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Franc-Maçonnerie et religion 13 mars, 2022

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Franc-Maçonnerie et religion

 
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Retracer les relations entre Franc-Maçonnerie et religion signifie en très grande partie présenter les rapports conflictuels qui, depuis la naissance de la Franc-Maçonnerie spéculative au XVIIIe siècle, avec la fondation de la Grande Loge de Londres, ont marqué la relation de la Franc-Maçonnerie avec les Eglises chrétiennes, l’Eglise catholique en premier lieu, mais aussi l’Eglise orthodoxe, certaines Eglises protestantes et, plus récemment, même l’Eglise anglicane. On ne traitera ici que des rapports entre Franc-Maçonnerie et Eglises catholique et anglicane, qui historiquement sont les plus importants.

La Franc-Maçonnerie opérative du Moyen Age était imprégnée de catholicisme et restait sous le contrôle de l’Eglise, la fête de Saint-Jean voyait les maçons assister ensemble à la messe du patron de leur corporation et les religieux de tous ordres étaient très présents parmi eux. Jusqu’au début du XVIIIe siècle, même sur le continent, même en France, plusieurs ecclésiastiques, des évêques même, étaient membres éminents de Loges maçonniques sans que cela ne leur pose aucun problème.

Avec la fondation de la Grande Loge de Londres la donne a changé et la Franc-Maçonnerie est devenue, ou elle a été perçue comme si elle était, un agent de l’anglicanisme. Grands voyageurs, les Anglais ont ouvert des Loges partout où ils allaient, même à Rome, ville dont le pape était à l’époque le souverain temporel, en même temps qu’il était le chef spirituel de l’Eglise catholique.

Cette situation nouvelle ne pouvait pas le laisser indifférent. Ainsi le 28 avril 1738 le pape Clément XII fulmine contre la Franc-Maçonnerie la Bulle In Eminenti apostolatus specula, condamnant à l’excommunication majeure les catholiques qui adhèrent ou favorisent la Franc-Maçonnerie.

Les raisons de cette condamnation étaient les suivantes :

les Francs-Maçons sont « fortement suspects d’hérésie », en raison du secret maçonnique et du serment qu’ils prêtent sur la Bible car, je cite « si les Francs-Maçons ne faisaient pas le mal, ils n’auraient pas cette haine de la lumière ». A ce motif principal, la Bulle In Eminenti en ajoute un autre ainsi rédigé : « et pour d’autres motifs justes et raisonnables de Nous connus ». La formulation très peu explicite de ce second motif a donné lieu a plusieurs spéculations, il semblerait aujourd’hui –sur la base de recherches faites dans les archives du Vatican- qu’il s’agisse là d’un critère civil, toute association non officiellement autorisée étant considérée, selon le droit canon de l’époque, comme subversive pour l’État. Il y aurait donc une double raison à cette première condamnation de la Franc-Maçonnerie par l’Eglise catholique, premièrement religieuse, secondairement civile.

Cette condamnation de la Franc-Maçonnerie fut renouvelée, avec les mêmes raisons, par le pape Benoit XIV en 1751.
L’application de ces condamnations a varié selon les États et leur religion. La première Bulle fut appliquée immédiatement, bien entendu, dans les État de l’Eglise, mais aussi à Venise, en Sardaigne, en Pologne, en Espagne et au Portugal, tous des pays catholiques. En France, pays catholique mais toujours très soucieux de préserver les droits de l’État face à l’Eglise, aucune des Bulles du XVIIIe siècle ne fut appliquée, car elles ne furent pas enregistrées par le Parlement de Paris, ce qui était nécessaire et indispensable pour qu’elles puissent être exécutées, en vertu du principe qu’une loi non promulguée n’est pas contraignante, or une loi non enregistrée par le Parlement de Paris était considérée comme non promulguée.

Ce n’est qu’après la révolution française, à la suite du concordat de 1801 entre l’Empire napoléonien et l’Eglise catholique que les Bulles pontificales devinrent automatiquement applicables aux catholiques en France, sans besoin d’être enregistrées au préalable par le pouvoir civil français.

Par ailleurs, la condamnation de la Franc-Maçonnerie par l’Eglise catholique fut confirmée en 1865 par le pape Pie IX et en 1884 le pape Léon XIII étoffa l’argumentaire théologique de ses prédécesseurs, en condamnant la tolérance dont la Franc-Maçonnerie faisait preuve en admettant dans ses Loges des principes et des personnes contraires aux dogmes de la foi catholique :

« Pour eux (les Francs-Maçons), en dehors de ce que peut comprendre la raison humaine, il n’y a ni dogme religieux ni vérité […] De plus, en ouvrant leurs rangs à des adeptes qui viennent à eux des religions les plus diverses, ils deviennent plus capables d’accréditer la grande erreur des temps présents, laquelle consiste à reléguer au rang des choses indifférentes le souci de la religion et à mettre sur le pied de l’égalité toutes les formes religieuses, alors que la religion catholique est la seule véritable. »

On ne pouvait pas être plus clair.

