquence bienfaisante … la crue du Nil charriant les limons nécessaires pour la nourriture des hommes et des animaux

La montée des eaux commençait fin juin (21 Juin) … et se terminait fin Septembre..

… en l’an 2781 av JC  qui était un nouveau début du Cycle Sothiaque soit une image des « premier temps » Sirius avait disparu 70 jours avant … le 21 Juin, jour du Solstice d’été  … il réapparait, juste avant le lever du Soleil  … les astronomes égyptiens n’ont pas pu s’empêcher de remarquer une triple coïncidence : Levé héliaque de  Sirius dans la constellation du Lion, Solstice d’été, le début de la saison de la crue du Nil  …. Ainsi les Egyptiens voyaient dans les mystérieux 70 jours qui précédaient la renaissance du Nil une période de transformation magique du « Douat souterrain » menant de la mort à la renaissance  ….

Ainsi s’établissait la première saison : « Akhet »  (Inondation)  … Comprenant 4 mois  (Thot, Phaopi, Athyr, Choiak) … puis la saison « Peret » (émergence) comprenant 4 mois aussi (Tybi, Méchir, Phamenoth, Pharmaouti) …. Enfin la saison « Shemou » de 4 mois également (Pachons, Payni, Epiphi, Mesori)

Suivaient … les jours épagomènes ….  – le jour d’Osiris  – d’Horus, – de Seth,  – d’Isis, – de Nephtys, …  la crue du Nil … le jour suivant ce sera le premier  jour du mois de Thot … en ce temps-là cela devait être le 19 juillet

Dès maintenant l’Apprenti notera que toutes ces « intuitions » sur la notion de temps seront présentes partout, dans toutes les civilisations, dans toutes les religions, dans toutes les sensibilités initiatiques, mais aussi dans tous les calendriers profanes !!!!

Concernant notre Ordre, l’OIAPMM, notre Calendrier a retenu le décodage scientifique du symbole …. crue du Nil le 19 juillet …. Adombrement de Terres de Memphis après la gestation du Nil  – 29 Aout (+ 40 jours) …. Retrait des eaux le 30 Septembre

Dans ce cas : Les jours épagomènes que nous avons retenus ….  – 24 Aout :: Osiris  – 25 Aout :: Horus, – 26 Aout :: Seth, – 27 Aout Isis, – 28 Aout Nephthys, … puis Le 29 Aout la Maturation/Accouchement du Nil  … le 29 Aout, ce sera le premier  jour du mois de Thot …

Les deux Calendriers sont, pourtant, éminemment intéressants sur le plan symbolique … :

Les Anciens égyptiens ne semblaient pas vouloir établir une chronologie de référence et laissaient de côté la chasse au temps qui nous préoccupe tant, aujourd’hui.  Seuls les cycles les intéressaient puisqu’ils rythmaient à ceux-ci leurs vies et leur richesse …. L’alpha et l’Omega du temps leur étaient indifférents … Tout était au temps de l’an 000.000.000 de la Véritable Lumière  … c’est-à-dire un temps de l’indéfinissable « origine du temps »

Une convocation à une tenue du 22 Octobre 2016, par exemple, se traduira au sein de notre rite par le texte suivant :

« J’ai le grand plaisir de vous informer que le 25 du mois de Paophi de la Saison Sha de l’an 000.000.000 de la V...L... soit l’an13.557 du « Zep Tepi » Vous êtes cordialement invités à venir partager nos Travaux Fraternels, en Tenue de Loge dans un lieu empli de Mystères, très éclairé par la Lumière d’Egypte ». Sachant que le Zep-Tepi fut évalué à l’an -11541 … et la nouvelle année commençant le 1ier Jour de Thot soit le 29 Aout dans notre Calendrier.

D’autres sensibilités utilisant notre Rite utiliseront d’autres dates … le choix des « origines » et dès lors significatifs sur le plan initiatique, philosophique, politique ou sociologique … le temps ne « compte » pas seulement, il situe un peuple dans sa référence historique

Au sein de l’année égyptienne, encore des Rythmes (cf. Supra).

Comme nous l’avons déjà évoqué, notre Rite avec ses 90 degrés initiatiques traditionnels doit nous mener vers une condition propice à l’éveil … ainsi dans la recherche d’une définition « du temps » nous avons pu appréhender le fait que rythme cosmique, Rythme terrestre et Rythme du vivant pourraient bien être lié de façon intime. La Médecine Traditionnelle Chinoise en est un exemple. C’est une médecine basée sur la maitrise des énergies, de la matière … et du Chi qui garantit les bons équilibres et les transformations nécessaires à l’entretien de cette vie si fragile dont la durée dépend de notre capacité individuelle à « s’adapter ». Elle nous enseignera que l’année Terrestre verra le siège, pour la biologie humaine, d’un cycle très précis qui conditionnera notre état de santé. En voici le découpage :

Le printemps : du 07/02 au 05/05 … 46 jours avant et 47 jours après notre Équinoxe du 21/03 … en ce temps-là ce sera le règne du « Air » (le Vent)

L’été : du 06/05 au 06/08 … 50 jours avant et 47 jours après notre Solstice d’été (environ 21 juin) … en ce temps-là ce sera le règne du « Feu »  (la Chaleur)

L’Automne : du 07/08 au 06/11 … 47 jours avant et 46 jours après notre Équinoxe du 21/09 … en ce temps-là ce sera le règne du « Eau » (l’Humidité)

L’Hiver : du 07/11 au 06/02 … 47 jours avant et 42 jours après notre Solstice d’été (environ 21 Décembre)… en ce temps-là ce sera le règne du « Terre » (la sècheresse)

En « MTC, Médecine Traditionnelle Chinoise » Santé, source de maladie et traitement seront évalués en référence à ces différents cycles

Maintenant, tenter de placer la création dans une histoire cosmique nous amènera, encore pour l’exemple, à méditer sur le déroulement de l’œuvre cosmique selon les années divines svastika-001-gris(hindou) … selon une source …  un jour de Brahma (le Kalpa) comprend 14 manvantaras  …. Un Manvantara (nous sommes dans la 7ième) est composé de 64.800 ans  … Ces 64800 ans ordonnées selon la relation mythique  4,3,2,1  ….

4/10 de 64.800 * 4 …. 25.900 ans c’est le Krita – Yuga ou « Sattwas » … l’âge D’or

3/10 de 64.800 * 3 …. 19.440 ans c’est le Treta –Yuga ou « Rajas » … l’âge d’Argent

2/10 de 64.800 * 2 …. 12.960 ans c’est le dwapara-Yuga ou « Tamas » … l’âge d’Airain

12.960 ans ce sera la grande Année selon des Grecs et les Perses

1/10 de 64.800 …. 6480 ans c’est Kali-Yuga ou « Tamas » …. L’âge de Fer  …

Il sera aisé de constater que un Manvantara contient 5 Grandes années Grecques et Perses  (12.960 * 5 = 64.800) … dans ce cas, si la fin du cycle est en 2030 …

Du point de chronologique, il y concordance quasi parfaite avec les récits de « Platon » figurant dans le « Timée et de Critias » …

La fin de l’ère du Kali-Yuga (âge de fer prévu en 2030 (une différence de 40 ans avec ce qui est écrit supra)) où il était prévu par les anciens un temps chaotique et de grandes catastrophes …

Qu’en pensons-nous ?  

Voilà sans doute une belle démonstration de synchronisation des évènements sur notre planète … d’autres synchronisations sont proposées par l’histoire, plus conforme à des textes de grands initiés …

Tout d’abord « Samain » le 01 Novembre : « Cette heure n’est pas une période de l’année car il n’y plus d’année. La vieille année celtique s’achève, la nouvelle année commence. A Samain le Temps n’existe plus »

Ensuite « Alban Arthan » le 21 Décembre qui correspond au Solstice d’Hiver … « Par les Noms Sacrés de Lugh et de Koridwenn, Emanations Supérieures de l’Incréé, en vertu des liens existant entre vos Intelligences et le Tribann, nous nous inclinons respectueusement devant vous. Nous sommes au Solstice d’Hiver de l’Année des Humains. Nous sommes rassemblés Ici et Maintenant… afin de célébrer la Renaissance des Forces vives de la Terre – qui vient à nouveau de s’éveiller sous le Feu du Jeune Soleil. »

Puis, « Imbolc » le premier février … « Il est vrai que depuis la Nuit-Heureuse de la Fête du Gui qui marque le Solstice d’Hiver, tandis que les semences pointent leurs germes dans le sein de la tiède glèbe ; que la sève reprend avec lenteur son ascension dans le tronc des arbres et les tiges des plantes…le Jour grignotant la Nuit, a préparé la solennité de IMBOLC que nous célébrons ce soir. Et de cette Nuit-Heureuse jusqu’à celle triomphale de Lughnasad, le Char de Belen conduit par Berc’Hed va illuminer de plus en plus durablement le Ciel et la Terre… »

Suit, « AlBan Eiler » le 21 Mars soit vers l’équinoxe de printemps … « L’œuf d’Or est Equilibre entre les Forces Solaires et les Forces Lunaires ; équilibre entre la Vie et la Mort par le Souffle de Vie du dragon, le Grand Serpent-Vert. Cette Harmonie jaillit de GWENVED en cette saison des Semailles … »

Suit, encore, « Beltaine » le premier Mai … « Nous venons d’assister à la Danse de l’Arbre de Mai effectuée sur la Musique des Druides : le «Jabadao».  Danse et Musique sacrées qui nous mettent en relation avec le Cosmos, et se faisaient à l’origine dans une clairière dès la minuit passée, face au ciel étoilé. Les Anciens d’Hyperborée rendaient ainsi grâce aux Etoiles qui tournoyaient autour de l’Axe du Monde Celtique = la POLAIRE, faisant partie des deux OURSES, la Petite et la Grande. C’est pourquoi également le Roi Mythique s’appelait  ARTUS (l’OURS). Ce puissant Symbolisme est toujours vivace de nos jours, et nous nous devons de le connaître au mieux.… »

Vient, « Alban Efin » le 21 Juin … près du Solstice d’été … « Nous sommes au Solstice  d’Eté,  Fête du Feu Nouveau, du Feu Purificateur. Nous sommes assemblés ici pour célébrer la Renaissance de la Nature, de notre Terre-Mère, en ce Jour le plus long, en cette Nuit la plus courte.… »

