navigation

La mort volontaire du vaincu chez les Celtes 5 septembre, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Polythéisme celtique

La mort volontaire du vaincu chez les Celtes (recension de tous les textes classiques qui évoquent le phénomène).

Chantal BrachetdelafayeLES GRANDES BATAILLES DE L’HISTOIRE

celte mort_n

La mort volontaire du vaincu chez les Celtes

Si l’on en croit Tite Live, lorsque les Romains rencontrèrent pour la première fois, directement et officiellement des Gaulois, des Sénons, lors de l’ambassade des trois Fabius en 391 av. J.-C., ils demandèrent à ces nouveaux venus de quel droit ils réclamaient des terres aux Clusiniens et ce qu’ils venaient faire en Etrurie. La réponse fut cinglante : «Du droit de nos armes. Tout appartient aux braves » .

Alors les ambassadeurs romains, de caractère farouche, «plus semblables à des Gaulois qu’à des Romains » , prirent les armes, bafouant ainsi les usages du ius gentium. Le souhait du Sénat et du peuple romain – «nouer des relations pacifiques avec ce nouveau peuple » – s’évanouissait.

La guerre commença. Ce fut la bataille de l’Allia, la prise de Rome. C’est donc sur le champ de bataille, que Rome découvrit les Gaulois, «un peuple impulsif » que «l’on n’avait jamais vu et dont on ne savait rien si ce n’est qu’il venait des bords de l’Océan et du bout du monde » . De ces affrontements, Rome conserva pour longtemps l’image d’une nation belliqueuse, aux chants sauvages et discordants qui déferlait en bandes rapides dans le Latium. La plupart des cités de l’Antiquité classique subirent la même expérience que Rome. Aussi «tous les peuples appartenant à la race celtique passèrent pour passionnés de guerre » constate Strabon, qu’ils soient mercenaires, ennemis ou alliés. Ce trait de caractère collectif qui a impressionné les Anciens, a été reconnu, étudié et nuancé par les historiens modernes. En revanche, un comportement guerrier a été quelque peu négligé, celui de la mort volontaire des Celtes sur le champ de bataille.

Avant tout, deux remarques s’imposent. L’une concerne les sources disponibles. Les textes littéraires qui présentent ces morts volontaires sont toujours rédigés par des adversaires des Celtes qui appartiennent en définitive au camp des vainqueurs. Et leurs rédacteurs qui visent d’abord à éblouir leurs lecteurs par les exploits qu’ils rapportent, ne cherchent guère à comprendre les motivations de ces barbares. Malgré tout existe une certaine curiosité, voire une admiration un peu condescendante, pour ces morts volontaires. Mais souvent, ces auteurs sombrent dans des généralités, versent dans des clichés ou projettent leurs propres valeurs sur les comportements de leurs ennemis. Pour cette raison, je rappellerai, quitte à caricaturer, que si les Grecs condamnent en général la mort volontaire, ils l’acceptent parfois pour des motifs militaires, tandis que les Romains, du moins jusqu’à la fin du premier siècle ap. J.-C., n’élèvent aucune condamnation à l’égard de celui qui se tue, quelles qu’en soient les causes. L’autre veut replacer ces suicides sur le champ de bataille dans un cadre culturel plus vaste, celui de la mort volontaire chez les peuples celtes. Rien de précis n’existe sur cette question et les explications qui en sont apportées demeurent hypothétiques tant les sources littéraires sont discrètes. Au demeurant, l’essentiel de nos connaissances en ce domaine repose précisément sur les cas de suicide sur le champ de bataille ou consécutifs à une défaite militaire. Certes d’autres cas nous sont rapportés chez les peuples celtes, mais ils sont très peu nombreux. C’est donc surtout à travers l’étude des morts volontaires liées à la guerre que se dessinent les contours d’une conception particulière de la mort voulue. À cette fin, j’examinerais en premier lieu les faits. Dans un second temps, j’en proposerais une interprétation avant d’aborder les conséquences que l’on est en droit de tirer. Pour suivre les cas de morts volontaires celtes sur le champ de bataille, le fil conducteur le plus simple est celui qui relie chronologie et grands espaces géographiques où les Celtes interviennent.

En 283 av. J.-C., lors de la bataille du lac Vadimon, en Étrurie méridionale, les Gaulois cisalpins sont écrasés par le consul Publius Cornelius Dolabella. Les survivants s’entretuèrent, dit Appien comme pris de folie. Quelques décennies passent. En 225, à proximité du golfe Télamon, les troupes romaines et italiennes l’emportent difficilement sur une coalition de peuples gaulois. «Finalement écrit Polybe, se voyant incapables de repousser leurs adversaires, (…) les uns (des Gésates) allèrent, dans un élan de fureur irraisonnée, se jeter en aveugles au milieu des ennemis, s’offrant volontairement à la mort… » . D’autres reculèrent. Selon Polybe, le désastre humain fut important : 42 000 Gaulois furent tués, 10 000 faits prisonniers. Anèroestès, l’un des deux rois gésates, gagna avec quelques compagnons, ses proches, un refuge, les tua et se donna ensuite la mort.

Pour les autres combats en Italie où s’affrontèrent Romains et peuples celtes, je n’ai relevé aucun cas de mort volontaire signalé par les sources littéraires. Mais pendant l’hiver 218-217, attaqués par Hannibal, certains habitants de Victumulae, dans le territoire de Verceil, voyant leur ville perdue, se réfugièrent dans leurs maisons avec leurs femmes et leurs enfants, y mirent le feu et s’y jetèrent tandis que d’autres se donnèrent la mort après avoir tué les leurs.

Les peuples celtes apparurent dans les Balkans à la fin du IVe siècle. Vers la fin de l’automne 279 av. J.-C., une bande de Celtes marcha sur Delphes. Ce fut un échec. Pourtant l’événement marqua les esprits : nombreux, bavards et contradictoires furent les auteurs anciens qui racontèrent la mort volontaire de Brennus, le chef qui conduisait l’expédition. Pour les uns, il se serait tué en pénétrant dans le temple d’Apollon. Pour les autres, blessé, il aurait mis fin à ses jours au cours d’une retraite pénible soit d’un coup de poignard, soit en buvant du vin pur. Quant aux explications avancées pour comprendre son geste, on évoqua tour à tour : la vengeance d’Apollon, une douleur insoutenable, la crainte de représailles de la part des siens, la honte des calamités infligées à la Grèce. Mais avant ce suicide du chef de guerre, on rapporta que les blessés furent achevés et qu’une folie meurtrière gagna l’armée des Celtes en déroute : «prenant les armes les uns contre les autres, note Pausanias, ils se massacraient mutuellement, ne se reconnaissant plus ni à leur langue, ni à leurs armes, ni à leur aspect » .

Si nous ne savons rien du comportement des Galates lors de la défaite de Lysimacheia en 277, nous retrouvons des Galates mercenaires en 275/ 274 au service de Ptolémée II Philadelphe. Ce dernier, au lendemain de l’offensive avortée de Magas, son demi-frère, roi de Cyrénaïque, confronté à des mercenaires gaulois qu’il avait recrutés et craignant qu’ils ne s’emparassent de l’Égypte, les débarqua sur une île déserte du delta du Nil et les y abandonna. Tous les Galates périrent. Soit par le feu en se jetant sur des bûchers qu’ils avaient construits, dit Callimaque, un contemporain de ces drames, soit en s’entretuant, soit de faim, soit enfin parce qu’ils furent noyés par le roi qui aurait fait inonder l’île. En outre, il est fort probable que les familles de ces mercenaires participèrent à cette tragédie. Beaucoup plus tard, en 189 av. J.-C., des Tolistobogiens et des Tectosages battus respectivement aux batailles du mont Olympe de Mésie et du mont Magaba et faits prisonniers par les forces de Cn. Manlius Vulso, stupéfièrent les Romains par leurs attitudes : «ils essayaient de rompre leurs chaînes avec leurs dents et s’offraient les uns aux autres pour qu’on les étranglât » . Déjà lors de l’attaque de Manlius au mont Olympe, certains Galates, ne pouvant rendre les coups qu’ils avaient reçus, aveuglés de colère (ira) et de terreur (pavor), se jetèrent les uns contre les autres comme des bêtes sauvages blessées tandis que d’autres se ruaient sur leurs ennemis et se faisaient égorgés par les vélites. Après cette date, aucune mort volontaire de Galate sur le champ de bataille ne nous est signalée par les sources littéraires.

En 195 av. J.-C., au nord de l’Ebre, Caton, alors consul, désarma des Espagnols (Hispani). Beaucoup parmi eux ne purent supporter cette humiliation et se tuèrent : ils n’envisageaient pas de vivre sans armes. En juin 137, Decimus Iunius Brutus affronte en Galice des Celtes. Aux côtés des hommes, des femmes combattent dans les rangs des barbares. Appien qui décrit cette bataille, la seule bataille importante de cette campagne, insiste sur la résistance de ces femmes qui se battirent jusqu’à la mort, préférant tuer leurs enfants et se tuer ellesmêmes plutôt que d’être faites prisonnières. Des scènes analogues sont décrites par Strabon pendant la guerre contre les Cantabres, avec une amplification : sur l’ordre de son père, un petit enfant tue ses parents et ses frères pour leur éviter la captivité. Et à chaque défaite, celle du Mons Medullius en 26 av. J.-C. 29, celle de 22 av. J.-C. subie devant les troupes de C. Furnius, des Cantabres se donnèrent la mort et s’entretuèrent. Même des prisonniers réussirent à se jeter d’eux-mêmes sur un bûcher embrasé. Parlant des morts volontaires des Cantabres, Appien précise : «Ces moeurs se retrouvent chez les Celtes, les Thraces et les Scythes, peuples connus aussi pour leurs actes de courage tant de la part des hommes que de celle des femmes » . Plus à l’est, Numance. En 133, à la suite d’un long et célèbre siège, les Numantins se supprimèrent selon un scénario où se distinguent quatre temps :

1) délibération, prise de décision de mourir, repas funéraire (anticipé sur sa propre mort) composé de viande à demi crue et d’une boisson forte (la celia) faite avec du blé;

2) préparation d’un gigantesque bûcher où même les armes furent brûlées;

3) mise à mort des femmes et des enfants;

4) auto-extermination des survivants. Résultat de cette rabies : selon Florus, «on ne triompha que d’un nom » . On ne trouva en effet pas un seul habitant pour être emmené en esclavage.

Le premier cas de mort volontaire sur le champ de bataille concerne des populations gauloises (Gallorum) qui se trouvent au pied des Alpes et que vainc en 117 av. J.-C. le consul Q. Marcius. Seul Orose signale ces événements et l’on ne s’accorde pas toujours sur le nom de cette population (Ligures? Stoeni?). Toujours est-il que les combattants qui survécurent aux assauts romains, supprimèrent femmes et enfants et s’élancèrent dans les flammes tandis que ceux qui furent faits prisonniers quittèrent volontairement la vie au début de leur captivité par le fer, la corde ou le refus de nourriture. Il n’y eut aucun survivant. Moins clairs sont les deux épisodes suivants. Si personne ne conteste les suicides tels que nous les relatent les auteurs anciens, on hésite sur l’origine ethnique des populations : qui des Teutons, des Cimbres, des Tigurins et des Ambrons relèvent du monde celtique ou du monde germanique? À la limite cela importe peu, tant les faits sont semblables à Aix-en-Provence en 102, à Verceil en 101 et tant les conduites militaires entre Celtes et Germains sont proches. Lors de ces deux batailles, les vaincus, dont deux roitelets, s’entretuèrent et leurs femmes suivirent leurs exemples selon diverses modalités (feu, pendaison, glaive) après avoir tué les petits enfants. Il y eut cependant de très nombreux prisonniers. Troisième champ de bataille, la mer. Les Vénètes que bat la flotte de César, se précipitèrent dans l’Océan ou cherchèrent la mort sous les coups des vainqueurs en escaladant leurs vaisseaux ou de toute autre manière.

En 51 av. J.-C., Corréos, chef des Bellovaques, à la tête de cavaliers et de fantassins d’élite, tendit une embuscade aux soldats de César qui allaient fourrager. Après avoir reculé, les Romains, rapidement soutenus par des renforts légionnaires, bousculèrent les Gaulois qui se dispersèrent et s’enfuirent. Cependant Corréos refusa de se rendre et «finit par obliger les vainqueurs emportés par la colère à l’accabler de leurs traits » . Enfin, en 21 ap. J.-C., à la suite d’une bataille qu’il perdit près d’Autun, l’Eduen Sacrovir avec ses plus fidèles amis, se réfugia dans une uilla et s’y tua. Ses fidèles se donnèrent mutuellement la mort et la uilla à laquelle fut mis le feu, leur servit de bûcher funéraire. Auparavant, la même année, son allié Iulius Florus, un Trévire de haute naissance, mit fin à ses jours après avoir été battu par les légions. Quelques décennies plus tard, en 69, après l’échec de sa révolte, le Lingon Iulius Sabinus fit croire qu’il s’était tué dans une villa qu’il avait enflammée. Ce subterfuge lui permit de vivre caché pendant neuf années grâce à l’aide de son épouse Epponine et de ses amis.

Après l’anéantissement de son armée en 60/ 61, Boudicca, la reine des Icéniens se tua sur le champ de bataille, ou peu après. Pourtant son soulèvement contre l’occupant romain avait bien commencé. Après avoir pris et détruit trois villes romaines, battu une légion, elle avait remercié Andraste, la déesse de la victoire en entourant son bois sacré de femmes (romaines selon toute vraisemblance) embrochées à des pieux, un procédé qui n’est pas sans évoquer le trophée de Ribemont sur-Ancre. Vingt ans plus tard, exactement en 83, après la bataille remportée par Agricola contre les Bretons, Tacite signale que «quelques isolés, sans armes, se ruaient à l’assaut et s’offraient à la mort » et que les Bretons incendièrent le lendemain leurs maisons, massacrèrent leurs épouses et leurs enfants avant de se supprimer eux-mêmes » . «Partout, écrit l’historien, qui devait tenir ces choses vues de son beau-père, un silence de mort, des collines désertes, des toits fumants au loin, pas un homme sur la route de nos éclaireurs » . Sur cette description d’un pays où la vie s’est éteinte s’achève cette série de morts volontaires celtes sur le champ de bataille.

Jean-Louis Voisin

celte

Cordonite et Initiation, entre anti-initiatiques et vrais francs-maçons 27 juin, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Cordonite et Initiation, entre anti-initiatiques et vrais francs-maçons

Cordonite et Initiation, entre anti-initiatiques et vrais francs-maçons dans Recherches & Reflexions

Par La Rédaction
25 juin 2021
Delta_Rayonnant-696x464

De notre confrère italien www.expartibus.it

Ces dernières années, même dans les obédiences traditionnelles, on assiste de plus en plus à un antagonisme entre deux visions opposées, deux manières de vivre la franc-maçonnerie. Ces deux visions de la Franc-maçonnerie différentes surgissent aussi bien au niveau collectif qu’individuel.

Dans le domaine général, une première distinction, même si elle peut devenir trompeuse, est celle entre franc-maçonnerie régulière et non régulière.

La franc-maçonnerie moderne a pour date de naissance le 24 juin 1717, qui correspond au jour de la fondation de la Grande Loge de Londres. Depuis lors, les Britanniques ont donné aux diverses grandes loges nationales la «patente de régularité », basée sur ce que doit être le respect effectif des Constitutions d’Anderson, des Anciens devoirs, des Landmarks .

L’actuelle UGLE, Grande Loge Unie d’Angleterre, évolution de la Loge originelle de Londres, accorde la reconnaissance (régularité) à une seule Grande Loge par pays.

La Grande Loge Régulière d’Italie, née en 1993 de la scission engendrée par le Grand Maître d’alors du Grand Orient d’Italie, Giuliano Di Bernardo, est la seule à être reconnue.

Depuis, donc, le Grand Orient d’Italie lui-même est exclu, alors qu’il a eu la régularité en réciprocité avec les Britanniques jusqu’en 1993.

Pourquoi d’autres obédiences, anciennes et prestigieuses, dont la rigueur rituelle ne peut être mise en doute, sont-elles exclues.

C’est précisément en vertu de ce raisonnement que certains préfèrent parler de franc-maçonnerie régulière et non régulière, par régulière nous entendons surtout ces loges qui ont des relations avec d’autres grandes loges étrangères, elles même reconnues par l’UGLE.

Prenant toujours l’exemple du GOI, il existe une reconnaissance mutuelle avec environ 200 Obédiences étrangères, comme on peut le lire sur lson site institutionnel .

En ce qui concerne ce système, il y a une différence à souligner.

Certaines grandes loges étrangères entretiennent des liens plusieurs obédiences par nation, brisant ainsi la règle de l’unicité.

Paradoxalement, un Frère sénégalais, ou péruvien, ou turc, et autres, s’il vient en Italie peut choisir, par exemple, de rencontrer une Loge GOI ou GLRI, ou les deux.

Inversement, un Frère GLRI ne peut pas travailler avec une Loge ALAM ou toute autre Loge d’Obéissance Italienne.

Vive l’universalité !

A coté des loges et obédiences traditionnelles, la naissance de nouvelles loges est très fréquente.

Regroupant des personnes mécontentes, mais aussi des personnages sans scrupules qui en font une source de revenus.

Car, il n’est pas rare de voir de véritables associations criminelles qui se proclament Franc-Maçonnerie.

A l’heure où chacun pense savoir tout connaitre, il est facile de s’improviser Grand Maître.

Les rituels des trois degrés peuvent être téléchargés sans problème sur Internet, ainsi que sur des boutiques en ligne, où il est possible d’acheter des tabliers, des sautoirs et autres objets maçonniques.

Franc maçonnerie bricolée:

Qu’est-ce qui devrait vraiment faire la différence ?

La continuité de la chaîne initiatique, la rigueur de la ritualité, bien sûr.

En ce qui concerne la continuité, il faut rappeler que la franc-maçonnerie est un ordre initiatique. Le rappeler devrait être superflu, mais il faut une clarification, car le méconnaitre est risquer de ne pas être vraiment franc-maçon..

L’initiation est reçue de ceux qui l’ont non seulement déjà été initié mais surtout de ceux qui ont été investis du pouvoir d’initier, pouvoir donner à ceux qui détiennent l’office de Vénérable Maître et conservé même après la fin de leur mandat.

Je ne peux pas commencer tout seul. Je ne peux pas commencer à moins d’avoir été initié..

L’autre élément indispensable est la rigueur rituelle.

Les travaux sont toujours et exclusivement rituels. Le reste, c’est de la bureaucratie.

A l’ouverture le Temple est carré, défini, sacré ; on recrée cette harmonie avec le Tout qui prédispose à l’élévation spirituelle.

Comment éviter cette partie ?

Chaque pas, chaque mot, chaque symbole : tout a une fonction, rien n’est aléatoire.

Si vous n’êtes pas pleinement conscient et absolument imprégné du rituel, vous participez à une parodie.

Ce n’est pas de la franc-maçonnerie !

Les Obédiences qui n’oeuvrent pas pour construire des temples à la vertu, pour creuser des prisons sombres et profondes pour le vice, pour travailler pour le bien et le progrès de l’Humanité ne sont pas de la Franc-Maçonnerie !

Si leurs buts sont profanes et en opposition avec ces principes et valeurs de la Franc-maçonnerie, alors ces institutions présumée sont anti-initiatique.

Mais les faux-maçons peuvent aussi être des individus, pas seulement des groupes, et ils peuvent aussi être des contre-initiés dans un contexte initiatiquement sain.

Bien que la distinction entre l’initiation effective et l’initiation virtuelle puisse déjà être suffisamment comprise à l’aide des considérations qui précèdent, elle est assez importante pour que nous essayions de la préciser encore un peu plus ; et, à cet égard, nous ferons tout d’abord remarquer que, parmi les conditions de l’initiation que nous avons énoncées au début, le rattachement à une organisation traditionnelle régulière (présupposant naturellement la qualification) suffit pour l’initiation virtuelle, tandis que le travail intérieur qui vient ensuite concerne proprement l’initiation effective, qui est en somme, à tous ses degrés, le développement « en acte » des possibilités auxquelles l’initiation virtuelle donne accès.
René Guénon - Considérations sur l'initiation

Guénon est très clair. On peut recevoir l’initiation dans une organisation traditionnelle régulière sans que celle-ci se concrétise.

Et c’est une initiation virtuelle.

Elle ne devient effective que si on accomplit le travail intérieur qui en développe les possibilités.

La seconde ne suit pas nécessairement la première.

Le tout pourrait se résumer en ces quelques mots : entrer dans la voie est une initiation virtuelle ; suivre la voie est l'initiation proprement dite.
René Guénon - Considérations sur l'initiation

Par conséquent, tous ceux qui reçoivent l’initiation ne deviennent pas automatiquement initiés.

Dans un autre article, nous avons longuement parlé de pseudo-initiation et de contre-initiation.

Comme nous l’avons dit, les deux attitudes sont répandues.

L’un est pseudo-initié lorsque l’initiation reste essentiellement virtuelle.

Quand on ne travaille pas sur soi, on n’abandonne pas les attitudes de profane.

Quand la pierre reste brute.

Ceux qui sont des pseudo-initiés, cependant, ne font pas de mal, sinon à eux-mêmes, gaspillant l’immense possibilité qui leur a été accordée.

Nous ne pouvons que répéter cette citation de Steiner, déjà reprise dans un précédent article dans lequel nous parlions de la Franc-maçonnerie et du Pouvoir.

Les connaissances et le pouvoir qui sont conférés à l'homme par l'initiation ne pourraient, sans elle, être acquis par lui que dans un avenir très lointain - après de nombreuses incarnations - par une tout autre voie, et même sous une toute autre forme.
Rudolf Steiner

Nous renvoyons également au même article pour la discussion sur le pouvoir, que nous n’approfondissons pas dans le présent article.

La pseudo-initiation peut être identifiée très facilement, par certaines attitudes, comme la concession à l’envie, la vanité, l’arrogance.

L’initiation virtuelle est « tuée » par l’ ignorance, le fanatisme et l’ambition .

Lorsque ces comportements, en revanche, nuisent à l’Institution ou à d’autres frères, de la pseudo-initiation on passe à la contre-initiation.

A titre purement illustratif, nous pouvons identifier deux catégories fonctionnelles à notre discours, la cordonite et l’Initié.

La cordonite , accessoirement, est une grave dégénérescence de la Magliettite , une maladie qui afflige de nombreux faux maçons.

De l’attachement mortifère aux sautoirs, symbole du fonctionnement de l’Atelier, portés par le Vénérable, le premier et le second surveillant, on passe à la recherche obsessionnelle de tabliers pouvant paraître prestigieux, poursuivie aussi par le recours à des attitudes arrogantes, de chantage, ne dédaignant pas l’usage de menaces réelles.

Il s’agit bien souvent de personnes qui n’ont que très peu réussi dans la vie profane, qui dans l’Institution laissent libre cours à leurs frustrations, animés de sentiments de rivalité, sinon de vengeance.

Malheureusement, dans leurs défauts profanes, ils sont souvent encouragés par les vrais Initiés, qui plus ils sont éloignés de la matérialité, plus ils comprennent et occupent des fonctions pour un sens élevé du service ; ils ne les fuient pas, ne craignent pas leurs responsabilités, mais ils refusent de se battre avec eux pour obtenir des sautoirs et se rabaisser à leur niveau.

L’Initié sait que ce qui compte, c’est l’Intuition exprimée par les mots, non le sautoir ou la couleur du tablier qu’on porte ; il chérissait, lorsqu’il était Apprenti, l’immense don du Silence , qu’il ne viole que lorsqu’il pense avoir quelque chose à dire qui pourrait être utile à son atelier.

Le cordoniste , quant à lui, recherche le plus beau et haut sautoir presque convaincu qu’il peut lui permettre de devenir un Super dignitaire à qui tout est permis et tout doit être pardonné, même fouler aux pieds un rituel jamais compris ; justement parce qu’il a des charges qui lui donnent du pouvoir, il passe souvent du statut de pseudo-initié au statut de contre-initié.

Si je me trompe, les étapes d’entrée rituelle dans le temple sont pseudo-initiées.

Cela signifie que je ne suis pas conscient de ce que je fais. Je répète sans réfléchir des gestes que je n’ai jamais compris.

Pour moi, une Tenue n’est pas différente d’une soirée costumée.

Si ces pas erronés sont pris en modèle par d’autres Frères ou, pire, je prétends les enseigner, alors je fais quelque chose d’anti-initiatique.

Nous avons vu précédemment, que les attaques contre-initiatiques peuvent être constatées aussi bien au niveau collectif qu’individuel.

Il s’agit évidemment de deux aspects étroitement liés.

Une obédience anti-initiatique aura une forte probabilité de créer des cherges et offices, plutôt que des initiés.

D’un autre côté, un nombre toujours croissant de contre-initiés dans une obédience traditionnelle régulière comporte le risque que sa nature elle-même change.

Si on ne parvient pas à développer des anticorps contre la cordonite et la course aux degrés , alors la loge ou l’obédience est gravement atteinte dans l’Essence même de ce qui fait la Franc-maçonnerie

Elle devient elle-même anti-initiatique.

Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas

Lire l’article sur le site de notre confrère

SOURCE :  https://450.fm/2021/06/25/franc-maconnerie-tabliers-et-inities-entre-poussees-anti-initiatiques-et-vrais-francs-macons/?fbclid=IwAR3XvOqfBp5Us8ZJLO_omiE5i6zeJam7NkSlJ1EfhBiszb45wtAcPLUa5rc

Logoheader450FM

 

Voici une Signification des 33 degrès de la Franc-Maçonnerie (R.E.A.A. : Rite Écossais Ancien et Accepté) dit « Hauts Grades » toute particulière 29 avril, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

 69686_481158038611433_905424711_n

 

Voici une Signification des 33 degrès de la Franc-Maçonnerie (R.E.A.A. : Rite Écossais Ancien et Accepté)  dit « Hauts Grades » toute particulière, exprimée par Samuel Paul Rosen dans «  Satan et Cie. Association universelle pour la destruction de l’ordre social. Révélations complètes et définitives de tous les secrets de la franc-maçonnerie « .

Samuel Paul Rosen (1840 à Varsovie en Pologne – 1907) est un ancien rabbin, imposteur et activiste des milieux antimaçonniques1 qui joua un rôle d’inspirateur autour de Léo Taxil.

Cette signification « anti-maçonnique » a été maintes et maintes fois reprise par les sites et blogs anti- »tout ».

1er degré : Exploitation vicieuse de la Curiosité.

2e degré : Exploitation vicieuse de l’Ambition.

3e degré : Exploitation vicieuse de l’Orgueil.

4e degré : Glorification de l’Athéisme & de l’Anarchie.

5e degré : Mort à toute Religion (L’Athéisme obligatoire).

6e degré : Glorification de la Vengeance.

7e degré : Glorification du Mal.

8e degré : Guerre au Bien.

9e degré : Guerre à la Chasteté.

10e degré : Guerre à la Loyauté.

11e degré : Guerre au Droit Social.

12e degré : Guerre à la Propriété Sociale.

13e degré : Tout à la Corruption.

14e degré : Exploitation corruptrice des Théories déistes.

15e degré : Exploitation corruptrice des Pratiques déistes.

16e degré : Exploitation corruptrice du Rationalisme.

17e degré : Exploitation corruptrice du Patriotisme.

18e degré : Exploitation corruptrice du Collectivisme.

19e degré :Glorification de la Perversion.

20e degré :P erversion des Masses Populaires.

21e degré :P erversion par les Passions & les Appétits.

22e degré :P erversion des classes dirigeantes.

23e degré :P erversion des Institutions.

24e degré :P erversion de la Liberté.

25e degré :P erversion de L’Égalité.

26e degré :P erversion de la Fraternité.

27e degré :P erversion de L’Intellectualité.

28e degré :Glorification du Naturalisme.

29e degré :La négation du Créateur.

30e degré :Glorification de l’Hypocrisie.

31e degré :P arodie avilissante de la Justice.

32e degré :P arodie avilissante de la Légalité.

33e degré :Glorification de Satan.


 

Source, le site à parcourir : http://www.gadlu.info/signification-des-33-degres-de-la-franc-maconnerie.html

Qui était Confucius ? 9 août, 2020

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Qui était Confucius ?

 

wp-1478371392611

 

Comment comprendre les peuples étrangers sans connaître les chefs religieux qui modelèrent leur esprit ? Si la Chine, sous influence, se transforme, on ne peut néanmoins la pénétrer un peu sans interroger ses maîtres spirituels.

Vie et œuvre de Confucius.

L’histoire de la Chine est le perpétuel renouvellement d’un cycle.

Des hommes frustes et énergiques s’emparent d’un domaine ou d’un royaume puis l’exploitent et le développent. Devenus riches, ils s’intéressent à leur tour aux arts, à la littérature, à la poésie, et s’amollissent dans la prospérité et les pauvres aiguisent leur appétit en regardant gaspiller la richesse. Bientôt, se produit une rupture d’équilibre et une nouvelle vague conquérante submerge les possédants qui abandonnent leurs biens aux vainqueurs.

Tel fut, au IXe siècle, le sort du royaume de Yin, en face des montagnards Tchéou à peu près au moment où l’Egypte s’endormait dans une décadence définitive, où la Grèce émergeait de la barbarie et où le roi Salomon achevait la construction du Temple de Jérusalem.

Les Tchéou n’échappèrent pas à la loi commune et leur domination sombra comme celle de leurs prédécesseurs.

La dynastie Tchéou fut supplantée par l’un de ses grands vassaux, mais celui-ci ne put asseoir son autorité et la guerre civile se trouva instituée à l’état endémique, se superposant à l’anarchie locale et au banditisme.  » Malheur à celui qui vit près de la demeure d’un maître ou au nord de la grande route !  » dit un proverbe chinois de cette époque.

On reconnaissait, à des signes nombreux, l’aube d’une civilisation nouvelle. La Chine aspirait à son unité et commençait à se critiquer elle-même. Des artistes apparaissaient et une littérature abondante venait distraire et instruire les puissants dans leurs châteaux et leurs villes fortifiées. Des voyageurs allaient et venaient étudiant, comparant, tirant des conclusions.

Le besoin de nourriture spirituelle devenait impératif et l’inutilité des violences guerrières s’imposait à tout esprit réfléchi. Les rois se laissèrent sermonner par les sages qui exerçaient parfois de hautes charges dans leur administration et qui se mirent à codifier certaines généralités afin de dégager les leçons du perpétuel renouvellement des catastrophes.

 

Lao-tseu fut un de ces sages. Son enseignement reflète une profonde réaction contre le milieu dans lequel il vivait et qu’il désirait réformer. D’après lui, les trois vertus principales étaient l’économie, la modestie et la pitié. Il blâmait le luxe dont les grands seigneurs éclaboussaient leur cour et qui, par les rivalités suscitées, conduisait graduellement aux disputes et à la guerre. Il voulait que l’on renonçât à l’orgueil et à la vanité, prônait la pitié à l’égard des humbles et des pauvres.