Cela étant bien entendu valable là ou le catholicisme était la religion d’État, ou dominante.

En Angleterre, mettant fin aux luttes qui avaient opposé les Grandes Loges dites des Anciens et des Modernes, la Grande Loge Unie d’Angleterre venait de se constituer en 1813. Le duc de Sussex en était le Grand Maître, le prince de Galles (le futur roi Edouard VII) allait le devenir à son tour en 1875. La Franc-Maçonnerie allait ainsi devenir une institution D’État, au même titre que l’Eglise anglicane, dont le primat, l’archevêque de Canterbury, nommé par le roi, serait un jour aussi un frère.

Cette différence importante entre les îles britanniques et le continent européen explique l’évolution très différente de la Franc-Maçonnerie des deux côtés de la Manche, vers un anticléricalisme de plus en plus marqué, un agnosticisme et même un athéisme affiché sur le Continent, en opposition aux excommunications successives de l’Eglise catholique ; vers un conservatisme politique et religieux en Angleterre, en symbiose avec les autorités civiles et religieuses de l’« establishment », dont la Franc-Maçonnerie était devenue un des piliers les plus solides.

Après la première guerre mondiale, le nouveau code de droit canon promulgué en 1917 par le pape Bénoît XV avait un peu nuancé la position de rejet de la Franc-Maçonnerie par l’Eglise catholique, son article 2335 n’interdisant plus aux fidèles sous peine d’excommunication que l’adhésion « à une secte maçonnique ou autre se livrant à des machinations contre l’Eglise ou les pouvoirs civiles légitimes. » On pouvait en déduire, et d’aucuns l’ont fait, qu’on avait le droit d’adhérer à des Loges ne conspirant pas contre l’Eglise ou l’État, mais cette interprétation était –me semble-t-il– tirée par les cheveux. En réalité, même si la formulation avait quelque peu changé, le fonds restait le même et pour l’Eglise toute « secte maçonnique » (il faut souligner l’emploi du mot péjoratif « secte » pour désigner la Franc-Maçonnerie, courant en Italie dans les milieux catholiques intégristes) restait opposée à l’Eglise et donc sujette à l’excommunication.

En Angleterre, encore en 1935, appartenaient à la Grande Loge Unie d’Angleterre les trois fils du roi : le prince de Galles, qui était Grand Maître Provincial du Surrey, le duc de York, Grand Maître Provincial du Middlesex et le duc de Kent, Premier Grand Surveillant. En étaient aussi membres le gendre du roi le comte de Harwood, Grand Maître Provincial du West Yorkshire, son oncle le duc de Connaught, Grand Maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre, et son fils le prince Arthur, Grand Maître Provincial du Berkshire. Il y avait aussi de nombreux Franc-Maçons parmi le clergé de l’Eglise anglicane. [1]

Cette différence entre l’Angleterre et les pays du continent européen allait continuer de marquer l’évolution de la Franc-Maçonnerie des deux côtés de la Manche pendant les années suivantes et jusqu’à aujourd’hui.

Avec le Concile Vatican II il a semblé se faire une ouverture de la part de l’Eglise catholique vers ces Franc-Maçons « qui croient en Dieu », ce qui paradoxalement signifie ceux qui appartiennent à la Grande Loge Unie d’Angleterre, donc des anglicans dans leur écrasante majorité, tous les autres restant toujours sujets à l’excommunication majeure.

En 1983 le pape Jean-Paul II publiait un nouveau code de droit canon, qui ne cite plus explicitement la Franc-Maçonnerie. Il semblait donc que celle-ci tombait dès lors sous le droit commun des associations, qui prévoit d’après l’article 1374 qu’« est puni d’une juste peine celui qui adhère à une association conspirant contre l’Eglise. »

Un certain nombre de Frères éminents du Continent (appartenant pour leur grande majorité à la Grande Loge Nationale Française) en ont immédiatement déduit que l’Eglise permettait à des catholiques l’appartenance à des Loges relevant de Grandes Loges dites régulières, reconnues donc par la Grande Loge Unie d’Angleterre, dont la leur.

Mais le 26 novembre 1983 la Congrégation romaine de la doctrine de la foi (ex Saint-Office) publiait une note explicative, approuvée par le pape, disant explicitement que :
« Le jugement négatif de l’Eglise vis-à-vis de la Maçonnerie reste le même, puisque les principes de celle-ci ont toujours été jugés inconciliables avec les doctrines de l’Eglise. Les fidèles qui en font partie sont en état de péché grave et ne peuvent pas recevoir l’eucharistie. […] Les autorités ecclésiastiques locales n’ont pas compétence pour se prononcer sur la nature des associations maçonniques par un jugement qui impliquerait une dérogation à cette déclaration. »
Encore une fois, on ne pouvait pas être plus clair et la dernière phrase citée coupait l’herbe sous les pieds à ces évêques allemands qui auraient voulu reconnaître comme compatible avec l’appartenance à l’Eglise catholique la fréquentation de Loges dites régulières et demandant explicitement à leurs membres la croyance en un GADL’U conçu comme un Dieu créateur et personnel.