Puis « Lughnasad » le premier Aout … « Voici venu le Temps de la première Moisson. Les fruits mûrs tombent, les blés dorés seront fauchés et battus, le foin sera étalé pour sécher. C’est le moment où Gwion Bach fut avalé sous forme de graine ; c’est le moment où il est entré dans le noir de la Matrice du Monde. »

Enfin, « Alban Elfed » le 21 Septembre ou près de l’Equinoxe d’Automne … « Enfants de la Terre, les Portes de la Nuit sont ouvertes. Effectuons nos provisions de nourriture pour nos survies ; effectuons nos provisions d’énergie pour nos esprits ; effectuons nos provisions d’amour pour nos cœurs. Attendons dans la Paix, le Printemps »

Qui fut imposé par la Convention, le 5 Octobre 1793. Ce calendrier part du 22 Septembre 1792. Il est structuré de la façon suivante. 12 Mois de 30 Jours (soit 360 jours) … et 5 Jours calendrier-revolutionnaire-allegorieparticuliers, «  les sans-culottides » correspondant à des valeurs Républicaines foncières : « Vertu », « Génie », « Travail », « Opinions », « Récompenses » …. Et enfin 1 journée supplémentaire tous les 4 ans … ce sera la « fête de la révolution ». Ainsi le Printemps sera composé du mois de Germinal (Germinations), de Floréal (Fleurs), Prairial (Prairies) … l’Eté du mois de Messidor (Moissons), Thermidor (Chaleur), Fructidor (Fruits) … l’Automne avec les mois de Vendémiaire (Vendanges), Brumaire (Brouillards), Frimaire (Frimas) … et enfin l’Hiver et ses mois de Nivôse (Neiges), Pluviôse (Pluies), Ventôse (Vents)

cyclesvie-humain-001En haut le monde cosmique et ses influences planétaires … au centre des pulsations cardiaques … mystère des mystères où la matière s’anime et déclenche rythme et souffle … en dessous des biorythmes qui symbolisent un rythme interne qui semble contrôler les divers processus de toute biologie …

 

Selon les Grecs la vie de l’homme serait liée au nombre 7 et chaque « septénaire » fait l’objet d’un bilan « de pertes et d’acquisitions » … citons « Solon »

« Sept. L’enfant perd ses dents et d’autres les remplacent, et son esprit s’accroit

Sept, encore se passent et son corps florissant se prépare à l’amour.

Trois fois Sept, sa vigueur va grandissant, toujours, et sur sa fraiche joue un blond duvet se lève,

Sept, encore, il est mur pour les travaux du glaive. Son esprit et son corps sont tous deux accomplis.

Cinq fois Sept, il est temps que vers de justes lits, il tourne sa pensée et choisisse une femme.

Six fois Sept : il a su, enrichissant son âme, vivre, penser, combattre, obtenir, s’efforcer, et s’il le fallait, sans deuil il pourrait renoncer aux biens trop éloignés, au but peu accessible, content, dorénavant, de jouir du possible.

Sept fois Sept et huit fois Sept : il se connait soi-même,

Neuf fois sept : tout en lui a gardé sa fierté, mais sa voix au Conseil est désormais moins sûre. Il sent diminuer sa vieille autorité …

Dix fois Sept : de la vie il a pris sa mesure … il va pouvoir dormir avec sérénité »

Bien sûr nous laisserons Solon à sa limite de 70 ans … l’auteur de cette planche l’ayant franchi … Il peut, encore, certifier qu’en bon maçon il n’aspire point au repos !!!!

Pamela Levin, décrit, elle, les « cycles de l’identité » qui s’expriment par Six étapes de croissance et de développement  jusque à l’âge de 19 ans. De la naissance à 6 mois : exister … de 5 à 18 mois : Faire … de 18 mois à 3 ans : Penser … de 3 à 6 ans : découvrir son identité … de 6 à 12 ans : Acquisition des compétences, pouvoir de réussir, se structurer … de 13 à 19 ans environ : donner une unité à sa personnalité, se socialiser ….

Conclusion … provisoire … provisoire !!!

Dès lors, pour l’apprenti un nouveau monde apparait, multiple, diverse, kaléidoscopique, multiforme et sans cesse en transformation sous l’injonction de multiple cycles de vie … des mondes dans des mondes, les espaces-temps encapsulés, interpénétrés … et lui abritant cette multitude ….

Il devra comprendre cela … et même vivre cela … car de cela est-il fait … « Compagnon » il devra pénétrer ces lieux car c’est, sans doute là que se situe … la réalité de son être …

J’ai buriné avec passion

Gérard Baudou-Platon

 

Clin d’Oeil

Le temps et le labyrinthe :

Tiré de Mr René Lachaud …

Il existait dans le Fayoun, au pied de la Pyramide d’Hawara, un gigantesque Temple funéraire à étages  … les voyageurs de l’antiquité disaient que celui qui pénétrait dans ce hawaraTemple ne pouvait en sortir que grâce à l’aide des Prêtres … d’où son qualificatif de labyrinthe … Aujourd’hui ce temple est devenu invisible « à l’épreuve du temps » qui passe inexorablement … pourtant il est présent dans la mémoire … il est donc vivant au-delà de tout matérialité … il niche dans le cerveau au mille circonvolutions labyrinthiques … voyager en Egypte et en explorer les arcanes c’est accomplir une formidable exploration de la mémoire de l’humanité …. Et par conséquent l’histoire de notre propre mémoire …  en progressant dans ce pays on a l’impression très nette de se déplacer dans un espace-temps qui échapperait  à toutes les limitations … et mieux cerner « l’éternité » …

Le livre des morts Egyptiens :

« Je suis l’enfant d’hier qui marche sur le chemin de demain » ….

Mémoire vivace de « Kemet » … plongeant ses racines dans le terreau de notre devenir ….

Et de continuer en écrivant : « Le royaume d’Egypte … échappe aux conditionnements humains … agit comme un révélateur de ce que nous sommes réellement …

Isis retrouve Osiris,

Thot devient Frère avec Seth

Horus affronte encore ses limitations ..

Il existe en soi, un royaume blasonné par le Lys, le Papyrus, le vautour et le Cobra, le roseau et l’Abeille …

« Celui qui n’a pas expérimenté sais peu,

Celui qui a expérimenté a cru en sagesse,

Laisse le voyageur s’instruire encore » »

Charbonnerie et Franc-Maçonnerie 31 janvier, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Charbonnerie et Franc-Maçonnerie

 carbon

Pour beaucoup, la Charbonnerie est une société secrète de comploteurs – certains diraient « terroristes » de nos jours – plus ou moins liée avec la F...M.... Qu’en est-il exactement ?

Les historiens s’accordent à dire que la Charbonnerie, qui est restée Européenne et, plus précisément continentale et ouest-européenne, est née en Italie comme une sorte de résurgence des carbonari du XIIIème siècle, c’est-à-dire de ces conspirateurs guelfes –favorables au pouvoir pontifical – qui se réunissaient dans des cabanes de charbonniers et qui conspiraient-luttaient contre l’Empire dont les partisans étaient appelés les Gibelins.

Ces conspirateurs, pour pouvoir conspirer à l’abri des yeux et des oreilles de la police, se réunissaient donc dans des huttes de charbonniers aménagées au cœur de forêts. Depuis plusieurs siècles, des charbonniers vivaient à l’écart des villes et même des villages pour produire du charbon de bois. Mais qui étaient donc ces charbonniers dont les conspirateurs guelfes ont sollicité l’hospitalité ?

 La charbonnerie comme industrie :

La charbonnerie, comme activité de production de charbon de bois, n’était pas la seule activité pratiquée en forêt. Depuis des temps forts anciens, en effet, les forêts étaient le cadre de nombreuses activités : coupe des arbres (bûcheronnage), confection de fagots, préparation des échalas de châtaignier ou de chêne pour les vignes, travail du bois pour la fabrication d’objets usuels… La plupart de ces activités étaient saisonnières puisque liées aux conditions climatiques et au rythme de la végétation. Pendant les périodes d’inactivité, ces hôtes des bois n’en continuaient pas moins d’habiter dans les forêts, ce qui ne manquait pas de faire courir à leur sujet de nombreuses légendes mais aussi de nombreux préjugés. Ces rumeurs, pour la plupart, tournaient autour de la sorcellerie, de la magie, de diableries diverses et variées…, ce qui ne manquait pas de frapper d’ostracisme celles et ceux qui se livraient à ses activités. Ostracisme né de la peur sans aucun doute mais une peur teintée de jalousie car, en pleine époque féodale par exemple, les forestiers étaient des gens libres, c’est-à-dire dégagés de toute servitude.

Sans doute pour préserver leur liberté, les forestiers, de leur côté, ne faisaient rien pour briser la peur qu’ils inspiraient et, pour ce faire, les charbonniers prenaient grand soin à ne pas se défaire de leur noirceur, laquelle, comme on peut s’en douter, était la preuve du pacte qu’ils avaient passé avec certaines puissances et, en même temps, de la puissance qu’ils tiraient personnellement de la maîtrise du feu. Il est à noter, et c’est là deux points importants, que, même situées sur des terres féodales propriété d’un suzerain ou de l’Église, les forêts, à cause de la peur qu’elles inspiraient, étaient des espaces de liberté pour celles et ceux qui s’y réfugiaient (proscrits, serfs en fuite, lépreux…) d’une part et que, d’autre part, et en particulier dans les régions celtes, les forêts avaient été le cœur – voire même le temple et/ou le lieu de culte – de nombreuses religions primitives (le druidisme en particulier). Ainsi, parce qu’elles étaient justement des espaces de liberté, les forêts permettaient la survivance de pratiques religieuses pré-chrétiennes et pouvaient, au besoin, servir d’abri, à des sectes, c’est-à-dire aux hérésies ponctuant régulièrement le développement de la religion dominante.

Pour certains gros travaux comme le bûcheronnage et le débardage, les charbonniers recouraient souvent à des manouvriers, c’est-à-dire à des paysans qui, rémunérés en nature (bois de chauffe, charbon, ustensiles de bois…) ou en monnaie, n’entraient pas pour autant, à la différence, par exemple, d’un apprenti, dans l’ordre des métiers auxquels ils louaient leur concours. Ces manouvriers n’étaient donc pas… initiés aux arts des forestiers et, en particulier, des charbonniers.

La charbonnerie… une F...M... de… bois ?