Lao-tseu allait d’ailleurs plus loin, car il préconisait l’obligation de faire du bien même à ceux qui vous font du mal. Il réprouvait la vengeance et toute solution violente des problèmes humains.

Le Tao, c’est l’ordre du monde, le principe divin. Le but de l’homme devait être de le rejoindre en renonçant à toute agitation, à toute individualité. Il faut vomir l’intelligence, disait Lao-tseu, se concentrer en une méditation solitaire, se retrancher de tout désir, de toute affection, de toute affirmation, ressembler à l’eau qui coule, qui prend toutes les formes, qui accueille tout, qui reflète tout. Il ne fallait pas répondre à l’insulte parce que l’insulteur ne méritait que du mépris.

Lao-tseu trouva une réponse métaphysique à un matérialisme qui avait touché la frontière du désordre. Il atteignit les cimes de l’esprit humain et s’y retrouva en compagnie de Zoroastre, de Socrate et du Bouddha, ses presque contemporains, sa doctrine n’offrait cependant pas assez de points pratiques pour influencer profondément ses auditeurs. Seuls, quelques fervents parvinrent à le comprendre et à commenter ses idées.

 

Le père de Confucius était un noble de la province de Lou. Marié de bonne heure avec une femme de sa caste, il avait eu d’elle neuf filles. Une concubine-servante lui avait en outre donné deux garçons.

Sur la fin de sa vie, cette situation préoccupa le vieillard qui décida de répudier sa femme et de prendre une nouvelle épouse. Précisément, un de ses amis avait trois filles présentant les qualités requises. Il partit et fit sa demande.

L’ami fut embarrassé. Le prétendant venait d’atteindre soixante-dix ans, son aspect manquait d’attrait pour de jeunes personnes. La politesse exigeant de prendre en considération la requête honorable d’un ami, le père convoqua ses filles et leur exposa le cas.

L’aînée se jeta à ses pieds en pleurant, le suppliant de ne pas la donner à un homme tellement âgé. La seconde réagit de même. La troisième répondit :

- Je ne comprends pas pourquoi vous nous demandez notre avis. Parlez, et nous obéirons.

Soulagé par ce consentement tacite et satisfait de ne pas décevoir son ami, le père décida de conclure le marché et, quelques jours plus tard, après avoir échangé les compliments et les cadeaux usuels, le vieillard repartait avec sa jeune épouse âgée de dix-huit ans et l’installait dans sa maison. Un an après, en 551 av. J.-C., naissait Confucius.

Trois années s’écoulèrent ; puis le vieillard mourut, laissant sa fortune et ses biens à son fils légitime, sa mère étant instituée sa tutrice. Elle avait vingt-deux ans. Pendant une quinzaine d’années, elle éleva son enfant avec amour et fermeté.

Dès l’adolescence, Confucius témoignait d’une intelligence si remarquable qu’on ne parvint plus à trouver de maîtres pour l’instruire. Sa mère et lui ne se quittaient pour ainsi dire jamais.

Lorsque le jeune homme eut atteint sa vingt-deuxième année, elle décida de le marier et lui choisit une épouse dont il eut bientôt deux enfants. Tout semblait aller pour le mieux quand, brusquement, la mère de Confucius mourut.

Il en conçut un si violent chagrin qu’il s’enferma chez lui, ne voulant plus voir ni sa femme ni ses enfants ni personne. Il avait revêtu la robe chinoise des veufs inconsolables et ne retrouva un nouvel équilibre qu’au bout de deux ans de la plus sévère réclusion.

Après cette période, il se mit à enseigner la philosophie et à mener une vie d’anachorète, gardant une chasteté absolue et ne subsistant qu’avec le minimum de nourriture, sans laisser toutefois cet ascétisme affecter son apparence extérieure de grand bourgeois considéré.

Avant dépassé la trentaine, Confucius qui avait des idées précises et un don d’exposition remarquable, fut bientôt consulté par une jeunesse avide de comprendre les causes de l’anarchie dans laquelle baignait leur monde.

Non seulement il proposait une règle de vie pratique permettant de rester serein dans les malheurs mais, à l’encontre de maîtres comme Lao-tseu dont les remèdes prévoyaient une justice dans l’univers métaphysique de l’au-delà, il n’offrait que des solutions immédiates, applicables dès cette vie.

Confucius avait horreur de toute spéculation, de l’imagination et du merveilleux. Pour lui, ce que Dieu (si Dieu existait) avait voulu nous cacher, il ne convenait pas de chercher à le découvrir. Nous avions devant nous un champ d’activité assez vaste pour ne pas nous préoccuper de ce qui nous demeurait étranger. Un jour, comme on parlait devant lui du monde métaphysique de Lao-tseu, il dit à ses disciples :

Je sais comment les poissons nagent et comment les oiseaux volent. Je ne sais pas comment le dragon ailé qui s’élève dans les airs se cache derrière les nuages. Lao-tseu me fait penser au dragon.

 

La base de la philosophie de Confucius était l’étude du comportement des hommes entre eux. Il fut avant tout un économiste et un sociologue et, comme Platon, voulut être un homme de gouvernement. Les circonstances et les passions de ses contemporains ne lui permirent pas de vérifier ses idées et ses observations par l’expérience des faits.

Confucius recommandait une étude impartiale du caractère et de la situation avant de jeter un blâme sur l’environnement et sur les circonstances.

Le sage, dit-il, attend tout de lui-même, l’homme vulgaire attend tout des autres.

Et il ajoutait

- Ne pas se corriger après une faute involontaire, c’est commettre une faute véritable.

Il s’agissait donc pour l’individu d’étudier sa propre nature et sa propre vie pour les modeler dans le sens de l’amélioration. Cette amélioration devait être sociale. Avant de commencer une réunion d’études, Confucius débutait toujours par ces mots

Ne faites jamais aux autres ce que vous n’aimez pas pour vous.

Certains disciples lui demandèrent de résumer sa doctrine par un mot qu’ils pourraient conserver comme un talisman, il leur donna celui-ci : réciprocité. L’idéal humain devait être de rendre des services à ceux dont on dépendait par le jeu des contacts sociaux.

Aristocrate, bienveillant sans doute et prêt à reconnaître le talent d’où qu’il vienne, Confucius classait cependant les hommes en catégories dont les limites ne se franchissaient pas facilement. L’homme supérieur était le sage qui se contrôlait en tout, et qui appliquait les règles du bien-vivre.

Par leurs qualités innées, les hommes étaient relativement égaux. C’était par leurs qualités acquises qu’ils se distinguaient les uns des autres. En ce point, la doctrine du sage chinois était consolante car, dès cette vie, selon lui, il n’y avait pas de désastre dont on ne pût se relever ni de défauts dont on ne pût se guérir.

 » Il n’y a que les grands savants et les pires idiots qui ne changent jamais « , disait-il.

La poursuite de la sagesse ne devait pas avoir un but matériel mais se concentrer sur l’acquit d’une mentalité supérieure et altruiste. L’homme supérieur ne devait pas avoir honte d’être mal vêtu ou mal nourri. Il devait gagner de l’argent pour vivre, mais ne pas vivre pour gagner de l’argent.

L’amour de Confucius pour l’humanité s’exprimait par la politesse et la considération d’autrui. L’homme supérieur devait aimer ses proches et ceux qui lui inspiraient de la sympathie, mais être poli avec tout le monde. Cette conception a profondément influencé le monde chinois.

La forme pratique du génie de Confucius ne lui faisait pas perdre de vue la grandeur des buts spirituels. Si son horizon ne s’étendait pas au-delà de la durée de la vie, les aspirations auxquelles il conviait ses disciples étaient tellement élevées qu’une existence ultérieure paraissait en être la contrepartie gratuite et non exprimée. Quelle meilleure formule peut-on donner de la vie intérieure que cette définition :

 » L’homme supérieur est satisfait et tranquille, l’homme vulgaire est toujours angoissé. « 

Nous retrouvons d’ailleurs dans cette phrase la tournure de l’esprit socratique. Le sage doit renoncer à comprendre ce qui n’est pas fait pour lui et s’en remettre à l’ordre universel de la conduite de l’univers.

Son univers à lui c’est le champ clos de sa personnalité, le contrôle de ses passions et la bonne gestion de son existence. Cette tâche remplie, il fait confiance à Dieu et trouve ainsi la paix.

Le vulgaire ne remplit pas sa tâche créatrice ; il ne comprend pas que l’ordre universel est mécontent de cette dissonance, éprouve dans son subconscient une angoisse qui lui fait commettre des erreurs et l’amène à sombrer dans l’agitation. L’angoisse est synonyme de mauvaise économie de l’âme et doit détecter une inharmonie intérieure.

Confucius dit encore :  » L’homme supérieur ne doit pas être pour ou contre quelque chose, il doit être harmonieux. « 

Cette phrase résume l’unité de pensée du philosophe chinois. Aucun but, aucune réussite ne doivent être considérés pour eux-mêmes, mais seulement comme une forme passagère de l’action nécessaire pour obtenir un épanouissement spirituel.

Sans cette contrepartie, l’action est dangereuse et se transforme vite en agitation stérile. Le principe de la sagesse est de renoncer à toute forme extérieure du succès pour ne s’attacher qu’à la réussite propre et à l’harmonie intérieure.

 » L’homme supérieur, dit encore Confucius, pense à la vertu, l’homme petit pense au confort. « 

Nous devons donc renoncer aux plaisirs matérialistes pour nous dévouer à une éthique, grâce à laquelle la vie sociale devient facile et l’Etat fort. C’est, en effet, à la bonne marche de la vie de la communauté que tendent les efforts de Confucius. C’est lorsque les rouages d’une administration juste fonctionnent bien que l’individu se trouve le plus heureux.

Loin de se réfugier dans l’accomplissement d’une vertu parfaite dans la solitude d’un désert, Confucius ne la voit que dans une harmonieuse relation avec ses voisins et ses frères.

Il résultait de cette définition que la plus grande ambition du philosophe, la consécration de sa valeur devait être l’exercice du pouvoir et la transposition en faits réels de ce qu’il avait appris dans l’auditoire des sages.

 

Confucius voulut exercer un pouvoir politique et le voulut passionnément.

La principauté de Lou dont il dépendait- était régie par un prince faible, mais dont l’esprit était ouvert à toutes les curiosités. Il ne fut pas sans savoir qu’un de ses sujets exerçait en Chine une influence grandissante et que des disciples voyageant des journées entières se présentaient de plus en plus nombreux pour bénéficier de son enseignement. Il voulut le connaître.

Le philosophe, qui venait d’avoir cinquante et un ans, était dans le plein exercice de son talent et fit sur le prince une profonde impression. Au cours de leur conversation il lui offrit une place de juge que Confucius accepta.

Très vite, son manque d’expérience en matière politique et administrative, son intransigeance et son honnêteté valurent au nouveau magistrat des inimitiés violentes auprès de fonctionnaires qui ne vivaient que de rapines et de corruptions. Le prince le soutint et, pour imposer les idées de son nouvel ami, le nomma ministre du Travail, puis garde des sceaux. En cette capacité, il exerçait presque le pouvoir, car il voyait son maître chaque matin et prenait sur son esprit un ascendant grandissant.

La rude main du philosophe écarta du gouvernement les hommes qui remplaçaient le travail par l’intrigue.

Au lieu de se soumettre et d’accepter la décision du prince à leur endroit, ces derniers se groupèrent pour chasser Confucius, effrayés qu’ils étaient de l’influence exercée sur l’esprit d’un souverain devenu le disciple de son ministre et qui, au lieu de se livrer aux plaisirs de la chasse et des banquets, plongeait maintenant la tête dans les livres en cherchant à définir la vertu.

La crainte de ces hommes mauvais était partagée par le roi de Ts’i. Ce monarque, constatant les améliorations qui se produisaient chez son voisin en conçut du dépit. Maintes et maintes fois, il avait été le compagnon de plaisir du prince de Lou et connaissait ses points faibles.

Le roi de Ts’i rassembla soigneusement une troupe de quatre-vingts musiciennes et danseuses, plus jolies et délicates les unes que les autres, et les entraîna à danser et à chanter sous les ordres d’une maîtresse experte. Il fit venir de longs métrages de soie coûteuse et employa des ouvrières renommées pour parer les danseuses.

Enfin, il réunit sa troupe pour lui donner ses dernières instructions et, profitant d’une absence de Confucius en tournée d’inspection dans la principauté, l’envoya au palais de son ami avec un mot d’introduction.

Le prince de Lou reçut les chanteuses et demeura enfermé avec elles, refusant audience à quiconque. Confucius, rentré le soir même, et mis au courant des événements, ne put se faire recevoir. Il attendit à la porte de son maître, renouvelant d’heure en heure sa demande d’audience.

Le matin du quatrième jour, il rédigea sa démission et quitta la principauté.

Pendant treize années, le philosophe parcourut les routes, suivi de disciples auxquels il faisait part de ses réflexions sur l’organisation des Etats. Il annonçait qu’il était à la recherche d’un prince lui permettant de mettre ses idées en pratique.

Malheureusement, l’histoire de la principauté de Lou avait fait le tour des cours chinoises. Partout, Confucius était reçu avec considération, mais personne ne lui offrait un nouveau poste administratif. Les chefs d’Etat étaient mal impressionnés par la manière dont le philosophe avait voulu entraîner son prince dans la pratique d’une austérité trop dévouée à ses administrés.

Confucius comprit que personne ne lui laisserait désormais exercer ses talents et se résigna à n’être plus qu’un penseur. Revenu dans sa maison et guéri de ses illusions, il se consacra à l’étude et à la rédaction de son œuvre littéraire.

Il groupa les classiques chinois de l’époque Tchéou et même des maîtres antérieurs, sortes de trouvères dont il ne subsistait aucune tradition écrite puis, entouré de scribes et de disciples, donna à la Chine un code moral et une somme littéraire sur lesquels elle subsiste encore aujourd’hui.

L’œuvre de Confucius comprenait ainsi une synthèse de toutes les connaissances de l’époque et donnait sur l’avenir des vues si justes que la lecture en est encore profitable.

Peu d’hommes ont aussi bien compris l’âme humaine, ses limites et ses espoirs. Peu d’hommes ont décrit avec autant de justesse l’effort que l’on peut raisonnablement demander à l’individu.

Fut-il toujours suivi ? Ses dernières paroles furent

Pourquoi vivrai-je davantage ? Aucun prince n’a l’esprit à m’écouter, personne n’est capable de me comprendre ; autant vaut mourir. Il s’alita, ne parla plus et s’éteignit à l’âge de soixante-treize ans. Il fut enterré au nord de Kiou-fou. Sa tombe existe toujours.

p480_d20110418150108

Signification des 33 degrès de la Franc-Maçonnerie (R.E.A.A. : Rite Écossais Ancien et Accepté) 17 mai, 2020

Posté par hiram3330 dans : Coquecigrues & Billevesees , ajouter un commentaire

Voici une Signification des 33 degrès de la Franc-Maçonnerie (R.E.A.A. : Rite Écossais Ancien et Accepté)  dit « Hauts Grades » toute particulière, exprimée par Samuel Paul Rosen dans «  Satan et Cie. Association universelle pour la destruction de l’ordre social. Révélations complètes et définitives de tous les secrets de la franc-maçonnerie « .

Samuel Paul Rosen (1840 à Varsovie en Pologne – 1907) est un ancien rabbin, imposteur et activiste des milieux antimaçonniques1 qui joua un rôle d’inspirateur autour de Léo Taxil.

Cette signification « anti-maçonnique » a été maintes et maintes fois reprise par les sites et blogs anti- »tout ».

 

33°REAA

 

1er degré : Exploitation vicieuse de la Curiosité.

2e degré : Exploitation vicieuse de l’Ambition.

3e degré : Exploitation vicieuse de l’Orgueil.

4e degré : Glorification de l’Athéisme & de l’Anarchie.

5e degré : Mort à toute Religion (L’Athéisme obligatoire).

6e degré : Glorification de la Vengeance.

7e degré : Glorification du Mal.

8e degré : Guerre au Bien.

9e degré : Guerre à la Chasteté.

10e degré : Guerre à la Loyauté.

11e degré : Guerre au Droit Social.

12e degré : Guerre à la Propriété Sociale.

13e degré : Tout à la Corruption.

14e degré : Exploitation corruptrice des Théories déistes.

15e degré : Exploitation corruptrice des Pratiques déistes.

16e degré : Exploitation corruptrice du Rationalisme.

17e degré : Exploitation corruptrice du Patriotisme.

18e degré : Exploitation corruptrice du Collectivisme.

19e degré : Glorification de la Perversion.

20e degré : Perversion des Masses Populaires.

21e degré : Perversion par les Passions & les Appétits.

22e degré : Perversion des classes dirigeantes.

23e degré : Perversion des Institutions.

24e degré : Perversion de la Liberté.

25e degré : Perversion de L’Égalité.

26e degré : Perversion de la Fraternité.

27e degré : Perversion de L’Intellectualité.

28e degré : Glorification du Naturalisme.

29e degré : La négation du Créateur.

30e degré : Glorification de l’Hypocrisie.

31e degré : Parodie avilissante de la Justice.

32e degré : Parodie avilissante de la Légalité.

33e degré : Glorification de Satan.


 

Source, le site à parcourir : http://www.gadlu.info/signification-des-33-degres-de-la-franc-maconnerie.html

 

92341518_10223063811768375_8205804373587001344_o

Martinez de Pasqually, par Constant Chevillon 20 décembre, 2017

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Martines_Pasqually01-300x240

L’homme dont je veux aujourd’hui vous retracer l’existence visible, la doctrine et les réalisations, a traversé le monde comme un météore. Un voile opaque recouvre ses origines et l’absorbe à l’heure de sa mort. On ignore à peu près tout de ses antécédents et sa postérité semble s’être engloutie avec lui dans un tombeau inconnu.

Cet homme, c’est Dom Martinez de Pasqually, plus connu dans les milieux occultistes sous le nom de Martinez Pasqually. Est-ce là son véritable patronyme ? On l’ignorera probablement toujours, car Martinez, pour dépister les curieux s’est décerné lui-même mille identités diverses. Il s’est fait appeler aussi Jacques Delivron, Joachim de la Tour, de la Case, de las Cases ou de las Casas… Son nom est aussi protéïforme que son esprit, mais historiquement, il est et restera Martinez de Pasqually.

Jamais peut-être au cours des âges, une floraison d’illuminisme comparable à celle du XVIIIème siècle n’avait été enregistré. On vit tour à tour, ou simultanément : St Germain, Cagliostro, Dom Pernetty, Falck, Swedenborg, Weishaupt, l’Elias d’Artista de Hambourg, le groupe des Philalèthes, et cent autres… Des princes et des rois comme Frédérick de Prusse et Stanislas-Auguste de Pologne versèrent dans la science sacrée. Mais parmi ses figures titanesques de l’Occulte, aucune n’eut le relief et l’éclat de MZ de PY.

Quel était donc cet homme étrange et mystérieux ? Mille légendes ont couru et courent encore sur son compte. Sa race a été fortement discutée. On a prétendu qu’il était juif ou d’extraction sémitique orientale, portugais, espagnol, italien, allemand et enfin français. Était-il juif ?

Les tenants de l’opinion ont exploité comme preuve à l’appui le fait que son prénom était Joachim et que son habitat prolongé à Bordeaux se situait dans la rue judaïque, qui était une sorte de ghetto. C’est un raisonnement simpliste et sans consistance, d’autant plus que Martinez protesta toujours de sa catholicité, qu’il se maria à l’Église catholique, qu’il fit baptiser ses enfants et qu’il montra en diverses occasions ses billets de confession.

Était-il de famille juive convertie ?

C’est possible, mais rien ne le prouve et l’énoncer est une assertion gratuite.

Était-il français ?

C’est aussi improbable, car sa façon maladroite de manier notre langue – ce qui lui est véhémentement reproché par les voix de la critique – prouve le contraire. Il était très probablement espagnol. Ceci résulte de la patente maçonnique délivrée à son père par la grande Loge de Stuart en 1738, dont une copie fut déposée à la Grande Loge de France en 1763 par MZ de PY lui-même. D’après cette patente, le père de MZ portait le titre d’Écuyer et était né à Alicante en 1671… Et ceci serait corroboré par les connaissances kabbalistiques approfondies de notre illuminé, car l’Espagne reste la patrie incontestable de la Kabbale moderne.

L’année de sa naissance est assez controversée, mais il est probable qu’elle se situe dans l’année 1710. Il naquit à Grenoble, ou tout au moins dans la région dauphinoise… D’où la tendance de certains historiens à le proclamer français.

Sa vie en quelque sorte publique est postérieure à 1750. Nous n’avons aucun renseignement sur la formation et les occupations de MZ de PY avant cette date. Ses disciples, même les plus aimés, comme l’Abbé Fournié, de Grainville, Saint Martin, Willermoz, ont tout ignoré de cette période. Aussi la légende eut et a beau jeu… On a fait voyager Martinez de par toute la terre.

Il serait retourné en Espagne (c’est probable, mais pas prouvé), il aurait visité l’Italie, l’Allemagne et les pays scandinaves, l’Angleterre, le proche, le moyen et l’Extrême-Orient… On a prétendu, et Papus s’en est fait personnellement l’écho, qu’il aurait été initié à Londres par Swedenborg. Or de tout ceci, rien n’est certain et aucun document historique ne peut-être fourni à l’appui de la moindre assertion. L’initiation swedenborgienne en particulier a été inventée de toutes pièces. Des recherches multiples ont été effectuées et aucune trace de la venue de MZ de PY à Londres n’a été découverte. Du reste, les similitudes de doctrines constatées entre le martinézisme et l’Église du prophète du Nord, s’expliquent facilement… Elles sont basées toutes deux sur la commune tradition retrouvée et rénovée à cette époque. Les occultistes savent à quoi s’en tenir et pas est besoin de faire appel ici à un contact entre les deux illuminés. L’esprit critique de Papus a été singulièrement en défaut, dans ce cas comme dans plusieurs autres. Bref, de tous les voyages, plus ou moins imaginaires que l’on prête à Martinez, un seul ne peut être sujet à caution, c’est celui qu’il fit en Chine… Car il dit en propres termes dans son traité de la réintégration qu’il a vu par lui-même les craintes des Chinois au sujet de certains êtres hideux, vraisemblablement des dragons.

À partir de 1754, Martinez avait alors 40 ans, son passage est relaté dans plusieurs villes du sud-est de la France. Il était alors en possession de ses théories principales, sinon « in extenso » et nettement formulées par écrit, du moins en puissance dans son esprit… Il commençait son apostolat, sa mission initiatique. On le voit tour à tour à Marseille, Avignon, Montpellier, Narbonne, Foix et Toulouse. On sait quand il arrive, on ne sait pas d’où il vient… On le voit partir, on ne sait pas où il va… C’est le mystère qui continue. En chaque ville où il s’arrête, Martinez fréquente les Loges maçonniques et là, il prêche sa doctrine, recueille des adhérents pour son Ordre des Élus Cohens. Nous verrons tout à l’heure la teneur des doctrines et le fonctionnement du Rite des Élus Cohens… C’est à dire des prêtres élus. En 1762, il est à Bordeaux… C’est là qu’il va s’établir et que pendant 10 ans, il rayonnera son influence, soit directement par lui-même, soit indirectement par ses disciples sur une grande partie de l’Occident Européen. Dès son arrivée, il s’affilie à la Loge « La Française », la seule alors en activité dans la ville. Il va la rénover, lui insuffler son esprit et lui donner de nouvelles constitutions sous le nom de la « Française Elue et Ecossaise ». Il la fera agréer par la Grande Loge de France en 1765 et établira en France, au moins, une dizaine de Temples Cohens sans compter les groupes incomplets. Ses disciples sont nombreux et de qualité, car il s’adresse à la seule élite. Citons parmi eux de Grainville, de Lusignan, Saint Martin, Bacon de la Chevalerie, Willermoz, de Ségur, l’abbé Fournié, l’abbé Rosier, Cazotte, du Chanteau, d’Holbach, du Ray d’Hauterive, le prince de Hesse-Cassel, Lavalette de Lange, le baron de Gleichen, etc., etc.

En 1767, Martinez donne à son Ordre une forme administrative en créant le suprême tribunal de Paris avec Bacon comme substitut, de Loos, du Guers, de Lusignan et Faugier. Cette même année, il se marie avec la nièce d’un ancien major du régiment de Foix, Melle de Colas de Saint Michel qui lui donna deux fils, l’un en 1768, l’autre en 1771. Mais ces deux enfants disparurent probablement pendant la période révolutionnaire, sans laisser de traces. L’année 1768 fut particulièrement brillante pour l’Ordre des Élus Cohens. À cette date, en effet, L.C. de Saint Martin entre dans l’intimité de MZ et J.B. Willermoz est ordonné Réaux-Croix par Bacon de la Chevalerie. L’influence de ces deux hommes fut énorme, car par eux, l’enseignement du Maître a été transmis à la postérité. Les années suivantes furent moins fécondes et surtout plus agitées. En 1769, du Guers, un des disciples favoris de Martinez, se révolte contre lui et le couvre d’opprobres…, il faut même aller devant la Justice pour mettre fin aux calomnies et aux accusations tendancieuses. L’expulsion de du Guers ne ramena pas pour autant la paix…, les adeptes, et surtout les R+ se plaignent amèrement d’être laissés sans directives et de tout ignorer des doctrines suprêmes dont la révélation leur a été promise. Ils réclament souvent avec véhémence, Bacon de la Chevalerie en tête, qui reprend à son compte les attaques de du Guers. La raison de cette levée de boucliers est simple et quelque peu plausible. Martinez, malgré son génie initiatique, travaille par tempérament dans l’incohérence et il exprime difficilement ce qu’il conçoit à la perfection. Il a donc négligé de rédiger ses enseignements essentiels… Il ne laisse apercevoir à ses disciples anxieux que des lueurs dans la nuit. La lutte est longue et parfois douloureuse, mais MZ finit par s’imposer. Il réagit contre son indolence naturelle… Les instructions se suivent plus régulièrement, et Willermoz en particulier se voit gratifié d’une volumineuse correspondance cérémonielle. Puis en 1771, St Martin quitte définitivement la carrière militaire, il devient le secrétaire de Martinez. Sous l’impulsion de cet esprit ordonné, de cette intelligence lucide, le maître travaille pour ainsi dire, jour et nuit. Les rituels des divers grades sont écrits, les catéchismes paraissent, et le livre de la réintégration des êtres, cet exposé parfois magistral et souvent nuageux de la doctrine martinéziste, est mis en chantier. Sa rédaction, hélas, est interrompue par le départ de MZ, et il ne l’a jamais achevé. En 1772, en effet, MZ s’embarque pour St Domingue. Il devait y recueillir un héritage. Il avait dans cette île des parents plus ou moins proches, mais leur identité est restée inconnue et personne n’a jamais tenté de sonder le mystère de cette parenté qui eut pu sans doute jeter quelque lumière sur les origines du Maître. A St Domingue, MZ continue son prosélytisme. Il créa à Port-au-Prince, 1773, un tribunal souverain analogue à celui de Paris avec Coignet de Lestève comme substitut général. Plusieurs Temples furent créés, notamment à Léogane. Mais, épuisé par son effort, et peut-être aussi par le climat, il fut pris par les fièvres et mourut le 20 septembre 1774 en désignant pour ses successeurs à la tête de l’Ordre des Élus Cohens, Coignet de Lestève. Mourut-il à Port-au-Prince, à Léogane ou ailleurs… Nul ne le sait, et en tout cas le lieu de sa sépulture n’a jamais été identifié.

Telle fut la vie de MZ de PY dans ce qu’elle a d’historique. Il a donc bien traversé le ciel de l’illuminisme comme un météore, son lieu d’origine évident, sans terme d’aboutissement. Mais il reste de lui sa doctrine et son Ordre des Élus Cohens. Tous les historiens sont allés prônant que les Élus Cohens n’existaient plus…, avaient disparu avec Willermoz… Ils se sont trompés et se trompent… L’Ordre de Martinez a existé sans interruption jusqu’à nos jours, et il est encore bien vivant à l’heure actuelle. Seulement, nos modernes R+ sont des silencieux… Ils se connaissent entre eux, et personne ne les connaît, les historiens profanes de l’ésotérisme moins que tout autre. Certes, leurs doctrines et leurs pratiques ne s’identifient pas de façon absolue avec celles du XVIIIème siècle, car ils ont assimilé 150 ans de sciences positives, mais les enseignements donnés par MZ restent les colonnes de leur Temple et le but de jadis est toujours leur étoile flamboyante.

Quelle fut donc la doctrine de MZ de PY et où la trouverons-nous ?

Elle est contenue dans trois séries de documents qui sont : Les rituels de l’Ordre des Cohens… Les lettres fort longues et explicites écrites à Willermoz… Son traité De la réintégration des êtres.

Je ne vous parlerai pas des premiers ni des seconds. Ces documents préparent en effet les adeptes à l’intelligence et à la réalisation des opérations théurgiques… et il ne m’appartient pas, en ce lieu, et en ce moment, de vous guider dans cette voie. Mais la doctrine du Maître, celle exposée tout au long de son traité De la réintégration des êtres, est d’ordre universel et n’est pas l’apanage de tel ou tel individu… elle appartient à l’humanité toute entière. Le traité, du reste, a été publié de façon intégrale dans un texte qui semble s’écarter quelque peu de sa version originale, mais qui, néanmoins, la laisse transparaître dans toute son ampleur. Nous allons d’abord, si vous le voulez bien, en établir le schéma… puis nous en examinerons le développement et je vous en donnerai un court extrait pour vous familiariser avec la manière du Maître qui n’est pas ordinaire et demande au débutant une attention plus que soutenue.

***********

Le traité De la Réintégration, en effet, est écrit en un style apocalyptique, sans syntaxe et sans construction… preuve évidente que MZ de PY, né en un siècle où la langue littéraire était tout particulièrement chatiée et impeccable, n’était pas d’extraction française. De plus, on n’y trouve, ni plan d’ensemble, ni division, ni suite logique des idées. L’exposé des doctrines est toujours incomplet et laisse entrevoir des sous-entendus gros de conséquences. Souvent pour ne pas dire toujours, la solution d’un problème est séparée des prémisses par des pages et des pages à première vue sans portée. L’étude de cet ouvrage est âpre pour tous, elle est hors des possibilités d’un lecteur superficiel, mais, par instant, des éclairs fulgurants, des traits de Lumière insondable terrassent l’intelligence et montrent le génie du rédacteur. C’est le type même du livre hermétique.

Que contient donc ce traité à la fois merveilleux et caché ? La prévarication et la chute de l’esprit.

La prévarication et la chute de l’homme dans la matière. L’histoire du monde consécutive à ces chutes successives.

L’explication transcendante du Mal et la puissance corrélative des forces mauvaises…, puis, pour couronner cette dramatique genèse de l’Univers visible et invisible, il expose la possibilité et la nécessité de la réintégration hominale, c’est-à-dire le retour de la race humaine dans un état primitif de sainteté, de Gloire et de puissance anté-catabolique. Ici, précisément, interviennent les documents dont je vous parlais tout à l’heure et qui, tout en développant sous des voiles adéquats les mêmes théories, donnent les raisons et les moyens de ce retour à notre premier état d’émanation.