Afin de clarifier sa position, dans une déclaration publique datant de 1985, la Grande Loge Unie d’Angleterre a publié ce qui suit au sujet des rapports entre Franc-Maçonnerie et religion :

1) La Franc-Maçonnerie n’est pas une religion, ni le substitut d’une religion. Elle demande à ses membres la croyance pleine et sincère en l’existence d’un Être Suprême, mais ne fournit aucune doctrine de foi qui lui soit propre.

2) La Franc-Maçonnerie est ouverte aux hommes appartenant à toutes les confessions religieuses. Pendant les réunions toute discussion de caractère théologique est interdite.

3) Il n’y a pas un dieu maçonnique : le dieu d’un Franc-Maçon est celui de la religion qu’il professe.

4) Les Franc-Maçons se réunissent dans le respect commun de l’Etre Suprême, qui reste suprême dans leurs confessions religieuses respectives.

5) La Franc-Maçonnerie n’essaie en aucune façon de fondre ensemble les religions existantes. Il n’y a donc aucun dieu maçonnique composite.

6) La Franc-Maçonnerie n’a aucun des éléments fondamentaux d’une religion, et notamment :

a) elle n’a aucune doctrine théologique et, en interdisant toute discussion religieuse pendant ses réunions, elle ne permet pas la naissance d’une doctrine théologique maçonnique.

b) elle n’offre aucun sacrement ni n’exerce aucun culte.

c) elle ne prétend pas conduire au salut par des œuvres ou des connaissances secrètes, ou par n’importe quel autre moyen. Les éléments réservés de la Franc-Maçonnerie concernent les signes de reconnaissance ainsi que les règles de l’art de la construction, transférés sur un plan symbolique, métaphorique et moral, et donc n’ayant aucun rapport avec le salut et l’eschatologie.

7) La Franc-Maçonnerie soutient la religion et ne lui est pas indifférente. Elle demande à tous ses membres de suivre chacun sa propre foi et de mettre ses devoirs envers dieu (quel que soit le nom par lequel il l’appelle) au-dessus de tous les autres. Les enseignements moraux de la Franc-Maçonnerie peuvent être acceptés par toutes les religions, elle soutient donc la religion.

Il est clair d’après ces lignes que, même si les Francs-Maçons anglais prétendent que la Franc-Maçonnerie « soutient la religion », elle ne peut pas être jugée comme compatible avec le catholicisme par l’Eglise, qui par la voix de l’Osservatore Romano du 23 février 1985 publiait le commentaire suivant :

« Il n’est pas possible pour un catholique de vivre sa relation avec Dieu en la partageant en deux modalités : l’une humanitaire, qui serait supraconfessionnelle et une, personnelle et intérieure, qui serait chrétienne. […] Le climat de secret, qui règne dans les loges, comporte en outre le risque pour les inscrits de devenir les instruments d’une stratégie qu’ils ignorent. »

Les deux arguments de la Bulle In Eminenti de 1738 sont donc toujours valables : le secret et l’hérésie, présentée sous la forme plus moderne de la supraconfessionalité, inadmissible pour une Eglise qui prétend être la seule détentrice de l’unique Vérité.

Paradoxalement, au moment même où les Francs-Maçons anglais prétendent que la Franc-Maçonnerie « soutient la religion et ne lui est pas indifférente », l’Eglise anglicane a rejoint les rangs de l’Eglise catholique et l’archevêque de Canterbury, le Dr. Rowan Williams, s’est ouvertement opposé à la Franc-Maçonnerie.

Dans deux articles publiés par le journal Independent du vendredi 15 novembre 2002, le nouvel archevêque a donné son opinion sur la Franc-Maçonnerie : il a soutenu qu’elle pourrait avoir une base satanique et il s’est dit opposé à la promotion à des postes de responsabilité dans l’Eglise anglicane de tout ecclésiastique qui serait en même temps Francs-Maçons.

Dans une interview radiophonique donnée le même jour, le Grand Secrétaire de la Grande Loge Unie d’Angleterre a fait remarquer qu’il était regrettable que le nouvel archevêque ait fait ces déclarations infondées sans avoir essayé d’en discuter au préalable avec les autorités de la Grande Loge, il a rappelé ensuite que la Franc-Maçonnerie n’est pas une société secrète, ainsi qu’il a été reconnu par un jugement de la Cour européenne des Droits de l’Homme du mois de juillet 2001, il a souligné qu’il est complètement contraire à la vérité de prétendre que la Franc-Maçonnerie pourrait avoir une base satanique et que la publication dans un journal de cette affirmation infondée pourrait causer une grande détresse à plusieurs anglicans qui sont Francs-Maçons et pour leurs familles, il a pour finir fait remarquer que l’intention de l’archevêque de vouloir discriminer les ecclésiastiques qui appartiennent en même temps à la Franc-Maçonnerie est contraire aux Droits de l’Homme et à la loi, et donc illégale.