Initiation… Le mot est lâché. Mais est-ce que cette initiation était seulement professionnelle (le droit d’entrer dans un métier et d’engager ensuite le long processus d’apprentissage des savoir-faire et des connaissances nécessaires à la maîtrise dudit métier) ; s’agit-il d’une initiation au sens d’admission aux mystères, d’affiliation, d’admission à un ordre dans son acception ésotérique ? ou bien, enfin, des deux à la fois ? Et, au-delà, y aurait-il eu une sorte de F...M... du bois à l’image de la F...M... de la pierre ?

En 1747, Charles François Radet de Beauchesne, affirmant détenir ses pouvoirs de Maître de Courval, grand maître des Eaux et Forêts du comté d’Eu, seigneur de Courval, est le promoteur d’un rite maçonnique forestier spéculatif. Selon Jean-Marie Ragon de Bettignies (1781 – 1866), ce rite aurait tenu sa première assemblée – le « Chantier du Globe et de la Gloire » -, à Paris, dans un parc du quartier de La Nouvelle France (actuellement Faubourg Poissonnière) le 17 août 1747. Pour cet auteur, le rituel, qui n’avait pas de caractère judéo-chrétien mais païen, provenait des forêts du Bourbonnais où des nobles proscrits avaient trouvé refuge, puis avaient été initiés par des bûcherons, pendant les troubles qui marquèrent les règnes de Charles VI et Charles VII. D’aucuns estiment que l’initiative de Beauchesne fut prise suite à la création à Londres, le 22 septembre 1717, par John Toland, de l’Ancient Druid Order ou de la diffusion en 1720 de son ouvrage Pantheisticon mais ils n’en apportent pas vraiment de preuves convaincantes.

Jacques Brengues, quant à lui, dans  » La Franc-Maçonnerie du bois  » Editions du Prisme 1973, accrédite la thèse d’une F...M...  du bois qui, d’opérative, serait devenue spéculative en raison de l’initiation de non-forestiers et, singulièrement, de nobles. Il cite ainsi plusieurs rituels forestiers en leur reconnaissant un caractère chrétien :

 §         Rituel compagnonnique de l’Ordre des Fendeurs (début du XVIIIème),

Pour plusieurs auteurs, la F...M...  du bois, en raison à la fois du développement de la F...M... de la pierre avec, en particulier, le G...O...D...F... mais aussi du déclin des activités des industries forestières et, en particulier, charbonnières, serait tombée en désuétude. Pour eux, et malgré l’orthodoxisme andersonien, elle perdura et perdure toutefois dans certains rites, notamment au niveau des hauts grades : Chevalier Royal Hache ou Prince du Liban du 23ème degré du Rite de Memphis ainsi que du 22ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté et du Rite de Perfection. Toujours selon ces auteurs, des tentatives d’union de ces deux F...M...  eurent même lieu avec, par exemple, le Devoir des Fendeurs, corpus de Tours tandis que, plus ou moins sporadiquement, des résurgences d’une F...M... du bois ont pu être relevées, comme par exemple, Les Ventes de Roland en 1833, les Brothers fendeurs en Angleterre, le Grand Chantier Général de France régulièrement constitué en 1983 au centre des Forêts, sous les auspices de la Nature, …

En France, peu après la seconde guerre mondiale, on a assisté à un essai de restauration de l’antique initiation forestière avec la création du « Chantier de la Grande Forêt des Gaules » dont les symboles majeurs étaient l’arbre, la cognée, le coin et la hache et dont l’initiation était réservée aux maîtres des degrés de la « Holy Royal Arch of Jerusalem ». Cette initiative ne connut pas véritablement le succès mais, plus tard, en 1976, elle aurait présidé à la création de la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis (Humanitas).

Plus près de nous, en 1993, le druide de la Gorsedd de Bretagne, Gwenc’hlan Le Scouëzec tenta d’instaurer un rite forestier au sein de la F...M...  de pierre.

En 1999, A. R. Königstein dans « Les Braises sous la Cendre », Montpeyroux, Les Gouttelettes de Rosée, prône le retour d’un carbonarisme initiatique et insurrectionnel et propose un rituel de Charbonnerie opérant un transfert vers un paganisme et se détachant de la maçonnerie traditionnelle mais refusant le recours à la violence et au terrorisme

Même si cette dernière initiative prétend renouer avec la tradition initiatique et insurrectionnelle des carbonari, il me semble que la Charbonnerie, qui a beaucoup fait parler d’elle en Europe au XIXème siècle, n’a pas de filiation avec une quelconque F...M... du bois car elle avait d’autres sujets de préoccupation que le paganisme, un ésotérisme plus ou moins druidique, la philosophie, le symbolisme… pour se consacrer à des sujets plus…explosifs ! De mon point de vue, la référence à la F...M...  du bois que fit la Charbonnerie ne fut qu’un alibi, conceptuel, méthodologique, organisationnel…, pour, sous cette couverture légale, conduire des projets essentiellement politiques, même si, à l’évidence, par ailleurs, ils étaient portés par des valeurs humanistes, comme celle des Lumières et des Révolutionnaires du XVIIIème siècle. J’ajoute que, mais ce n’est là qu’un point de vue personnel, le souci apporté à mettre en évidence une autre tradition maçonnique que celle de la pierre, telle qu’elle était alors incarnée par les Obédiences établies, avait sa raison d’être dans le refus de la complaisance dont celles-ci pouvaient faire preuve à l’égard des autorités politiques (monarchies et empires, autrement dit… la Réaction) et religieuses (vaticanes essentiellement) quand, tout simplement, elles n’acceptaient pas d’être instrumentées par elles.

 Comme je l’ai dit précédemment, les historiens considèrent que la Charbonnerie est née en Italie. Dirigeons donc nos pas vers ce pays.

 La Carboneria italienne :

Sous la houlette de l’empire austro-hongrois, le Congrès de Vienne de 1815 s’est attaché à faire en sorte que le poison révolutionnaire particulièrement virulent en Italie ne contamine pas l’Europe et mette en danger, voire à bas les trônes en place. Pour ce faire, les diplomates ont appliqué deux adages bien connus : « Diviser, pour régner » et « Une main de fer dans un gant de velours ».

C’est ainsi, que tournant le dos au principe des nationalités né de la Révolution française et répandu en Europe par les Armées napoléoniennes, l’Italie a été découpée en fonction des enjeux et des intérêts des seules monarchies, sans la moindre attention aux populations ainsi… partagées ! L’Empire autrichien possède le Trentin et l’Istrie et occupe la Lombardie et la Vénétie tandis que le reste de l’Italie est sous son hégémonie en raison de nombreux et étroits liens militaires et dynastiques : le duché de Parme et Plaisance est donné à Marie-Louise, fille de François 1er d’Autriche et épouse de Napoléon; le duché de Modène et Reggio à François IV de Habsbourg-Este; le Grand-Duché de Toscane au frère de l’empereur d’Autriche… De leur côté, le Royaume de Naples, sous la dynastie des Bourbons, et l’Etat pontifical ont conclu des traités d’alliance militaire avec Vienne. Ainsi, la Restauration italienne a provoqué l’arrêt du processus de développement civil et d’unification territoriale qui avait débuté avec l’invasion napoléonienne.

Pourtant, même si elle fut courte et mouvementée, l’épopée napoléonienne a permis la formation d’une génération de militaires, d’administrateurs du bien public et une nouvelle classe dirigeante qui, toutes deux, n’ont pas eu l’heur de plaire aux tenants de la… réaction monarchique et qui ont rapidement été muselées avec l’interdiction qui leur a été faite de manifester, légalement et, notamment, par la voie électorale, leur opposition à ce partage dynastique et leur aspiration contraire à l’unité de la nation italienne. C’est pourquoi, l’opposition ayant dû entrer dans la clandestinité, on assista alors au pullulement de sectes et de sociétés secrètes qui se proposaient toutes de propager les idéaux libéraux et participaient donc du Risorgimento.

Au passage, on ne manquera pas de noter ce pied de nez que les carbonari firent au pouvoir pontifical et, plus largement, aux autorités catholiques, en reprenant ce nom de carbonari qui, au XIIIème siècle, était celui qu’avaient pris les Guelfes dans leurs conspirations contre le pouvoir impérial et pour le pouvoir papal, dés lors que ces nouveaux carbonari luttaient aussi contre le Vatican qui était un obstacle majeur à l’unification italienne ! On relèvera également que, au XIIIème siècle, s’il y avait bien des carbonari, il n’y avait pas pour autant de Carboneria même si, comme nous l’avons vu précédemment, il pouvait exister une F...M... du bois et donc un rituel, une organisation, une initiation… charbonniques.

Un carbonaro est, au sens propre, un fabricant de charbon de bois. Au début du XIXème siècle, les carbonari sont encore nombreux dans les montagnes forestières de l’Italie du Sud. Pendant l’occupation française du royaume de Naples, de1806 à 1815, de nombreux irréguliers, mi-bandits mi-soldats, les ont rejoint pour y être plus en sécurité et pouvoir ainsi mener leur combat contre la domination étrangère ; tout naturellement, ils ont pris le nom de carbonari, étant précisé que, eux, étaient en odeur de sainteté auprès des monarchistes, des autorités religieuses et de l’Empire autrichien puisqu’ils luttaient contre l’envahisseur. Toutefois, avec la restauration des Bourbons sur le trône de Naples, la Carbonaria devient une société secrète, car, désormais, son but est d’abattre l’absolutisme monarchique et de conquérir des libertés politiques par le biais d’une constitution.

En fait, la Carboneria politique, en tant qu’organisation, est née en 1806 avec l’installation de la première vente par Buonarroti, sur lequel je reviendrai plus loin. Elle rassembla de grands noms, à commencer par Giuseppe Garibaldi, le père de la nation italienne. Si elle a un rituel similaire à celui de la maçonnerie, elle n’est pas, contrairement à l’affirmation de certains historiens maçons, un essaimage de la F...M..., sachant que cette thèse sera reprise par les autorités, politiques et religieuses, pour condamner et combattre et l’une et l’autre.

Dans un ouvrage publié en 1950, l’historien A.Saita décrit la Carboneria comme « une société secrète aux buts éminemment démocratiques, qui ne séparait pas l’égalité des fortunes de la liberté politique » mais dont la structure était fortement hiérarchisée et cloisonnée du fait de son caractère nécessairement clandestin.. Parce que conspiratrice, la Carboneria procédait par voie occulte et donc secrète avec un goût marqué pour les formes symboliques. En effet, pour Buonarroti : « les hommes ont besoin, pour former une association politique efficace et permanente, d’être liés entre eux par des signes et des mystères qui flattent leur amour propre et donnent à la société dont ils font partie un air d’importance et de consistance que toute la moralité et l’estime réciproques des individus ne sauraient obtenir »[2].