Ce simple exposé indique avec évidence la source des inspirations de Martinez. Il a puisé dans la tradition universelle transmise aux constructeurs de cosmogonies…, à Moïse, comme aux autres. Mais il dépasse singulièrement tous les systèmes développés avant lui-même, même le Pentateuque. Il prend l’oeuvre divine à son origine elle-même, au moment des émanations spirituelles…, il entrevoit la chute des Esprits, c’est à dire la catabole luciférienne.

Puis, il décrit et commente la catabole édénale, non seulement dans ses conséquences purement matérielles, mais dans son essence spirituelle en abordant le problème du Mal…, et non content de ces constatations, qu’on peut qualifier de pseudo-historiques sans en affaiblir la réalité, il aperçoit le cycle de réversibilité qui permettra à l’homme de transposer sa chute verticale en courbe parabolique pour réintégrer la sphère des émanations divines.

Examinons maintenant les détails de l’enseignement du Maître. Au début de la cosmogonie, nous assistons à la première émanation des essences spirituelles. Ces essences, et ici, je commente moi-même, car Martinez n’en dit pas tant…, ces essences sont la projection des Idées de Dieu… leur extériorisation est menée à l’existence par sa Volonté toute puissante. Elles sont donc, non pas identiques, mais analogues à Dieu. Leur potentialité est divine et par conséquent, les actes qu’elles sont appelées à réaliser seront des actes divins. Mais ces actes n’auront de valeur effective qu’avec le concours de Dieu…. la puissance émanée étant en vertu de la force centripète, entièrement au centre d’émanation. Elles agiront donc selon la norme prévue et Dieu animera leurs actes de son souffle personnel…, il y aura collaboration intime et voulue. Ainsi pourraient être émanés d’autres êtres spirituels…, les essences premières engendreront une postérité soumise au Principe Emanateur…, et l’orgueil s’empara de certains éléments émanés. Pesant toute la puissance qu’ils avaient reçue, ils conçurent le projet d’émaner par eux-mêmes sans la collaboration divine, pour devenir, comme Dieu, des centres radiants de Gloire et de Vie Spirituelle. Ils entrèrent en action, mais Dieu tua dans l’oeuf leur réalisation en s’abstenant d’y participer. Les essences rebelles avaient émané des êtres de raison sans vie et sans puissance qui les alourdirent et les précipitèrent du monde divin, du monde des rapports et des nombres vivants dans le monde des rapports et des nombres morts…, et ce monde devint leur géhenne et leur prison.

Alors Dieu divisa les essences fidèles selon leur degré de puissance, en deux clans…, les esprits supérieurs qui reçurent en partage la sphère sur-céleste, et les esprits majeurs qui habitèrent la sphère céleste, tous deux en rapport direct et harmonieux avec la sphère divine. Puis, pour mettre un sceau, un verrou infrangible, entre le ciel et la sphère terrestre, prison des esprits déchus, il créa un esprit mineur, l’Adam Spirituel chargé de surveiller et de contrôler les exilés. Or, l’Adam Spirituel, en un plan surbaissé, avait néanmoins toutes les qualités du supérieur et du majeur…, il voyait Dieu face à face et lui parlait familièrement…, il pouvait oeuvrer en accord avec Lui et procréer à son tour une postérité spirituelle sans borne et sans fin, animée comme lui-même du Souffle Divin.

Malheureusement, le Mineur se laissa tromper par ceux qu’il était chargé de contrôler et de maintenir en dehors de la sphère céleste. La catabole luciférienne se renouvela. Adam voulut lui aussi créer, non pas des essences spirituelles en accord avec Dieu, mais des êtres semblables à lui et qui lui seraient soumis et lui obéiraient comme il obéissait lui-même à son Créateur. Et comme les essences premières, il émana des corps sans âme et sans Gloire, des formes matérielles qui le happèrent de leurs tentacules et l’entraînèrent dans la sphère terrestre. La matière était créée et consolidée autour de la race humaine. Mais si l’esprit mineur était devenu, par sa rébellion consciente et délibérée, un homme englué dans la matière, et par là privé des prérogatives célestes, le courroux de Dieu ne s’appesantit pas irrémédiablement sur lui. Il s’était laissé séduire et c’était là, pour employer notre moderne langage, une circonstance atténuante. Il obtint donc son pardon conditionnel et il eut désormais pour mission de vaincre les puissances matérielles et de se réintégrer dans sa situation première. Il devait donc procréer une race, selon sa norme nouvelle, qui fut susceptible, avec le concours de Dieu, de supprimer la déchéance attachée à la forme humaine. Malheureusement, Adam et Eve, entraînés par la nouveauté des sensations matérielles, s’abandonnèrent à leur emprise, et la race de Caïn en résulta…, ils retardèrent ainsi leur évolution. Les excès des Caïnistes amenèrent chez eux une salutaire réaction et ils sollicitèrent la collaboration divine qui fut entièrement efficace dans la procréation d’Abel. Celui-ci fut revêtu par Dieu de toutes les vertus spirituelles nécessaires à la complète réintégration. Hélas, la spiritualité d’Abel était trop haute pour ne point porter ombrage à Caïn, l’homme passionnel, et comme sa forme matérielle le rendait vulnérable, son frère l’assassina. Tout était à recommencer.

Adam et Eve procréèrent donc Seth et sa lignée, mais sur un plan mitoyen qui maria la spiritualité à la matière…, or les descendants de Seth, entraînés par cette dernière, s’unirent aux enfants nés de Caïn, et notre actuelle humanité fut le résultat de cette malheureuse union. La déchéance, au lieu de se résorber, s’accentua…, les hommes enorgueillis par leur puissance sur les forces tangibles du Cosmos, devinrent peu à peu ce qu’ils sont aujourd’hui. Ils se ruèrent vers les réalisations phénoménales, s’attachèrent aux jouissances corporelles, s’élançant parfois à l’assaut d’une spiritualité en désaccord avec les principes immuables fixés par le Créateur, pour retomber lourdement dans les griffes de la sensualité.

Or, Martinez, au lieu de se laisser emporter par une vague de pessimisme, nous ouvre ici une fuite vers un chemin. Rares parmi les hommes, quelques unités pourtant, ont conservé les connaissances du mineur ancestral et travaillent inlassablement à nous restituer notre liberté spirituelle. Ainsi, un lien est resté entre la sphère terrestre et les sphères célestes et sur-célestes. Il y a toujours un moyen de reconquérir les privilèges divins de notre race. Les explications du Maître à ce sujet sont parfois fort claires, d’autres fois, elles sont à peine claires et indiquées et deviennent nébuleuses… mais à travers le voile de ses phrases, le plus souvent boiteuses, on aperçoit assez nettement – celui du moins qui possède la volonté de savoir à tout prix – le moyen d’arriver au but… et ce but, Martinez en parle comme de l’« Éther vital », « axe central », « Feu incréé » et des moyens de l’utiliser pour des opérations théurgiques. L’Axe Central, c’est l’Agent de la Réintégration…, cet agent conduit à la « Chose ». La Chose, c’est le signe certain que la réintégration est acquise… c’est le prodrome de l’Illumination et de la béatitude. Comment par l’Agent arriver à la Chose ?… c’est là le secret des opérations théurgiques de Martinez, secret qui appartient à son ordre, dans son ordre, aux seuls R+. Ce secret a été jusqu’à maintenant bien gardé. Certains auteurs ont voulu le percer à l’aide de documents tombés dans leurs mains et ils se sont moqués plus ou moins spirituellement des efforts de Martinez et des R+… eh, bien…, ils se sont trompés et en sont pour leur frais d’esprit. Ils n’ont pas compris parce qu’ils ont voulu pénétrer par violence dans un sentier qui demande une longue marche d’approche… ils ont voulu voir une Lumière subtile sans préparer leurs yeux à la discerner…, ils ont voulu parvenir à la coupole du Temple sans emprunter l’escalier qui permet d’en faire l’ascension. C’est là du reste, l’héritage de tous les exégètes qui veulent sonder un texte à la seule lumière de la logique et de la raison sans se préoccuper de l’ambiance… sans se mettre en état de réceptivité vis-à-vis de la pensée éventuellement enfouie sous le voile des termes et des concepts.

Pour comprendre la doctrine de MZ de PY, et le bien-fondé de ses opérations théurgiques, il faut autre chose qu’une analyse, même approfondie de ses oeuvres…, il faut se soumettre à la discipline physique, intellectuelle et morale…, il faut placer en fondation de l’ascèse ultérieure : l’humilité…, l’abnégation…, et la charité. Hors de cela tout est vain et tout effort est parfaitement stérile.

Je vais maintenant vous donner lecture d’un court passage du traité De la réintégration. Ce texte est particulièrement caractéristique de la doctrine du Maître Illuminé et de sa manière de s’exprimer. Il va illustrer tout ce que je viens de vous dire en y jetant un curieux rayon de lumière vive. Il s’agit de la prévarication d’Adam et de ses suites jusqu’à sa postérité actuelle ( Page 59 à 68 ):

« Adam et Eve, ayant éprouvé la peine cruelle dont nous venons de parler, et ne connaissant rien de positif que cet événement annonçait, soit pour eux, soit pour la postérité première et celle à venir, se prosternèrent dans la plus grande douleur et la plus grande Foi devant le Seigneur, pour lui demander grâce et miséricorde du crime que Caïn avait commis sur leur fils, Abel, n’ayant en lui ni le pouvoir, ni la force de venger de leur propre autorité le sang du juste par l’effusion de celui du coupable, et sachant bien que la vengeance n’appartient qu’au Créateur.

L’Éternel exauça les prières et lamentations d’Adam et d’Eve sur la mort de leur fils, Abel. Il leur envoya un interprète spirituel qui leur apparut et leur expliqua le type du crime commis par Caïn, en leur disant :

“…, Vous avez bien raison de regarder le meurtre d’Abel comme une perte considérable et comme une marque de la colère de Dieu qui doit rejaillir sur vos descendants jusqu’à la fin des siècles. Vous devez encore la considérer comme un reste du fléau de la justice divine pour l’entière rémission de votre premier crime, et pour votre parfaite réconciliation ; mais le Créateur, qui a connu votre retour parfait et votre résignation, m’envoie auprès de vous pour calmer vos peines et vos larmes sur le malheureux évènement que vous regardez comme irréparable. Le Créateur vous dit par ma parole que vous n’avez l’un et l’autre produit cette postérité d’Abel que pour être le vrai type de celui qui viendra dans un temps, pour être le véritable et l’unique réconciliateur de toute votre postérité. Sachez encore, l’un et l’autre, que Caïn, que vous regardez avec raison comme criminel, ne l’est pas tant qu’Adam l’a été envers le Créateur. Caïn n’a frappé que la matière et Adam a pris le trône de Dieu par la force : voyez s’il est plus criminel que vous.

Votre fils Caïn est encore un type de la prévarication des premiers esprits qui ont séduit Adam et qui lui ont réellement donné la mort spirituelle, en précipitant son être mineur dans une forme de matière passive, ce qui l’a rendu susceptible de privation divine, et a changé sa forme glorieuse en une forme matérielle sujette à être anéantie, sans pouvoir être mise dans sa première nature de forme apparente, après sa réintégration dans le premier principe des formes apparentes, que l’axe central dissipera aussi promptement qu’il l’a formé. Soyez fermes et persévérants dans votre confiance dans l’éternel ; le terme de votre réconciliation est rempli…

Adam répondit :

« …, que la volonté de mon Créateur soit la mienne… » Je vais entrer maintenant dans l’explication des types véritables que font tous les événements que j’ai racontés. Adam, par sa postérité temporelle, fait la figure du Créateur…, et cette postérité d’Adam fait la figure des esprits que le Créateur avait émané de Lui pour sa plus grande Gloire et pour lui rendre un culte spirituel. Vous avez vu que ces esprits peuvent se considérer comme aînés à Adam, ayant été émanés avant lui. Vous savez aussi que ces esprits ayant prévariqué, l’Éternel les éloigna de sa présence, qu’il émana et qu’il émancipa de son Immensité Divine un être spirituel mineur pour les contenir en privation, et que ce mineur que nous nommons Adam et Réaux, n’était par conséquent que le second né spirituellement de ces premiers esprits, et qu’il sortait, ainsi qu’eux, du Père Divin Créateur de toutes choses.

Je veux donc faire observer que Caïn, fils aîné d’Adam, est le type de ces premiers esprits émanés par le Créateur, et que son crime est le type de celui que ces premiers esprits ont commis contre l’Éternel. Abel, second né d’Adam, fait par son innocence et par sa sainteté le type d’Adam émané après ces premiers esprits dans son premier état de justice et de Gloire divines. Et la destruction du corps d’Abel, opérée par Caïn, son frère ainé, est le type de l’opération que les premiers esprits firent pour détruire la forme de gloire dont le premier homme était revêtu, et le rendre par ce moyen susceptible d’être comme eux en privation divine. Voilà l’explication certaine du premier type que font Adam, Caïn et Abel, par les fâcheux évènements qui leur sont advenus.

Le second type que font ces trois mineurs n’est pas moins considérable, soit par le rapport qu’ils ont avec tout être corporel, céleste, général et terrestre, soit par les évènements qu’ils annonçaient devoir survenir à la postérité du premier homme. Pour s’en convaincre, il faut observer qu’Adam, par les trois principes spiritueux qui composent sa forme de matière apparente, et par les proportions qui y règnent, est l’exacte figure du Temple général Terrestre, que nous savons être un triangle équilatéral, ainsi qu’on le verra physiquement par la suite. Adam avait en son pouvoir une végétation corporelle, de même qu’il est de la nature de la Terre de végéter. Adam n’a pu végéter que deux sortes de végétations : la masculine et la féminine. La terre ne peut également produire que ces deux espèces de végétations, soit dans les animaux passifs, soit dans les plantes et autres végétaux. Mais je vous apprendrais que, outre le pouvoir qu’a le corps de l’homme de se reproduire corporellement, il a encore celui de végéter des animaux passifs, qui sont réellement innés dans la substance de cette forme matérielle. Voici d’où nous l’apprenons :

Lorsque l’être-agent spirituel a quitté sa forme, cette forme devient en putréfaction. Après que cette putréfaction est faite, il sort de cette formecorporelle des êtres que nous appelons reptiles qui subsistent jusqu’à ce que les trois principes spiritueux, qui ont coopéré à la forme corporelle de l’homme, soient réintégrés. Il ne faut pas croire que cette putréfaction vienne d’elle-même, ni directement de la forme corporelle, mais il faut savoir que le séminal de toutes choses sujettes à la végétation est inné dans l’enveloppe soit terrestre, soit aquatique. Ainsi le corps de l’homme, étant provenu de la Terre générale et ayant innés dans sa forme de matière les trois principes qui ont coopéré chez lui à former son enveloppe soit terrestre, soit aquatique, il n’est pas douteux qu’il réside encore en cette forme particulière un séminal d’animaux susceptibles de végétation. C’est par ce séminal que la putréfaction arrive dans les corps après ce que l’on appelle vulgairement la Mort.

Les trois principes que nous appelons, Soufre, Sel et Mercure, opérant par leur réintégration, entrechoquent, par leur réaction, les ovaires séminaux qui sont dans toute l’étendue du corps. Ces ovaires reçoivent encore par là une nouvelle chaleur élémentaire qui dépouille l’espèce animale reptile de son enveloppe, et cette enveloppe ainsi dissoute, se lie intimement avec l’humide grossier du cadavre. C’est la jonction de cette enveloppe des reptiles avec l’humide grossier du cadavre qui opère la corruption générale du corps de l’homme et qui le met ensuite à sa dernière fin de forme apparente. C’est donc toujours par la réaction des trois principes opérants que provient la putréfaction.

On peut vérifier ceci sur la forme d’un cadavre où l’on verra opérer la vérité de ce que je dis en touchant la putréfaction. (Mav Benach?).

Outre le type de la prévarication des premiers esprits et celui de leur attaque victorieuse contre le premier homme, Caïn fait encore le type de la séduction impie et funeste dont ces mauvais esprits useraient envers les futures postérités d’Adam, ainsi qu’il venait de la faire dans sa première postérité. Nous le voyons dans le premier crime qu’il commit sur son frère Abel, et dans la séduction dont il usa envers ses propres soeurs, lorsqu’il les engagea d’être les témoins de ce qu’il allait effectuer sur la personne de leur frère, selon qu’ils avaient projeté ensemble. Caïn, après sa prévarication, fut obligé d’aller vivre avec ses deux soeurs dans la partie du midi où il fut relégué à demeure fixe par l’ordre du Créateur et par l’autorité d’Adam. C’est là le type du lieu où les démons ont été relégués pour être contraints d’y opérer leur volonté et leur intention malfaisante, soit contre le Créateur, soit contre les mineurs des deux sexes, l’homme et la femme étant susceptibles de retenir impression de l’intellect démoniaque. Ce lieu du Midi est encore le type de la partie universelle où le Créateur manifestera sa justice et sa gloire à la fin des temps. C’est aussi dans ces lieux que les justes manifesteront leurs vertus et puissances, à la honte des esprits pervers et à celle des mineurs réprouvés.

Cette partie méridionale, ayant été maudite du Créateur, et étant marquée par l’écriture pour être l’asile des Majeurs et des mineurs qui auront prévariqué, je dirai de plus de ces trois personnages : Caïn et ses deux soeurs, par leur nombre ternaire, annoncent la prévarication de la forme corporelle terrestre de l’homme que l’intellect démoniaque séduit par la jonction, qu’il fait avec les trois principes spiritueux qui constituent toute forme corporelle.

Vous savez que le nombre ternaire est donné à la terre, où à la forme générale, et aux formes corporelles de ses habitants, de même qu’aux formes des habitants célestes. Ce nombre ternaire provient de trois substances qui composent les formes quelconques que nous nommons : les principes spiritueux qui sont le Soufre, le Sel et le Mercure qui émanent de l’imagination et de l’intention du Créateur. Ces trois produits ayant été produits dans un état d’indifférence, l’Axe Central les a disposés et les a opérés pour leur faire prendre une forme et une consistance plus consolidée ; et c’est de cette opération de l’Axe Central que proviennent toutes les formes corporelles, de même que celles dont les esprits pervers doivent revêtir pour leur plus grande suggestion.

C’est aussi par conséquent, de ces mêmes substances qu’étaient composées les formes corporelles de Caïn et de ses deux soeurs dont nous expliquons maintenant le type. Au sujet du nombre neuvaire ( Ternario Formatur – nonenario dissolvitur) je dirai donc qu’il n’est point étonnant que les esprits majeurs pervers et leurs agents se tiennent de préférence et plus volontiers à la forme corporelle de l’homme qu’à tout autre, puisque cette forme humaine avait été premièrement destinée pour eux. Nous voyons d’ailleurs la preuve de l’ultime liaison des esprits malins avec le corps de l’homme dans les paroles que le Christ adressa à ses apôtres, à la fin de sa dernière opération temporelle au jardin des Oliviers. Quand il fut revenu les rejoindre, il les trouva endormis et leur dit en les réveillant : « Ne dormez pas, car la chair est faible et l’esprit est prompt ». C’est par cette facilité avec laquelle l’esprit malin se communique à la forme corporelle de l’homme que les trois personnes dont nous parlons laissèrent corrompre les principes spiritueux qu’ils avaient innés dans leur forme. L’intellect démoniaque s’insinua et se joignit entièrement à la forme de ces trois mineurs ; et de là parvint à séduire l’agent spirituel qui y était renfermé et qui devait diriger et gouverner cette forme au gré du Créateur. Cette insinuation produisit une telle révolution sur ces trois mineurs qu’il ne fut plus en leur pouvoir de se délier de l’intime correspondance qui régnait entre eux ; par la parfaite sympathie qu’ils avaient contractée tous les trois avec l’intellect démoniaque., il n’y avait entre eux qu’une seule intention, qu’une seule pensée et une seule action. On a jamais vu une pareille union parmi les hommes de tous les siècles, et il est impossible que trois personnes différentes et libres agissent de la sorte, si elles ne sont conseillées et conduites par un bon ou un mauvais esprit.

C’est donc de ces trois personnes, possédées du Prince des démons, que nous sortons, comme je l’ai dit, le nombre neuvaire de matière, savoir : en additionnant les trois principes spiritueux et essences premières, leurs trois vertus et leurs trois puissances démoniaques, ainsi qu’il suit :

1°- Trois principes à Caïn, trois à sa soeur aînée, trois à sa soeur cadette = 9 .

2°- Trois vertus à Caïn, trois à sa soeur aînée, trois à sa soeur cadette = 9. 3°- Trois Puissances à Caïn, trois à sa soeur aînée, trois à sa soeur cadette = 9 .

Mais pour vous convaincre que le nombre neuvaire de matière sort de ses mineurs, il ne faut que voir leur opération démoniaque, et comme ils ont perpétué leurs opérations criminelles jusqu’au juste châtiment que le Créateur exerça sur toute leur postérité, châtiment que l’Écriture nous a fait connaître en nous apprenant que l’Éternel frappa toute la terre et ses habitants par le fléau des eaux, et que, par ce moyen, la postérité coupable de ces trois mineurs, ainsi que les hommes qu’ils avaient séduits, furent anéantis. C’est depuis cette époque que le nombre neuvaire est parvenu à la connaissance, de même que la mystérieuse addition qui suit :

3 Additionnez le produit de tous ces 3 nombres qui est 27, vous y trouverez 3 2 et 7 font 9.

Multipliez 27 par 9, cela vous donnera 3 toujours 9. Si vous multipliez ce produit à l’infini il vous reviendra toujours 9.

C’est là ce que j’avais à vous dire sur le nombre neuvaire. Voulant vous faire connaître les autres types considérables que Caïn fait encore dans cet Univers, je vous apprendrai que Caïn fait le type de l’élection des prophètes que le Créateur devait envoyer par la suite des temps parmi la postérité d’Adam. Il vous a été enseigné que, lorsque Caïn eut détruit l’individu de son frère Abel, il se retira dans sa demeure ordinaire, où, étant à réfléchir sur son crime, il lui survint une voix spirituelle divine qui lui demanda ce qu’il avait fait de son frère Abel. Caïn répondit brusquement : « suis-je le gardien de mon frère ? ». Après cette réponse, l’esprit lui fit une attraction si considérable, soit sur sa forme corporelle, soit sur son être mineur qu’il fut aussitôt terrassé ; et dans cette situation, il se réclama à son Créateur en disant : « Seigneur ! Ceux qui me rencontreront me tueront ». À cette considération, l’Éternel, Père de miséricorde, voyant la consternation de Caïn et voulant le préserver du reproche et de la vengeance que sa postérité aurait pu exercer contre lui, le fit marquer d’un sceau préservatif et l’esprit qui le marqua dit : « De par l’Éternel, quiconque frappera Caïn de mort sera puni de mort sept fois ». Caïn se retira ensuite avec ses soeurs dans le lieu qui lui avait été relégué. Il eut dans cet endroit une postérité de dix mâles et de onze femelles. Il bâtit dans cet endroit une ville qu’il nomma Hénoch. Il imagina, pour coopérer à son entreprise, de fouiller dans les entrailles de la Terre, et il prépara les matières qu’il en retira afin de leur donner les formes convenables aux usages qu’il voulait en faire, et fit cette opération avec son premier-né qu’il avait nommé Hénoch. Il laissa son secret, soit pour la fonte des métaux, soit pour la découverte des mines, à son fils nommé, Tubal-Cain. C’est de là qu’il nous est venu que Tubal-Caïn était celui qui avait découvert le premier la fonte des métaux.

Caïn était un grand homme de chasse, il avait également élevé tous ses enfants mâles à la chasse, et surtout son dixième fils, en qui il avait mis tout son attachement. Il ne donna à ce fils d’autre talent que celui de la chasse. Ses autres enfants étaient plus portés aux travaux d’imagination et aux ouvrages manuels. Caïn donna à ce dixième fils le nom de Booz, qui veut dire « fils d’occision ». C’est ce dernier fils qui donna la mort à son père Caïn. Caïn ayant résolu d’aller à la chasse des bêtes féroces, accompagné de ses deux enfants, Hénoch, ses petits fils, ne prévint pas Booz de son projet. Booz de son côté projeta d’aller aussi à la chasse, le même jour que son père avec deux de ses neveux, fils de Tubal-Caïn. Booz n’ayant pas d’enfants avait mis toute son amitié dans ses deux neveux. Ils partirent donc ensemble pour aller à la chasse ; mais Booz, sans le savoir, prit la même route que son père Caïn, et, étant tous deux deux dans un fourré qu’ils avaient coutume de battre, Booz aperçut l’ombre d’une figure au travers de ce fourré nommé Onam, qui veut dire douleur, décocha alors une flèche qui alla percer le coeur de son père, l’ayant pris pour une bête féroce. Jugez de la surprise et du frémissement de Booz, lorsqu’il se fut transporté dans l’endroit où il avait tiré son coup de flèche et qu’il vit son père tué par sa propre main. La douleur de Booz fut d’autant plus grande qu’il savait la punition et la menace que le créateur avait lancées contre celui qui frapperait à mort la personne de Caïn qui serait frappé de sept fois de peines mortelles ou serait puni de sept morts.

Booz appela à lui ses deux neveux et les présenta devant le cadavre. Aussitôt ils eurent reconnu la forme et la figure de Caïn, ils jetèrent un grand cri d’exclamation et firent en même temps un signe d’horreur, ce qui augmenta encore plus la désolation d malheureux Booz. Après qu’il eut raconté comment il était la cause innocente de la destruction de la forme corporelle de son père Caïn, il leur dit : « Mes amis, vous êtes témoins de mon crime ; quoiqu’involontairement, j’ai transgressé les ordres et la défense du Créateur, je suis coupable devant l’Éternel et les hommes. Je suis le plus jeune des fils de Caïn, le dernier de sa postérité, le plus coupable et le plus criminel. Vengez sur la personne de ce dernier né, la mort de son père et le scandale qu’il vient de vous donner ».

L’intellect démoniaque qui connaît la faiblesse des hommes quand ils sont dans l’affliction suscita aussitôt une passion outrée de vengeance aux deux neveux de Booz sur la mort de Caïn. Ils armèrent leurs arcs d’une flèche pour tirer sur leur oncle. Mais lorsqu’ils étaient prêts de la lancer sur lui, une voix se fit entendre et dit : « Quiconque frappera de mort celui qui a tué Caïn, sera puni soixante-dix-sept fois de mort ».

À cette effrayante menace spirituelle divine, les deux neveux de Booz tombèrent à la renverse, mais étant revenus de leur évanouissement, ils portèrent leurs armes à Booz en disant : « Le Créateur t’a fait grâce, Booz, de la mort que tu as donnée à ton père Caïn. Nous sommes à présent les plus coupables devant l’Éternel, puisque nous avons conçu volontairement d’exécuter sur toi notre pensée vindicative ». Booz répondit à ses neveux : « Que la volonté du Créateur s’accomplisse ».

Après cette résignation de Booz, ils se retirèrent tous ensemble dans la ville d’Hénoch. La tristesse et l’abattement avec lesquels ils se présentèrent dans la ville, mirent la postérité de Caïn dans la dernière consternation, cette douleur redoubla encore quand cette postérité apprit que la destruction de la forme de leur père Caïn avait été faite par le dernier de sa lignée. Le malheureux Booz, se voyant réduit à supporter l’inimitié générale fut forcé de se retirer de cette troupe de possédés d’intellect démoniaque et fut prendre sa retraite dans le désert de Jéraniaz, qui veut dire : « Écoutez le Créateur ». C’est dans cet endroit que Booz finit ses jours dans la contrition et la pénitence.

Voilà comment Caïn fut le vrai type de la prophétie lorsqu’il dit, après le crime qu’il commit sur son frère Abel : « Ceux qui me rencontreront, Seigneur, me tueront ». Na-t-il pas été rencontré par son fils dans un fourré ? N’a-t-il pas été tué par un homme comme il l’avait dit ? Ce qui forme réellement le type de prophétie, c’est que la rencontre des deux personnes, Caïn et Booz, n’est point préméditée, et que l’un et l’autre se sont trouvés sans se connaître, dans le lieu où Caïn reçut le coup de la Mort. Je veux vous faire remarquer combien est ridicule et absurde l’observation que les hommes du siècle ont faite sur ce parricide de Caïn par son fis Booz. Ce type, ignoré de la plus grande partie des hommes d’aujourd’hui, leur a fait croire et même assurer qu’Adam n’est pas le premier homme, puisque, disent-ils, lorsque Caïn eut tué son frère Abel, il dit au Seigneur : « Seigneur, que vais-je devenir ? Ceux qui me rencontreront me tueront ! ». Si ces hommes avaient été instruits du type que faisaient ces paroles adressées au Créateur, ils auraient vu clairement que c’était celui des prophètes, ainsi que nous l’avons vu s’effectuer réellement parmi les hommes de la terre et sur Caïn lui-même. Mais me direz-vous, comment le Créateur pouvait-il mander des prophètes chez les hommes pour les contenir dans leurs actions aux lois qu’il leur avait données, puisque vous dites que le Créateur ne prend aucune part aux causes secondes qui s’opèrent parmi les hommes ? Je répondrais que le Créateur ne peut ignorer l’être pensant démoniaque qui opère continuellement des faits séduisants et pernicieux pour le mineur spirituel, ainsi qu’il était déjà arrivé dans la séduction d’Adam et de sa postérité. Le Créateur a jugé nécessaire pour l’avantage de l’homme d’élire spirituellement des êtres mineurs et de les douer de l’esprit prophétique, non seulement pour contenir l’homme dans ses lois, préceptes et commandements, mais encore pour la plus grande molestation des esprits malins et pour la manifestation de la plus grande gloire divine. La pensée de l’être spirituel bon ou mauvais, comme l’action bonne ou mauvaise devant le Créateur, voilà comment l’Éternel prend conscience des causes secondes. Les grands élurent prêtres et prophètes après Abel et Hénoch sont, Noé, Mekisedek, Joseph, Moïse, David, Salomon, Zorobabel, Le Messiah.

***********

Telle est dans ses grandes lignes la doctrine originale de Martinez. On a prétendu tour à tour qu’il l’avait tirée de la Kabbale, du Talmud, des mystères anciens, du néo-platonisme, d’Ammonius Sacca et de Plotin, de la gnose du IIème siècle et enfin des enseignements rosicruciens du moyen-âge. Aucune de ces suppositions n’est exacte au sens propre du terme. Elle ressemble par un point ou par un autre à chacun de ces mouvements parce que, comme eux, elle dérive, ainsi que je vous l’expliquais tout à l’heure, de la tradition universelle primordiale à laquelle se rattacheront bien plus tard, les Vintras et les illuminés modernes. Elle constitue un rameau de la gnose universelle, souche commune sur laquelle se sont épanouies toutes les religions connues et toutes les initiations véritables. Martinez y a ajouté le sceau particulier de son génie…, il ne doit rien à personne et tout à Dieu.