Il est intéressant de remarquer que l’Eglise anglicane vient d’admettre récemment les femmes à la prêtrise et que son archevêque a officiellement déclaré qu’il est favorable à l’ordination de personnes se déclarant ouvertement homosexuelles, il n’y a apparemment donc plus que les Francs-Maçons qui lui posent problème.
On voit que même en Angleterre, sa patrie d’origine, la compatibilité entre la Franc-Maçonnerie spéculative et la religion chrétienne est aujourd’hui remise en cause.

Fabrizio Frigerio Ve Ordre, Grade 9
Suprême Commandeur du Sublime Conseil du Grand Chapitre Général Mixte de Belgique,
Membre honoraire du Grand Chapitre des Chevaliers Rose-Croix du Portugal,
Membre de l’Académie Internationale du Ve Ordre – UMURM.

[1] L’Eglise anglicane n’a commencé à mettre en discussion l’appartenance de son clergé à la Franc-Maçonnerie qu’en 1952, cf. Neville B. Cryer, « La Franc-Maçonnerie anglaise », in : Maçonnerie, maçonneries, éd. par Jacques Marx, Bruxelles, 1990, p. 101-123.

SOURCE : https://unionmasonicauniversalritomoderno.blogspot.com/?m=1

Aux sources de l’Egyptomania maçonnique 30 janvier, 2022

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Aux sources de l’Egyptomania maçonnique

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08/09/2014

L’expédition d’Egypte (1798-1801) fut d’abord une aventure maritime d’une flotte disparate de 250 navires marchands protégés par douze vaisseaux, six frégates et neuf flûtes, sans compter quelques chaloupes, avisos, bombardes et autres tartanes : 22 jours pour joindre Toulon à La Valette, 14 jours encore pour arriver à Alexandrie. Dans la promiscuité des navires, entre l’ennui et la peur de l’Anglais, entre les jeux de dés, d’échecs ou de loto et les rêveries collectives, les chicaneries et les discussions, le mal de mer, les odeurs de goudron, de cordage et de bois, les taches quotidiennes et les observations, marins, soldats, civils et savants eurent le temps de se connaître, de se reconnaître. Ce fut sans doute le cas des maçons d’antan, des maçons d’avant , obscurs ou célèbres comme le vice-amiral François Paul de Brueys d’Aigalliers (1753-1798), le général mulâtre Thomas Davy de la Pailleterie dit Dumas (1762-1806), le chirurgien Dominique Larrey(1766-1842) ou le savant Gaspard Monge (1746-1818) et quelques autres .

Néanmoins, faute de sources probantes, il est difficile d’affirmer que ces ci-devant maçons manièrent la truelle et l’équerre aux pieds des pyramides.