La Carboneria comportait 9 grades et la direction était composée d’un petit nombre d’initiés qui dirigeaient tous les autres tout en prenant soin, pour des raisons de sécurité, de leur demeurer inconnus, d’où l’usage courant de pseudonymes[3]. Elle tirait ses symboles et ses rituels des charbonniers et donc des métiers du bois et non de la pierre : c’est ainsi qu’elle était organisée en ventes qui se regroupaient en ventes mères. Comme pour le compagnonnage, la F...M...  et, plus généralement, toutes les sociétés secrètes, elle utilisait des mots et des signes secrets de reconnaissance et, sous prétexte de symbolisme, voire d’ésotérisme, une écriture cryptée pour les correspondances entre les ventes, les messages et plans confiés à des émissaires… L’organisation verticale et fortement cloisonnée faisait correspondre les différents degrés d’initiation à autant de niveaux différents de projets politiques. Entre eux, les carbonari s’appelaient « Bons Cousins » ou « Bons Amis ».

Une couverture fréquente de la Carboneria était la F...M...  ce qui a amené certains auteurs à dire que la seconde était la vitrine légale de la première. Ainsi, pour J.Kuypers :  » On pourrait dire que la Charbonnerie était une maçonnerie particulière, organisée au sein de la maçonnerie traditionnelle à l’insu des dirigeants de celle-ci. Peut-être serait il plus exact de dire qu’il s’agissait d’un groupement militant, constitué selon des affinités particulières au sein d’une maçonnerie officielle qui évitait soigneusement de se mêler aux choses de la rue; dont les membres poursuivaient leurs fins égalitaires tout en remplissant normalement leurs devoirs maçonniques ». Cette couverture était pratiquée de deux manières : soit, au sein d’une Loge, des carbonari, à l’insu des FF..., s’organisaient parallèlement en une vente occulte, soit une Loge entière, en fait, était une vente.

La Carboneria se développa principalement dans le Mezzogiorno, où elle fut la première tentative significative d’organisation politique rassemblant des intellectuels, des étudiants, la bourgeoisie du commerce et des professions libérales et, surtout, des militaires et dont le but était l’unification et l’indépendance de la nation italienne.

Les carbonari, du moins au début, participaient d’un libéralisme modéré, c’est-à-dire constitutionnaliste et légaliste. Toutefois, les militaires, sous-officiers et officiers formés pendant la période napoléonienne, exercèrent rapidement une influence dominante dans la mesure où ils étaient mieux organisés et plus disciplinés que les autres libéraux. Etant militaires, ce sont eux qui très rapidement transformèrent la Carboneria en ce que, pour eux, le recours à la violence, aux armes, aux coups de force… était une voie naturelle d’action.

Ainsi, durant l’été 1820, à Naples, encouragés par la révolution qui avait éclaté en Espagne, les carbonari, sous la conduite du général Pepe, se soulevèrent pour réclamer une constitution que le roi Ferdinand 1er finit par leur accorder. Toutefois, ce dernier, dès mars 1821, sollicite et obtient le concours des armées autrichiennes pour rétablir l’absolutisme. Cette première révolte carbonique ne se transforma pas en une véritable… révolution et se solda, in fine, par un échec du fait que, sous l’influence vaticane, la Sicile se rebella contre le gouvernement napolitain ainsi mis en place, que les révolutionnaires s’entredéchirent entre démocrates (les ultras) et modérés (les monarchistes constitutionnalistes) et que les troupes révolutionnaires ne firent pas le poids devant les troupes régulières de l’Empire autrichien.

Toutefois, cette date de 1820 est importante car c’est à partir d’elle que la Carboneria s’étendit à toute l’Italie.

En Lombardie-Vénétie, la découverte en octobre 1820 d’un magasin carbonaro entraîne l’arrestation de Silvio Pellico[4] et une répression féroce des milieux libéraux, carbonari et Fédérés[5], alors même qu’il n’est pas établi qu’il y avait véritablement un projet d’insurrection.

Dans le Piémont, la révolte éclata en mars 1821 avec la rébellion de la garnison militaire d’Alessandria dont le commandement était entre les mains des carbonari. Pour ne pas accorder la constitution promise par le régent Carlo Alberto, Victor Emmanuel 1er préféra abdiquer. Aussitôt, les armées fidèles au nouveau roi, Carlo Felice, avec le concours des troupes autrichiennes, affrontèrent les troupes constitutionnalistes qui, par manque d’organisation et, en particulier, de liaisons coordonnées entre les différentes unités, mais également et surtout, en raison de l’absence de tout lien avec les masses populaires, furent rapidement défaites. Là aussi il s’ensuivit une répression féroce.

En 1831, l’échec de l’insurrection de Bologne menée par des carbonari sonna le glas de la Carboneria qui disparut alors au profit de nouvelles organisations révolutionnaires aux structures moins lourdes aux idées politiques et sociales plus avancées, et, surtout, au recrutement plus populaire.

La Charbonnerie française :

Historiquement, en France, les germes du carbonarisme furent semés par Benjamin Buchez, fondateur de la Société Diablement Philosophique qui, en 1818, se transforma en loge maçonnique, Les Amis de la Vérité.

Mais l’existence de la Charbonnerie n’est avérée qu’à partir de 1821. Son apparition est, pour une large part, imputable à Joseph Briot, ancien député aux Cinq-Cents, qui, envoyé en mission au Royaume de Naples en 1810, avait découvert la Carboneria, y avait été initié et avait contribué à la propagation de la Carboneria sur l’ensemble du territoire italien à partir du Mezzogiorno. En effet, il semble bien que, de retour en France, il se servit du réseau de sa compagnie d’assurance, Le Phénix, pour propager la Charbonnerie en implantant des ventes dans son département et qu’il fut d’autant plus aidé dans son prosélytisme que, ancien Bon Cousin Charbonnier et adepte du Rite Égyptien de Misraïm, il put associer nombre de ses symboles et de ses formes d’organisation à la tradition locale des Bons Cousins Charbonniers, à savoir les travailleurs forestiers de Franche-Comté regroupés dans une association de secours mutuel structurée en plusieurs sections ou ventes et qui s’inscrivait dans la tradition de la F...M... du bois évoquée précédemment.

Nous sommes alors sous un régime monarchique censitaire auquel s’oppose un courant libéral fortement présent dans la F...M... Très rapidement, soucieux d’aller plus loin que le simple travail de réflexion, de recherche…, de nombreux FF... voient alors dans la Charbonnerie l’opportunité de réaliser leur projet politique d’émancipation de la société française des différents absolutismes qui la dominent – monarchie, religion… – ; c’est pourquoi, ils furent nombreux à la rejoindre[6]. En outre, il convient de ne pas oublier que, à cette époque, toute opposition politique était interdite et que la Restauration – la réaction -, de ce fait, suscita, en France mais aussi en Europe, la floraison entre 1815 et 1830 de sociétés secrètes à vocation explicitement politique préparant dans la clandestinité le renversement de la tyrannie. Précédée par les Illuminés de Bavière (1776-1785), par les Bons Cousins Charbonniers de Franche-Comté à la fin du XVIIIème siècle, par les carbonari italiens à partir de 1810, par l’Union de Joseph Rey à partir de 1816, enfin par la loge maçonnique des Amis de la liberté créée en 1820, la Charbonnerie s’inscrivit donc dans un mouvement général de libéralisme assez disparate en définitive puisqu’il comprenait à la fois des monarchistes constitutionnalistes, des républicains et des révolutionnaires.

Parmi les loges maçonniques les plus impliquées dans la constitution de la Charbonnerie française, il faut citer Les Amis de /’Armorique et, surtout, Les Amis de la Vérité dont étaient membres Dugied et Joubert qui, pour échapper à la police, suite à la tentative du coup de force de Vincennes de la nuit du 19 au 20 août 1820, s’étaient un moment réfugiés à Naples où ils avaient été initiés à la Carboneria et dont le Collège d’Officiers se rapprocha des députés et des notables libéraux familiers de La Fayette[7] pour les aider dans la réalisation de leur projet.

Comme beaucoup d’autres, ces Loges attestaient d’une pratique subversive à l’égard de l’ordre – le Grand orient de France – qui consistait à prendre de nettes distances à l’égard des directives obédientielles et à pratiquer une maçonnerie plus politique que… philosophique.

Briot, Dugied, Joubert et d’autres maçons font officiellement œuvre de propagande en faveur d’un rituel allégé – c’est-à-dire débarrassé de toute sa poussière traditionaliste, voire rigoriste, pour ne pas dire intégriste et dogmatique – et, surtout, laïcisé. En fait, leur projet est soit d’instaurer une nouvelle maçonnerie, la Charbonnerie, sous le couvert de la maçonnerie traditionnelle du G...O...D...F..., soit de transformer celle-ci, de l’intérieur, en une Charbonnerie. Dans les deux cas, les intentions sont claires : la constitution d’une organisation politique permanente nouvelle comme support d’une action conspiratrice et, sinon révolutionnaire, du moins insurrectionnelle.

Compte tenu du contexte national d’alors, leur projet se développe facilement et une véritable Charbonnerie française est organisée sous la forme d’une structure cloisonnée, occulte ou secrète, hiérarchisée en trois niveaux[8]. L’héritage maçonnique est toutefois assumé dans ce qui peut être utile au projet politique et aux mesures de sécurité à prendre : mots d’ordre qui font office de mots de passe, saluts et de signes de reconnaissance, procédure d’admission dans une vente par cooptation, initiation[9], grades, observation du serment et du secret jusqu’à la mort[10]

La structure de base de la Charbonnerie est la vente particulière qui comprend, au plus, 20 personnes, pour échapper aux dispositions de l’article 294 du Code pénal de 1810 qui interdit les groupements d’un effectif supérieur. Au deuxième niveau se situe la vente centrale à la tête de laquelle se trouve un député qui est le seul à avoir des relations avec le Comité directeur qui, sous l’appellation de haute vente, est le troisième niveau de la Charbonnerie.

Les lieux de réunion s’appelaient baraques et le vocabulaire était emprunté aux termes techniques du métier de charbonnier.