Tous les fondateurs de religions, tous les maîtres de l’ésotérisme entrent en effet en contact plus ou moins immédiat avec la sphère spirituelle…, c’est à dire avec le monde des idées…, c’est à dire avec Dieu. Ils voient la vérité une et essentielle, c’est pourquoi au fond de toutes les doctrines, on retrouve la même substance. Mais chacun d’eux jette sur cette substance unique le voile des concepts et du vocabulaire adaptés à sa culture propre, à son époque et à la mentalité de ses auditeurs…, pour la rendre intelligible d’abord…, efficace ensuite. D’où les divergences que le lecteur superficiel assimile à des contradictions ou à des antinomies irréductibles lorsque le voile, c’est à dire la forme, seul est en jeu.

Aussi Martinez fut critiqué et même bafoué en maints volumes appuyés de documents dont une intelligence avertie aurait dû tirer des conclusions tout autre que péjoratives. L’une de ces critiques alla même jusqu’à traiter le Maître d’escroc et de charlatan tout en se glorifiant de ne point être un initié. Il est parfaitement exact que cet auteur, malgré des prétentions à des connaissances kabbalistiques supérieures à toutes celles de ses contemporains, soit, en effet étranger aux idées qu’il condamne d’un ton doctoral et sans appel. Il a même poussé l’inconscience jusqu’à démolir le Comte Joseph de Maistre dont il n’est pas digne, comme littérateur et philosophe, de dénouer la chaussure. Mais, laissons là les critiques dont aucune n’a enlevé un seul disciple à Martinez, ni atteint en quoi que ce soit à la réalité des enseignements du Maître, et revenons, non plus aux doctrines, mais à l’oeuvre de Martinez.

Tous les adeptes de Martinez, exception faite pour Du Guers dont nous avons parlé plus haut, ont considéré leur Maître comme le plus grand des Initiés qu’ils aient rencontré au cours de leur vie. Bacon de la Chevalerie, lui-même, malgré les injures dont il l’abreuve, même après sa mort, s’est drapé dans sa dispute de R+ comme dans un sacerdoce idéal, au-dessus de toute discussion. Voyons donc par quelles réalisations pratiques le Grand Illuminé concrétisa sa doctrine de la réintégration. Je serai bref, car ici, nous sommes sur un terrain dont l’exploration doit être circonspecte.

Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, Martinez a recruté tous ses disciples dans les loges maçonniques. Il considérait la Maçonnerie comme une base nécessaire pour l’oeuvre qu’il avait entreprise. Dans sa pensée, en effet, l’enseignement maçonnique du XVIIIème siècle était un acheminement progressif vers les doctrines des Élus Cohens. Il avait raison, et tout initié compétent doit le reconnaître. Aussi, la faute commise par les rénovateurs, si elle est excusable dans une certaine mesure, n’en est pas moins flagrante. Ils se sont trompés, non pas sur le principe lui-même, mais sur la manière de l’exploiter pour en tirer les conséquences ultimes, les seules efficaces. C’est pourquoi dès les années 1897-1900, ceux qui savaient ont réagi dans l’ombre et amorcé le redressement essentiel qui a pris toute sa valeur à partir de 1920…, mais, n’anticipons pas !

L’Ordre des Élus Cohens, appuyé sur la Maçonnerie conduit en quatre étapes à l’initiation intégrale. Ces étapes constituent une échelle dont chaque degré correspond à une possibilité plus grande de réintégration.

Au bas de l’échelle se trouvent les trois grades de la maçonnerie symbolique, connus de tous ceux que la question intéresse. Ces grades aboutissent dans ce cycle préliminaire à un quatrième : le Grand Elu qui complète et développe l’idée maçonnique dans sa totalité. C’est ce que Martinez appelait « la première classe ». Dans la deuxième la doctrine maçonnique se hausse sur un plan supérieur. Elle comprend trois échelons : Apprenti-Cohen, Compagnon-Cohen et Maitre-Cohen. Alors, s’ouvre la troisième classe, le Temple proprement dit, avec deux échelons : le Grand Elu Cohen ou Grand Architecte, et le Grand Elu de Zorobabel.

Enfin, voici le Saint des Saints, la quatrième classe, constituée par un seul échelon : le R+ .

Cette classe est entièrement secrète et seuls les Adeptes en connaissent la valeur, la forme et les procédés de réalisation… à noter que certains grades sont divisés en deux parties dont chacune est une étape partielle sur la voie hiérarchique. Ici, j’attirerai votre attention sur un point spécial : la 1ère classe comprend 4 grades, la 2ème classe trois grades, la 3ème classe, deux grades et la 4ème classe, 1 seul grade. Si vous partez du sommet, vous obtenez la formule théosophique : 1+2+3+4 = 10. Ceux qui sont familiers avec la science des nombres en comprennent la signification.

Comment l’enseignement de Martinez était-il inculqué aux adeptes à travers cette hiérarchie ?

Voici, la première classe était nettement maçonnique et c’est à peine si quelques allusions très voilées laissaient soupçonner une lointaine lumière. Ces allusions devenaient plus transparentes dans le 4ème grade et provoquaient inévitablement le désir de savoir.

Dans la deuxième classe, appelée Elone du Porche, nous sommes en plein système mixte. D’un coté l’affirmation nette des doctrines maçonniques courantes et de l’autre un enseignement par paraboles et énigmes, précurseurs immédiats d’une nouvelle révélation.

Dans la troisième classe, l’ésotérisme maçonnique fait place à l’occulte martinéziste. Toutes les allusions dogmatiques convergent vers la doctrine du traité de la réintégration. Dans cette classe, on n’initie pas les adeptes, on leur donne une ordination…, et cette ordination leur transmet les pouvoirs sacerdotaux correspondant à leur situation dans la hiérarchie…, pouvoirs encore incomplets, mais bien déterminés et bien réels.

Quant au Grand Elu de Zorobabel, il était considéré comme un compagnon R+ et ce degré correspondait à la période de recueillement qui doit précéder toute accession à la suprême investiture sacerdotale. Je ne vous parlerais pas des R+, sinon en vous indiquant qu’ils étaient des hommes aptes à se réintégrer dans les pouvoirs des esprits mineurs, autant qu’un corps matériel appelé à se dissoudre dans la mort, peut le permettre.

Je ne vous dirais pas aujourd’hui comment la doctrine de martinez fut amputée d’un coté et agrandie de l’autre par L.C. de Saint Martin…, comment elle fut conservée dans son intégralité par Willermoz lorsqu’il l’incorpora dans les hauts grades de la stricte observance templière, comment elle fut renovée par Papus entre 1884 et 1887 sous une forme plus simple et malheureusement défectueuse…, comment le courant primitif, jamais interrompu, quoiqu’en pensent les écrivains profanes, reprit sa force et même une vigueur nouvelle avec Jean Bricaud…, tout cela nous entraînerait trop loin et hors du cadre qui a été tracé et n’ajouterait rien au mérite de Martinez et à la teneur de son message.

Je vais donc m’arrêter ici, en portant, si cela m’est permis, un jugement sur ce grand illuminé du XVIIIème siècle.

Martinez ne fut pas un thaumaturge au sens propre du terme…, il n’a jamais prétendu opérer de miracle et l’histoire ne nous livre à son actif aucun fait précis de l’ordre supra-normal. Il fut tout simplement un illuminé et un mage. Il se cantonna, en effet, dans l’enseignement d’une doctrine, tirée, comme nous l’avons déjà dit, de la tradition gnostique universelle, dans une méthode théurgique entièrement classique et suprêmement désintéressée, et enfin dans la prédication d’une ascèse dégagée de toute préoccupation temporelle.

Il n’eut jamais qu’un but : la spiritualisation des individus et par là, l’acheminement de toute l’humanité vers une tension béatifique spéciale, susceptible de restituer dès ici-bas la Cité Céleste, le royaume de Dieu sur la terre. C’est pourquoi son enseignement, après la théorie, enseigne la pratique, c’est-à-dire les moyens de réaliser l’Idéal. En somme, Martinez s’apparente d’un coté à l’Aéropagite ou aux augustins, la forme à part bien entendu, d’un autre il rejoint les mystiques comme les François d’Assise et les Thomas d’Aquin.

Compte tenu du milieu très spécial dans lequel il a évolué, il est certain que sa doctrine eut un impact important sur le plan social, à l’insu des historiens et critiques, et par là, il se rattache indubitablement aux grands réformateurs.

Constant Chevillon, 1935.

Source : https://www.esoblogs.net/3884/martinez-de-pasqually-par-constant-chevillon/?utm_source=ReviveOldPost&utm_medium=social&utm_campaign=ReviveOldPost

EzoOccultlogo105

kung-fu panda 25 juin, 2016

Posté par hiram3330 dans : Contribution , ajouter un commentaire
Panda
Je suis passé le week-end dernier devant la sortie d’une salle de cinéma qui diffusait le dernier kung-fu panda, troisième volet.

J’aperçois alors sortir un jeune enfant accompagné de son grand-père. Impossible de savoir lequel des deux était le plus souriant. Je me suis souvenu alors d’une conférence publique de la GLDF où un responsable prit la parole pour prendre Kung-fu Panda comme exemple au symbole de la Franc-Maçonnerie sous la surprise générale et les rires des profanes présents. Je me suis penché alors sur le message, ou plutôt les messages de ce film destiné à la jeunesse. Et comment ne pas voir les parallèles avec la Franc-Maçonnerie ?

L’histoire commence par l’apparition d’un panda un peu maladroit. Un brin fainéant, un peu trop gros et lent, n’ayant pas grand-chose d’exaltant à donner à son existence. Passionné de kung-fu, en manque de sens, il aspire à faire quelque chose de sa vie, à être utile. A devenir un maître du Kung-fu. Il se cherche et cherche à appartenir à une belle cause, un idéal : être accepté dans la bande des « cinq cyclones ».

Malheureusement le Panda « Po » n’est pas un grand expert en arts martiaux. Il excelle plutôt dans la nourriture. Il aime manger, tout le temps. A défauts de combats épiques, c’est en tant que serveur d’un restaurant, celui de son père, (une oie), qu’il remplit sa vie peu réjouissante. Le jeune Po se sent sans but, sans nouvelles connaissances et ne sachant pas comment remplir une vie assez terne. En manque d’une grande quête, il passe son temps à manger.
Son rêve : devenir un grand maître du kung-fu. Être accepté dans le club des « 5 cyclones », être parmi eux, dans l’école des arts martiaux sous les ordres du « Vénérable » Maître Shifu et sous les auspices du « Grand Maître » Oogway, la tortue sage.

Po se présente à la porte du temple et se voit refusé son acceptation. Il n’est admissible, jugé « incompatible ». Trop mauvais en Kung-fu et trop imperfectible. Le chemin semble pour son Maitre beaucoup trop complexe et semé d’obstacles. Pourtant, une « révélation » se produit par « accident ». Il se voit attribué par la Tortue, le Grand Maître, le statut de « guerrier dragon », le stade ultime et l’honneur de défendre le village et la vallée.

Le Maître Shifu refuse que soit attribué un tel honneur au jeune Panda. Il n’accepte en aucun cas cette « révélation » qu’il juge comme une erreur, un accident. Po se voit recevoir dans les pattes des obstacles et des refus de la part des compagnons qui ne l’acceptent pas. Il doute alors de lui-même. Il se sent tout simplement « nul ». Il pense à renoncer et va se recueillir tête basse chez la Tortue. Et ce dernier lui répond avec une sagesse maçonnique : « tu te préoccupes trop de ce qui a été, et de ce qui sera. Un dicton dit : hier est passé, demain est un mystère, aujourd’hui est un cadeau, c’est pourquoi on l’appelle le présent ».

Shifu se recueille à son tour par la Tortue au pied d’un arbre de fruits de pêches. Il doute du Panda, de sa valeur et de ses résultats de combattant qu’il juge impossible. Il se voit alors demander de la part du « Grand Maître » Tortue de faire confiance à Po. Et un dialogue magnifique s’installe et peut parler à chacun :

Shifu : « Le Panda n’est pas le guerrier dragon, il est arrivé ici par accident ».

Mais la tortue lui répond avec cette voix sage : « rien n’arrive par accident. Vous ne pourrez accomplir vos destins communs que si tu arrêtes de garder l’illusion de tout décider ».

« L’illusion ? », lui rétorque Shifu.

La tortue alors lui dit : « regarde cet arbre, je ne peux pas le faire fleurir plus vite, je ne peux choisir ».
Shifu : « Mais je peux faire tomber ces fruits, je peux décider où planter la graine ? Ce n’est pas une illusion ».
La Tortue : « Oui. Mais peu importe ce que tu fais, cette graine donnera un pécher. Tu peux rêver d’une pomme ou d’un autre fruit, mais cette graine te donnera une pèche ».

Shifu : « Une pêche (en parlant du Panda) ne peut pas vaincre le méchant qui nous menace ? »

Tortue : « Peut-être le pourra t-elle, pour peu que tu sois disposé à la guider, à la nourrir et à croire en elle ».

Shifu : « Mais comment ? Aidez-moi ! J’ai besoin de vous Maitre ».

Tortue : « Mais non, tu as seulement besoin d’y croire… Promets-moi que tu vas y croire ? »

Shifu : « Je vais essayer ».

Tortue : « fort bien ».

Voici le Panda mis sous la confiance du Maître Shifu. Ils essayent. Cependant, le jeune Panda n’y arrive toujours pas. Shifu le surprend alors dans une cuisine, entrain de réaliser un grand écart avec ses jambes, suspendu à plusieurs mètres du sol. Shifu réalise finalement que ce Panda possède en lui des qualités qui étaient jusqu’ici cachées.

Comme un parallèle à la Franc-Maçonnerie, il subit des rites de passage qui ressemblent à des parcours du combattant. Il se voit initié et travaille dur. Il se voit attribué la possibilité finalement d’accéder au « rouleau du dragon ». Nul ne sait ce qui y est écrit, mais la légende dit que : « celui qui le lit accède à la lumière et à la compréhension du monde ».

Mais à la surprise générale : on découvre une fois le rouleau déplié qu’il n’y a rien de marqué. Rien d’inscrit. Rien… Si ce n’est le reflet du visage de celui qui le tient.

Résultat : Il n’y a pas de secret pour comprendre le monde, si ce n’est qu’il est en nous.

Kung-fu Panda inculque la confiance en soi. De Croire dans les autres et surtout en soi. Car comme disait Cynthia Fleury dans la « fin du courage », seuls les lâches ne font pas confiance aux autres.

Le Panda reflète ce qu’aspirent beaucoup de maçons : la quête d’un idéal. Se sentir utile, dedans et en dehors d’un groupe. A l’intérieur et à l’extérieur du Temple, initiation, profane. Le rite permet à l’apprenti d’être (sans s’en rendre compte) « accepté et reconnu » dans un groupe. Il se sent digne de recevoir une méthode et des devoirs.

Ce film apporte une bonhomie, le goût de vivre et d’être solidaire contre les pulsions de destruction et de vengeances. Kung-Fu Panda inculque l’humilité dans le paysage et une ambiance d’une Chine ancestrale, où l’appétence de la Transmission et de la Tradition sont importantes. Il suffit de croire en l’étincelle en chacun de nous.

Dans les volets suivants, le Panda se cherche et découvre qu’il a été adopté, puisque son père est une oie. Alors viens le « qui suis-je ? ». C’est ainsi que Po découvre qu’il pourra combattre et avancer en arrivant à la « paix intérieure ». Accepter. Avancer.

Dans le troisième volet que j’ai finalement réussi à voir, il est question que chacun trouve sa place. Nous avons tous en nous quelque chose à dire et à faire d’unique. L’important, est non pas de se transformer pour ressembler à quelqu’un, mais « de se transformer en soi-même ». S’améliorer dans une quête, un chemin sans fin pour découvrir ce que nous sommes au fond de nous. N’est-ce pas le chemin initiatique par excellence ? Enfin, sans divulguer la fin pour ceux qui souhaitent le voir, le troisième épisode est une ode à la fraternité, à « l’égrégore », l’union et la solidarité.

Le Miroir, l’apprenti et le Maître, les 5 compagnons, les 7 de l’équipe, si Kung-fu Panda n’est pas maçonnique, c’est alors que je n’ai rien compris à la Franc-Maçonnerie.

Une aventure fraternelle que je conseille à tous ceux qui veulent emmener leurs enfants voir un beau film.

64555_312273715549073_1762447561_n

Merci « Christian d’Afrique » … pour ce partage dépassant la fiction

La Kundalini…. 19 mars, 2016

Posté par hiram3330 dans : Contribution , ajouter un commentaire

La Kundalini….

71956_522782677774466_1272889038_n

3 mai 2015, 21:08

Le chemin initiatique comporte sept étapes, évoquées par sept symboles.

  1. La prise de conscience et la préparation du chemin, l’état Jean Baptiste.
  2. La naissance non-consciente de l’âme, ou la naissance de Jésus enfant dans la grotte du cœur.
  3. La nouvelle réaction de la personnalité, les voyages de Jésus du Jourdain à Jérusalem.
  4. La réorientation de la conscience, que l’École appelle l’illumination des chandeliers de la tête. Elle concerne les sept aspects de notre conscience, (le moi-supérieur, ou l’être aural), qui pilotent le fonctionnement de notre corps par le moyen des douze liens nerveux appelés nerfs crâniens ou disciples, permet la manifestation de la lumière du septénaire divin dans le sanctuaire de la tête.
  5. La naissance de l’Âme nouvelle, la Sainte Scène, la Nouvelle Alliance.
  6. La dissolution de la personnalité de la nature, la Crucifixion.
  7. La renaissance de la Personnalité originelle, la Résurrection.

 

 

Le septénaire divin doit être manifesté dans les trois centres de conscience.Les sept chandeliers de la manifestation du septénaire divin doivent être allumés dans chacun des trois sanctuaires, les trois aspects, les centres de conscience. Cela signifie que la réorientation de la conscience doit être effectuée dans la conscience de la personnalité, le subconscient, et la conscience du Microcosme. Le siège du subconscient est au niveau du plexus sacré. Le subconscient enregistre les expériences du Microcosme et celles de la personnalité. Il est aussi le miroir réflecteur par lequel la conscience du Microcosme se fait connaître à la conscience de la personnalité.

Il y a dans le corps sept groupes de plexus.L’École enseigne qu’il y a dans le corps sept groupes de plexus qui sont situés au voisinage des organes essentiels. Ce sont des centres de transformation du fluide nerveux en relation avec la conscience. Le premier est situé au niveau de la gorge, le second autour du larynx, le troisième dans les poumons, le quatrième dans le cœur, le cinquième dans l’épigastre, le sixième est en relation avec les organes sexuels, le septième est le plexus sacré. Le septième groupe, le plexus sacré, est le noyau qui dirige tout l’ensemble Les chakras, ou roues, sont sept centres de forces en relation avec le système nerveux et les plexus. Ils captent les énergies nécessaires pour maintenir la vie dans une orientation donnée.

Le grand-oeuvre doit commencer par la conscience. Il faut l’ouvrir aux influences libératrices. La prise d’une décision consciente provoque une tension nerveuse à laquelle l’état physiologique doit s’adapter. La transformation s’opère en sept phases à mesure que la Lumière pénètre dans les organes contrôlés par les systèmes de plexus. Le chemin débute par la diminution des influences terrestres que nous captons par la respiration dans notre champ de vie. Le développement du sacrifice de soi aidera grandement dans cette première étape. Puis suit le rétablissement de l’unité de la tête et du cœur caractérisé par la fin des conflits entre raison et sentiments. La Lumière divine ne pénètre que dans un cœur apte à la recevoir. A travers le larynx, situé entre la tête et le cœur, l’état réel de nos pensées et de nos sentiments se révèle par le Verbe, la Parole libératrice, la parole du Cœur qui a réalisé son union avec la tête.

La relation entre les aspects de la conscience est extrêmement complexe.Pour en faciliter la visualisation, l’École considère que la personnalité ordinaire comporte deux pôles, celui du chandelier de la tête et celui du chandelier du sacrum. Ils sont reliés par les moyens de communication de l’axe cérébro-spinal, le feu du serpent. Par le pôle de la tête, nous captons les forces de notre champ de vie et nous établissons cette relation. Par le pôle du sacrum, nous captons les antiques forces venant de notre passé karmique, nous en formons aussi le feu du serpent, et nous rejetons tout ce qui n’est pas en harmonie avec notre état actuel de vie.

Il faut fonder un nouveau système attractif.L’élève pose le fondement d’un nouveau système attractif qui demeure bipolaire.Le pôle de la tête est la branche centrale du chandelier de la tête. Nous savons qu’il est allumé par le feu gnostique venu du cœur. L’autre pôle est le plexus sacré purifié. Le système relationnel naturel, que l’École symbolise par le feu du serpent circulant dans la moelle épinière, ne peut plus être utilisé, car il est l’instrument corporel de l’exercice de la volonté personnelle et de la conscience ordinaire. Une nouvelle relation est donc établie.

A sa naissance, le nouveau système est incomplet.Il ne peut pas être alimenté par le cerveau qui reste inaccessible à la Gnose tant qu’il est la voie de pénétration des forces naturelles vers l’être aural. Le développement du nouvel état se fait à partir de la Rose du cœur. De là, les forces de lumière s’efforceront d’atteindre le cerveau puis circuleront dans le corps tout entier. L’École symbolise cette situation en considérant qu’elle se fait à travers les cordons droit et gauche du nerf sympathique. Le nouveau système relationnel, le nouveau feu du serpent, partant du pôle de la tête, descend du coté droit jusqu’au pôle du sacrum, puis remonte par la gauche jusqu’au point de départ, vivifiant en chemin tous les autres plexus. Le développement prénatal de la nouvelle âme s’accomplit entièrement en dehors de la conscience ordinaire, et c’est pourquoi l’on parle d’un développement non-conscient de l’âme.

C’est la Gnose qui lutte contre le Karma.Quand le courant gnostique descendant atteint le plexus sacré, le pôle bas de l’axe de conscience, il entre en lutte avec le karma accumulé depuis un passé immémorial. Ce n’est plus le moi qui combat, c’est la Gnose. Elle brise tous les liens karmiques de l’élève. Désormais, l’âme est totalement libérée du passé et de ses influences. Le plexus sacré est accessible à la lumière. Le courant gnostique remonte jusqu’en haut du pôle cérébral de l’axe de conscience, le sommet du chandelier. Le signe du Fils de l’Homme flamboie sur le front. Puis le courant gnostique atteint le chakra-couronne que l’École situe sur la pinéale. Le pôle de la tête est alors totalement ouvert à la lumière. Les forces gnostiques y pénètrent directement, sans plus transiter par le cœur.

Les kundalini sont des forces incomparables.Une force immense, la kundalini du cœur, existe dans la partie du cœur où l’on situe le Bouton de la Rose, ou atome primordial. Le processus de transfiguration commence lorsque cette force rayonnante commence à s’élever vers la tête. Une autre grande force existe, la kundalini du sacrum. Le processus gnostique, qui a le cœur comme origine, commence par l’éveil de la kundalini du cœur. Il n’utilisera la force de la kundalini du sacrum que sous l’influence de celle du cœur.A ce moment, le cœur et la tête sont déjà tournés vers la volonté divine. Il n’en est pas de même lorsque l’on sollicite directement la kundalini du sacrum par des méthodes et exercices magiques pour en faire monter la puissance dans la tête. Ces pratiques mettent la conscience-moi sous l’emprise du passé karmique de l’être aural. Elles emprisonnent l’âme dans la sphère astrale terrestre.

L’âme du chercheur renaît.Lorsque les deux pôles de la personnalité sont unis par le nouveau feu du serpent et reçoivent la force de la kundalini du sacrum, l’âme du chercheur est renée. Les liens de conscience reliant entre eux les aspects de l’âme, sang, fluide nerveux, fluide hormonal, feu du serpent, sont liés au champ de vie gnostique. L’École dit que le sens de rotation des chakras est inversé. Ces roues tournaient dans le sens de la mort. Elles se sont arrêtées, puis tournent dorénavant vers la vie. La partie supérieure de la personnalité, le chandelier de la tête, peut rayonner la Lumière gnostique. La nouvelle communication, le nouveau serpent de feu, s’établit. La nouvelle âme va naître. La cinquième phase s’accomplit.

La nouvelle âme apparaît dans le vieil homme.L’ancienne âme de la personnalité-moi est disparue. L’élève est maintenant porteur de la lumière divine. De la nouvelle âme émanent de nouveaux pouvoirs de conscience, et tous les organes du sanctuaire de la tête, pensée, volonté, perception, deviennent régénérateurs. Une nouvelle personnalité doit être crée dans la nouvelle âme puisque l’ancienne personnalité est disparue. Cette sixième phase de l’initiation est symbolisée par la Crucifixion. Elle est la dissolution consciente du vieil homme. En effet, cette partie du système microcosmique, encore dégénérée, n’est pas en mesure de participer à la vie divine. Alors la Renaissance s’accomplit.

La personnalité nouvelle se lève dans le Microcosme.Voilà le secret véritable des alchimistes qui prétendaient fabriquer l’or en transmutant de vils métaux.Sous l’influence des nouvelles forces reçues, les douze éthers du renouvellement, la partie naturelle, mortelle, et impie du Microcosme, la tombe, doit être trouvée vide. Les pouvoirs du vieil homme sont anéantis et la personnalité nouvelle se lève dans le Microcosme. C’est le renoncement total, définitif à soi-même, à l’ancien, au terrestre, qui rend possible la Résurrection, la septième phase.

Par la Résurrection, l’Âme nouvelle se crée par elle même. Elle est de nouveau accordée au Plan divin. Les forces de la Nature originelle pénètrent dans le Microcosme. Elles vont permettre la Résurrection de l’Homme Originel. Avec les sept chakras, elles vont former le nouveau corps éthérique et le nouveau corps physique de la personnalité transfigurée …

Kundalini : » Il existe trois centres de kundalini dans lesquels cette pure Force divine peut agir : le cœurla tête et le bassin ou sacrum. Ces trois centres sont, chez l’homme dialectique, totalement prisonniers de la sphère astrale terrestre. La tête est prisonnière du champ astral terrestre, le bassin ou sacrum, totalement sous l’emprise du karma et le cœur est si souillé qu’il ne répond plus qu’à ce que la tête lui impose.

Seul le cœur possède encore un certain degré de liberté par la présence de la Rose.

La plupart des chemins de réalisation occulte, de nombreux systèmes de yoga, tentent de faire accéder ceux qui s’y appliquent à une imitation de renaissance. Des exercices permettent de faire remonter le courant de kundalini du sacrum, par le feu du serpent, jusqu’à la quatrième cavité cérébrale et finalement jusqu’à la pinéale. Tout le sanctuaire de la tête est alors admis dans le même champ de vibration que celui de la kundalini du bassin et l’être entier est envahi par le flot du passé microcosmique et de ce que porte son être aural.C’est ainsi qu’apparaît la conscience des domaines supérieurs de la sphère réflectrice avec ses légions de dieux et de maîtres. L’emprise dialectique des forces naturelles est alors fermement établie dans le pôle inférieur par l’être aural, et dans la tête par le champ astral terrestre.Le candidat est définitivement perdu pour la Libération.

Mais le processus de Renaissance gnostique a lieu tout autrement. Il débute toujours dans le cœur où, par l’activité de l’Atome-étincelle-Esprit, s’éveille la pure Kundalini du cœur. Elle influence le sanctuaire de la tête. La Lumière de la Gnose réalisant l’unité tête-coeur, descend alors jusqu’au plexus sacré par le cordon droit du sympathique et à l’inverse du processus occulte, purifie successivement, par ce courant gnostique venu du cœur, les différents chakras, pour enfin anéantir le passé karmique du plexus sacré. Elle remonte alors par le courant gauche du sympathique et atteint finalement la pinéale dont le rayonnement devient éclatant. Le système du candidat désormais entièrement libre, tant de l’être aural que de la sphère astrale terrestre, s’éveille à la Lumière Gnostique du Domaine de Vie originelle. »et Occultisme : « Pratique de diverses méthodes reposant sur la culture et l’affinement du moi afin de développer les pouvoirs subtils de la personnalité.Ce détournement occulte des fonctions spirituelles latentes de la personnalité qui devraient être éveillées et dirigées par l’Âme, relie celui qui pratique ces méthodes à divers plans subtils de la sphère réflectrice et le conduit à une illusion de liberté au prix de la perte de la possibilité d’éveil.L’occultisme est donc à distinguer fondamentalement de la Magie gnostique de l’Âme. « 

Ésotérisme : » C’est la compréhension intérieure des choses spirituelles. C’est la langue de l’Esprit. L’Ésotérisme véritable vient de la prise de conscience qu’une Connaissance qui dépasse totalement notre vision dualisée du monde peut seule permettre l’Unité du Cœur et de la Tête renouvelés, l’unité de l’Amour et de la Sagesse.Son aspect dégradé correspond à l’attrait pour les connaissances occultes, en relation avec le passé karmique accumulé dans l’être aural. « 

KUNDALINI et l’énergie au sein du corps humain :

L’Énergie, au sein de l’organisme humain, c’est une réalité plus réelle que la coagulation de chair qui en est issue. En clair, on peut considérer l’être humain comme une « pile électrique », à sa naissance il a 100% de son Capital Énergie Nécessaire pour se faire fonctionner en toute indépendance et se recharger librement à L’ÉNERGIE UNIVERSELLE ; c’est si l’on peut dire sa Masse Positive Créatrice (Union du Plus et du moins en PARFAITE HARMONIE)…..

Mais au fur et à mesure de sa Croissance ET de ses expériences de Vie dans l’Espace et le temps, toutes sortes de stress, de désirs, de sentiments et d’ambitions, peu à peu lui épuisent son Capital Énergie Initial, et plus il laisse son Capital Énergie diminuer et s’affaiblir, plus sa Masse Positive Créatrice diminue et s’affaiblit aussi, devenant peu à peu un petit peu plus négative que positive ; ce qui amène alors des sentiments et des pensées négatives qui continuent de lui gaspiller de l’énergie qu’il cherchera à compenser par une dépense d’énergie supérieure, entraînant par là même un gaspillage plus grand, et là même où il croyait précisément endiguer sa perte d’Énergie……

Si l’Homme (toujours hommes et femmes dans ce texte) avance sans cesse ainsi dans la Vie, sans jamais renouveler son Énergie à SOURCE ÉNERGIE PREMIÈRE CRÉATRICE de toutes Énergies, alors tôt ou tard, son désir de vivre ira puiser de l’énergie directement dans ses organes vitaux et plus ceux ci devront fournir de l’énergie, sans jamais en recevoir de renouvelée en retour, plus ils s’altéreront de même ; c’est ce qui amène les névroses, les maladies et les angoisses qui affaiblissent encore plus la Masse Positive Créatrice en masse négative, engendrant encore plus des sentiments et des pensées négatives quand ce n’est pas des pulsions négatives destructrices, que l’Homme cherche encore trop souvent à éviter par une dépense d’énergie plus grande encore, en cherchant à les contrecarrer, épuisant par là de plus en plus, un peu plus chaque jour son Précieux Capital d’Énergie Initial donné…..