Après les périls de la mer et des vents, l’eau et l’air, l’expédition dut affronter les épreuves de la terre avec le débarquement du 13 messidor VI, la prise d’Alexandrie, la bataille des Pyramides (3 thermidor) et l’entrée dans Le Caire, et du feu avec le désastre d’Aboukir (14 thermidor) : Le vaisseau Orient explosé à cause des flammes provoquées par les combats, le Timoléon, brûlé par les français pour éviter sa capture, tout comme la frégate L’Artémise, et sept des neuf navires pris par les marins du frère borgne Horatio Nelson (1758-1805), incendiés par les britanniques. Les bateaux consumés, le dépaysement, le mal de la patrie, l’inconnu, l’adversité, le climat, le sang et les diverses épreuves agissaient sur les relations interpersonnelles parmi lesquelles la fraternité-amitié, la philia; jouait un rôle central. Chez ces Français d’Orient cohabitèrent mesquineries, jalousies, pratiques générales d’une vie en commun obligée, camaraderies masculines  de garnison, amitiés profondes ou équivoques et/ou affections fortes réelles ou sublimées dans une fraternité exaltée. L’expédition d’Egypte sera à la fois une aventure militaire, géopolitique, savante, psychopathologique et maçonnique. Alors que la vie maçonnique peinait à retrouver force et vigueur en France, malgré la reprise des travaux du Grand Orient de France (printemps 1796) et de la Grande Loge dite de Clermont (messidor an VI/juin 1796), dans la « communauté » française d’Egypte, une loge maçonnera sur les bords du Nil. Plusieurs peut-être ? Une seule cependant est clairement identifiée : les Vrais Amis Réunis, loge que nous avions analysé, dans notre thèse d’Etat (1992) (mais à partir de sa « reconstruction » officielle à Toulon) et dont notre ami Jean-Pierre Zimmer a écrit l’histoire (2001). Selon sa demande de constitution, elle fut créée le 11 fructidor an VII (28 août 1799), le jour même où le général Bonaparte quittait discrètement l’Egypte, avec les généraux Berthier, Duroc, Lannes, Marmont et Murat et les savants Berthollet, Denon et Monge sur la petite flottille (2 frégates et 2 avisos) du contre-amiral Ganteaume. Constater que plus de la moitié de ces personnages sera sous l’Empire des notabilités maçonniques, ne peut suffire à faire de ce départ un complot hiramique. Cette fondation se situe néanmoins dans une période de calme, après la pacification du delta, la conquête de la Haute-Egypte et l’expédition de Syrie-Palestine. On regrettera qu’aucune nouvelle découverte n’ait éventuellement permis d’allonger la liste des loges. Faute de documents suffisants, l’histoire de la vie maçonnique française durant l’expédition reste à écrire. Il faut être gré à Alain Quéruel d’avoir apporter à ce chantier, des matériaux biographiques dans son livre Les francs-maçons de l’expédition d’Egypte (2012). Que dire présentement du dossier? D’abord qu’une loge (peut-être plus, mais peut-être pas ?) a maçonné. Dans le fonds Castinel 4 J 85 (Archives départementales du Var), nous avions consulté le livre d’architecture du chapitre souché sur la loge Vrais Amis Réunis qui couvre la période du 8 juillet 1800 au 7 septembre 1801. Il rapporte principalement des cérémonies d’avancement de grade et nous apprend que les Vrais Amis Réunis étaient des officiers et des cadres subalternes. Ensuite que dans le corps expéditionnaire français, on peut estimer, pour le moment et avec une très grande prudence, le nombre des maçons à une grosse cinquantaine  (chiffres sans doute à surévaluer en cas de nouvelles découvertes) sur un total d’environ 38 000 personnes (en réalité chiffre plus faible compte tenu des 8 000 hommes laissés en Corse, à Malte et à Corfou et des pertes diverses : 3 600 tués dans les combats, 1000 accidentés ou morts de diverses manières et 4 150 décès par maladies dont 2 400 décès suite principalement à des maladies vénériennes et 1 700 à la peste. Ce % provisoire (0,4%°) est pourtant faible dans un échantillon qui possédait toutes les caractéristiques socioculturelles pour un fort recrutement maçonnique : masculin, dans la force de l’âge, militaire et savant. Il est vrai qu’a cette époque du Directoire finissant, aucune loge militaire n’etait officiellement signalée dans les diverses armées de la République. L’initiation d’officiers comme, en juillet 1797, les généraux Jean Charles Pichegru (1761-1804) et Amédée Willot (1757-1823), au demeurant royalistes, demeurait un fait isolé. Pourtant cette franc-maçonnerie en Egypte s’inscrivait dans le droit fil des loges militaires d’Ancien Régime analysées par Jean-Luc Quoy-Bodin et annonçait la floraison des ateliers « ambulants » du Premier Empire (4 en 1801, mais plus de 130 loges proprement militaires (y compris les loges de prisonniers de guerre) dans la décennie 1810 et 1 officier sur 3 ou 4, franc-maçon, selon les calculs de Pierre-François Pinault.

Bonaparte parti, les difficultés croissantes du corps expéditionnaire français durent être peu propices à la vie maçonnique. Le 8 messidor an IX (27 juin 1801), le futur frère (il sera fait maçon en 1802 dans la loge bruxelloise Les Amis Philanthropes) Augustin Bélliard (1769-1832), plus tard comte de l’Empire, général de division, pair de France et ambassadeur auprès du roi des Belges, parapha la capitulation du Caire. Deux semaines plus tard, 13 500 français civils et militaires et un millier de collaborateurs coptes, grecs et syriens quittaient la capitale égyptienne, avec armes et bagages, pour être rapatrier en France. Le ci-devant baron de Menou (1750-1810), fait maçon à Loches avant la Révolution, converti à l’Islam en mars 1799 sous le nom d’Abdallah, successeur du général Jean-Baptiste Kléber, assassiné le 14 juin 1800, signa le 13 fructidor an IX (31 août 1801) la capitulation d’Alexandrie. Malgré les difficultés, les Vrais Amis Réunis continuèrent à se réunir, preuve que la greffe maçonnique avait bien pris. La dernière réunion du chapitre date du 7 septembre 1801. Selon les « refondateurs » de l’atelier à Toulon, la dernière tenue se serait déroulée le 8 octobre courant (date sans doute erronée vu la situation militaire française à ce moment). En effet, à la mi-octobre, les derniers Français quittaient l’Egypte.

Le retour des « Egyptiens » en France marquera le début d’une égyptomanie qui ira croissante durant tout le siècle. Elle contribuera à transformer en succès culturel une entreprise complètement ratée militairement. La publication du Voyage dans la Basse et la Haute Egypte (1802) du frère Dominique Vivant Denon (1747-1825), alors directeur du Musée central des Arts, de la monumentale Description de l’Egypte (neuf volumes in-4° et de onze volumes de planches), de 1809 à 1830, sous le direction de la Commission d’Egypte, présidée par le sénateur Claude-Louis Berthollet (1749-1822), chimiste et ancien « Egyptien », comte de l’Empire et les travaux de Champollion en furent les premiers temps forts.