Au-delà de ses similitudes de forme, il y avait des différences profondes entre la F...M... officielle et la Charbonnerie. C’est ainsi que la sociologie de la Charbonnerie était beaucoup plus disparate : si les militaires y sont prédominants (40% des effectifs)[11], d’autres milieux socioprofessionnels sont présents : boutiquiers, artisans, enseignants et, dans une moindre mesure, ouvriers, c’est-à-dire les… républicains qui; grosso modo, se ralliaient autour de la Constitution de l’An III. Autres différences notoires : l’initié jurait d’obéir aveuglément aux ordres venus d’en haut et… conservai chez lui les armes et munitions qui lui étaient confiées à son admission et les ventes ne produisaient aucun… écrit.

La prédominance militaire est assurément à l’origine de l’action insurrectionnelle privilégiée par la Charbonnerie : le complot débouchant non sur l’émeute, la grève ou même… la révolution mais sur la rébellion d’unités militaires[12]. Toutefois, cette prédominance n’empêcha pas que bien des complots furent montés avec un piètre amateurisme et que, faute de coordination et, surtout, d’enracinement populaire, ils se soldèrent tous par de cuisants échecs comme ceux qui eurent lieu de décembre 1821 à juillet 1822. Ainsi, à la fin de 1821, l’échec du soulèvement militaire prévu à Belfort mais ajourné entraîna l’arrestation de nombre de conspirateurs qui, pour la plupart étaient également maçons. Parmi huit des accusés traduits devant les tribunaux, il y avait  deux FF... des Amis de la Vérité, Bûchez et Brunel. À Saumur, une tentative d’insurrection, elle aussi avortée, fut menée par le lieutenant Delon, vénérable de L’Union Fraternelle, atelier, qui, composé d’une cinquantaine de militaires, était une véritable officine de recrutement de la Charbonnerie. Le complot prévu à la fin de l’année 1821 fut hâtivement différé à la dernière minute. Le deuxième essai, dirigé par le général Berton, échoua, et ce dernier, impliqué dans la prise de Thouars le 24 février 1822, fut arrêté puis guillotiné en octobre 1822[13]. En février 1822, se déroula le complot le plus retentissant, celui de La Rochelle, plus connu sous le nom de « complot des 4 Sergents de La Rochelle »[14] : Bories[15], Goubin, Pommier et Raoulx.

En Provence, la Charbonnerie échoua aussi dans sa tentative de soulèvement de Toulon qui, pourtant, était une ville réputée pour être républicaine. Armand Vallé, ancien capitaine des Armées napoléoniennes, dénoncé fut arrêté et exécuté le 10 juin 1822. Les ultimes tentatives de ces complots manqués eurent lieu dans l’Est, à Strasbourg (avril 1822) et à Colmar (juillet 1822).

La constance de ces échecs entraîna une crise de conscience chez les Charbonniers et contraignit leurs dirigeants à l’autocritique dont la conclusion fut que, à l’évidence, l’abolition de l’absolutisme monarchique et l’instauration de la République ne passaient pas par le complot militaire. Mais, cette analyse intervint trop tardivement : à partir de 1823, les divergences politiques, exacerbées par la férocité de la répression et de nombreuses délations, éclatèrent au sein de la Charbonnerie et, après le raz de marée électoral des ultras en février-mars 1824, le mouvement vit ses membres s’éparpiller, un nombre non négligeable ralliant les saint-simoniens[16]. Après 1830, d’anciens charbonniers se retrouvèrent dans les orientations libérales de la monarchie de Juillet[17] et un des derniers avatars de la Charbonnerie fut la création en 1833, sous l’impulsion de Philippe Buonarroti et du libraire Charles Teste, de la Charbonnerie Démocratique Universelle qui n’avait plus qu’un rapport lointain avec les conspirations militaires de la Restauration.

Selon de nombreuses sources convergentes, la Charbonnerie française compta jusqu’à 40 000 affiliés dont de nombreuses célébrités : La Fayette[18], Manuel, Dupont de L’Eure, Buchez… mais aussi des savants illustres comme Edgar Quinet, Augustin Thierry ou Victor Cousin…[19], le peintre Horace Vernet, le banquier et homme politique Jacques Lafitte, Bazard, propagateur du saint-simonisme[20]

D’emblée, la Charbonnerie se donna pour objectif l’élection d’une Assemblée Constituante destinée à restaurer la souveraineté populaire ; toutefois, et sans doute sous l’influence dominante des militaires mais aussi d’une conception caporaliste – pré-léniniste, en somme -, c’est-à-dire élitiste de la conduite du changement social et politique, elle opta pour la voie du complot et de l’insurrection militaires et non de la révolution. Se faisant, elle se coupa du peuple, sans lequel il ne pouvait pas y avoir de changement… révolutionnaire. Par ce choix, elle était vouée à l’échec ou au… retournement de veste !

La Charbonnerie n’aboutit pas dans son projet insurrectionnel. Il n’en demeure pas moins qu’elle constitua l’un des rares pôles de résistance à la tentative de Restauration de l’absolutisme monarchique, même si, selon Pierre Leroux elle ne fut jamais qu’une « grande conjuration du Libéralisme adolescent », et qu’elle s’inscrivit dans une « nébuleuse culturelle et politique » qui, pour une large part, fut le creuset de la renaissance – le Risorgimento – d’une F...M... qui, sans s’interroger davantage sur sa nature de pierre ou de bois, renoua (enfin) avec un projet humaniste universel.

J’ai indiqué les liens étroits entre la Charbonnerie et la F...M..., celle-ci, le plus souvent, n’étant que la couverture de celle-la. Mais, la Charbonnerie eut d’autres avatars ou couvertures :

En premier lieu, il faut citer les réseaux de conspirateurs connus sous les noms de Philadelpes[21], eux-mêmes issus d’une résurgence des Illuminés de Bavière et d’Adelphes[22] dont les programmes étaient, à peu de choses près, celui des Égaux de Gracchus Babeuf et qui étaient coiffés par une autre société secrète, le Grand Firmament, lequel se subdivisait en Eglises, Synodes et Académies.

On doit également mentionner la société des Familles où chaque famille était composée de 5 initiés dirigés par un Chef de Famille et qui se divisa par la suite pour donner la Société des Saisons et les Phalanges Démocratiques. La société des Saisons était organisée en Semaines regroupant chacune 6 hommes et un chef, quatre Semaines formant un Mois (comptant 28 initiés et un chef), trois Mois, une Saison et quatre Saisons, une Année. On trouve trace d’au moins trois Années dirigées par Blanqui, Barbes et Martin Bernard, dont on sait qu’ils étaient Charbonniers par ailleurs. Les Phalanges Démocratiques, quant à elles, étaient dirigées par Mathieu D’Epinal, Pornin et Vilcocq et avaient pour programme l’abolition de la propriété et de la famille, la communauté des femmes, l’éducation gratuite, la destruction des objets de luxe, la dictature populaire…

Je citerai enfin Félix Delhasse, Charbonnier belge, dont nom secret était Gracchus Babeuf, qui écrivit en 1857, dans « Ecrivains et hommes politiques en Belgique »- « Peut-être un jour raconterons-nous cette aspiration mystérieuse [La Charbonnerie] qui réunissait dans l’ombre les adeptes de la vérité, comme autrefois les réformés dans leurs conciliabules nocturnes en plein champ, loin des villes et des autorités constituées, comme les chrétiens dans les catacombes. Il est bien permis au peuple d’avoir son action secrète, comme la diplomatie a la sienne, comme le clergé a la sienne, avec cette différence que ce n’est pas la faute du peuple s’il n’agit pas toujours à ciel ouvert. Ces épisodes peu connus, où la jeunesse se risque à l’aventure dans les chemins inexplorés, où le peuple s’essaye à la vie collective, cette histoire intime qui se retrouve en tout temps et en tout pays, n’est pas la moins curieuse et la moins expressive: c’est elle qui donnerait la mesure véritable des tendances, du caractère, du génie incompressible de chaque peuple, et qui s’impose dans les faits officiels et finit par passer du souterrain au grand jour. »

Avant d’aborder le point suivant de ce travail, et comme il y a des FF... corses, permettez-moi de faire une petite digression vers l’Île de Beauté en espérant qu’il ne me sera pas tenu rigueur de mon accent qui, je le sais, ne saura pas rendre la musicalité de la langue.

Petite digressions corse :

En Corse, alors sous forte influence italienne, notamment culturelle et linguistique, les sociétés secrètes et, parmi elles, la Carboneria se localisent essentiellement sur l’actuel canton du Campuloro-Moriani.

 D’une présence attestée depuis 1818, les carbonari portaient le nom de « I pinnuti » sans doute parce qu’ils évoluaient la nuit comme les chauves-souris, c’est-à-dire « i topi marini » ou « topi pinnuti« . Les carbonari corses sortent ouvertement de l’ombre en 1847 lorsque, en Italie, commence la Révolution de 1847 dite de 1848 car ils souhaitent alors porter secours aux patriotes italiens qu’ils reconnaissent pour… frères.

Mais la Carboneria corse se distingua de ses consœurs italienne et française en ce qu’elle était composée à la fois de républicains et de bonapartistes qui, comme Sampieru Gavini, aspiraient au rétablissement de l’Empire même si, par ailleurs, elle était en osmose étroite avec la F...M... locale.

Reprenons le cours du travail :

J’ai indiqué que la Carboneria fut fondée en Italie, en 1806, par Philippe Buonarroti. Il me semble nécessaire de s’arrêter quelque peu sur ce personnage, quasi de légende en ce qu’il fut le premier révolutionnaire… de métier, pour encore mieux comprendre l’origine et le projet de la Charbonnerie.

Né à Pise d’une noble famille toscane, Philippe Buonarroti fervent admirateur de Rousseau, commence sa carrière publique par la publication d’un journal, la Gazetta universale, ce qui lui vaut, dés lors, d’être sous une surveillance policière constante ! F...M... initié jeune, il s’affilie aux Illuminés de Bavière[23]. Enthousiaste, il va à Paris pour y soutenir la Révolution ; de là, il se rend en Corse pour y propager l’esprit  révolutionnaire ; en étant rapidement expulsé, il rejoint la Toscane qui l’accueille pendant quel temps dans ses geôles ; libéré, il retourne en Corse puis, en 1793, après la victoire des paolistes, gagne Paris. Il fréquente alors Robespierre, qui l’apprécie et même l’estime, l’admet parmi ses familiers et le charge de former des agitateurs révolutionnaires pour l’Italie, ce qu’il fait en créant  une véritable d’école de cadres révolutionnaires à la frontière de Nice, école dont les diplômés s’illustreront dans tous les coups, révolutionnaires des années à venir et qui, plus tard, fourniront une partie des cadres des troupes garibaldiennes.