C’est Ce Phénomène qui confronte tout être humain dans sa Croissance et dans sa méconnaissance profonde du fait qu’il n’est pas que corps, mais qu’il est aussi et surtout Énergie et que le corps mal vécu, (en non CONSCIENCE D’ÉNERGIE et qui gaspille et ou néglige son énergie), il peut être un vase percé qui laisse fuir le meilleur de lui même ; tout comme un corps bien vécu (en CONSCIENCE D’ÉNERGIE et qui renouvelle son énergie) peut être un puissant TRANSFORMATEUR pour renouveler son précieux Capital Énergie de Vie à L’INFINI, pour peu qu’il apprenne sereinement à bien se maîtriser contre tout ce qui va à perte d’énergie en VANITÉ.

Le Feu de l’Etoile :

Dans la Genèse (IV, 17-18 ; V, 6-26), les lignées de descendance sont données depuis Caïn (KA – UN) et depuis son demi-frère Seth, mais il est instructif de noter que, durant les premières générations, les noms détaillés dans chaque liste sont très similaires, bien que données dans un ordre différent. Au vu de ceci, il a été souvent suggéré que la lignée depuis Seth jusqu’à Noé fût imaginée par les rédacteurs de la Bible dans l’intention d’éviter de montrer la véritable descendance. Mais, si cela était le cas, alors quelque chose dut transpirer durant la vie de Noé qui amena l’héritage de son fils Sem à être dissimulé – et la réponse est trouvée dans la Genèse (IX, 4).

A ce stade de l’histoire de la Famille, Jéhovah (ENLIL) est censé avoir dit à Noé :  » Vous ne mangerez point de la chair avec son âme, c’est à dire son sang », un édit qui devint expressément important pour la manière de vivre ultérieure des Juifs. Mais pourquoi Jéhovah serait-il devenu soudain obsédé par l’interdiction d’ingérer du sang, tout en autorisant ses sujets à manger de la viande ? Depuis des générations, les chercheurs et écrivains ayant planché sur ce thème n’ont trouvé aucune tradition particulière qui en serait la source logique ; par contre, certains d’entre-eux, dont le philosophe Neil Freer, ont dit que la remarquable longévité de la race des Nephilim était explicitement liée à une substance ingérée…

C’est depuis longtemps une coutume juive de suspendre la viande pour qu’elle saigne à blanc avant la cuisson et la consommation, mais par contraste, la foi chrétienne est concernée par l’ingestion figurative du sang du Christ.

Effectivement, dans la tradition chrétienne, il est coutume de prendre le sacrement de la communion (l’Eucharistie) pendant laquelle le vin (représentation symbolique du sang de Jésus, sang de vie de la lignée messianique) est bu dans le calice sacré. Se pourrait-il donc que cette coutume chrétienne moderne reflète inconsciemment un rituel d’avant Noé d’ingérer du sang en réalité ? Si oui, alors nous savons qu’ésotériquement, le calice, symbole exclusivement féminin, est l’emblème de la matrice féminine (clitoris-vagin-utérus), ce qui nous amène au concept du sang menstruel féminin divinisé du temps des Anunnaki puisque vénéré comme étant la « source de vie » en cette lointaine époque.

Et la réponse à cette question est bien OUI, car c’était précisément là, aussi rebutant que cela puisse paraître, la coutume sumérienne de célébration du « Feu de l’Etoile ».

Peu d’entre-nous aujourd’hui se soucient de demander quelles sont les sources ultimes de bien des suppléments nutritionnels de l’industrie pharmaceutique, et ceux qui savent sont généralement réticents à nous le dire. L’hormone prémarine, par exemple, est faite depuis l’urine de juments pleines, alors que certaines formes d’hormones de croissance et d’insuline sont fabriquées à partir de l’E. Coli, une bactérie fécale humaine, sans parler de traitements régénérateurs ou d’anti-vieillissement à base de placenta humain !

Avant de considérer cette pratique archaïque en détail, il vaut la peine de nous remémorer que l’Édit demandant de s’abstenir de sang, sans plus d’autres précisions, venait non pas d’Enki le Sage, mais d’Enlil-Jehovah, le dieu de courroux et de vengeance qui avait provoqué le Déluge, semé la destruction à Ur et à Babylone, et entrepris de tromper Adam à propos de l’Arbre de la Connaissance. Ce n’était pas là un dieu qui aimait les êtres humains et les documents sumériens sont on ne peut plus clair à ce sujet. S’il avait interdit l’ingestion de sang, il est donc probable que ce n’était pas un édit au bénéfice de Noé et de ses descendants, c’était plus probablement à leur détriment.

Le Feu de l’Etoile menstruel est l’Élixir Rubeus de la Déesse, considéré essentiellement comme intelligence fluide. Il fut originellement représenté par l’œil qui voit tout : le point au centre d’un cercle, ou par la croix ardente, la rosi-crucis, ou croix cerclée, précisément comme représentée sur la Marque de Caïn. Ces symboles furent plus tard utilisés par les Écoles de Mystères de l’Ancienne Égypte, particulièrement celle du prêtre-prince Ankhfn-Khonsu, circa 2170 av. J.C., qui fut formellement établie comme Cour du Dragon par la Reine Sobeknefru de la XIIè dynastie.

Une autre des plus remarquables Écoles de Mystères fut la Grande Fraternité Blanche du pharaon Thoutmosis III, circa 1450 av. J.C. – appelée ainsi officiellement à cause des vêtements blancs portés par les hiérophantes mais plus officieusement et donc réellement à cause de leur préoccupation pour une mystérieuse poudre blanche. Selon la Grande Loge Suprême de l’Ordre Ancien et Mystique de la Rose-Croix, ils étaient 39 hommes et femmes qui siégeaient au Temple de Karnak à Louxor. Une branche de cet Ordre devint connue plus généralement sous le nom de Thérapeutes Égyptiens qui, à Héliopolis et en Judée, furent ensuite identifiés comme les Esséniens. C’était dans cette Fraternité Blanche de sages thérapeutes et guérisseurs, les vrais rose-croix originels, que Jésus fut initié pour progresser par degrés, et c’est son haut rang à cet égard qui lui valut l’appellation si souvent utilisée de « Maître ». Le terme ESSÉNIEN provient de l’araméen ASAYYA signifiant médecin, correspondant au mot grec ESSENOI, tout en dénotant aussi quelque chose d’ESSAIOS, c’est à dire quelque chose de secret et/ou de mystique. Dans la tradition scandinave, les dieux sont appelés les ASES ou ASEN, les gardiens de la pureté et le mot, sémantiquement, a une racine similaire.

Avec le double serpent et le caducée, emblème du « Cygne » mystique, et symbole des futures associations médicales, le Feu de l’Etoile était ainsi associé à la guérison thérapeutique. En Europe, le culte catholique romain en dissimula la haute valeur et la signification première en répandant l’ignorance et la désinformation ; il fut donc détourné comme étant la croix de Saint Georges qui, on le suppose, perça et empala un dragon. Dans la Tradition originelle, la croix aux branches égales était identifiée avec Enki-Samael qui féconda la Reine Dragon, et le dragon était toujours femelle car la royauté était matrilinéaire dans la Lignée de Tiâmat. Comme les lignées d’un même sang sont, par leur nature même, matrilinéaires, ce n’est pas une coïncidence qu’une mère dans le domaine animal soit désignée comme « dame » en opposition au « sire » ou « sieur » paternel, car « dame » était bien sûr le mot pour « sang ». Dans les cercles de chevalerie, ces définitions furent adoptées pour devenir les désignations familières « Sire » ou « Sieur » et « Dame ». Le dragon est manifeste dans la constellation du Dragon, connue comme le Serpent dans le Ciel, qui tourne autour du pôle nord, sa révolution constituant la première horloge jamais inventée.

En termes stricts, le Feu de l’Etoile originel était l’essence lunaire de la Déesse, mais même en un environnement terrestre, le sang menstruel contient les sécrétions endocrines les plus précieuses, particulièrement celles des glandes pituitaire et pinéale. Fait ou fiction, de manière intéressante, le sang menstruel coagulé fut littéralement décrit comme étant collecté pour des femmes guérisseuses des fins fonds de l’Australie, car il est reconnu comme ayant d’extraordinaires pouvoirs de guérison sur les plaies ouvertes. Dans les cercles mystiques, le flux menstruel a depuis longtemps été la fleur, représentée par un lys ou une fleur de lotus. La glande pinéale du cerveau fut directement associée à l’Arbre de Vie car cette minuscule glande était dite secréter le « nectar de suprême excellence », la substance même de longévité active appelée SOMA ou AMBROSIA par les anciens grecs.

Le double serpent Kundalini enroulé autour du caducée ailé de Mercure-Thot-Hermès (l’Arbre de la Connaissance) ont été représentés dans l’insigne de nombreuses associations médicales de par le monde. La hampe centrale et les serpents sont là le symbole atlanteo-anunnaki antédiluvien de la moelle épinière et du système nerveux sensitif, alors que les 2 ailes indiquent les structures ventriculaires latérales du cerveau. Entre ces ailes, au-dessus de la moelle épinière, on voit la petite sphère centrale de la glande pinéale. La combinaison de la pinéale centrale et de ses ailes latérales est appelée le « Cycgne » dans certains cercles de yoga. C’est la plus haute conscience du royaume du Graal à laquelle sont parvenus les Chevaliers du Cygne médiévaux, donnés pour exemple dans les personnages chevaleresques de Perceval et Lohengrin.

Dans la tradition hermétique des anciennes écoles égyptiennes de mystères, ce processus d’atteinte de l’éveil de la conscience (illumination) était d’une importance capitale, avec la régénération spirituelle prenant place par degrés le long des 33 vertèbres jusqu’à atteindre la glande pituitaire invoquant le corps pinéal. La science de cette régénération est l’un des aspects de la « Parole Perdue » dune franc-maçonnerie qui n’est plus OPÉRATIVE puisque devenue spéculative, et par conséquent incapable de faire vivre à ses membre la véritable illumination, et c’est bien là la véritable raison pour laquelle l’ancienne maçonnerie fut fondée sur 33 degrés.

La pinéale est une très petite glande, en forme de pomme de pin. Elle occupe la position centrale dans le cerveau, bien qu’en dehors des ventricules et ne faisant pas partie de la matière grise en tant que telle. Environ de la taille d’un grain de maïs (6mm de long et à peine 1g de poids), le philosophe français René Descartes (1596-1650), inventeur de la géométrie analytique et fondateur de la science optique, pensa qu’elle était le siège de l’âme, point sur lequel le corps et l’esprit se rejoignent ! Bien avant lui, les anciens grecs pensaient de même, et au IVème siècle av. J.C., Herophilus décrivit la pinéale comme l’organe régulant le flot de la pensée. La glande pinéale a longtemps intrigué les anatomistes parce que, alors que le cerveau est constitué de deux moitiés principales, la pinéale, placée en position centrale, n’a aucune contrepartie.

Aux jours de l’ancienne Sumer, les Anunnaki perfectionnèrent et élaborèrent une science médicale se ramifiant par substances vivantes, dont le Feu de l’Etoile menstruel était une source-composante vitale. Au tout début, c’était une pure essence lunaire Anunnaki appelée « l’Or des Dieux », mais plus tard, en Égypte et autour de la Méditerranée, les menstrues provenaient des prêtresses sacrées (Femmes Ecarlates) et on leur conférait la dignité en tant que « nourriture des dieux, riche de la matrice ». Le mot même de « rituel » provient de cette coutume immémoriale, en sanskrit « RITU » – l’or rouge, vérité. Les suppléments endocriniens sont utilisés de nos jours par l’industrie de l’organo-thérapie mais leurs sécrétiens inhérentes comme la mélatonine et la sérotonine sont obtenues par dessiccation des glandes d’animaux morts et il leur manque des éléments vraiment importants qui existent seulement par fabrication glandulaire humaine vivante.

Dans le symbolisme du feu alchimique, la couleur rouge est synonyme de l’or-métal, et dans les tantras indiens, le rouge est la couleur de la déesse Kali, déesse du temps, des saisons, des périodes et des cycles. Point n’est besoin de chercher plus loin que la simplicité de tout bon dictionnaire pour trouver la menstruation (menstruum) décrite comme étant un parallèle alchimique avec la transmutation en or. Par conséquent les « métaux » des alchimistes étaient, d’abord, non pas de vulgaires métaux, mais des essences vivantes, et les anciens mystères étaient de nature physique et non métaphysique. Le mot « SECRET », d’où peut être tiré « SECRÉTIONS », a son origine dans la connaissance cachée de ces mêmes secret-ions glandulaires. La vérité (le ritu ou rougeur) se révèle comme matière physique sous la forme du plus pur des métaux : l’or, qui est estimé être terminalement noble.

Le mot « AMEN » récupéré par le culte catholique romain, a son origine en Égypte pour signifier quelque chose de caché ou de dissimulé. Le mot « OCCULTE » voulait à peu près dire la même chose : « caché à la vue », et pourtant on utilise aujourd’hui AMEN pour conclure des hymnes ou des prières., tandis que quelque chose d’occulte est désormais estimé être sinistre. En réalité ces deux mots (AMEN et OCCULTE) sont liés au mot « SECRET », et chacun de ces trois mots était, à un moment ou à un autre, connecté avec la science mystique des sécrétions endocrines.

Puisque KALI était « noire mais belle », le mot anglais « coal » (signifiant « charbon », et dénotant la « noirceur ») provient de son nom via les mots intermédiaires KHUL, KHOL, et KOL. Dans la tradition hébraïque, la Bath-Kol céleste (ou Bath-Qoul) était appelée « la fille de la voix » et la voix (vach ou vox) qui appelait depuis la noirceur était dite trouver son origine durant la puberté d’une femme. La matrice féminine fut en conséquence associée avec la voix (qoul ou call, verbe « appeler » en anglais) et on disait que le Feu de l’Etoile était le « mot oracle de la matrice », avec la matrice elle-même étant le « utterer » (en anglais, celui qui « prononce » ou qui « profère ») ou utérus. Dans les toutes premières écoles de mysticisme, le symbole du « Verbe » (ou Logos) était le serpent : l’emblème vénéré du Saint Esprit, le Dragon qui se mouvait à la surface des eaux.

Les Femmes Écarlates étaient ainsi appelées parce qu’elles étaient source directe du Feu de l’Etoile des prêtresses. Elles étaient connues en grec comme HIERODULAI (femmes sacrées), un mot plus tard transformé en en anglais, via le français médiéval, en HARLOT (signifiant prostituée en anglais) ; en viel allemand, elles étaient appelées HORES signifiant « les bien-aimées », mot plus tard anglicisé en WHORES signifiant putains. Comme mis en évidence dans le « Dictionnaire Étymologique » de Skeat, ces mots de haute vénération n’étaient jamais interchangeables avec des mots infamants tels que « putain, salope, prostituée, femme adultère », et cette association courante de nos jours fut le fruit de la stratégie machiavélique inventée par l’église catholique romaine pour dénigrer le noble statut de ces femmes con-sacrées, les prêtresses. Voyez les dégâts occasionnés au psychisme collectif humain quant à la notion du « Principe Divin Féminin » par l’oligarchie des prêtres misogynes de l’Emporium roman-babylonien !

La suppression dans le domaine public de la connaissance de la tradition authentique, notamment celle traitant du Feu de l’Etoile, survint lorsque la science des premiers adeptes et des chrétiens gnostiques ultérieurs fut étouffée par les faussaires de la chrétienté historique. une certaine quantité de gnose (connaissance) originelle est préservée dans la tradition rabbinique, mais en général les Juifs et les Chrétiens conventionnels firent tout ce qui était en leur pouvoir pour dénaturer et détruire toutes traces de l’Art ancien.

La tradition des Vierges de Feu fut plus tard adoptée superficiellement à Rome, où les six Vestales Vierges servaient par périodes individuelles de trente années, mais la signification réelle de leur fonction avait été perdue. Le mot « VESTA » dérivait d’une ancienne racine orientale signifiant « FEU », d’où les allumettes sont toujours appelées aujourd’hui « vestas ». Vesta fut aussi une déesse troyenne du feu, et des cierges allumés (symbole phallique) étaient utilisés pour la vénération de sa flamme éternelle. C’était cette coutume des Vestales que, plus tard, l’église catholique romaine pervertit pour devenir le rituel d’allumage des cierges de la moderne « églisianité ».

En plus d’être l’Or des Dieux, la menstruation était appelée le « Véhicule de Lumière », étant source première de manifestation, et en cette optique, directement assimilée aux eaux mystiques de la Création, le flux de la Sagesse Eternelle. La Lumière était aussi assimilée à un serpent nommé KUNDALINI, dont les Indiens mystiques disent qu’il est enroulé à la base de l’épine dorsale, lové et totalement endormi à l’intérieur de l’os du Sacrum (sacrum signifiant sacré !) chez une personne non éveillée spirituellement.

La Kundalini, ou pouvoir magique de l’organisme humain, n’acceptant de se réveiller que par la volonté et par le sang, véhicule de l’esprit. La glande pinéale est le canal de l’énergie spirituelle directe et ne peut être motivée que par une introspection constante de soi-même. Cela n’a rien d’un processus mental évident, mais une conscience évacuée de toutes pensées, un plan informel de pur être que nul gourou ne peut enseigner ; fuyez donc tout stage d’éveil de Kundalini, quelles que soient les promesses formulées.

C’était ce concept même « d’être » ou d’auto-réalisation qui posa un problème important à Enlil, dont l’objectif était de conserver le contrôle du troupeau de « lulus » (les humains).

Par contraste, son frère Enki-Samael savait que les humains qui partageaient de l’Arbre de la Connaissance et de l’Arbre de Vie pouvaient devenir eux-mêmes presque comme eux, les « dieux » Anunnaki. Même Enlil-Jehoval l’avait reconnu, disant : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous » (Genèse III, 22). On disait dans les temps anciens que rien n’est obtenu simplement en désirant ou en déléguant par prière la responsabilité à une autorité supérieure, le « vouloir » étant médium de décision du moi.

C’est là le chemin de la vraie connaissance : « Aide toi et le Ciel t’aidera » car le seul véritable « DIEU » est le dieu intérieur, l’Esprit dont une parcelle habite le cœur de chaque être humain, l’Atome Primordial contenu en tout minéral, végétal, animal : Dieu, Conscience Infinie Absolue, le KIA ou IAW égyptien d’où découla AEIOU, le vrai YHVH.

Merci Jacques de ce partage .. intéressant ….

545108_436855539664887_768613348_n

du blog  » www.gadlu.info  » – 22 décembre, 2011

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

 

Voici une Signification des 33 degrès de la Franc-Maçonnerie (R.E.A.A. : Rite Écossais Ancien et Accepté)  dit « Hauts Grades » toute particulière, exprimée par Samuel Paul Rosen dans «  Satan et Cie. Association universelle pour la destruction de l’ordre social. Révélations complètes et définitives de tous les secrets de la franc-maçonnerie « .

Samuel Paul Rosen (1840 à Varsovie en Pologne – 1907) est un ancien rabbin, imposteur et activiste des milieux antimaçonniques1 qui joua un rôle d’inspirateur autour de Léo Taxil.

du blog

Cette signification « anti-maçonnique » a été maintes et maintes fois reprise par les sites et blogs anti- »tout ».

1er degré : Exploitation vicieuse de la Curiosité.

2e degré : Exploitation vicieuse de l’Ambition.

3e degré : Exploitation vicieuse de l’Orgueil.

4e degré : Glorification de l’Athéisme & de l’Anarchie.

5e degré : Mort à toute Religion (L’Athéisme obligatoire).

6e degré : Glorification de la Vengeance.

7e degré : Glorification du Mal.

8e degré : Guerre au Bien.

9e degré : Guerre à la Chasteté.

10e degré : Guerre à la Loyauté.

11e degré : Guerre au Droit Social.

12e degré : Guerre à la Propriété Sociale.

13e degré : Tout à la Corruption.

14e degré : Exploitation corruptrice des Théories déistes.

15e degré : Exploitation corruptrice des Pratiques déistes.

16e degré : Exploitation corruptrice du Rationalisme.

17e degré : Exploitation corruptrice du Patriotisme.

18e degré : Exploitation corruptrice du Collectivisme.

19e degré : Glorification de la Perversion.

20e degré : Perversion des Masses Populaires.

21e degré : Perversion par les Passions & les Appétits.

22e degré : Perversion des classes dirigeantes.

23e degré : Perversion des Institutions.

24e degré : Perversion de la Liberté.

25e degré : Perversion de L’Égalité.

26e degré : Perversion de la Fraternité.

27e degré : Perversion de L’Intellectualité.

28e degré : Glorification du Naturalisme.

29e degré : La négation du Créateur.

30e degré : Glorification de l’Hypocrisie.

31e degré : Parodie avilissante de la Justice.

32e degré : Parodie avilissante de la Légalité.

33e degré : Glorification de Satan.


 

Source, le site à parcourir : http://www.gadlu.info/signification-des-33-degres-de-la-franc-maconnerie.html

Du Jeu des Tarots. 10 octobre, 2009

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Court de Gébelin, Antoine: Monde primitif, analysé et comparé avec le monde moderne
vol. 8, tom. 1, Paris 1781
Considéré dans divers objets concernant l’histoire, le blason, les monnoies, les jeux, les voyages des phéniciens autour du monde, les langues américaines, etc. ou dissertations mêlées
p. 365-410
 
 

Du Jeu des Tarots.

 

tarot.jpg


Où l’on traite de son origine, où on explique ses Allegories, & où l’on fait voir qu’il est la source de nos Cartes modernes à jouer, etc. etc.

1.
Surprise que causeroit la découverte d’un Livre Egyptien.

Si l’on entendoit annoncer qu’il existe encore de nos jours un Ouvrage des anciens Egyptiens, un de leurs Livres échappé aux flammes qui dévotèrent leurs superbes Bibliothèques, & qui contient leur doctrine la plus pure sur des objets intéressans, chacun seroit, sans doute, empressé de connoître un Livre aussi précieux, aussi extraordinaire. Si on ajoûtoit que ce Livre est très-répandu dans une grande partie de l’Europe, que depuis nombre de siècles il y est entre les mains de tout le monde, la surprise iroit certainement en croissant: ne seroit-elle pas à son comble, si l’on assuroit qu’on n’a jamais soupçonné qu’il fût Egyptien; qu’on le possède comme ne le possedant point, que personne n’a jamais cherché à en déchiffrer une feuille: que le fruit d’une sagesse exquise est regardé comme un amas de figures extravagantes qui ne signifient rien par elles-mêmes? Ne croiroit-on pas qu’on veut s’amuser, se jouer de la crédulité de ses Auditeurs?

2.
Ce Livre Egyptien existe.

Le fait est cependant très-vrai: ce Livre Egyptien, seul reste de leurs superbes Bibliothèques, existe de nos jours: il est même si commun, qu’aucun Savant n’a daigné s’en occuper; personne avant nous n’ayant jamais soupçonné son illustre origine. Ce Livre est composé de LXXVII feuillets ou tableaux, même de LXXVIII, divisés en V classes, qui offrent chacune des objetes aussi variés qu’amusans & instructifs: ce Livre est en un mot le JEU DES TAROTS, jeu inconnu, il est vrai, à Paris, mais très-connu en Italie, en Allemagne, même en Provence, & aussi bisarre par les figures qu’offre chacune de ses cartes, que par leur multitude.

Quelqu’étendues que soient les Contrées où il est en usage, on n’en étoit pas plus avancé sur la valeur des figures bisarres qu’il paroît offrir: & telle est son antique origine qu’elle se perdoit dans l’obscurité des tems, qu’on ne savoit ni où quand il avoit été inventé, ni le motif qui y avoit rassemblé tant de figures extraoridnaires, si peu faites ce semble pour marcher de pair, telles qu’il n’offre dans tout son ensemble qu’une énigme que personne n’avoit jamais cherché à résoudre.

Ce Jeu a même paru si peu digne d’attention, qu’il n’est jamais entré en ligne de compte dans les vues de ceux de nos Saans qui se sont occupés de l’origine des Cartes: ils n’ont jamais parlé que des Cartes Françoises, ou en usage à Paris, dont l’origine est peu ancienne; & après en avoir prouvé l’invention moderne, ils ont cru avoir épuisé la matiere. C’est qu’en effet on confond sans cesse l’établissement d’une connoissance quelconque dans un Pays avec son invention primitive: c’est ce que nous avons déjà fait voir à l’égard de la boussole: les Grecs & les Romains eux-mêmes n’ont que trop confondu ces objets, ce qui nous a privé d’une multitude d’origines intéressantes.

Mais la forme, la disposition, l’arrangement de ce Jeu & les figures qu’il offre sont si manifestement allégoriques, & ces allégories sont si conformes à la doctrine civile, philosophique & religieuse des anciens Egyptiens, qu’on ne peut s’empêcher de le reconnoître pour l’ouvrage de ce Peuple de Sages: qu’eux seuls purent en être les Inventeurs, rivaux à cet égard des Indiens qui inventoient le Jeu des Echecs.

Division.

Nous ferons voir les allégories qu’offrent les diverses Cartes de ce Jeu.
Les formules numériques d’après lesquelles il a été composé.
Comment il s’est transmis jusques à nous.
Ses rapports avec un Monument Chinois.
Comment en naquirent les Cartes Espagnoles.
Et les rapports de ces dernieres avec les Cartes Françoises.


Cet Essai sera suivi d’une Dissertation où l’on établit comment ce Jeu étoit appliqué à l’art de la Divination; c’est l’ouvrage d’un Officier Général, Gouverneur de Province, qui nous honore de sa bienveillance, & qui a retrouvé dans ce Jeu avec une sagacité très-ingénieuse les principes Egyptiens sur l’art de deviner par les Cartes, principes qui distinguèrent les premieres Bandes des Egyptiens mal nommés Bohêmiens qui se répandirent dans l’Europe; & dont il subsiste encore quelques vestiges dans nos Jeux de Cartes, mais qui y prêtent infiniment moins par leur monotonie & par le petit nombre de leurs figures.

Le Jeu Egyptien, au contraire, étoit admirable pour cet effet, tenfermant en quelque façon l’Univers entier, & les Etats divers dont la vie de l’Homme est susceptible. Tel étoit ce Peuple unique & profonf, qu’il imprimoit au moindre de ses ouvrages le sceau de l’immortalité, & que les autres semblent en quelque sorte se traîner à peine sur ses traces.

ARTICLE I.
Allégories qu’offrent les Cartes du Jeu de Tarots.

Si ce Jeu qui a toujours été muet pour tous ceux qui le connoissent, s’est développé à nos yeux, ce n’a point été l’effet de quelques profondes méditations, ni de l’envie de débrouiller son cahos: nous n’y pensions pas l’instant avant. Invité il y a quelques années à aller voir une Dame de nos Amies, Madame la C. d’H., qui arrivoit d’Allemagne ou de Suisse, nous la trouvâmes occupée à jouer à ce Jeu avec quelques autres Personnes. Nous jouons à un Jeu que vous ne connoissez sûrement pas… Cela se peut; quel est-il?.. Le Jeu des Tarots… J’ai eu occasion de le voir étant fort jeune, mais je n’en ai aucune idée… C’est une rapsodie des figures les plus bisarres, les plus  extravagantes: en voilà une, par exemple; on eut soin de choisir la plus chargée de figures, & n’ayant aucun rapport à son nom, c’est le Monde: j’y jette les yeux, & aussi-tôt j’en reconnois l’Allégorie: chacun de quitter son Jeu & de venir voir cette Carte merveilleuse où j’appercevois ce qu’ils n’avoient jamais vû: chacun de m’en  montrer une autre: en un quart-d’heure le Jeu fut parcoutu, expliqué, déclaré Egyptien: & comme ce n’étoit point le jeu de notre imagination, mais l’effet des rapports choisis & sensibles de ce jeu avec tout ce qu’on connoît d’idées Egyptiennes, nous nous promîmes bien d’en faire part quelque jour au Public; persuadés qu’il autoit pour agréable une découverte & un présent de cette nature, un Livre Egyptien échappé à la barbarie, aux ravages du Tems, aux incendies accidentelles & aux volontaires, à l’ignorance plus désastreuse encore.

Effet nécessaire de la forme frivole & légere de ce Livre, qui l’a mis à même de triompher de tous les âges & de passer jusques à nous avec une fidélité rare: l’ignorance même dans laquelle on a été jusques ici de ce qu’il representoit, a été un heureux sauf-conduit qui lui a laissé traverser tranquillement tous les Siècles sans qu’on ait pensé à le faire disparoître.

Il étoit tems de retrouver les Allégories qu’il étoit destiné à conserver, & de faire voir que chez le Peuple le plus sage, tout jusqu’aux Jeux, étoit fondé sur l’Allégorie, & que ces Sages savoient changer en amusement les connoisances les plus utiles & n’en faire qu’un Jeu.

Nous l’avons dit, le Jeu des Tarots est composé de LXXVII Cartes, même d’une LXXVIIIe, divisées en Atous & en IV couleurs. Afin que nos Lecteurs puissent nous suivre, nous avons fait graver les Atous; & l’As de chaque couleur, ce que nous appellons avec les Espagnols, Spadille, Baste, & Ponte.

ATOUS.

Les Atous au nombré de XXII, représentent en général les Chefs temporels & spirituels de la Société, les Chefs Physiques de l’Agriculture, les Vertus Cardinales, le Mariage, la Mort & la résurrection ou la création; les divers jeux de la fortune, le Sage & le Fou, le Tems qui consume tout, &c. On comprend ainsi d’avance que toutes ces Cartes sont autant de Tableaux allégoriques relatifs à l’ensemble de la vie, & susceptibles d’une infinité de combinaisons. Nous allons les examiner un à un, & tâcher de déchiffrer l’allégorie ou l’énigme particuliere que chacun d’eux renferme.

No. 0, Zero.
Le Fou.

On ne peut méconnoître le Fou dans cette Carte, à sa marotte, & à son hoqueton garni de coquillages & de sonnettes: il marche très-vîte comme un fou qu’il est, portant derriere lui son petit paquet, & s’imaginant échapper par-là à un Tigre qui lui mord la croupe: quant au fac, il est l’emblême de ses fautes qu’il ne voudroit pas voir; & ce Tigre, celui de ses remords qui le suivent galopant, & qui sautent en croupe derriere lui.

Certe belle idée qu’Horace a si bien encadrée dans de l’or, n’étoit donc pas de lui, elle n’avoit pas échappé aux Egyptiens: c’étoit une idée vulgaire, un lieu commun; mais prise dans la Nature toujours vraie, & présentée avec toutes les graces dont elle est susceptible, cet agréable & sage Poëte sembloit l’avoir tirée de son profond jugement.