Mais l’égyptomanie ne datait pas de la campagne d’Egypte. Elle s’appuyait sur la lente découverte de la civilisation égyptienne ancienne. Egyptologie et égyptomanie vont de pair. Sans invoquer Hérodote, Strabon ou Diodore de Sicile, depuis les Croisades, l’Egypte fascinait l’Europe. La « paléo-egyptomanie » remonte aux XV- XVIe siècles. On fait parfois du jésuite allemand Athanius Kircher (1601-1680), auteur de l’Oedipus Aegyptiacus (trois volumes entre 1652 et 1655), le père de l’égyptologie. Au XVIIIesiècle, la terre des Mamelouks fut parcourue par des diplomates en mission ou non, des religieux, des négociants ou des « voyageurs par curiosité » (ancêtres des touristes-explorateurs). L’évêque anglican irlandais Richard Pocoke (1704-1765), visita le Moyen-Orient de 1737 à 1742 (Cf. A description of the East…, Londres, 1743-1745). Lord John Sandwich (1718-1792) fonda la premièreEgyptian Society in London (1741-1743). A view of the Levant, particularly of Constantinople, Syria, Egypt and Greece du britannique Charles Perry (1698-1780) fut imprimé à Londres en 1743. L’antiquaire et écrivain français Anne Claude, marquis d’Esternay,dit le comte de Caylus (1692-1752), publia un Recueil d’antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et gauloises, en sept volumes entre 1752 et 1767. L’italien Vitaliano Donati (1717-1762), membre de l’Académie royale de Suède et fellow de la Royal Society, rassembla à Turin, la première collection d’antiquités égyptiennes après son voyage en Orient (1759). Le géographe français Jean Baptiste Bourguignon d’Anville (1697-1782) fut l’auteur deMémoires sur l’Egypte ancienne et moderne, suivi d’une description du Golfe Arabique ou de la Mer Rouge, avec sept cartes (Paris 1766). Le naturaliste français Charles Nicolas Sonnini de Manoncourt (1751-1812) parcourut l’Egypte de juin 1777 à octobre 1778 (Voyage dans la haute et basse Egypte, Paris, 1 800). Le géographe danois Carsten Niebhur (1733-1815) visita l’Egypte, le Sinaï, le Yémen, l’Inde et¨la Perse de 1761 à 1767 et en donna un compte-rendu détaillé en quatre volumes (1772, 1774, 1778 et un posthume en 1837). LeVoyage en Egypte et en Syrie pendant les années 1783, 17684 et 1785de Constantin François Chasseboeuf dit Volney (1757-1820) connurent un grand succès. Le voyageur écossais James Bruce of Kinnard (1730-1794) explora le cours supérieur du Nil et narra son voyage dans cinq volumes édités à Londres, en 1790. Le danois Jorgen Zoega (1755-1809) tenta dans son Origine et usu obeliscum(1797) une première tentative de déchiffrage des hiéroglyphes. Plusieurs dizaines d’autres européens parcoururent encore l’Egypte. Des dizaines d’autres seraient à citer.

Dans les pas de ces marcheurs, l’Egyptomanie toucha tous les domaines : architecture, décoration, ébénisterie, mobilier, mode, théâtre, littérature, poésie, musique, jeux de société ou art funéraire. Jean-Philippe Rameau composa Les Feste de l’Himen ou les Dieux de l’Egypte (1742) et La Naissance d’Osiris ou la Fête de Pamylie (1751). Le futur maçon Mozart écrivit Thamos, roi d’Egypte version (1773 et 1779) sur un livret du frère baron Tobias von Geller. A Dresde fut créé en 1781, l’Osiris du frère Johann Gottlieb Naumann (1741-1801). Puis vint Die Zauberflöte (1791) des frères Wolfgang Amadeus et Emanuel Schikaneder (1751-1812). On notera cependant que les décors de Gayl et d’Andréas Nesslather (1748-1821) étaient plutôt d’inspiration « pré-romantico-germano-romaine ». Il faudra attendre la représentation de Berlin (1815) pour que la symbolique égyptienne envahisse la scène. L’architecte vénitien Giambattista Piranesi (1720-1778) présenta la décoration à l’égyptienne dans quinze planches de son ouvrage Diverse maniere d’adornare i camini (Rome, 1769). Son collègue français néo-classique Etienne-Louis Boullée (1728-1799) s’inspira de l’art funéraire égyptien tout comme le sculpteur Michel Ange Slodtz (1705-1764). L’architecte écossais Charles Cameron (1745-1812) érigea une pyramide dans le parc de Tsarkoïe Selo pour la Grande Catherine II et une autre dans l’allée des tombeaux du parc de Wilhelmshöhe, près de Cassel (1775). Notons que le futur commandant en chef de l’expédition d’Egypte, Jean-Baptiste Kléber (1753-1800), rendu à la vie civile depuis 1783, chargé de remodeler le parc du château d’Etupes, résidence d’été de Charles II Eugène, duc de Wurtemberg et prince de Montbéliard, imagina d’y placer une pyramide à l’égyptienne. Hasard objectif cher à André Breton ? Le roi Charles III d’Espagne commandita, entre autres, au décorateur Jean Démosthène Dugourc (1749-1825) une salle égyptienne pour l’Escurial. L’Egypte était encore présente dans quelques tableaux du peintre Hubert Robert (1733-1808), dans les terres cuites du sculpteur Michel Clodion (1738-1814), dans les sculptures de Louis Jean Desprez (1743-1804), dans la production du céramiste britannique Josiah Wedgwood (1728-1799), dans le mobilier de l’ébéniste français à la mode Jean Baptiste Séné (1748-1803)et dans des centaines d’œuvres d’artistes célèbres ou obscurs. Le banquier anglo-néerlandais Thomas Hope (1769-1831) imagina une décoration et un mobilier égyptiens pour sa maison londonienne, sise Duchess Street. L’Egyptomanie prospéra dans l’espace et le temps comme l’a montré l’importante exposition L’Egyptomania ; l’Egypte dans l’art occidental, présentée successivement à Paris (janvier-avril 1994), Ottawa (juin-septembre 1994) et Vienne (octobre 1994-janvier 1995).