Après le 9-Thermidor, il est arrêté à Menton comme robespierriste et transféré à Paris, Buonarroti, qui croit toujours en l’Être Suprême et voue une admiration sans faille à l’Incorruptible, se lie en prison avec Babeuf qui, antirobespierriste de longue date, applaudit à la chute du tyran et fait profession d’athéisme. Bien qu’ainsi politiquement et philosophiquement opposés, les deux hommes deviennent inséparables ; ensemble ils seront l’âme de cette conspiration des Égaux, c’est-à-dire du communisme égalitaire, que Buonarroti, vers la fin de sa vie, retraça dans son Histoire de la Conspiration de l’égalité (1828).

Arrêté avec Babeuf par la police de Carnot ; Buonarroti est condamné à la déportation, mais voit sa peine commuée en de nombreuses années de détention puis de résidence surveillée. En 1806, Fouché, protecteur discret mais efficace des babouvistes, obtient sa grâce en contrepartie de son exil à Genève. Sur place, Buonarroti retrouve le jeune frère de Marat et commence une nouvelle activité clandestine de révolutionnaire.

Durant les tes trente dernières années de sa vie, toujours poussé par l’idéal babouviste du communisme égalitaire[24], sous le couvert de la F...M... et la fondation de la loge les Sublimes Maîtres Parfaits, il contribue activement à l’instauration de la Charbonnerie française et organise des réseaux de sociétés secrètes à travers la France, l’Italie, la Belgique, l’Allemagne, l’Autriche, la Russie…

C’est ainsi que, en 1833, à Bruxelles, il créa la Charbonnerie Démocratique Universelle, dont la vocation internationaliste sans conteste préfigura la future Association Internationale des Travailleurs et qui était en correspondance étroite avec la Societa Dei veri Italiani, d’inspiration et de finalité babouvistes. La Charbonnerie Démocratique Universelle étaient organisée non plus en ventes mais en phalanges et placée sous la direction occulte des loges de Misraïm. Son plus haut degré connu était celui de Frère de la Racine. Elle reprit le but des Illuminés mais dans un vocabulaire et selon un programme moins ésotérique, philosophique, moral, quasi-religieux… et plus révolutionnaire, pragmatique, stratégique et tactique…

De même, lorsque, en 1835, Blanqui, aidé de son ami Barbès, fonda, sur le modèle de la Charbonnerie, la société secrète la Société des familles, c’est l’ombre de Buonarroti qui plane, même si, pas une seule fois, son nom n’est avancé. Même chose avec la Société secrète des Saisons. Et ainsi de suite…

Durant toute sa vie, Buonarroti a orchestré la majeure partie des sociétés secrètes européennes et, partant, les complots, insurrections, rébellions, révoltes, révolutions… non du pupitre qui est sous le feu de l’éclairage des musiciens, du public, des critiques et… de la police, mais du trou invisible du souffleur anonyme.

F...M..., Buonarroti fut donc le maillon actif de plusieurs chaînes d’union entre l’Italie et la France, la révolution démocratique de Robespierre et la révolution sociale de Babeuf, l’ancienne maçonnerie des Lumières et le carbonarisme, la révolution de 1789 et celles du XIXème (en particulier de 1830 et 1848, mais également la Commune de Paris)… Si par choix autant que par nécessité, il resta la plupart du temps dans l’obscurité, changeant fréquemment de domicile et de pays, Buonarroti, de comploteur né, devint révolutionnaire professionnel, le premier de l’Histoire[25].

Ce professionnalisme de la révolution, il l’enseigna dans les cours qu’il donna à Nice, les initiations auxquelles il intervenait, les conférences qu’il donnait, les consignes et recommandations qu’il prodiguait… mais, surtout, il le pratiqua et le fit pratiquer[26]. Pour lui, être révolutionnaire, c’était :

 ·        pousser le pouvoir à des répressions iniques afin de révéler la véritable nature du pouvoir et amener le peuple à se soulever ;

A l’évidence, Buonarroti eut une influence prépondérante sur et dans la Charbonnerie européenne, même si, parce qu’elle était discrète, occulte, bon nombre, pour ne pas dire la plupart des charbonniers, même ceux de premier plan, n’en avaient pas conscience. Cette influence fut de deux ordres : son esprit d’abord qui était celui du communisme égalitaire et, ensuite, sa méthode organisationnelle qui était celle du secret, du cloisonnement, de la sécurité…, bref de l’organisation révolutionnaire secrète.

Toutefois, en raison de la prépondérance des militaires et du libéralisme limité de la plupart des recrues, le projet révolutionnaire de Buonarroti, conçu à l’échelle européenne, ne put aboutir : la Charbonnerie, à l’image de la plupart des autres sociétés secrètes se contenta de tenter, vainement d’ailleurs, par la voie du complot et de l’insurrection militaires, d’abattre l’absolutisme monarchique pour instaurer, non la Révolution, mais une monarchie constitutionnelle ou, à la rigueur, une république modérée que d’aucuns qualifient, à juste titre, de mon point de vue, de république monarchique[28].

Une autre évidence est que la méthode prônée par Buonarroti, parce qu’elle reléguait le travail d’éducation après la révolution et qu’elle faisait donc du peuple, non un acteur mais un enjeu et, au besoin, un instrument, portait en elle le germe de la dérive de l’autocratie révolutionnaire, celle de la tyrannie de la masse par une élite !

S’agissant de la F...M..., l’influence de Buonarroti, à travers, en particulier, la Charbonnerie fut tout aussi importante et, à mon sens, salutaire puisqu’elle la contraignit, du moins pour celle ne s’attachant pas à faire dans la… régularité, à prendre conscience de ce que son projet humaniste de travailler à l’amélioration matérielle et morale ainsi qu’au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité est nécessairement politique tant il est vrai que la Loge est dans la Cité et non hors d’elle sur le nuage de l’apolitisme !

 


[1] En 1999, il a été publié, chez Montpeyroux, Les Goutelettres de Rosée, un fac-similé de l’édition de 1813 des « Constitutions de la Vente Charbonnière ».

[2] A. Saita: « Filippo Buonarroti. Contributi alla Storia della sua Vita e del suo Pensiero ».

[3] Nom secret ou nomen mysticum. Félix Delhasse , charbonnier belge, se faisait ainsi appeler Gracchus Babeuf.

[4] Écrivain et patriote piémontais, Silvio Pellico fit partie des cercles libéraux et romantiques milanais et travailla pour le journal Conciliatore. Condamné à mort en 1820 comme carbonaro, avec son ami Piero Maroncelli, il vit sa peine commuée en vingt années de prison. Incarcéré dans la forteresse autrichienne du Spielberg, à Brno, Pellico sera gracié à la moitié de sa peine, en 1830.

[5] Les Fédérés, menés par le comte Confalonieri, réclamaient l’union de la Lombardie et du Piémont.

[6] L’adhésion, plus ou moins simultanée, à la FM et à une ou plusieurs autres sociétés secrètes étaient alors choses courantes. C’est ainsi que, par exemple, de nombreux FF... adhérèrent à la très libérale société « Aide-toi, le Ciel t’aidera », présidée par Guizot.

Pour mémoire :

Guizot, François Pierre Guillaume (1787-1874), homme politique et historien français. Né à Nîmes, de parents protestants, François Guizot émigre en Suisse avec sa famille pour fuir la Terreur sous laquelle son père a été exécuté. En 1805, il quitte Genève pour Paris où il entreprend de brillantes études. Reconnu pour son érudition et sa capacité de travail, il devient professeur d’histoire moderne à la Sorbonne dès 1812. Lors de la Restauration, il rallie le parti du « juste milieu » (favorable au libéralisme et à la monarchie constitutionnelle), et s’oppose alors aux « ultras » désireux d’un retour à l’Ancien Régime et dirigés par le frère de Louis XVIII (le futur Charles X). Les convictions de Guizot le rapprochent du roi qui cherche à concilier les intérêts de la bourgeoisie libérale et des royalistes. Laissant de côté ses activités d’enseignant, il occupe de 1816 à 1820 le secrétariat général du ministère de l’Enseignement, puis de la Justice, avant d’entrer au Conseil d’État. Revenu à l’histoire après la chute du cabinet Decazes (février 1820), il retrouve pour un temps la Sorbonne. En effet, avec l’avènement de Charles X, Guizot passe dans l’opposition et ses attaques contre le ministère Villèle lui valent une suspension de 1822 à 1828. Il profite de cette retraite forcée pour publier ses critiques dans le Globe, prônant la doctrine libérale et le credo « Aide-toi, le ciel t’aidera ». En 1830, François Guizot participe au renversement de Charles X — notamment en signant l’ »adresse des 221″ —, avant d’être élu député de Lisieux. Le parti de la Résistance, dont il est le fondateur, est hostile à toutes les concessions démocratiques et défend une monarchie bourgeoise garantissant l’État contre les républicains ; c’est dans cet état d’esprit que Guizot entre au gouvernement. Après avoir occupé l’Intérieur (1830), il obtient le portefeuille de l’Instruction publique (1832-1837) et réorganise l’enseignement primaire : loi de juin 1833, complétée par celle de 1841 restreignant le travail des enfants. En charge des Affaires étrangères (1840-1847) — après une ambassade à Londres —, Guizot poursuit une politique de rapprochement avec la Grande-Bretagne. Quoique sous l’autorité nominale du président du Conseil Soult, il est de fait, dès 1840, le véritable chef du gouvernement et, depuis le retrait de Thiers, l’unique chef de file de la « Résistance ». Soutenu par la France des notables et de la bourgeoisie d’affaire, il concourt à l’essor de l’industrie, du commerce, du crédit et lance la révolution du chemin de fer ; son maître mot, révélateur de son option capitaliste est sa célèbre formule, prononcée en 1843 lors d’un banquet en province : « Enrichissez-vous par le travail, par l’épargne et la probité ». Ayant délaissé la condition ouvrière et refusant toute réforme électorale (sur la baisse du cens), Guizot doit affronter la critique conjuguée des ultras et des républicains. Son gouvernement devient de plus en plus autoritaire, et vire vers un ultraconservatisme que la crise économique de 1846 rend difficilement supportable à l’opposition, que ce soit celle de la petite bourgeoisie ou du prolétariat urbain. Ses élans d’autoritarisme scellent son destin : lorsqu’au début de l’année 1848, Guizot interdit de nouveau les réunions publiques de l’opposition, il déclenche un mouvement révolutionnaire que sa démission ne peut enrayer et qui aboutit à la fin du règne de Louis-Philippe (voir campagne des Banquets). Exilé en Belgique puis en Grande-Bretagne, Guizot revient en France en 1849. Il choisit alors de vivre à l’écart du pouvoir, se consacrant à la rédaction de ses mémoires (Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps) et reprend ses recherches historiques. En 1820, il a déjà rédigé un manifeste monarchiste et parlementariste, Du gouvernement de la France, tout en publiant plusieurs études sur l’histoire de France et de l’Angleterre (notamment des Essais sur l’histoire de France). Professeur de formation et pédagogue, il rédige, à la fin de sa vie, une Histoire de France racontée à mes petits enfants. Membre de l’Académie française à partir de 1836, Guizot, qui n’a jamais cessé d’être homme de lettres, reste l’un des principaux historiens du XIXe siècle et participe à la grande tradition contemporaine des hommes politiques, tels Thiers, Blanc ou Quinet, versés dans la science historique. L’ensemble de l’œuvre historique de Guizot reste marqué par l’empreinte de son engagement politique, ce qui a plus tard incité l’historien Gabriel Monod à dire de lui que, en dépit de son pragmatisme et de ses contributions scientifiques, Guizot a été une « personnalité » plus qu’un « savant ».