Quant à cet Atout, nous l’appellons Zero, quoiqu’on le place dans le jeu après le XXI, parce qu’il ne compte point quand il est seul, & qu’il n’a de valeur que celle qu’il donne aux autres, précisément comme notre zero: montrant ainsi que rien n’existe sans sa folie.

No. I.
Le Jouer de Gobelets, ou Bateleur.

Nous commençons par le no. I. pour suivre jusques au 21, parce que l’usage actuel est de commencer par le moindre nombre pour s’élever de-là aux plus hauts: il paroît cependant que les Egyptiens commençoient à compter par le plus haut pour descendre de-là jusqu’au plus bas. C’est ainsi qu’ils solsifioient l’Octave en descendant, & non en montant comme nous. Dans la Dissertation qui est à la suite de celle-ci, on suit l’usage des Egyptiens, & on en tire le plus grand parti. On aura donc ici les deux manieres: la nôtre la plus commode quand on ne veut considérer ces Cartes qu’en elles-mêmes: & celle-là, utile pour en mieux concevoir l’ensemble & les rapports.

Le premier de tous les Atous en remontant, ou le dernier en descendant, est un Joueur de Gobelet; on le reconnoît à sa table couverte de dés, de gobelets, de couteaux, de bales, &c. A son bâton de Jacob ou verge des Mages, à la bale qu’il tient entre deux doigts & qu’il va escamoter.

On l’appelle Bâteleur dans la dénomination des Cartiers: c’est le nom vulgaire des personnes de cet état: est-il nécessaire de dire qu’il vient de baste, bâton ?

A la tête de tous les Etats, il indique que la vie entiere n’est qu’un songe, qu’un escamotage: qu’elle est comme un jeu perpétuel du hasard ou du choc de mille circonstances qui ne dépenditent jamais de nous, & sur lequel influe nécessairement pour beaucoup toute administration générale.

Mais entre le Fou & le Bateleur, l’Homme n’est-il pas bien:

No. II, III, IV, V.
Chefs de la Société.

Les Numéros II & III représentent deux femmes: les Numéros IV & V, leurs maris: ce sont les Chefs temporels & spirituels de la Société.

Roi & Reine.Le No. IV. représente le Roi, & le III. la Reine. Ils ont tous les deux pour attributs l’Aigle dans un Ecusson, & le sceptre surmonté d’un globe thautifié ou couronné d’une croix, appellée Thau, le signe par excellence.

Le Roi est vu de profil, la Reine de face: ils sont tous les deux assis sur un Trône, La Reine est en robe traînante, le dossier de son  Trône est élevé: le Roi est comme dans une gondole ou chaise en coquille, les jambes croisées. Sa Couronne est en demì cercle surmontée d’une perle à croix. Celle de la Reine se termine en pointe. Le Roi porte un Ordre de Chevalerie.

Grand-Prêtre & Grande-Prêtresse.

Le No. V. représente le Chef des Hiérophantes ou le Grand-Prêtre: le No. II. la Grande-Prêtresse ou sa femme: on sait que chez les Egyptiens, les Chefs du Sacerdoce étoient mariés. Si ces Cartes étoient de l’invention des Modernes, on n’y verroit point de Grande-Prêtresse, bien moins encore sous le nom de Papesse, comme les Cartiers Allemands ont nommé celle-ci ridiculement.

La Grande-Prêtresse est assise dans un fauteuil: elle est en habit long avec une espèce de voile derriere la tête qui vient croiser sur l’estomac: elle a une double couronne avec deux cornes comme en avoit Isis: elle tient un Livre ouvert sur ses genoux; deux écharpes garnies de croix se croisent sur sa poltrine & y forment un X.

Le Grand-Prêtre est en habit long avec un grand manteau qui rient à une agraffe: il porte la triple Thiare: d’une main, il s’appuie sur un Sceptre à triple croix: & de l’autre, il donne de deux doigts étendus la bénédiction à deux personnages qu’on voit à ses genoux.

Les Cartiers Italiens ou Allemands qui ont ramené ce jeu à leurs connoissances, ont fait de ces deux personnages auxquels les Anciens donnoient le nom de Pere & de Mere, comme on diroit Abbé & Abbesse, mots Orientaux signifiant la même chose, ils en ont fait, dis-je, un Pape & une Papesse.

Quant au Sceptre à triple croix, c’est un monument absolument Egyptien: on le voit sur la Table d’Isis, sous la Lettre TT; Monument précieux que nous avons déjà fait graver dans toute son étendue pour le donner quelque jour au Public. Elle a rapport au triple Phallus qu’on promenoit dans la fameuse Fête des Pamylies où l’on se réjouissoit d’avoir retrouvé Osiris, & où il étoit le symbole de la régénération des Plantes & de la Nature entiere.

No. VII.
Osiris Triomphant.

Osiris s’avance ensuite; il paroît sous la forme d’un Roi triomphant, le Sceptre en main, la Couronne sur la tête: il est dans son char de Guerrier, tiré par deux chevaux blancs. Personne n’ignore qu’Osiris étoit la grande Divinité des Egyptiens, la même que celle de tous les Peuples Sabéens, ou le Soleil symbole physique de la Divinité suprême invisible, mais qui se manifeste dans ce chef-d’oeuvre de la Nature. Il avoit été perdu pendant l’hyver: il reparoît au Printems avec un nouvel éclat, ayant triomphé de tout ce qui lui faisoit la guerre.

No. VI.
Le Mariage.

Un jeune homme & une jeune femme se donnent leur foi mutuelle: un Prêtre les bénit, l’Amour les perce de ses traits. Les Cartiers appellent ce Tableau, l’Amoureux. Ils ont bien l’air d’avoir ajouté eux-mêmes cet Amour avec son arc & ses flèches, pour rendre ce Tableau plus parlant à leurs yeux.

On voit dans les Antiquités de Boissard [T. III. Pl. XXXVI.], un Monument de la même nature, por peindre l’union conjugale; mais il n’est composé que de trois figures.

L’Amant & l’Amante qui se donnent leur foi: l’Amour entre deux sert de Tèmoin & de Prêtre.

Ce Tableau est intitulé Fidei Simulacrum, Tablèau de la Foi conjugale: les personnages en sont désignés par ces beaux noms, Vérité, Honneur & Amour. Il est inutile de dire que la vérité désigne ici la femme plutôt que l’homme, non-seulement parce que ce mot est du genre féminin, mais parce que la Fidelité constante est plus essentielle dans la femme. Ce Monument précieux fut élevé par un nommé T. Fundanius Eromenus ou l’aimable, à sa très-chere Epouse Poppée Demetrie, & à leur fille chérie Manilia Eromenis.

Planche V.
No. VIII. XI. XII. XIII.
Les quatre Vertus Cardinales.

Les Figures que nous avons réunies dans cette Planche, sont relatives aux quatre Vertus Cardinales.

No. XI. Celle-ci représente la Force. C’est une femme qui s’est rendue maitresse d’un lion, & qui lui ouvre la gueule avec la même facilité qu’elle ouvriroit celle de son petit épagneul; elle a sur la tête un chapeau de Bergere.

No. XIII. La Tempérance [recte: XIV]. C’est une femme aîlée qui fait passer de l’eau d’une vase dans un autre, pour tempérer la liqueur qu’il renferme.

No. VIII. La Justice. C’est une Reine, c’est Astrée assise sur son Trône, tenant d’une main un poignard; de l’autre, une balance.

No. XII. La Prudence est du nombre des quatre Vertus Cardinales: les Egyptiens purent-ils l’oublier dans cette peinture de la Vie Humaine ? Cependant, on ne la trouve pas dans ce Jeu. On voit à sa place sous le No. XII. entre la Force & la Tempérance, un homme pendu par les pieds: mais que fait-là ce pendu ? c’est l’ouvrage d’un malheureux Cartier présomptueux qui ne comprenant pas la beauté de l’allégorie renfermée sous ce tableau, a pris sur lui de la corriger, & par-là même de le défigurer entierement.

La Prudence ne pouvoit être représentée d’une maniere sensible aux yeux que par un homme debout, qui ayant un pied posé, avance l’autre, & le tient suspendu examinant le lieu où il pourra le placer surement. Le titre de cette carte étoit donc l’homme au pied suspendu, pede suspenso: le Cartier ne sachant ce que cela vouloit dire, en a fait un homme pendu par les pieds.

Puis on a demandé, pourquoi un pendu dans ce Jeu ? & on n’a pas manqué de dire, c’est la juste punition de l’Inventeur du Jeu, pour y avoir représenté une Papesse.

Mais placé entre la Force, la Tempérance & la Justice, qui ne voit que c’est la Prudence qu’on voulut & qu’on dut représenter primitivement ?

Planche VI.
No. VIIII. ou IX.
Le Sage ou le Chercheur de la Vérité & du Juste.

Le No. IX. représente un Philosophe vénérable en manteau long, un capuchon sur les épaules: il marche courbé sur son bâton, & tenant une lanterne de la main gauche. C’est le Sage qui cherche la Justice & la Vertu.

On a donc imaginé d’après cette peinture Egyptienne, l’Histoire de Diògene qui la lanterne en main cherche un homme en plein midi. Les bons mots, sut-tout les Epigrammatiques, sont de tout siècle: & Diogène étoit homme à mettre ce tableau en action.

Les Cartiers ont fait de ce Sage un Hermite. C’est assez bien vu: les Philosophes vivent volontiers en retraite, ou ne sont guères propres à la frivolité du siècle. Heraclide passoit pour fou aux yeux de ses chers Concitoyens: dans l’Orient, d’ailleurs, se livrer aux Sciences spéculatives ou s’Hermetiser, est presque une seule & même chose. Les Hermites Egyptiens n’eutent rien à reprocher à cet égard à ceux des Indes, & aux Talapoins de Siam: ils étoient ou sont tous autant de Druides.

No. XIX.
Le Soleil.

Nous avons réuni sous cette planche tous les tableaux relatifs à la lumiere: ainsi après la lanterne sourde de l’Hermite, nous allons passer en revue le Soleil, la Lune & le brillant Sirius ou la Canicule étincelante, tous figurans dans ce jeu, avec divers emblêmes.

Le Soleil est représenté ici comme le Pere physique des Humains & de la Nature entiere: il éclaire les hommes en Société, il préside à leurs Villes: de ses tayons distillent des larmes d’or & de perles: ainsi on désignoit les heureuses influences de cet astre.

Ce Jeu de Tarots est ici parfaitement conforme à la doctrine des Egyptiens, comme nous l’allons voit plus en détail à l’article suivant.

No. XVIII.
La Lune.

Ainsi la Lune qui marche à la suite du Soleil est aussi accompagnée de larmes d’or & de perles, pour marquet également qu’elle contribue pour sa part aux avantages de la terre.

Pausanias nous apprend dans la Description de la Phocide, que selon les Egyptiens, c’étoient les Larmes d’Isis qui enfloient chaque année les eaux du Nil & qui rendoient ainsi fertiles les campagnes d’Egypte. Les relations de ce Pays parlent aussi d’une Goutte ou larme, qui tombe de la Lune au moment où les eaux du Nil doivent grossir.

Au bas de ce tableau, on voit une Ecrevisse ou Cancer, soit pour marquer la marche rétrograde de la Lune, soit pour indiquer que c’est au moment où le Soleil & la Lune sortent du signe de Cancer qu’arrive l’inondation causée par leurs larmes au lever de la Canicule qu’on voit dans le tableau suivant.

On poutroit même réunit les deux motifs: n’est-il pas très-ordinaire de se déterminer par une foule de conséquences qui forment une masse qu’on seroit souvent bien embarrassé à démêler ?

Le milieu du tableau est occupé par deux Tours, une à chaque extrémité por désigner les deux fameuses colonnes d’Hercule, en-deça & au-delà desquelles ne passerent jamais ces deux grands luminaires.

Entre les deux colonnes sont deux Chiens qui semblent aboyer contre la Lune & la garder: idées parfaitement Egyptiennes. Ce Peuple unique pour les allégories, comparoit les Tropiques à deux Palais gardés chacun par un chien, qui, semblables à des Portiers fideles, retenoient ces Astres dans le milieu des Cieux sans permettre qu’ils se glissassent vers l’un ou l’autre Pôle.

Ce ne sont point visions de Commentateurs en us. Clement, lui-même Egyptien, puisqu’il étoit d’Alexandrie, & qui par conséquent devoit en savoir quelque chose, nous assure dans ses Tapisseries [Ou Stromates, Liv. V.] que les Egyptiens représentoient les Tropiques sous la figure de deux Chiens, qui, semblables à des Portiers ou à des Gardiens fideles, empêchoient le Soleil & la Lune de pénétter plus loin, & d’aller  jusqu’aux Pôles.

No. XVII.
La Canicule.

Ici nous avons sous les yeux un Tableau non moins allégorique, & absolument Egyptien; il est intitulé l’Etoile. On y voir, en effet, une Etoile brillante, autout de laquelle sont sept autres plus petites. Le bas du Tableau est occupé par une femme panchée sur un genou qui tient deux vases renverses, dont coulent deux Fleuves. A côté de cette femme est un papillon sur une fleur.

C’est l’Egyptianisme tout pur.

Cette Etoile, par excellence, est la Canicule ou sirius: Etoile qui se leve lorsque le Soleil sort du signe du Cancer, par lequel se termine le Tableau précédent, & que cette Etoile suit ici immédiatement.

Les sept Etoiles qui l’environment, & qui semblent lui faire leur cour, sont les Planettes: elle est en quelque sorte leur Reine, puisqu’elle fixe dans cet instant le commencement de l’année; elles semblent venir recevoir ses ordres pouir régler leur cours sur elle.

La Dame qui est au-dessous, & fort attentive dans ce moment à répandre l’eau de ses vases, est la Souveraine des Cieux, Isis, à la bienfaisance de laquelle on attribuoit les inondations du Nil, qui commencent au lever de la Canicule; ainsi ce lever étoit l’annonce de l’inondátion. C’est pour cette raison que la Canicule étoit consacrée à Isis, qu’elle étoit son symbole par excellence.

Et comme l’année s’ouvroit ègalement par le lever de cet Affre, on l’appelloit Soth-Is, ouverture de l’année; & c’est sous ce nom qu’il étoit consacré à Isis.

Enfin, la Fleur & le Papillon qu’elle supporte, étoient l’emblême de la régénération & de la résurrection: ils indiquoient en même tems qu’à la faveur des bienfaits d’Isis, au lever de la Canicule, les Campagnes de l’Egypte, qui étoient absolument nues, se couvriroient de noeuvelles moissons.

Planche VIII.
No. XIII.
La Mort.

Le no. XIII. représente la Mort: elle fauche les Humains, les Rois & les Reines, les Grands & les Petits; rien ne résiste à sa faulx meurtriere.

Il n’est pas étonnant qu’elle soit placée sous ce numéro; le nombre treize fut toujours regarde comme malheureux. Il faut que très-anciennement il soit arrivé quelque grand malheur dans un pareil jour, & que le souvenir en ait influé sur toutes les anciennes Nations. Seroit-ce par une suite de ce souvenir que les treize Tribus de Hébreux n’ont jamais été comptées que pour douze ?

Ajoutons qu’il n’est pas étonnant non plus que les Egyptiens ayent inseré la Mort dans un jeu qui ne devroit réveiller que des idées agréables: ce Jeu étoit un jeu de guerre, la Morte devoit donc y entrer: c’est ainsi que le jeu des échecs finit par échec mat, pour mieux dire par Sha mat, la mort du Roi. D’ailleurs, nous avons eu occasion de rappeller dans le Calendrier, que dans les festins, ce Peuple sage & réfléchi faisoit paroître un squelette sous le nom de Màneros, sans doute afin d’engager les convives à ne pas se tuer par gourmandise. Chacun a sa maniere de voir, & il ne faut jamais disputer des goûts.

No. XV.
Typhon.

Le no. XV. représente un célebre personnage Egyptien, Typhon, frere d’Osiris & d’Isis, le mauvais Principe, le grand Démon d’Enfer: il a des ailes de chauve-souris, des pieds & des mains d’harpie; à la tête, de vilaines cornes de cerf: on l’a fait aussi laid, aussi diable qu’on a pu. A ses pieds sont deux petits Diablotins à longues oreilles, à grande queue, les mains liées derriere le dos: ils sont eux-mêmes attachés par une corde qui leur passe au cou, & qui est arrêtée au piédestal de Typhon: c’est qu’il ne làche pas ceux qui sont à lui; il aime bien ceux qui sont siens.

No. XVI.
Maison-Dieu, ou Château de Plutus.

Pour le coup, nous avons ici une leçon contre l’avarice. Ce tableau représente une Tour, qu’on appelle Maison-Dieu, c’est-à-dire, la Maison par excellence; c’est une Tour remplie d’or, c’est le Château de Plutus: il tombe en ruines, & ses Adorateuers tombent écrasés sous ses débris.

A cet ensemble, peut-on méconnoître l’Histoire de ce Prince Egyptien dont parle Hérodote, & qu’il appelle Rhampsinit, qui, ayant fait constraire une grande Tour de pierte pour renfermer ses trésors, & dont lui seul avoit la clef, s’appercevoit cependant qu’ils diminuoient à vue d’oeil, sans qu’on passât en aucune maniere pat la seule porte qui existât à cet édifice. Pour découvrir des voleurs aussi adroits, ce Prince s’avisa de tendre des piéges autour des vases qui contenoient ses richesses. Les voleurs étoient les deux fils de l’Architecte dont s’étoit servi Rhampsinit: il avoit ménagé une pierre de telle maniere, qu’elle pouvoit s’ôter & se remettre à volonté sans qu’oi s’en apperçût. Il enseigna son secret à ses enfans qui s’en servirent merveilleusement comme on voit. Ils voloient le Prince, & puis ils se jettoient de la Tour en bas: c’est ainsi qu’ils sont représentés ici. C’est à la vérité le plus beau de l’Histoire; on trouvera dans Hérodote le reste de ce conte ingénieux: comment un des deux freres fut pris dans les filets: comment il engagea son frere à lui couper la tête: comment leur mere voulut absolument que celui-ci rapportât le corps de son frere: comment il alla avec des outres charges sur un âne pour enivrer les Gardes du cadavre & du Palais: comment, après qu’ils eurent vuldé ses outres malgré ses larmes artificieuses,  & qu’ils se furent endormis, il leur coupa à tous la barbe du coté droit, & leur enleva le corps de son frere: comment le Roi fort étonné, engagea sa fille à se faire raconter par chacun de ses amans le plus joli tour qu’ils eussent fait: comment ce jeune éveillé alla auprès de la belle, lui raconta tout ce qu’il avoit fait: comment la belle ayant voulu l’arrêter, elle ne se trouva avoir saisi qu’un bras postiche: comment, pour achever cette grande aventure, & la mener à une heureuse fin, ce Roi promit cette même sienne fille au jeune homme ingénieux qui l’avoit si bien joué, comme à la personne la plus digne d’elle; ce qui s’exécuta à la grande satisfaction de tous.

Je ne sais si Hérodote prit ce conte pour une histoire réelle; mais un Peuple capable d’inventer de pareilles Romances ou Fables Milésiennes, pouvoit fort bien inventer un jeu quelconque.

Cet Ectivain rapporte un autre fait qui prouve ce que nous avons dit dans l’Histoire du Calendrier, que les statues des Géans qu’on promene dans diverses Fêtes, désignerent presque toujours les saisons. Il dit que Rhampsinit, le même Prince dont nous venons de parler, fit élever au Nord & au Midi du Temple de Vulcain deux satues de vingt-cinq coudées de haut, qu’on appelloit l’Eté & l’Hiver: on adoroit, ajoute-t-il, celle-là, & on sacrifioit, au contraire, à celle-ci: c’est donc comme les Sauvages qui reconnoissent le bon Principe & l’aiment, mais qui ne sacrifient qu’au mauvais.

No. X.
La Roue de Fortune.

Le dernier numero de cette Planche est la Roue de Fortune. Ici des Personnages humains, sous la forme de Singes, de Chiens, de Lapins, &c. s’élevent tour-à-tour sur cette roue à laquelle ils sont attachés: on diroit que c’est une satyre contre la fortune, & contre ceux qu’elle éleve rapidement & qu’elle laisse retomber avec la même rapidité.

Planche VIII.
No. XX.
Tableau mal nommé le Jugement dernier.

Ce Tableau représente un Ange sonnant de la trompette: on voit aussi-tôt comme sortir de terre un vieillard, une femme, un enfant nuds.

Les Cartiers qui avoient perdu la valeur de ces Tableaux, & plus encore leur ensemble, ont vu ici le Jugement dernier; & pour le rendre plus sensible, ils y ont mis comme des espèces de tombeaux. Otez ces tombeaux, ce Tableau sert également à désigner la Création, arrivée dans le Tems, au commencement du Tems, qu’indique le no. XXI.

No. XXI.
Le Tems, mal nommé le Monde.

Ce Tableau, que les Cartiers ont appellé le Monde, parce qu’ils l’ont considéré comme l’origine de tout, représente le Tems. On ne peut le méconnoître à son ensemble.

Dans le centre est la Déesse du Tems, avec son voile qui voltige, & qui lui sert de ceinture ou de Peplum, comme l’appelloient les Anciens. Elle est dans l’attitude de courir comme le Tems, & dans un cercle qui représente les révolutions du Tems; ainsi que l’oeuf où tout est sorti dans le Tems.

Aux quatre coins du Tableau sont les emblêmes des quatre Saisons, qui forment les révolutions de l’année, les mêmes qui composoient les quatre têtes des Chérubins. Ces emblêmes sont,

L’Aigle, le Lion, le Boeuf, & le Jeune-Homme,
L’Aigle représente le Printems, où reparoissent les oiseaux.
Le Lion, l’Eté ou les ardeuts du Soleil.
Le Boeuf, l’Automne où on laboure & où  on seme.
Le Jeune-Homme, l’Hiver, où l’on se réunit en société.

ARTICLE II.
Les Couleurs.

Outre les Atous, ce Jeu est composé de quatre Couleurs distinguées par leurs emblêmes: on les appelle Épée, Coupe, Bâton & Denier.

On peut voir les As de ces quatre couleurs dans la Planche VIII.

A représente l’As d’Epée, surmonté d’une couronne qu’entourent des palmes.
C, l’As de Coupe: il a l’air d’un Château; ce’st ainsi qu’on faisoit autre fois les grandes tasses d’argent.
D, l’As de Bâton; c’est une vrai massue.
B, l’As de Denier, environné de guirlandes.

Chacune de ces couleurs est composée de quatorze Cartes, c’est-à-dire de dix Cartes numérotées depuis I. jusqu’à X, & de quatre Cartes figurées, qu’on appelle le Roi, la Reine, le Chevalier ou Cavalier, & son Ecuyer ou Valet.

Ces quatre Couleurs sont relatives aux quatre Etats entre lesquels étoient divisés les Egyptiens.

L’Épée désignoit le Souverain & la Noblesse toute Militaire.
La Coupe, le Clergé ou le Sacerdoce.
Le Bâton, ou Massue d’Hercule, l’Agriculture.
Le Denier, le Commerce dont l’argent est le signe.

Ce Jeu fondé sur le nombre septenaire.

Ce Jeu est absolument fondé sur le nombre sacré de sept. Chaque couleur est de deux fois sept cartes. Les Atous sont au nombre de trois fois sept; le nombre des cartes de soixante-dix-sept; le Fou étant comme 0. Or, personne n’ignore le rôle que ce nombre jouoit chez les Egyptiens, & qu’il étoit devenu chez eux une formule à laquelle ils ramenoient les élémens de toutes les Sciences.

L’idée sinistre attachée dans ce Jeu au nombre treize, ramene également fort bien à la même origine.

Ce Jeu ne peut donc avoir été inventé que par des Egyptiens, puisqu’il a pour base le nombre sept; qu’il est relatif à la division des habitans de l’Egypte en quatre classes; que la plupart de ses Atous se rapportent absolument à l’Egypte, tels que les deux Chefs des Hiérophantes, homme & femme, Isis ou la Canicule, Typhon, Osiris, la Maison-Dieu, le Monde, les Chiens qui désignent le Tropique, &c; que ce Jeu, entiérement allégorique, ne put être l’ouvrage que des seuls Egyptiens.

Inventé par un homme de génie, avant ou après le Jeu des Echecs, & réunissant l’utilité au plaisir, il est parvenu jusqu’à nous à travers tous les siècles; il a durvécu à la ruine entiere de l’Egypte & de ces connoissances qui la distinguoient; & tandis qu’on n’avoit nulle idée de la sagesse des leçons qu’il renfermoir, on ne laissoit pas de s’amuser du Jeu qu’elle avoit inventé.

Il est d’ailleurs aisé de tracer la route qu’il a tenue pour arriver dans nos Contrées. Dans les premiers siècles de l’Eglise, les Egyptiens étoient très-répandus à Rome; ils y avoient porté leurs cérémonies & le culte d’Isis; par conséquent  le Jeu dont il s’agit.

Ce Jeu, interessant par lui-même, fut borné à l’Italie jusqu’à ce que les liaisons des Allemands avec les Italiens le firent connoître de cette seconde Nation; & jusqu’à ce que celles des Comtes de Provence avec l’Italie, & sur tout le séjour de la Cour de Rome à Avignon, le naturalisa en Provence & à Avignon.

S’il ne vint pas jusqu’à Paris, il faut l’attribuer à la bisarrerie de ses figures & au volume de ses Cartes qui n’etoient point de nature à plaire à la vivacité des Dames Françoises. Aussi fut-on obligé, comme nous le verrons bientôt, de réduire excessivement ce Jeu en leur faveur.

Cependant l’Egypte elle-meme ne jouit point du fruit de son invention: réduits à la servitude la plus déplorable, à l’ignorance la plus profonde, privés de tous les Arts, ses Habitans seroient hors d’état de fabriquer une seule Carte de Jeu.

Si nos Cartes Françoises, infiniment moins compliquées, exigent le travail soutenu d’une multitude de mains & le concours de plusieurs Arts, comment ce Peuple infortuné autoit-il pu conserver les siennes ? Tels sont les maux qui fondent sur une Nation asservie, qu’elle perd jusques aux objets de ses amusemens: n’ayant pu conserver ses avantages les plus précieux, de quel droit prétendroit-elle à ce qui n’en étoit qu’un délassement agréable ?

Noms Orientaux conservés dans ce Jeu.

Ce Jeu a conservé quelques noms qui le déclareroient également Jeu Oriental si on n’en avoit pas d’autres preuves.

Ces Noms sont ceux de Taro, de Mat & de Pagad.

1. Tarots.

Le nom de ce Jeu est pur Egyptien: il est composé du mot Tar, qui signifie voie, chemin; & du mot Ro, Ros, Rog, qui signifie Roi, Royal. C’est, mot-à-mot, le chemin Royal de la vie.

Il se rapporte en effet à la vie entiere des Citoyens, pisqu’il est formé des divers Etats entre lesquels ils sont divisés, & que ce Jeu les suit depuis leur naissance jusqu’à la mort, en leur montrant toutes les vertus & tous les guides physiques & moraux auxquels ils doivent s’attacher, tels que le Roi, la Reine, les Chefs de la Religion, le Soleil, la Lune, &c.

Il leur apprend en même tems par le Joueur de gobelets & par la roue de fortune, que rien n’est plus inconstant dans ce monde que les divers Etats de l’homme: que son seul réfuge est dans la vertu, qui ne lui manque jamais au besoin.

2. Mat.

Le Mat, nom vulgaire du fou, & qui subsiste en Italien, vient de l’Oriental Mat, assommé, meurtri, félé. Les Foux ont toujours été représentés comme ayant le cerveau félé.

3. Pagad.

Le Joueur de gobelets est appellé Pagad dans le courant du Jeu. Ce nom qui ne ressemble à rien dans nos Langues Occidentales, est Oriental pur & très-bien choisi: Pag signifie en Orient, Chef, Maître, Seigneur: & Gad, la Fortune. En effet, il est représente comme disposant du sort avec sa baguette de Jacob ou sa verge des Mages.

Article III.
Maniere dont on joue aux Tarots.

1o. Maniere de donner les Cartes.

Un de nos Amis, M. L’A. R. a bien voulu nous expliquer la maniere dont on le joue: c’est lui qui va parler, si nous l’avons bien compris.

On joue ce Jeu à deux, mais on donne les Cartes comme si on jouoit trois: chaque Joueur n’a donc qu’un tiers des Cartes: ainsi pendant le combat il y a toujours un tiers des Troupes qui se reposent; on pourroit les appeller le Corps de réserve.

Car ceu Jeu est un Jeu de guerre, & non un Jeu pacifique comme on l’avoit dit mal-à-propos: or dans toute Armée il y a un Corps de réserve. D’ailleurs, cette réserve rend le Jeu plus difficile, puisqu’on a beaucoup plus de peine à deviner les Cartes que peut avoir son adversaire.

On donne les Cartes par cinq, ou de cinq en cinq.

Sur les 78 Cartes, il en reste donc trois à la fin; au lieu de les partager entre les Joueurs & la réserve ou le Mort, celui qui donne les garde pour lui; ce qui lui donne l’avantage d’en écarter trois.

2o. Maniere de compter les points de son Jeu.

Les Atous n’ont pas tous la même valeur.

Les 21. 20. 19. 18 & 17. sont appellés les cinq grands Atous.

Les 1. 2. 3. 4. 5. sont appellés les cinq petits.

Si on en a trois des grands ou trois des petits, on compte cinq points: dix points, si on en a quatre; & quinze, si on en a cinq.

C’est encore une maniere de compter Egyptienne: le dinaire ou denier de Pythagore étant égal au quaternaire, puisque un, deux, trois & quatre ajoutés ensemble font dix.

Si on a dix Atous dans son Jeu, on les étale, & ils valent encore dix points, si on en a treize, on les étale aussi, & ils valent quinze points, indépendamment des autres combinaisons.

Sept Cartes portent le Nom de Taros par excellence: ce sont les Cartes privilégiées; & encore ici, le nombre de sept. Ces Cartes sont:

Le Monde ou Atout 21.
Le Mat ou Fou 0.
Le Pagad ou Atout 1.
(> Atous-Tarots)

Et les quatre Rois.

Si on a deux de ces Atous-Tarots, on demande à l’autre, qui ne l’a ? si celui-ci ne peut répondre en montrant le troisieme, celui qui a fait la question marque 5. points: il en marque 15. s’il les a tous trois. Les séquences ou les 4 figures de la même couleur valent 5. points.

3o. Maniere de jouer ses Cartes.

Le Fou ne prend rien, rien ne le prend: il forme Atout, il est de toute couleur également.

Joue-t-on un Roi, n’a-t-on pas la Dame, on met le Fou, ce qui s’appelle excus.

Le Fou avec deux Rois, compte 5. points: avec trois, quinze.

Un Roi coupé, ou mort, 5. points pour celui qui coupe.

Si on prend Pagad à son adversaire, on marque 5. points.

Ainsi le Jeu est de prendre à son adversaire les figures qui comptent le plus de points, & de faire tous ses efforts pour former des séquences: l’adversaire doit faire tous les siens pour sauver ses grandes figures: par conséquent voir venir, en sacrifiant de foibles Atous, ou les plus foibles Cartes de ses couleurs.