L’égyptomanie devint un fait cultural majeur oscillant entre un courant « rationalio-archéologisant » et une mouvance fantastico-ésotérique comme le montrent les travaux de Claude Gyss, notamment. Dans cette dernière famille, on peut placer le Sethos (1731) de l’abbé Jean Terrasson (1670-1750), de l’Académie française, qui popularisa la notion de « mystères égyptiens » ou leCrata Repoa ou Initiations aux anciens mystères des prêtres d’Egyptedes allemands Johann von Hymmen (1725-1787) et Karl Friedrich von Koppen (1734-1797). L’Egyptomanie féconda l’imaginaire maçonnique, véritable éponge capable d’emprunter à toutes les respirations du temps. Le courant maçonnico-égyptisant se cristallisera entre Naples, la mer Adriatique et Vienne. Il se retrouvera entre autres, dans le Rite Primitif de Narbonne et dans la loge des Philadelphes, de la famille Chefdebien d’Armissan, dans le Rite des Architectes Africains de Von Koppen, cité ci-dessus, dans celui des Parfaits Initiés d’Egypte de loccultiste taromancier Jean-Baptiste Aliette dit Etteilla (1738-1791) et dans la « Haute Maçonnerie Egyptienne » du Grand Cophte Joseph Balsamo alias Cagliostro (1743-1795). Comme le notait Bruno Etienne, la franc-maçonnerie, forme statique du voyage en Orient, prédisposait beaucoup de ses membres à franchir le miroir vers un Orient rêvé, voire fantasmé, plus que dans un Orient parcouru et analysé.

En contre-point, on ne  peut que constater la minceur de la documentation sur la vie maçonnique en Egypte, durant ces trois années et même dans les décennies suivantes. Sans oublier la frustation de tous  ceux qui espèrent y trouver la preuve irréfutable de la réception du général Bonaparte. Depuis plusieurs décennies, les mêmes pistes sont à l’honneur. D’abord durant le séjour-éclair à Malte (8 jours), mais le commandant en chef qui rêvait des conquêtes d’Alexandre et de la route des Indes avait-il la tête à se faire recevoir dans une institution marginalisée durant la décennie 1790 ? C’est plus tard à partir de 1803-1804 que le Premier Consul comprendra l’intérêt à transformer la franc-maçonnerie désormais très présente dans les élites civiles et militaires, en un appareil idéologique d’Etat, stratégie qui sera conceptualisée par le frère Jean-Etienne Portalis, alors ministre des Cultes. Même la lourde et mystérieuse porte de la pyramide de Chéops, subrepticement ouverte le 11 août 1798, n’est pas complètement close. Pourtant durant cette période, le général Bonaparte était sur la route du Caire en train de combattre les troupes du mamelouk circassien Ibrahim Bey (c. 1735-1805). Demeurent les rumeurs et les suppositions : Elles ne seront pas près de s’éteindre pour le plus grand bonheur des songe-creux.

Néanmoins dans la franc-maçonnerie consulaire et impériale, l’égyptomanie continua son bonhomme de chemin. Les Vrais Amis Réunis d’Egypte devint une loge toulonnaise qui maçonna jusqu’en 1845. Le Grand Sphinx fut officiellement patenté en 1804 par le Grand Orient de France. La loge des Commandeurs du Mont Thaborsemble plutôt s’inscrire dans une mouvance ésotérico-chrétienne et néo-templière.

Il  faut rappeler également  l’Ordre Sacré des Sophiciens, analysé par Darius Alexander Spieth dans son ouvrage Napoleon’s Sorcerers : the Sophisians (2007) et composé grandement d’anciens de l’expédition et lié à la loge Les Frères Artistes, le Rite de Misraïm (Egypte en hébreu), né dans la décennie 1810, avec les trois frères comtadins Michel, Marc et Joseph Bédarride et le Rite de Memphis, constitué en 1838 par un dissident misraïmide Jacques Etienne Marconis de Nègre (1795-1868), sans oublier la Société Secrète Egyptienne, dirigée par l’aventurier, antiquaire à ses heures et consul de France (1803-1814 et 1821-1829) Bernardino Drovetti (1776-1852). Ladite institution aurait conspiré contre la Sublime Porte en faveur de Mehmet Pacha (1769-1849). Ce dernier, maître de facto de l’Egypte depuis 1807, mena une politique plutôt francophile. Ce fut sous son « règne » que deux loges d’origine française se seraient allumées en Egypte : Les Chevaliers des Pyramides (Le Caire 1811) et Les Amis de la Concorde(Alexandrie , 1812). But that’s another story (Cf. la communication de Gérard Galtier, paru dans les Cahiers de la Méditerranée, Nice, 2006).