[7] D’aucuns estiment que, dans le plus strict secret, La Fayette fut, en fait, le grand maître, tactique, de la Charbonnerie française.

[8] La hiérarchisation en trois niveaux de la Charbonnerie est également similaire à d’autres sociétés, comme celle des Illuminés.

[9] Lors de l’initiation, le postulant est introduit, les yeux bandés, dans une pièce obscure et, au terme de la cérémonie, avant qu’on lui enlève le bandeau, prête solennellement le serment de garder le silence absolu sur la Charbonnerie.

[10] A titre d’exemple de ce respect absolu du secret et du serment : les 12-13 mai 1839 eut lieu la tentative insurrectionnelle d’Armand Barbès, Martin Bernard, Auguste Blanqui et de la Société des Saisons. Le premier, blessé, est arrêté ; les deux autres parvinrent provisoirement à échapper à la police, respectivement jusqu’aux 21 juin et 14 octobre. 692 interpellations intervinrent en suivant et des procès furent engagé contre plus de 750 inculpés. Lors du procès de 19 inculpés, du 11 juin au 12 juillet 1839, Armand Barbès et Martin Bernard, fidèles à leur serment de charbonniers, refusèrent de se défendre ; le premier fut condamné à mort et le second à la déportation. A son insu, et malgré ses protestations, Barbès, sur intervention de sa sœur auprès du roi, vit sa peine commuée en travaux forcés à perpétuité, puis en déportation.

[11] Malgré la présence de quelques haut gradés en poste comme les généraux Berton et Dermoncourt, il s’agit essentiellement d’anciens cadres des armées napoléoniennes qui ont été évincés par la Restauration.

[12] C’est sans doute l’exclusivité donnée à cette forme d’insurrection, constitutive d’un éventuel coup d’état, qui est à l’origine de l’adhésion de ce comploteur professionnel que fut Louis Napoléon Badinguet Bonaparte !

[13] Avant d’être exécuté il cria : »Vive la Liberté ! ».

[14] Prévoyant le soulèvement du 45e régiment de ligne transféré de Paris à La Rochelle, des soldats ont dénoncé leurs camarades qui sont jugés devant la cour d’assises de Paris. Fidèles à leur serment, quatre sergents choisissent de se sacrifier lors du procès en refusant de révéler à la justice bourbonienne les secrets de la conspiration carbonariste. Ils sont guillotinés le 21 septembre 1822, à Paris, Place de grève. Les quatre « martyrs de la Liberté » comptaient trois membres des Amis de la Vérité. Les traces de leur passage dans la Tour de La Rochelle sont encore visibles et leur geôle donne lieu à de véritables pèlerinages. Il existe une importante iconographie à leur sujet et de nombreuses chansons dites populaires leur ont été consacrées.

[15] Selon certains auteurs, les quatre sergents furent arrêtés et le complot déjoué parce que Bories avait été trop bavard dans une diligence, dont l’un des passagers était un indic de la police.

[16] La dernière action officielle de la Charbonnerie fut de tenter de gagner le corps expéditionnaire français en Espagne. Ce nouvel échec conduisit, de fait, à la liquidation de la Charbonnerie.

[17] Si la Charbonnerie instrumentalisa beaucoup, à commencer par la FM, elle fut elle-même souvent instrumentalisée. L’exemple le plus significatif est celui de Louis-Napoléon Bonaparte, qui fut membre de la Carboneria mais non de la Charbonnerie. Le ralliement d’un nombre conséquent de charbonniers à la monarchie orléanaise m’amène personnellement à considérer que cette dernière l’instrumentalisa également dans son opposition aux Bourbons aux fins de récupération du trône de France !

[18] Voir note ci-dessus.

[19] Cette présence de savants est, sans doute, à l’origine du choix que firent certains charbonniers de rallier le saint-simonisme lorsque la Charbonnerie disparut.

[20] Dont on dit qu’il était l’âme de la Charbonnerie dont la tête était La Fayette.

[21] Essentiellement implantés en milieu militaire. Cf. de Charles Nodier « les Philadelphes. Histoire des sociétés secrètes de l’armée », 1815[21]

[22] C’est-à-dire les « Frères ».

[23] Les Illuminés de Bavière :

Adam Weishaupt naît à Ingolsadt en 1748. A 20 ans, il occupe la chaire de droit canon à l’université d’Ingolstadt. Désireux de régénérer la société allemande, et en s’inspirant des constitutions et de l’organisation maçonniques, il fonde, avec le baron de Knigge, une société secrète : l’Ordre Secret des Illuminés Germaniques. Il partage l’ordre en 13 grades répartis en 2 classes :

Edifice inférieur : novice, minerval, illuminé mineur, illuminé majeur

Edifice supérieur : apprenti, compagnon, maître, écuyer écossais, chevalier écossais, epopte, prince, mage-philosophe et homme-roi.

A côté des grades connus, Weishaupt institue les Insinuants dont le rôle était d’espionner les profanes et… les membres de l’Ordre.

Chaque affilié portait un nomen mysticum, ainsi Weishaupt s’était attribué celui de Spartakus. Weishaupt initia Goethe, Herder, Schard, von Fritsch, Metternich.

Le but ultime des Illuminés était de renverser les monarques et d’éradiquer l’Eglise. On peut lire dans les notes de Weishaupt une des phrases les plus connues de Bakounine : « Nous devons tout détruire aveuglément avec cette seule pensée : le plus possible et le plus vite possible ». Et c’est parce que ce but était en définitive universel que les Illuminés rayonnèrent sur de nombreux pays européens en y exerçant une influence, directe ou indirecte, importante.

Weishaupt influença la pensée de personnages tels que Babeuf, Buonarroti, Elisée Reclus, Bakounine, Kropotkine,…

[24] Dans toutes les sociétés et organisations où il est intervenu, Buonarroti avait à cœur, d’introduire Le chant des égaux, chant de ralliement au Club du Panthéon sous le Directoire :

 PREMIER COUPLET

 Un code infâme a trop longtemps

Asservi les hommes aux hommes.

Tombe le règne des brigands !

 REFRAIN

 Réveillez-vous à notre voix

Et sortez de la nuit profonde.

Peuple ! Ressaisissez vos droits :

Le soleil luit pour tout le monde !

 DEUXIEME COUPLET

 Tu nous créas pour être égaux,

Nature, ô bienfaisante mère !

Pourquoi des biens et des travaux

L’inégalité meurtrière ?

 TROISIEME COUPLET

 Pourquoi mille esclaves rampant

Autour de quatre ou cinq despotes ?

Pourquoi des petits et des grands ?

Levez-vous, braves sans-culottes !

 [25] Même si, pour certains orthodoxes (intégristes ?), ces révolutionnaires oeuvraient pour une pseudo-révolution, voire même la contre-révolution, la… révolution bourgeoise. Cf. L. Netter in Introduction à La Gazette Rhénane de Karl Marx et Friedrich Engels : « Conquérant peu à peu la suprématie économique, la bourgeoisie accentue son effort pour s’emparer du pouvoir politique. Le libéralisme et le mouvement révolutionnaire gagnent du terrain : la Maçonnerie et ses sectes se multiplient, la Charbonnerie dispose en Italie et en France d’un réseau de « ventes » fortement hiérarchisé; en Allemagne, les libéraux intensifient leur activité et le mouvement révolutionnaire tente de s’organiser (développement de la « Burschenschaft », activité de la Jeune Allemagne, premiers pas du mouvement ouvrier, publication de la Gazette rhénane avec la collaboration de Marx en 1842-1843) ».

[26] C’est ainsi, par exemple, que Blanqui le reconnut comme son mentor en disant qu’il n’aurait jamais été ce qu’il devint s’il n’avait pas rencontré et fréquenté assidûment Buonarroti.

[27] En 1946, Husson, sous le nomen mysticum de Geoffroy de Charnay, s’inspirant de la biographie de Buonarroti et de son Histoire de la Conspiration de l’égalité publia la Synarchie politique dans laquelle il distinguait 3 catégories de sociétés secrètes :

  1. « Les sociétés secrètes « inférieures » : ce sont les sociétés publiques telles la FM bleue, la Société Théosophique, les groupuscules extrémistes politiques…On retrouve dans ces sociétés les militants de base, souvent sincères et désintéressés. Ce sont des viviers dans lesquels on puisera les « gros poissons » pour les mener vers d’autres cercles plus élevés. Ces sociétés représentent un paravent et, si besoin est, un bouclier pour les vrais initiés.
  2. Les sociétés de cadres ou intermédiaires : ce sont des sociétés authentiquement secrètes car elles ne sont connues que par un cercle restreint de personnes. Les membres en sont cooptés et doivent se soumettre entièrement à l’autorité de la société. On peut citer le Martinisme et les Illuminés de Bavière. Ces sociétés contrôlent, ou tentent de contrôler les rouages de l’État. De plus, elles jouent un rôle de gestion et d’exécution.
  3. Les sociétés secrètes « supérieures » : elles sont totalement secrètes, ignorées des sociétés inférieures et contrôlent les sociétés intermédiaires. Leurs buts sont la domination du monde et la réalisation d’objectifs qui nous sont inconnus ».