Il doit sur tout se faire des renonces, afin de sauver ses fortes Cartes en coupant celles de son adversaire.

4o. Ecart de celui qui donne.

Celui qui donne ne peut écarter ni Atous ni Rois; il se seroit trop beau Jeu, puisqu’il se sauveroit sans péril. Tout ce qu’on lui permer en faveur de sa primauté, c’est d’écarter une séquence: car elle compte, & elle peut lui former une renonce, ce qui est un double avantage.

5o. Maniere de compter les mains.

La partie est en cent, comme au Piquet, avec cette difference, que ce n’est pas celui, qui arrive le premier à cent lorsque la partie est commencée qui gagne, mais celui qui fait alors le plus de points; car il faut que toute partie commencée aillé jusqu’au bout: il offre ainsi plus de ressource que le Piquet.

Pour compter les points qu’on a dans ses mains, chacune des sept Cartes appellées Tarots, avec une Carte de couleur, vaut 5. points.

La Dame avec une Carte, 4.

Le Cavalier avec une Carte, 3.

Le Valet avec une Carte, 2.

2. Cartes simples ensemble, 1.

On compte l’excedent des points qu’un des adversaires a sur l’autre, & il les marque: on continue de jouer jusqu’à ce qu’on soir parvenu à cent.

Article IV.
Jeu des Tarots considéré comme un Jeu de Géographie Politique.

On nous a fait voir sur un Catalogue de Livres Italiens, le titre d’un Ouvrage où la Géographie est entrelacée avec le Jeu des Tarots: & nous n’avons pu avoir ce Livre Contient il des leçons de Géographie à graver sur chaque Carte de ce Jeu: Est-ce une application de ce Jeu à la Géographie: Le champ de conjectures est sans fin, & peut-être qu’à force de multiplier les combinaisons, nous nous éloignerions plus des vúes de cet Ouvrage. Sans nous embarasser de ce qu’il a pu dire, voyons nous-même comment les Egyptiens auroient pu appliquer ce Jeu à la Géographie Politique, telle qu’elle étoit connire de leur tems, il y a à peu-près trois mille ans.

Le Tems ou le Monde, le moment où la Terre sortit du cahos, où elsè prit une forme, se divisant en Terres & en mers, & où l’homme fut créé pour de venit le Maiître, le Roi de cette belle propriété.

Les quatre Vertus Cardinales, correspondent aux IV. côtes du Monde, Orient, Occident, Nord & Midi, ces quatre points relatifs à l’homme, par lesquels il est au centre de tout; qu’on peut appeller sa droite, sa gauche, sa face & son dos, & d’où ses connoissances s’étendent en rayons jusqu’à l’extrémité de tout, suivant l’étendue de ses yeux physiques premierement, & puis de ses yeux intellectuels bien autrement perçans.

Les quatre Couleurs seront les IV. Régions ou parties du Monde correspondantes aux quatre points cardinaux, l’Asie, l’Afrique, l’Europe & la Celto-Scythie ou les Pays glacés du Nord: division qui s’est augmentée de l’Amerique depuis sa découverte, & où pour ne rien perdre de l’ancienne on a substitué à la Celto-Scythie les Terres polaires du Nord & du Midi.

L’Epée représente l’Asie, Pays des grandes Monarchies, des grandes Conquêtes, des grandes Révolutions.

Baton, l’Egypte nourriciere des Peuples, & symbole du Midi, des Peuples noirs.

Coupe, le Nord, d’où descendirent les Peuples, & d’où  vint l’Instruction & la Science.

Denier, l’Europe ou l’Occident, riche en mines d’or dans ces commencemens du monde, que si mal à propos nous appellons le vieux-tems, les tems antiques.

Chacune des X. Cartes numérotées de ces IV. couleurs, sera une des grandes Contrées de ces IV. Régions du Monde.

Les X. Cartes d’Epée auront représenté, l’Arabie; l’Idumée, qui régnoit sur les Mers du Midi; la Palestine peuplée d’Egyptiens; la Phénice, Maîtresse de la Mer Méditerranée; la Syrie ou Aramée; la Mésopotamie ou Chaldée, la Médie, la Susiane, la Perse & les Indes.

Les X. Cartes de Baton auroit représenté les trois grandes divisions de l’Egypte, Thébaide ou Egypte supérieure, Delta ou basse Egypte, Heptanome ou Egypte du milieu divisée en sept Gouvernements. Ensuite l’Ethiopie, la Cyrénaique, ou à sa place les terres de Jupiter Ammon, la Lybie ou Carthage, les Pacifiques Atlantes, les Numides vagabons, les Maures appuyés sur l’Ocean Antlantique; les Gétules, qui placésd au Midi de l’Atlas, se répandoient dans ces vastes Contrées que nous appelons aujourd’hui Nigritie & Guinée.

Les X. Cartes de Denier auront représenté l’Isle de Crète, Royaume de l’illustre Minos, la Grèce & ses Isles, l’Italie, la Sicile & ses volcans, les Baléares célèbres par l’habiletéde leurs troupes de trait, la Bétique riche en troupeaux, la Celtibérie abondante en mines d’or: Gadix ou Cadir, l’Isle d’Hercule par excellence, la plus commerçante de l’Univers; la Lusitanie & les Isles Fortunées, ou Canaries.

Les X. Cartes de Coupe, l’Arménie & son mont Ararat, l’Ibérie, les Scythes de l’Imaüs, les Scythes du Caucase, les Cimmériens des Palus-Méotides, les Getes ou Goths, les Daces, les Hyperboréens si célèbres dans cette haute Antiquité, les Celtes errants dans leurs forêts glacées, l’Isle de Thulé aux extrémités du Monde.

Les quatre Cartes figurées de chaque couleur aoront contenu des détails géographiques relatifs à chaque Région.

Les Rois, l’état des Gouvernements de chacune, les forces des Empires qui les composoient, & comment elles étoient plus ou moins considérables suivant que l’Agriculture y étoit en usage & en honneur; cette source intarissable de richesses toujours renaissantes.

Les Rèines, le développement de leurs Religions, de leurs Moeurs, de leurs Usages, sur-tout de leurs Opinions, l’Opinion ayant toujours été regardée comme la Reine du monde. Heureux celui qui saura la diriger; il sera toujours Roi de l’Univers, maître de ses semblables; c’est Hercule l’eloquent qui mene les hommes avec des freins d’or.

Les Cavaliers, les exploits des Peuples, l’Histoire de leurs Hèros ou Chevaliers; celle de leurs Tournois, de leurs Jeux, de leurs batailles.

Les Valets, l’Histoire des Arts, leur origine, leur nature; tout ce qui regarde la portion industrieuse de chaque Nation, celle qui se livre aux objets méchaniques, aux Manufactures, au Commerce qui varie de cent manieres la forme des richesses sans rien ajouter au fond, qui fait circuler dans l’Universe ces richesses & les objets de l’industrie; qui met à même les Agricoles de faire renaître les richesses en leur fournissant les débouchés les plus prompts de celles qu’ils ont déjà fait naître, & comment tout es étranglé dès que cette circulation ne joue pas avec liberté, puisque les Commerçans  sont moins occupés, & ceux qui leur fournissent découragés.

L’ensemble des XXI ou XXII Atous, les XXII Lettres de l’Alphabet Egyptien commun aux Hébreux & aux Orientaux, & qui servant de chiffres, sont nécesaires pour tenir compte de l’ensemble de tant de contrées.

Chacun de ces Atous aura eu en même tems un usage particulier. Plusieurs auront été relatifs aux principaux aobjets de la Géographie Céleste, si on peut se servir de cette expression. Tels,

Le Soleil, La Lune, le Cancer, les Colonnes d’Hercule, les Tropiques ou leurs Chiens.

La Canicule, cette belle & brillante Portiere des Cieux.

L’Ourse céleste, sur laquelle s’appuient tous les Astres en exécutant leurs révolutions autour d’elle, Constellation admirable représentée par les sept Taros, & qui semble publier en caractères de feu imprimès sur nos têtes & dans le Firmament, que notre Systême solaire fut fondé comme les Sciences sur la Formule de sept, & peut être même la masse entiere de l’Univers.

Tous les autres peuvent être considérés relativement à la Géographie politique & morale, au vrai Gouvernement des Etats: & même au gouvernement de chaque homme en particulier.

Les quatre Atous relatifs à l’autorité civile & religieuse, font connoître l’importance pour un Etat de l’unité de Gouvernement, & de respect pour les Anciens.

Les quatre Vertus Cardinales montrent que les Etats ne peuvent se soutenir que par la bonté du Gouvernement, par l’excellence de l’instruction, par la pratique des vertus dans ceux qui gouvernent & qui sont gouvernés: Prudence à corriger les abus, Force pour maintenir la paix & l’union, Tempérance dans les moyens; Justice envers tous. Comment l’ignorance, la hauteur, l’avaricie, la sottise dans les uns, engendrent dans les autres un mépris funeste: d’où résultent les désordres qui ébranlent jusques dans leurs fondemens les Empires où on viole la Justice, où on force tous les moyens, où l’on abuse de sa force, & où on vit sans prévoyance. Désordres qui ont détruit tant de Familles dont le nom avoit retenti si long-tems par toute la Terre, & qui avoient regné avec tant de gloire sur les Nations étonnées.

Ces vertus ne sont pas moins nécessaires à chaque Individu. La Tempérance régle ses devoirs envers soi-même, sur-tout envers son propre corps qu’il ne traite trop souvent que comme un malheureux esclave, martyr de ses affections desordonnées.

La Justice qui régle ses devoirs envers son prochain & envers la Divinité elle-même à qui il doit tout.

La Force avec laquelle il se soutient au milieu des ruines de l’Univers, il se tit des efforts vains & insensés des passions qui l’assiégent sans cesse de leurs flots impétueux.

Enfin, la Prudence avec laquelle il attend patiemment le succès de ses oins, prêt à tout événement & semblable à un fin joueur qui ne risque jamais son jeu & sait tirer parti de tout.

Le Roi triomphant devient alors l’emblême de celui qui au moyen de ces vertus a été sage envers lui-même, juste envers autrui, fort contre les passions, prévoyant  à s’amasser des ressources contre les tems d’adversité.

Le Tems qui use tout avec une rapidité inconcevable, la Fortune qui se joue de tout; le Bâteleur qui escamote tout, la Folie qui est de tout, l’Avarice qui perd tout; le Diable qui se fourre par-tout: la Mort qui engloutit tout, nombre septenaire singulier qui est de tout pays, peut donner lieu à des observations non moins importantes & non moins variées.

Enfin, celui qui a tout à gagner & rien à perdre, le Roi veritablement triomphant, c’est le vrai Sage qui la lanterne en main est sans cesse attenif à ses démarches, ne fait aucune école, connoit tout ce qui est bien pour en jouir, & apperçoit tout ce qui est mal pour l’éviter.

Telle seroit ou à peu près l’explication géographiquo-politique-morale de cet antique Jeu: & telle doit être la fin de tous, Humanité, que vous seriez heureuse, si tous les jeux ye terminoienet ainsi!

Article V.
Rapport ce Jeu avec un Monument Chinois.

M. Bertin qui a rendu de si grands services à la Littérature & aux Sciences, par les excellens Mémoires qu’il s’est procurés, & qu’il a fait publier sur la Chine, nous a communiqué un Monument unique qui lui a été envoyé de cette vaste Contrée, & qu’on fait remonter aux premiers âges de cet Empire, puisque les Chinois le regardent comme un Inscription relative au deséchement des eaux du Déluge par Yao.

Il est composé de caractères qui forment de grands compartiments en quarté-long, tous égaux, & précisément de la même grandeur que les Cartes du Jeu des Tarots.

Ces compartiments sont distribués en six colonnes perpendiculaires, dont les cinq premieres renferment quatorze compartiments chacune, tandis que la sixiéme qui n’est remplie qu’à moirié n’en contient que sept.

Ce Monument est donc composé de soixante-dix-sept figures ainsi que le  Jeu de Tarots: & il est formé d’après la même combinaison du nombre sept, puisque chaque colonne est de quatorze figures, & que celle qui ne l’est qu’à demi, en contient sept.

Sans cela, on auroit pu arranger ces soixante-dix-sept compartiments de maniere à ne laisser presque point de vuide dans cette sixiéme colonne: on n’auroit eu qu’à faire chaque colonne de treize compartiments; & la sixiéme en auroit eu douze.

Ce Monument est donc parfaitement semblable, quant à la disposition, au Jeu des Tarots, si on les coloit sur un seul Tableau: les quatre couleurs feroient les quatre premierers colonnes à quatorze cartes chacune: & les atous au nombre de vingt-un, rempliroient la cinquiéme colonne, & précisément la moitié de la sixiéme.

Il seroit bien singulier qu’un rapport pareil fût le simple effet du hasard: il est donc très-apparent que l’un & l’autre de ces Monuments ont été formés d’après la même théorie, & sur l’attachement au nombre sacré de sept; ils ont donc l’air de n’être tous les deux qu’une application différente d’une seule & même formule, antérieure peut-être à l’existence des Chinois & des Egyptiens: peut-être même trouvera-t-on quelque chose de pareil chez les Indiens ou chez les Peuples du Thibet placés entre ces deux anciennes Nations.

Nous avons été fort tentés de faire aussi graver ce Monument Chinois; mais la crainte de le mal figurer en le réduisant à un champ plus petit que l’original, joint à l’impossibilité où nos moyens nous mettent de faire tout ce qu’exigeroit la perfection de notre ouvrage, nous a retenu.

N’omettons pas que les figures Chinoises sont en blanc sur un fond très-noir; ce qui les rend très-saillantes.

Article VI.
Rapport de ce Jeu avec Quadrilles ou Tournois.

Pendant un grand nombre de siècles, la Noblesse montoit à cheval, & divisée en couleurs ou en factions, elle exécutoit entr’elle des combats feints ou Tournois parfaitement analogues à ce qu’on exécute dans les jeux de cartes, & sur-tout dans celui des Tarots, qui étoit un jeu militaire de même que celui des échecs, en même tems qu’il pouvoit être envisagé comme un jeu civil, en quoi il l’emportoit sur ce dernier.

Dans l’origine, les Chevaliers du Tournois étoient divisés en quatre, même en cinq bandes relatives aux quatre couleurs des Tarots & à la masse des Atous. C’est ainsi que le dernier divertissement de ce genre qu’on ait vu en France, fut donné en 1662, par Louis XIV, entre les Tuileries & le Louvre, dans cette grande place qui en a conservé le nom de Carousel. Il étoit composé de cinq Quadrilles. Le Roi étoit à la tête des Romains: son Frere, Chef de la Maison d’Orléans, à la tête des Persans: le Prince de Condé commandoit les Turcs: le Duc d’Enguien son fils, les Indiens: le Duc de Guise, les Américains. Trois Reines y assisterent sous un dais: la Reine-Mere, la Reine régnante, la Reine d’Angleterre veuve de Charles II. Le Comte de Sault, fils du Duc de Lesdiguieres, temporta le prix & le reçur des mains de la Reine-Mere.

Les Quadrilles étoient ordinairement composés de 8 ou de 12 Cavaliers pour chaque couleur: ce qui, à 4 couleurs & à 8 par Quadrille, donne le nombre 32, qui forme celui des Cartes pour le Jeu de Piquet: & à 5 couleurs, le nombre 40 qui est celui des Cartes pour Jeu de Quadrille.

Article VIII.
Jeux de Cartes Espagnols.

Lorsqu’on examine les Jeux de Cartes en usage chez les Espagnols, on ne peut s’empêcher de reconnoître qu’ils sont un diminutif des Tarots.

Leurs Jeux les plus distingués sont celui de l’Hombre qui se joue à trois: & le Quadrille qui se joue à quatre & qui n’est qu’une modification du Jeu de l’Hombre.

Celui-ci signifie le Jeu de l’Homme ou de la vie humaine; il a donc un nom qui correspond parfaitement à celui du Tarot.

Il est divisé en quatre couleurs qui portent les mêmes noms que dans les Tarots, tels que Spadille ou épée, Baste ou bâton, qui sont les deux couleurs noires; Copa ou Coupe, & Dinero ou Denier, qui sont les deux couleurs rouges.

Plusieurs de ces noms se sont transmis en France avec ce Jeu: ainsi l’as de pique est appellé Spadille ou épée; l’as de trefle, Baste, c’est-à-dire, bâton. L’as de coeur est appellé Ponte, de l’Espagnol Punto, as, ou un point.

Ces Atous, qui sont les plus forts, s’appellent Matadors, ou les Assommeurs, les Triomphans qui ont détruit leurs ennemis.

Ce Jeu est entierement formé sur les Tournois; la preuve en est frappante, puisque les couleurs en sonst appellées Palos ou pieux, les lances, les piques des Chevaliers.

Les Cartes elle-mêmes sont appellées Naypes, du mot Oriental Nap, qui signifie prendre, tenir: mot-à-mot, les Tenans.

Ce sont donc quatre ou cinq Quadrilles de Chevaliers qui se battent en Tournois.

Ils sont quarante, appellés Naypes ou Tenans.

Quatre couleurs appellées Palos ou rangs de piques.

Les Vainqueurs sont appellés Matadors ou Assommeurs, ceux qui sont venus à bout de défaire leurs ennemis.

Enfin les noms des quatre couleurs, celui même du Jeu, démontrent qu’il a été formé en entier sur le Jeu des Tarots; que les Cartes Espagnoles ne sont qu’une imitation en petit du Jeu Egyptien.

Article VIII.
Cartes Françoises.

D’après ces données, il n’est personne qui ne s’apperçoive sans peine que les Cartes Françoises ne sont elles-mêmes qu’une imitation des Cartes Espagnoles, & qu’elles sont ainsi l’imitation d’une imitation, par conséquent une institution bien dégénerée, loin d’être une invention originale & premiere, comme l’ont cru mal à propos nos Savans qui n’avoient en cela aucun point de comparaison, seul moyen de découvrir les causes & les rapports de tout.

On suppose ordinairement que les Cartes Françoises furent inventées sous le Regne de Charles VI, & pour amuser ce Prince foible & infirme: mais ce que nous nous croyons en droit d’affirmer, c’est qu’elles ne furent qu’une imitation des Jeux méridionaux.

Peut-être même serions-nous en droit de supposer que les Cartes Françoises sont plus anciennes que Charles VI, puisqu’on attribue dans Ducange [Au mot Charta] à S. Bernard de Sienne, contemporain de Charles V, d’avoir condamné au feu, non-seulement les masques & les dez à jouer, mais même les Cartes Triomphales, ou du Jeu appellé la Triomphe.

On trouve dans la même Ducange les Statuts Criminels d’une Ville appellée Saona, qui défend également les Jeux de Cartes.

Il faut que ce Statuts soient très-anciens, puisque dans cet Ouvrage on n’a pu en indiquer le tems: cette Ville doit être celle de Savone.

Ajoûtons qu’il falloit que ces Jeux fussent bien plus anciens que S. Bernard de Sienne: auroit-il confondu avec les dez & les masques un Jeu nouvellement inventé pour amuser un grand Roi ?

Nos Cartes Françoises ne présentent d’ailleurs nulle vue, nul génie, nul ensemble. Si elles ont été inventées d’après les Tornois, pourquoi a-t-on supprimé le Chevalier, tandis qu’on consrvoit son Ecuyer ? pourquoi n’admettre dès-lors que treize Cartes au lieu de quatorze par couleur ?

Les noms des couleurs se sont dégénérés au point de n’offrir plus d’ensemble. Si on peut reconnoître l’épée dans la pique, comment le bâton est-il devenu trefle ? comment est-ce que le coeur & le carreau correspondent à coupe & à denier; & quelles idées réveilent ces couleurs ?

Quelle idée présentent également les noms donnés aux quatre Rois ? David, Alexandre, César, Charlemagne, ne sont pas même relatifs aux quatre fameuses Monarchies de l’Antiquité, ni à celles des tems modernes. C’est un monstrueux composé.

Il en est de même des noms des Reines: on les appelle Rachel, Judith, Pallas & Argine: il est vrai qu’on a cru que c’étoient des noms allégoriques relatifs aux quatre manieres dont une Dame s’attire les hommages des hommes: que Rachel désigne la beauté, Judith la force, Pallas la sagesse, & Argine, où l’on ne voit que l’anagramme Regina, Reine, la naissance.

Mais quels rapports ont ces noms avec Charles VI ou avec la France ? que ces allégories sont forcées ?

Il est vrai qu’entre les noms de Valets on trouve celui de la Hire, qui pourroit se rapporter à un des Généraux François de Charles VI; mais ce seul rapport est-il suffisant pour brouiller toutes les époques ?

Nous en étions ici lorsqu’on nous a parlé d’un Ouvrage de M. l’Abbé Rive, où il discute le même objet: après l’avoir cherché en vain chez la plûpart de nos Libraires, M. de S. Paterne nous le prête.

Cet Ouvrage est intitulé:

Notices historiques & critiques de deux Manuscrits de la Bibliothèque de M. le Duc de la Valliere, dont l’un a pour titre le Roman d’Artus, Comte de Bretaigne, & l’autre, le Romant de Pertenay ou de Lusignen, par M. l’Abbé Rive, &c. à Paris, 1779, in 4o. 36 pages.

A la page 7, l’Auteur commence à discuter ce qui regarde l’origine des Cartes Françoises; nous avons vu avec plaisir qu’il soutient, 1o. que ces Cartes sont plus anciennes que Charles VI; 2o. qu’elles sont une imitation des Cartes Espagnoles:nous allons donner un Précis succinct de ses preuves.

« Les Cartes, dit-il, sont au moins de l’an 1330; & ce n’est ni en France, ni en Italie, ni en Allemagen qu’elles paroissent pour la premiere fois. On les voit en Espagne vers cette année, & bien long-tems avant qu’on en trouve la moindre trace dans aucune autre Nation.

Elles y ont été inventées, selon le Dictionnaire Castillan de 1734., par un nommé Nicolao Pepin…

On les trouve en Italie vers la fin de ce même Siècle, sous le nom de Naibi, dans la Chronique de Giovan Morelli, qui est de l’an 1393. »

Ce savant Abbé nous apprend en même tems que la premiere piece Espagnole qui en atteste l’existence, est d’environ l’an 1332.  « Ce sont les Statuts d’un Ordre de Chevalerie établi vers ce tems-là en Espagne, & où les été établi par Alphonse XI, Roi de Castille. Ceux qu’on y admettoit faisoient serment de ne pas jouer aux Cartes.

On les voit ensuite en France sous le Regne de Charles V. Le Petit Jean de Saintré ne fut honoré des faveurs de Charles V que parce qu’il ne jouoit ni aux dez ni aux Vartes, & ce Roi les proscrivit ainsi que plusieurs autres Jeux, par son Edit de 1369. On les décria dans diverses Provinces de la France; on y donna à quelques-unes de leurs figures des noms faits pour inspirer de l’horreur. En Provence, on en appella les Valets Tuchim. Ce nom désignoit une race de voleurs qui, en 1361, avoient causé dans ce Pays & dans le Comtat Venaissin, un ravage si horrible, que les Papes furent obligés de faire prêcher une Croisade pour les exterminer. Les Cartes ne furent introduites dans la Cour de France que sous le Successeur de Charles V. On craignit même en les y introduisant, de blesser la décence, & on imagina en conséquence un prétexte: ce fut celui de calmer la mélancolie de Charles VI.. On inventa sous Charels VII le Jeu de Piquet. Ce Jeu fut cause que les Cartes se répandirent, de la France, dans plusieurs autres parties de l’Europe. »

Ces détails sont très-interessans; leurs conséquences le sont encore plus. Ces Cartes contre lesquelles on fulminoit dans le XIVe Siècle, & qui rendoient indigné des Ordres de Chevalerie, étoient nécessairement très-anciennes: elles ne prouvoient être regardées que comme des restes d’un honteux Paganisme: c’étoient donc les Cartes des Tarots; leur figure bisarre, leurs noms singuliers, tels que la Maison-Dieu, le Diable, la Papesse, &c. leur haute Antiquité qui se perd dans la nuit des tems, les sorts qu’on en tiroit, &c. tout devoit les faire regarder comme un amusement diabolique, comme une oeuvre de la plus noire magie, d’une sorcellerie condamnable.

Cependant le moyen de ne pas jouer! on inventa donc des Jeux plus humains, plus épurés, dégagés de figures qui n’étoient bonnes qu’à effrayer: de-là, les Cartes Espagnoles & les Cartes Françoises qui ne furent jamais vouées à l’interdit comme ces Cartes maudites venues de l’Egypte, mais qui cependant se traînoient de loin sur ce Jeu ingénieux.

De-là sur-tout le Jeu de Piquet, puisqu’on y joue à deux, qu’on y écarte, qu’on y a des séquences, qu’on y va en cent: qu’on y compte le Jeu qu’on a en main, & les levées, & qu’on trouve nombre d’autres rapports aussi frappans.

Conclusion.

Nous osons donc nous flarter que nos Lecteurs recevront avec plaisir ces diverses vues sur des objets aussi communs que les Cartes, & qu’ils trouveront qu’elles rectifient parfaitement les idées vagues & mal combinées qu’on avoit eues jusques à présent sur cet objet.

Qu’on n’avancera plus comme démontrées ces propositions.
Que les Cartes n’existent que depuis Charles VI.
Que les Italiens sont le dernier Peuple qui les ait adoptées.
Que les figures du Jeu des Tarots sont extravagantes.
Qu’il est ridicule de chercher l’origine des Cartes dans les divers états de la vie civile.
Que ces Jeux sont l’image de la vie paisible, tandis que celui des Echecs est l’image de la guerre.
Que le Jeu des Echecs est plus ancien que celui des Cartes.
C’est ainsi que l’absence de la vérité, en quelque genre que ce soit, engendre une foule d’erreurs de toute espèce, qui deviennent plus ou moins désavantageuses, suivant qu’elles se lient avec d’autres vérités, qu’elles contrastent avec elles ou qu’elles les repoussent.

Application de ce Jeu à la Divination.

Pour terminer ces recherches & ces développemens sur le Jeu Egyptien, nous allons mettre sous les yeux du Buplic la Dissertation que nous annoncée & où l’on prouve comment les Egyptiens appliquoient ce Jeu à l’art de deviner, & de quelle maniere ce même point de vue s’est transmis jusques dans nos Cartes à jouer faites à l’imitation de celles-là.

On y verra en particulier ce que nous avons déjà dit dans ce Volume, que l’explication des Songes tenoit dans l’Antiquité à la Science Hiéroglyphique & Philosophique des Sages, ceux-ci ayant cherché à réduite en science le résultat de leurs combinaisons sur les Songes dont la Divinité permettoit l’accomplissement; & que toute cette science s’évanouit dans la suite des tems, & fut sagement défendue, parce qu’elle se réduisit à de vaines & futiles observations, qui dans des Siècles peu éclairés auroient pu être contraires aux intérêts les plus essentiels des foibles & des superstitieux.

Cet Observateur judicieux nous fournir de nouvelles preuves que les Cartes Espagnoles sont une imitation de l’Egypte, puisqu’il nous apprend que ce n’est qu’avec un Jeu de Piquet qu’on consulte les sorts, & que plusieurs noms de ces Cartes sont absolument relatifs à des idées Egyptiennes.

Le Trois de denier est appellé le Seigneur, ou Osiris.
Le Trois de coupe, la Souveraine, ou Isis.
Le Deux de coupe, la Vache, ou Apis.
Le Neuf de denier, Mercure.
L’As de bâton, le Serpent, symbole de l’Agriculture chez les Egyptiens.
L’As de denier, le Borgne, ou Apollon.

Ce nom de Borgne, donné à Apollon ou au Soleil comme n’ayant qu’un oeil, est une épithète prise dans la Nature & qui nous fournira une preuve à ajoûter à plusieurs autres, que le fameux personnage de l’Edda qui a perdu un de ses yeux à une célèbre fontaine allégorique, n’est autre que le Soleil, le Borgne ou l’Oeil unique par excellence.

Cette Dissertation est d’ailleurs si remplie de choses, & si propre à donner de saines idées sur la maniere dont les Sages d’Egypte consultoient le Livre du Destin, que nous ne doutons pas qu’elle ne soit bien accueillie du Public, privé d’ailleurs jusqu’à présent de recherches pareilles, parce que jusques à présent personne n’avoit eu le courage s’occuper d’objets qui paroissoient perdus à jamais dans la profonde nuit des tems.

Recherches sur les Tarots,
et sur la Divination par les Cartes des Tarots,

par M. Le C. de M. ***

I.
Livre de Thot.

Le desir d’apprendre se développe dans le coeur de l’homme à mesure que son esprit acquiert de nouvelles connoissances: le besoin de les conserver, & l’envie de les transmettre, fit imaginer des caracterers dont Thot ou Mercure fut regardé comme l’inventeur. Ces caracteres ne furent point, dans le principe, des signes de convention, qui n’exprimassent, comme nos lettres actuelles, que le son des mots; ils étoient autant d’images véritables avec lesquelles on formoit des Tableaux, qui peignoienet aux yeux les choses dont on vouloit parler.

Il est naturel que l’Inventeur de ces Images ait été le premier Historien: en effet, Thot est considéré comme ayant peint les Dieux [Les Dieux, dans l’Ecriture & dans l’expression Hiéroglyphique, sont l’Eternel & les Vertus, représentés avec un corps.], c’est-à-dire, les actes de la Toute-puissance, ou la Création, à laquelle il joignit des Préceptes de Morale. Ce Livre paroît avoir été nommé A-Rosh; d’A, Doctrine, Science; & de Rosch [Rosh est le nom Egyptien de Mercure & de sa Fête qui se célébroit le premier jour de l’an.], Mercure, qui, joint à l’article T, signifie Tableaux de la Doctrine de Mercure; mais comme Rosh veut aussi dire Commencement, ce mot Ta-Rosh fut particulierement consacré à sa Cosmogonie; de même que l’Ethotia, Histoire du Tems, fut le titre de son Astronomie; & peut-être qu’Athothes, qu’on a pris pour un Roi, fils de Thot, n’est que l’enfant de son génie, & l’Histoire des Rois d’Egypte.

Cette antique Cosmogonie, ce Livre des Ta-Rosh, à quelques légeres altérations près, paroît être parvenu jusqu’à nous dans les Cartes qui portent encore ce nom [Vingt-deux Tableaux forment un Livre bien peu volumineux; mais si, comme il paroît vraisemblable, les premieres Traditions ont été conservées dans des Poëmes, une simple Image qui fixoit l’attention du Peuple, auquel on expliquoit l’événement, suffisoit pour lui aider à les retenir, ainsi que les vers qui les décrivoient.], soit que la cupidité les ait conservées pour filouter le désoeuvrement, ou que la superstition ait préservé des injures du tems, des symboles mysterieux qui lui servoient, comme jadis aux Mages, à tromper la crédulité.

Les Arabes communiquerent ce Livre [On nomme encore Livret aus Lansquenet, ou Lands-Knecht, la Série de Cartes qu’on donne aux pontes.] ou Jeu aux Espagnols, & les Soldats de Charlequint le porterent en Allemagne. Il est composé de trois Séries supérieures, représentant les trois premiers siècles, d’Or, d’Argent & d’Airain: chaque Série est formée de sept Cartes [Trois fois 7, nombre mystique, fameux chez les Cabalistes, les Pythagorieniens, &c.].

Mais comme l’Ecriture Egyptienne se lisoit de gauche à droite, la vingt-unieme Carte, qui n’a été numérotée qu’avec des chiffres modernes, n’en est pas moins la premiere, & doit être lue de même pour l’intelligence de l’Histoire; comme elle est la premiere au Jeu de Tarots, & dans l’espece de Divination qu’on opéroit avec ces Images.

Enfin, il y a une vingt-deuxieme Carte sans numéro comme sans puissance, mais qui augmente la valeur de celle qui la précede; c’est le zéro des calculs magiques: on l’appelle la Folie.

Premiere Série.
Siècle d’Or.

La vingt-unieme, ou premiere Carte, représente l’Univers par la Déesse Isis dans un ovale, ou un oeuf, avec les quatre Saisons aux quatre coins, l’Homme ou l’Ange, l’Aigle, le Boeuf & le Lion.

Vingtieme, celle-ci est intitulée le Jugement: en  effet, un Ange sonnant de la trompete, & des hommes sortant de la terre, ont dû induire un Peintre, peu versé dans la Mythologie, à ne voir dans ce tableau que l’image de la Résurrection; mais les Anciens regardoient les hommes comme enfans de la Terre [Les dents semées par Cadmus, &c.]; Thot voulut exprimer la Création de l’Homme par la peinture d’Osiris, ou le Dieu générateur, du porte-voix ou Verbe qui commande à la matiere, & par des Langues de Feu qui s’échappent de la nuée, l’Esprit [Peint même dans nos Historiens sacrés.] de Dieu ranimant cette même matiere; enfin, par des hommes sortant de la terre pour adorer & admirer la Toute-puissance: l’attitude de ces hommes n’annonce point des coupables qui vont paroître devant leur Juge.

Dix-neuvieme, la Création du Soleil qui éclaire l’union de l’homme & de la femme, exprimée par un homme & une femme qui se donnent la main: ce signe est devenu depuis celui des Gémeaux, del’Androgyne: Duo in carne una.

Dix-huitieme, la Création de la Lune & des Animaux terrestres, exprimés par un Loup & un Chien, pour signifier les Animaux domestiques & sauvages: cet emblême est d’autant mieux choisi, que le Chien & le Loup sont les seuls qui hurlent à l’aspect de cet astre, comme regrettant la perte du jour. Ce caractere me feroit croire que ce Tableau auroit annoncé de très-grands malheurs à ceux qui venoient consulter les Sorts, si l’on n’y avoir peint la ligne du Tropique, c’est-à-dire, du départ & du retour du Soleil, qui laissoit l’espérance consolante d’un beau jour & d’une meilleure fortune. Cependant deux Fortresses qui défendent un chemin tracé de sang, & un marais qui termine le Tableau, présentent toujours des difficultés sans nombre à surmonter pour détruire un présage aussi sinistre.

Dix-septieme, la Création des Ètoiles & des Poissons, représentées par des Etoiles & le Verseau.

Seizieme, la Maison de Dieu renversée, ou le Paradis terrestre dont l’homme & la femme sont précipités par la queue d’une Comete ou l’Èpée  Flamboyante, jointe à la chûte de la grêle.

Quinzieme, le Diable ou Typhon, derniere Carte de la premiere Série, vient troubler l’innocence de l’homme & terminer l’âge d’or. Sa queue, ses cornes & ses longues oreilles l’annoncent comme un être dégradé: son bras gauche levé, le noude plié, formant une N, symbole des êtres produits, nous le fait connoître comme ayant été créé; mais le flambeau de Prométhée qu’il tient de la main droite, paroît completter la lettre M, qui exprime la génération: en effet, l’Histoire de Typhon nous induit naturellement à cette explication; car, en privant Osiris de sa virilité, il paroît que Typhon vouloit empiéter sur les droits de la Puissance productrice; aussi fut-il le pere des maux qui se répandirent sur la terre.

Les deux Êtres enchaînés a ses pieds marquent la Nature humaine dégradée & soumise, ainsi que la génération nouvelle & perverse, dont les ongles crochus expriment la cruauté; il ne leur manque que les ailes (le Génie ou la Natur angélique), pour être en tout semblables au diable: un de ces êtres touche avec sa griffe la cuisse de Typhon; emblême qui dans l’Ecriture Mythologique fut toujours celui de la génération [La naissance de Bacchus & de Minerve sont le Tableau Mythologique des deux générations.] charnelle: il la touche avec sa griffe gauche pour en marquer l’illégitimité.

Typhon enfin est souvent pris pour l’Hiver, & ce Tableau terminant l’âge d’or. annonce l’intempérie des Saisons, que l’homme chassé du Paradis va éprouver par la suite.

Seconde Série.
Siècle d’Argent.

Quatorzieme, l’Ange de la Tempérance vient instruire l’homme, pour lui faire éviter la mort à laquelle il est nouvellement condamné: il est peint versant [Peut-être son attitude a-t-elle trait à la culture de la Vigne.] de l’eau dans du vin, pour lui montrer la nécessité  d’affoiblir cette liqueur, ou de tempérer ses affections.

Treizeime; ce nombre, toujours malheureux, est consacré à la Mort, qui est représentée fauchant les têtes couronnées & les têtes vulgaires.

Douzieme, les accidens qui attaquent la vie humaine, représentés pa run homme pendu par le pied; ce qui veut asussi dire qui, pour les éviter, il faut en ce monde marcher avec prudence: Suspenso pede.

Onzieme, la force vient au secours de la Prudence, & terrasse le Lion, qui a toujours été le symbole de la terre inculte & sauvage.

Dixieme, la Roue de Fortune, au haut de laquelle est un Singe couronné, nous apprend qu’après la chûte de l’homme, ce ne fut déjà plus la vertu qui donna les dignités: le Lapin qui monte & l’homme qui est précipité, expriment les injustices de l’inconstante Déesse: cette roue en même-tems est l’emblême de la roue de Pythagore, de la façon de tirer les sorts par les nombres: cette Divination est appellée Arithomancie.

Neuvieme, l’Hermite ou le Sage, la lanterne à la main, cherchant la Justice sur la Terre.

Huitieme, la Justice.

Troisieme Série.
Siècle de Fer.

Septieme, le Chariot de Guerre dans lequel est un roi cuirassé, armé d’un javelot, exprime les dissensions, les meurtres, les combats du siècle d’airain, & annonce les crimes du siècle de fer.

Sixieme, l’Homme peint Flottant entre le vice & la vertu, n’est plus conduit par la raison: l’Amour ou le désir [La concupiscence.], les yeux bandés, prêt à lâcher un trait, le fera pencher à droite ou à gauche, suivant qu’il sera guidé par le hasard.

Cinquieme, Jupiter ou l’Eternel monté sur son Aigle, la foudre à la main, menace la Terre, & va lui donner des Rois dans sa colere.

Quatrieme, le Rois armé d’une massue [Osiris est souvent représenté un fouet à la main, avec un globe & un T: tout cela réuni, peut avoir produit dans la tête d’un Cartier Allemand une Boule Impériale], dont l’ignorance a fait par la suite une Boule Impériale: son casque est garni par-derriere de dents de scie, pour faire connoître que rien ne pouvoit assouvir son insatiabilité [Ou sa vengeance, si c’est Osiris irrité.].

Troisieme, la Reine, la massue à la main; sa couronne a les mêmes ornemens que le casque du Roi.

Deuxieme, l’Orgueil des Puissans, représenté par les Paons, sur lesquels Junon montrant le Ciel de la main droite, & la Terre de la gauche, annonce une Religion terrestre ou l’Idolâtrie.

Premiere, le Bateleur tenant la verge des Mages, fait des miracles & trompe la crédulité des Peuples.

Il est suivi d’une carte unique représentant La Folie qui porte son sac ou ses défauts par derriere, tandis qu’un tigre ou les remords, lui dévorant les jarrets, retarde sa marche vers le crime [Cette Carte n’a point de rang: elle complette l’Alphabet sacré, & répond au Tau qui veut dire complément, perfection: peut-être a-t-on voulu représenter dans son sens le  plus naturel le résultat des actions des hommes.].

Ces vingt-deux premieres Cartes sont non-seulement autant d’hiéroglyphes, qui placés dans leur ordre naturel retracent l’Histoire des premiers tems, mais elles sont encore autant de lettres [L’Alphabet Hébreu est composé de 22 Lettres.] qui différemment combinées, peuvent former autant de phrases; aussi leur nom (A-tout) n’est que la traduction littérale de leur emploi & proptiété générale.

II.
Ce Jeu appliqué à la Divination.

Lorsque les Egyptiens eurent oublié la premiere interprétation de ces Tableaux, & qu’ils s’en furent servis comme de simples lettres pour leur Ecriture sacrée, il étoit naturel qu’un peuple aussi superstitieux attachât une vertu occulte [Aussi la science des Nombres & la valeur des Lettres a-t-elle été fort célébre autrefois.] des caract?eres respectables par leur antiquité, & que les Prêtres, qui seuls en avoient l’intelligence, n’employoient que pour les choses religieuses.

On inventa même de nouveaux caractères, & nous voyons dans l’Ecriture-Sainte que les Mages ainsi que ceux qui étoient initiés dans leurs secrets, avoient une divination par la coupe [La Coupe de Joseph.].

Qu’ils opéroient des merveilles avec leur Bâton [La Verge de Moyse & Mages de Pharaon.].

Qu’ils consultoient les Talismants [Les Dieux de Laban & les Théraphim, l’Urim & le Thummim.] ou des pierres gravées.

Qu’ils devinoient les choses futures par des Epées [Ils faisoient plus: ils fixoient le sort des combats; & si le Roi Joas avoit frappé la terre sept fois, au lieu de trois, il auroit détruit la Syrie, II. Rois, XIII, 19.], des Flèches, des Haches, enfin par les armes en général. Ces quatre Signes furent introduits parmi les Tableaux religieux aussi-tôt que l’établissement des Rois eut amené la différence des états dans la Société.

L’Epée marqua la Royauté & les Puissans de la Terre.

Les Prêtres faisoient usage de Canopes pour les Sacrifices, & la Coupe désigna le Sacérdoce.

La Monnoie, le Commerce.

Le Bâton, Houlette, l’Aiguillon représenterent l’Agriculture.

Ces quatre Caractères déjà mystérieux, une fois réunis aux Tableaux Sacrés, durent faire espérer les plus grandes lumieres; & la combinaison fortuite qu’on obtenoit en mêlant ces Tableaux, formoit des phrases que les Mages lisoient ou interprétoient comme des Arrêts du Destin; ce qui leur étoit d’autant plus facile qu’une construction due au hasard devoit produire naturellement une obscurité consacrée au style des Oracles.

Chque Etat eut donc son symbole qui le caractérisa; & parmi les différens Tableaux qui porterent cette image, il y en eut d’heureux & de malheureux, suivant que la position, le nombre des symboles & leurs ornemens, les tendirent propres à annoncer le bonheur ou l’infortune.

III.
Noms de diverses Cartes, conservés par les Espagnols.

Les noms de plusieurs de ces Tableaux conservés par les Espagnols, nous en font connoître la propriété. Ces noms sont au nombre de sept.

Le trois de denier, nombre mystérieux, appellé le Seigneur, le Maître, consacré au Dieu suprême, au Grand Iou.

Le trois de coupe, appellé la Dame, consacré à la Reine des Cieux.

Le Borgne ou l’As de denier, Phoebeoe lampadis instar., consacré à Apollon.

La Vache ou les deux coupes, consacrée à Apis ou Isis.

Le grand Neuf, les neuf coupes; consacré au Destin.

Le petit Neuf de denier, consacré à Mercure.

Le Serpent ou l’As de bâton (Ophion) symbole fameux & sacré chez les Egyptiens.

IV.
Attributs Mythologiques de plusieurs autres.

Plusieurs autres Tableaux sont accompagnés d’attributs Mythologiques qui paroissent destinés à leur imprimer une vertu particuliere & secrette.

Tels que les deux deniers entourés de la Ceinture mystique d’Isis.

Le quarte de denier, consacré à la bonne Fortune, peinte au milieu du Tableau, le pied sur sa boule & la voile déployé.

La Dame de bâton consacrée à Cérès; cette Dame est couronnée d’épis, porte la peau du lion, de même qu’Hercule le cultivateur par excellence.

Le Valet de coupe ayant le bonnet à la main, & portant respectueusement une coupe mystérieuse, couverte d’un voile; il semble en allongeant le bras, éloigner de lui cette coupe, pour nous apprendre qu’on ne doit approcher des choses sacrées qu’avec crainte, & ne chercher à connoître celles qui sont cachées qu’avec discrétion.

L’As d’Epée consacré à Mars. L’Epée est ornée d’une couronne, d’une palme & d’une branche d’olivier avec ses bayes, pour signifier la Victoire & ses fruits: il ne paroît y avoir aucune Carte heureuse dans cette couleur que celle-ci. Elle est unique, parce qu’il n’y a qu’une façon de bien faire la guerre; celle de vaincre pour avoir la paix. Cette épée est soutenue par un bras gauche sortant d’un nuage.

Le Tableau du bâton du Serpent, dont nous avons parlé plus haut, est orné de fleurs & de fruits de même que celui de l’Epée victorieuse; ce bâton mystérieux est soutenu par un bras droit sortant aussi d’une nuée, mais éclatante de rayons. Ces deux caractères semblent dire que l’Agriculture & l’Epée sont les deux bras de l’Empire & le soutien de la Société.

Les Coupes en général annonçoient le bonheur, & les deniers la richesse.

Les Bâtons destinés à l’Agriculture en pronostiquoient les récoltes plus ou moins abondantes, les choses qui devoient arriver à la campagne ou qui la regardoient.

Ils paroissent mélangés de bien & de mal: les quatre figures ont le bâton verd, semblable en cela au bâton fortuné, mais les autres Cartes paroissent, par des ornemens qui se compensent, indiquer l’indifférence:  le deux seul, dont les bâtons sont couleur de sang, semble consacré à la mauvaise fortune.

Toutes les Epées ne présagent que des malheurs, sur-tout celles qui marquées d’un nombre impair, portent encore une épée sanglante. Le seul signe de la victoire, l’épée couronnée, est dans cette couleur le signe d’un heureux événement.

V.
Comparaison de ces Attributs avec les valeurs
qu’on assigne aux Cartes modernes pour la Divination.

Nos Diseurs de bonne-fortune ne sachant pas lire les Hiéroglyphes, en ont soustrait tous les Tableaux & change jusqu’aux noms de coupe, de bâton, de denier & d’épée, dont ils ne connoissoient ni l’etynologie, ni l’expression; ils ont substitué ceux de coeur, de carreau, de trefle & de pique.

Mais ils ont retenu certaines tournures & plusieurs expressions consacrées par l’usage qui laissent entrevoir l’origine de leur divination. Selon eux,

Les Coeurs, (les Coupes), annoncent le bonheur.
Les Trefles, (les Deniers), la fortune.
Les Piques, (les Epées), le malheur.
Les Carreaux [Il est à remarquer que dans l’Ecriture symbolique les Egyptiens traçoient des carreaux pour exprimer la campagne.], (les Bâtons), l’indifference & la campagne.
Le neuf de pique est une carte funeste.

Celui de coeur, la carte du Soleil; il est aisé d’y reconnoître le grand neuf, celui des coupes: de même que le petit neuf dans le neuf de trefle, qu’ils regardent aussi comme un carte heureuse.

Les as annoncent des Lettres, des Nouvelles: en effet qui est plus à même d’apporter des nouvelles que le Borgne, (le Soleil) qui parcourt, voit & éclaire tout l’Univers ?

L’as de pique & le huit de coeur présagent la victoire; l’as couronné la pronostique de même, & d’autant plus heureuse qu’il est accompagné des coupes ou des signes fortunés.

Les coeurs & plus particulierement le dix, dévoilent les événemens qui  doivent arriver à la ville. La coupe, symbole duc Sacerdoce, semble destinée à exprimer Memphis & le sejour des Pontifes.

L’as de coeur & la dame de carreau annoncent une tendresse heureuse & fidelle. L’as de coupe exprime un bonheur unique, qu’on posséde seul; la dame de carreau indique une femme qui vit à la campagne, ou comme à la campagne: & dans quels lieux peut-on espèrer plus de vérité, d’innocence, qu’au village ?

Le neuf de trefle & le dame de coeur, marquent la jalousie. Quoique le neuf de denier soit une carte fortunée, cependant une grande passion, même heureuse, pour une Dame vivant dans le grand monde, ne laisse pas toujours son amant sans inquiétude, &c. &c. On trouveroit encore une infinité des similitudes qu’il est inutile de chercher, n’en voilà déjà que trop.

VI.
Maniere dont on s’en servoit pour consulter les Sorts.

Supposons actuellement que deux hommes qui veulent consulter les Sorts, ont, l’un les vingt-deux lettres, l’autre les quatre couleurs, & qu’après avoir chacun mêlé les caractères, & s’être donné reciproquement à couper, ils commencent à compter ensemble jusqu’au nombre quatorze, tenant les tableaux & les cartes à l’envers pour n’en appercevoir que le dos; alors s’il arrive une carte à son rang naturel, c’est-à-dire, qui porte le numéro appellé, elle doit être mise à part avec le nombre de la lettre sortie en même tems, qui sera placé au-dessus: celui qui tiendra les tableaux y remettra cette même lettre, pour que le livre du Destin soit toujours en son entier, & qu’il ne puisse y avoir, dans aucun cas, des phrases incomplettes; puis il remêlera & redonnera à couper. Enfin on coulera trois fois les cartes à fond avec les mêmes artentions; & lorsque cette opération sera achevée, il ne s’agira plus que de lire les numéros qui expriment les lettres sorties. Le bonheur ou le malheur que présage chacune d’elles, doit être combiné avec celui qu’annonce la carte qui leur correspond, de même que leur puissance en plus ou en moins est déterminée par le nombre de cette même carte, multiplié par celui qui caractérise la lettre. Et voilà pourquoi la Folie qui ne produit rien, est sans numéro; c’est, comme nous l’avons dit, le zéro de ce calcul.

VII.
C’étoit une grande portion de la Sagesse ancienne.

Mais si les Sages de l’Egypte se servoient de tableaux sacrés pour prédire l’avenir, lors même qu’ils n’avoient aucune indication qui pût leur faire présumer les événemens futurs, avec quelles espérances ne devoient ils pas se flatter de les connoître lorsque leurs recherches étoient précédées par des songes qui pouvoient aider à développer la phrase produite par les tableaux des sorts !

Les Prêtres chez cet ancien Peuple formerent de bonne-heure une Société savante, chargée de conserver & d’étendre les connoissances humaines. Le Sacerdoce avoit ses Chefs, & les noms de Jannès & Mambrès, que Saint Paul nous a conservés dans sa seconde Epître à Timothée, sont des titres qui caractérisent les fonctions augustes des Pontifes. Jannès [De même que Pharaon signifie le Souverain sans être le nom particulier d’aucun Prince qui ait gouverné l’Egypte.] signifie l’Explicateur, & Manbrès le Permutateur, celui qui fait des prodiges.

Le Jannès & le Mambrès écrivoient leurs interprétations, leurs découvertes, leurs miracles. La suite non-interrompue de ces Mémoires [Le Pape Gelase I. mit en 491 quelques Livres de Jannès & Mambrès au nombre des apocryphes.] formoit un corps de Science & de Doctrine, o`les Prêtres puisoient leurs conoissances physiques & morales: ils observoient, sous l’inspection de leurs Chefs, le cours des Astres, les inondations du Nil, les Phénomènes, &c. Les Rois les assembloient quelquefois pour s’aider de leurs conseils. Nous voyons que du tems du Patriarche Joseph ils furent appellés par Pharaon pour interpréter un songe; & si Joseph seul eut la gloire d’en découvrir le sens, il n’en reste pas moins prouvé qu’une des fonctions des Mages étoit d’expliquer les songes.

Les Egyptiens [Long-tems encore après cette époque les Mages reconnurent le doigt de Dieu dans les Miracles de Moyse.] n’avoient point encore donné dans les erreurs de l’idolâtrie; mais Dieu dans ces tems reculés manifestant souvent aux hommes sa volonté, si quelqu’on avoit pû regarder comme téméraire de l’interroger sur ses décrets éternels, il auroit au moins dû paroître pardonnable de chercher à les pénétrer, lorsque la Divinité sembloit, non-seulement approuver, mais même provoquer, par des songes, cette curiosité: aussi leur interpréatation fut-elle un Arts sublime, une science sacrée dont on faisoit une étude particuliere, reservée aux Ministres des Autels: & lorsque les Officiers de Pharaon, prisonniers avec Joseph, s’affligeoient de n’avoir personne pour expliquer leurs songes, ce n’est pas qu’ils n’eussent des compagnons de leur infortune; mais c’est qu’enfermés dans la prison du Chef de la Milice, il n’y avoit personne parmi les soldats qui pût faire les cérémionies religieuses, qui eût les tableaux sacrés, bien loin d’en avoir l’intelligence. La réponse même du Patriarche paroît expliquer leur pensée: est-ce que l’interpréatation, leur dit-il, ne dépend pas du Seigneur ? racontez-moi ce que vous avez vu.

Mais pour revenir auy fonctions des Prêtres, ils commencoient par écrire en lettres vulgaires le songe dont il s’agissoit, comme dans route divination où il y avoit une demande positive dont il falloit chercher la réponse dans le Livre des Sorts, & après avoir mêlé les lettres sacrées on en tiroit les tableaux, avec l’attention de les placer scrupuleusement sous les mots dont on cherchoit l’explication; la phrase formée par ces tableaux, étoit déchiffrée par le Jannès.

Supposons, par exemple, qu’un Mage eût voulu interpréter le songe de Pharaon dont nous parlions tout-à-l’heure, ainsi qu’ils avoient essayé d’imiter les miracles de Moyse, & qu’il eût amené le bâton fortuné, symbole par excellence de l’Agriculture, suivi du Cavalier & du Roi [Le Valet vaut 1., Le Cavalier 2., La Dame 3., Le Roi 4.]; qu’il sortît en même tems du Livre du Destin la Carte du Soleil, la Fortune & le fol, on aura le premier membre de la phrase qu’on cherche. S’il sort ensuite le deux & le cinq de bâton, dont le symbole est marqué de sang, que des tableaux sacrés on tire un Typhon & la Mort, il auroit obtenu une espèce d’interprétation du songe du Roi, qui pourroit avoir été écrit ainsi en lettres ordinaires:

Sept vaches grasses & sept maigres qui les dévorent.

Bâton.
Le Roi.
4
Le Cavalier.
2
Le
Soleil.
La
Fortune. 
Le Fol. 
2 | de
Bâ- | ton.
5 | de
Bâ- | ton.
Typhon. La
Mort.

Calcul naturel qui résulte de cet arrangement.


Le Bâton vaut 1. Le Soleil annonce le bonheur
Le Roi 4. La Fortune [Précédée d’une Carte heureuse.] de même.
Le Cavalier 2. Le Fol ou zéro met le Soleil aux centaines.

Total

7.
***


Les Signe de l’Agriculture donne sept.

On lira donc, sept années d’une agriculture fortunée donneront une abondance cent fois plus grande qu’on ne l’aura jamais éprouvée.

Le second membre de cette phrase, fermé par le deux & le cinq de bâton, donne aussi le nombre de sept qui, combiné avec le Typhon & la Mort, annonce sept années de disette, la famine & les maux qu’elle entraîne.

Cette explication paroîtra encore plus naturelle si l’on fait attention au sens & à la valeur des lettres que les tableaux représentent.

Le Soleil répondant au Gimel, veut dire, dans ce sens, rétribution, bonheur.

La Fortune ou le Lamed signifie  Régle, Loi, Science.

Le Fol n’exprime rien par lui-même, il répond au Tau, c’est simplement un signe, une marque.

Le Typhon ou le Zaïn annonce l’inconstance, l’erreur, la foi violée, le crime.

La Mort ou le Thet indique l’action de balayer: en effet, la Mort est une terrible balayeuse.

Teleuté en Grec qui veut dire la fin, pourroit être, en ce sens, un dérivé de Thet.

Il n eseroit pas difficile de trouver dans les moeurs Egyptiennes l’origine de la plûpart de nos superstitions: par exemple, il paroît que celle de faire tourner le tamis pour connoître un voleur, doit sa naissance à la coutume que ce Peuple avoit de marquer les voleurs avec un fer chaud, d’un … T, & d’un … Samech [Tau, signe: Samech, adhésion.], en mettant ces deux caractères, l’un sur l’autre, pour en faire un chiffre, Signum adherens, qui servît à annoncer qu’on se méfiât de celui qui le portoit, on produit une figure qui ressemble assez à une paire de ciseaux piqués dans un cercle, dans un crible, lequel doit se détacher lorsqu’on prononcera le nom du voleur & le fera connoître.

La Divination par la Bible, l’Evangile & nos Livres Canoniques, qu’on appelloit le sort des Saints, dont il est parlé dans la cent neuviéme Lettre de Saint Augustin & dans plusieurs Conciles, entr’autres celui d’Orléans; les sorts des Saint-Martin de Tours qui étoient si fameux, paroissent avoir été envisagés comme un contre-poison de la Divination Egyptienne par le Livre du Destin. Il en est de même des présages qu’on tiroit de l’Evangile, ad apperturam libri, lorsqu’après l’élection d’un Evéque on vouloit connoître quelle seroit sa conduite dans l’Episcopat.

Mais tel est le sort des choses humaines: d’une Science aussi sublime, qui a occupé les plus Grands Hommes, les plus savans Philosophes, les Saints les plus respectables, il ne nous reste que l’usage des enfans de tirer à la belle lettre.

VIII.
Cartes auxquelles les Diseurs de bonne-aventure, attachent des pronostics.

On se sert d’un Jeu de Piquet qu’on mêle, & on fait couper par la personne intéressée.

On tire une Carte qu’on nomme As, la seconde Sept, & ainsi en remontant jusqu’au Roi: on met à part toutes les Cartes qui arrivent dans l’ordre du calcul qu’on vient d’établir: c’est-à-dire que si en nommant As, Sept, ou tel autre, il arrive un As, un Sept, ou celle qui a été nommée, c’est celle qu’il faut mettre à part. On recommence toujours jusqu’à ce qu’on ait épuisé le Jeu; & si sur la fin il ne reste pas assez de Cartes pour aller jusqu’au Roi inclusivement, on reprend des Cartes, sans les mêler ni couper, pour achever le calcul jusqu’au Roi.

Cette opération du Jeu entier se fait trois fois de la même maniere. Il faut avoir le plus grand soin d’arranger les Cartes qui sortent du Jeu, dans l’ordre qu’elles arrivent, & sur la même ligne, ce qui produit une phrase hiéroglyphique; & voici le moyen de la lire.

Toutes les peintures représentent les Personnages dont il peut être question; la premiere qui arrive est toujours celle dont il s’agit.

Les Rois sont l’image des Souverains, des Parens, des Généraux, des Magistrats, des Vieillards.

Les Dames ont les mêmes caractères dans leur genre relativement aux circonstances, soit dans l’Ordre politique, grave ou joyeux: tantôt elles sont puissantes, adroites, intriguantes, fidelles ou légeres, passionnées ou indifférentes, quelquefois rivales, complaisantes, confidentes, perfides, &c. S’il arrive deux Cartes du même genre, ce sont les secondes qui jouent les seconds rôles.

Les Valets sont des jeunes Gens, des Guerriers, des Amoureux, des Petits-Maîtres, des Rivanx, &c.

Les Sept & les Huit sont des Demoiselles de tous les genres. Le Neuf de coeur se nomme, par excellence, la Carte du soleil, parce qu’il annonce toujours des choses brillantes, agréables, des succès, sur-tout s’il est réuni avec le Neuf de trefle, qui est aussi une Carte de merveilleux augure. Le Neuf de carreau désigne le retard en bien ou en mal.

Le Neuf de pique est la plus mauvaise Carte: il ne présage que des ruines, des maladies, la mort.

Le Dix de coeur désigne la Ville; celui de carreau, la campagne; le Dix de trefle, fortune, argnet; celui de pique, des peines & des chagrins.

Les As annoncent des lettres, des nouvelles.

Si les quatre Dames arrivent ensemble, cela signifie babil, querelles.

Plusieurs Valets ensemble annoncent rivalité, dispute & combats.

Les trefles en général, sur-tout s’ils sortent ensemble, annoncent succès, avantage, fortune, argent.

Les carreaux, la campagne, indifférence.

Les coeurs, contentement, bonheur.

Les piques, pénurie, soucis, chagrins, la mort.

Il faut avoir soin d’arranger les Cartes dans le même ordre qu’elles sortent, & sur la même ligne, pour ne pas déranger la phrase, & la lire plus facilement.

Les événemens prédits, en bien ou en mal, peuvent être plus ou moins avantageux ou malheureux, suivant que la Carte principale qui les annonce est accompagnée: les piques, par exemple, accompagnés de trefles, sur-tout s’ils arrivent entre deux trefles, sont moins dangereux; comme le trefle entre deux piques ou accolé d’un pique, est moins fortuné.

Quelquefois le commencement annonce des accidens funestes; mais la fin des Cartes est favorable, s’il y a beaucoup de trefles; on les regarde comme amoindris, plus ou moins, suivant la quantité: s’ils sont suivis du Neuf, de l’As ou du Dix, cela prouve qu’on a couru de grands dangers, mais qu’ils sont passés, & que la Fortune change de face.

Les As:

1 de carreau, 8 de coeur, bonne Nouvelle.
1 de coeur, Dame de pique, Visite de femme.
1 de coeur, Valet de coeur, Victoire.
1, 9 & Valet de coeur,  l’Amant heureux.

 

1, 10 & 8 de pique,  Malheur
1 de pique, 8 de coeur,  Victoire.

 

1 de trefle, Valet de pique, Amitié.


Les 7:

7 & 10 de coeur, Amitié de Demoiselle.
7 de coeur, Dame de careau, Amitié de femme.
7 de carreau, Roi de coeur, Retard.



Les 9:

Trois Neufs ou trois Dix, Réussité.


Les 10:

10 de trefle, Roi de pique, Présent.
10 de trefle & Valet de trefle, un Amoureux.
10 de pique, Valet de careau, quelqu’un d’inquiet.
10 de coeur, Roi de trefle, Amitié sincère.


 

Herausgegeben von
Hans-Joachim Alscher
Stand: 1. August 2002

Home

tarotartisanal03300x300.jpg

12

Atelier Ecrire Ensemble c&#... |
Au fil des mots. |
Spiralée |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Attala Blog
| jepensedoncjesuis13
| Les chroniques d'Astéria