[28] Ce fut donc par d’autres voies et, notamment celles des Révolutions, bourgeoises pour la plupart, que l’absolutisme monarchique fut abattu, même si le concours des masses populaires fut sollicité et obtenu, sachant que, ces Révolutions faites et le pouvoir bourgeois instauré ou restauré, la réaction s’abattit toujours avec la plus grande férocité sur les peuples pour que ceux-ci ne fassent pas… leur révolution !

Source : http://jccabanel.free.fr/index.htm

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Symbole Vivant… le puits des âmes

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Symbole Vivant… le puits des âmes

27 Mars 2016 , Rédigé par Lurker

Symbole Vivant... le puit des âmes

«  Le symbole enseigne avant tout la modération nécessaire à celui qui s’y confronte ; il n’y comprend que ce qu’il est capable de réaliser dans une lente ascension au plus profond du sommet intérieur. « 

Marie-Louise AUCHER1

 

L’étude et la tentative de compréhension des symboles reposent sur beaucoup d’ambiguïtés. La première et la plus importante restant d’être convaincu d’œuvrer pour le Bien alors que cette notion n’existe que par l’affirmation individuelle et seulement individuelle de sa nature intrinsèque. Nous le savons tous. Le Bien est ce qui est bon pour moi et si ma conscience de l’autre me conduit à faire ce qui est bien pour lui, c’est surtout mon empathie qui m’y conduit afin que j’en tire le bénéfice d’une conscience en repos. Le bien pour l’autre reste le bien pour moi. Alors, la nature du Bien n’est-elle pas uniquement consubstantielle à l’œuvre plus qu’à une possible singularité morale et sociale ? Et puis, aujourd’hui, le mal a toujours un nom, un visage… une forme inquiétante qui nous permet de nous comparer, de nous dire que nous en sommes très éloigné… Mais, ce visage, Hitler, Mao, Staline… nous rassure et nous guide… ce n’est jamais Roosevelt ou Kennedy… notre environnement reste ce qui nous forge et notre environnement nous donne la voie de la bonne pensée en oubliant qu’un journal n’est pas uniquement composé de sa Une, en oubliant que les prophètes donne la Voie et gomment la réalité. Le swastika, spirale circumambulatoire, reste, avant tout, un symbole bénéfique de bonheur et de paix alors… y a-t-il eu détournement ou appropriation d’un fétiche qui devait conduire sur la voie de la Connaissance ? Ou est-ce le symbole qui s’est approprié leur conscience

La seconde ambigüité portée par les symboles reste de se convaincre, si ce n’est pas déjà fait, que les signes qui nous entourent n’ont pas de véritable sens intrinsèque et qu’ils peuvent s’abreuver de la valeur sémantique que chacun viendra leur offrir, que seule la dimension que l’on peut leur donner leur confère une signification. En fait, c’est l’inverse qui se produit.

Ce sont, avant tout, ces éléments, porteurs d’une mémoire collective, souvent oubliée, qui parlent à ceux qui les partagent et donnent l’illusion de dispenser une même conception spirituelle emprunte d’une illusoire sagesse bénéfique, qui permettrait d’éveiller une idée, une forme progressive d’humanité. Le symbole permet de percer l’essence des choses, de retrouver des jalons sur la voie initiatique. Il n’a rien d’humain. Chacun peut y puiser selon sa conception du moment, selon son propre degré de réalisation spirituelle. Cette forme de raisonnement reste incomprise pour beaucoup car le symbole est un véhicule particulièrement jaloux et possessif de la pensée, la survivance d’une conscience qui s’est approprié l’Homme bien avant qu’il naisse à la cognition. Il en a, alors, fait une science sacrée.

La signification incluse derrière le symbole contient à la fois le passé et l’avenir en gestation. Le présent reste alors éphémère, disparait le temps de le dire. Il occupe tout l’espace de l’immédiat. Il est, selon nos concepts, le Mal absolu qui donne l’illusion de maitriser le monde et d’accepter l’inéluctable. Nous n’avons, dans le présent, aucun autre choix que de le voir fuir sans jamais tenir ses promesses.

l est ainsi plusieurs possibilités de définitions suivant le degré de l’homme et le divin. Cette affirmation n’est que le commencement. Elle connaissance de qui l’interprète. Le symbole peut être est le lien entre les sens et entraine la soumission à l’idée que rien ne puisse être atteint. Le symbole, le Symbolus, « signe de reconnaissance », du grec sumbolon, qui désigne un morceau d’objet partagé entre deux personnes pour servir entre elles de signe de reconnaissance. « Mes Frères et mes sœurs me reconnaissent pour tel Vénérable Maître » diton dans les rites continentaux…

Tous ces signes forment un vocabulaire, une fonction communicante adaptée à l’homme et à son environnement. L’Homme crée l’écriture pour véhiculer sa pensée. La Nature, la Création… voire, on ne sait trop quoi… créent les symboles pour communiquer avec l’Homme mais ces signes sont aussi inscrits en lui depuis l’origine, dans la mesure où la Nature préexistait au concept même de temporalité… comme le Chat de Schrödinger, le symbole n’existe que si on le constate… autrement, il reste en stase.

Il faut du temps pour l’intégrer car c’est un signe énigmatique, le symbole est ce qui se cache sous notre lit, ce qui nous observe dans l’ombre, une expression mystérieuse débarrassée de toute humanité. Le symbole est le véhicule d’un langage universel, il n’impose rien mais suggère, il montre du doigt le fatum. Le chemin de chacun, ses tortures, se regrets, ses hontes, ses remords. Toute son expression reste rigoureusement personnelle et siège sur notre ventre durant le sommeil … Il est difficile d’en parler, car il est la profondeur même du gouffre. Son sens reste incommunicable car sa signification se situe à la racine même de l’universel, il ne peut que suggérer et l’on ne peut que le traduire, c’est à dire « mettre sur le chemin, l’illusion, de l’éveil ». Ses sens sont multiples et apparaissent sous divers aspects, cependant finalement ils n’ont qu’une seule interprétation, profonde et éternelle : le visage de la Mort.

Il est inutile d’essayer de « sentir »», de « s’ouvrir » à la Connaissance, car cette énergie n’existe nulle part ailleurs qu’en chacun de nous, elle participe du Soi et le seul moyen de l’atteindre est le silence intérieur, cette certitude que ce silence que nous observons nous observe lui-même et nous maîtrise.

Il est important de comprendre que l’étude de l’ombre sémiotique qui nous manipule, pour être efficace, doit permettre de répondre à deux questions fondamentales : qui tenait la plume aux origines de l’écriture, aux origines de l’infiltration des signes au cœur de nos consciences et ensuite… ensuite seulement, mais aussi, avant toute chose à quoi ME servent les symboles. A quoi me servent-ils « à moi », moi qui aie pour ambition d’en maitriser le sens… ??? Et puis, il y a Dieu… soit, mais, comme le disait Cyrano : « c’est un peu court, jeune homme… ». Qu’est-ce qui nous empêche de parler à Dieu pour lui demander des réponses ? La démarche est très Ashkenase… allongezvous là et racontez moi tout… si je parle à Dieu, ma foi, tout est permis, mais s’il répond, le monde replonge dans la schizophrénie. Comme je ne suis pas schizophrène, je peux vous rassurer de suite : nous allons tous bien.

De plus, ce genre de réponse en cul de sac signifie la fin de la quête… en effet, pourquoi se fatiguer à découvrir les desseins de Dieu qui, par essence, sont impénétrables ?

Il y a là toute sorte d’excuses allant du déni de responsabilité au constat d’une impossible évolution. En effet, si ce qui est écrit l’a été par Dieu, il est inutile de chercher un sens, un message, car, par définition, Dieu ne peut être approché et l’affirmation péremptoire du dualisme donne à constater qu’il est impossible à l’Homme d’atteindre la sagesse qui préside à l’écriture et encore moins aux Ecritures ! Mais le Bien y réside-t-il ?

La réponse « Dieu » est, en fait, une injonction à la soumission, à accepter la « vérité » telle qu’elle est donnée. Cela est incompatible avec la recherche du Bien puisque cela impliquerait son intemporalité, son immanence, son impossibilité à se mouvoir, à évoluer, à se transformer… le Bien est immuable, ce qui se transforme et change de visage et de sens, c’est le Mal, ce qui nous détourne du droit chemin de l’immobilisme c’est le Mal…

La seconde interrogation est la suite de la première. En effet, si l’on se convainc qu’il est possible de remettre en cause, de comprendre et de s’expliquer les termes des rituels, des textes sacrés et des symboles, il est naturel de se demander à quoi ils peuvent être utile aujourd’hui. C’est une question à laquelle il est difficile de répondre et cette difficulté amène certains à revendiquer la nécessité de « moderniser » les symboles. L’argument est évident : si l’on ne peut pas accorder les symboles à nos besoins aujourd’hui c’est tout simplement parce qu’ils sont obsolètes diront certains… les mêmes ne se pencheront jamais sur la présence ponérologique, c’est-à-dire porteuse de la nature du mal à des fins politiques, d’une continuité mouvante. Il est bien évident que cela ne vient à l’idée de personne de se dire « je n’ai rien compris ». D’abord parce que je suis Maître Maçon et que je comprends tout et, ensuite, je me propose à moderniser le symbolisme donc, cela prouve que j’ai tout compris.

Dès lors que le tableau prend forme, avec l’éloignement, on distingue l’immense écart entre l’ego et le Soi. L’immense fossé entre la maîtrise de notre conscience et la Possession.

C’est en quelque sorte un tableau à exorciser qui amène, à la suite de Nicolas Grimaldi, à penser que « souhaiter vivre dans l’absolu, c’est comme vouloir habiter l’horizon. L’horizon, on y va, mais on n’y parvient jamais« . User des outils qui se trouvent à nos pieds permet de mieux avancer… n’est-il pas ? Sur des cases de quelle couleur ?

Alors, nous n’existons que dans une salle vide et l’étoffe de nos vies, pour paraphraser Shakespeare, n’est que la guenille dont sont faits nos rêves. J’ai bien peur qu’une telle démarche ne justifie pleinement l’idée qu’une cérémonie ne suffit pas à faire un initié.

SOURCE : http://truthlurker.over-blog.com/2016/03/symbole-vivant-le-puit-des-ames.html?fbclid=IwAR3hB5sQMYYOKaGKxp_Fv5aCrWZ7IljZNWA4sbvRf7BAH9BuzUx74mXDI40

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Étude sur le symbolisme de la franc-maçonnerie

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