Sous l’Empire encore, l’antiquaire Alexandre Dumège (1780-1862), fonda en 1806, à Toulouse, le Rite de la Souveraine Pyramide des Amis du Désert. L’année suivante, l’archéologue Alexandre Lenoir(1762-1839) expliquait dans La Franche-Maçonnerie rendue à sa véritable origine les trois grades et les quatre ordres du Rite moderne à la lumière des mystères égyptiens.

Quoiqu’il en soit le(s) courant(s) « egyptien(s) », dans les décennies suivantes, même marginal(ux), continua(èrent) à faire partie du paysage maçonnique mondial à travers les figures pour n’en citer que quelques unes, de l’italien Giuseppe Garibaldi (1807-1882), le héros des deux mondes, du négociant britannique John Yarker (1883-1913), du journaliste anarchisant, occultiste et féministe anglo-allemand Théodore Reuss (1855-1923) ou de l’écrivain occultiste Gérard Encausse dit Papus (1865-1916). En marge ou en parallèle de l’Egyptologie, c’est-à-dire le champ d’étude de l’Egypte ancienne par les sciences humaines, dans la nébuleuse de l’Egyptomanie, c’est-à-dire la fascination plus ou moins bridée pour l’histoire et la culture egyptiennes antiques, nous sommes, avec cette filiation, dans l’egyptosophie comme la définit l’égyptologue suisse Erik Hornung, c’est-à-dire la quête ésotérique perpétuelle à travers les âges pour voir dans l’Egypte la source de la sagesse et la terre de l’hermétisme. La première procéde de la science, la seconde de la passion, la troisième de la quête. Le chercheur ne doit ni les ignorer, ni les confondre.

SOURCE : https://yveshivertmesseca.wordpress.com/2014/09/08/aux-sources-de-legyptomania-maconnique/

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L’infini et l’au-delà en loge 25 février, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire
31 janvier 2020

L’infini, l’au-delà, et la franc-maçonnerie

Initiation maçonnique aux changements des plans

Nous naviguerons dans l’insondable, entre les infiniment grands et les au-delà, dans le nadir de l’enfer et le zénith de la Lumière des croyances, mais avant d’aborder ces notions nous ramènerons toutes ses perceptions à la réalité. Cette réalité est celle de l’homme qui pense l’incommensurable par ses propres sens, proportions et angoisses.

Nous poserons notre analyse maçonnique de ces deux principes sous couvert du réel vécu ou ressenti, c’est-à-dire de ce que l’homme ressent comme vécu dans son être. Il s’agit donc d’accepter le caractère phénoménologique[i] de l’infini et de l’au-delà.

L’homme ne perçoit le réel qu’autant que ses sens et son imagination lui permettent d’en dépasser les limites. Or traiter de l’infini ou de l’au-delà c’est outrepasser les limites de ce qui se montre, il s’agit dans les deux cas de faire une incursion dans ce qui est perçu ou ressenti au-delà du visible !

Vous ne verrez jamais ni l’infini ni l’au-delà, vous le représentez en fonction d’acquis culturels et philosophiques : si l’infini est la contrepartie du fini, l’au-delà serait la contrepartie de l’ici et maintenant. Nous avons un principe de symétrie en miroir entre le visible et l’invisible. C’est aussi l’objet de notre rapport au réel dans toutes ses dimensions qui est ainsi posé.

Le questionnement de l’infini et de l’au-delà en termes de représentations mentales nous permettra de postuler que « l’infini par son incommensurable étendue, fût-il mathématique et rationnel, est la porte d’entrée dans l’au-delà par le changement d’état[ii] qu’il suscite ». (Postulat1).

I — L’infini ou « le Principe de non limitation »

1 / Le mélange historique des mathématiques et de l’ontologie via l’hermétisme traditionnel :

L’infini à une double acception qui provient de l’époque où les mathématiques, la métaphysique et la théologique étaient liées dans une même rhétorique : l’infini se définirait doublement comme une quantité sans limites, mais c’est aussi une qualité, une des puissances du divin. Cette double approche quantitative et qualitative continue d’exister dans l’inconscient collectif et s’associe facilement avec le symbolisme axial auquel les francs-maçons sont formés.

Les premiers Grecs à qualifier l’infini dans une proximité divine seront les néo-platoniciens avec la notion de « Bien au-delà de l’essence », c’est-à-dire un infini surplombant les multiplicités de la contingence. La Bible dans l’Ancien Testament introduit aussi l’unicité du divin, inconnaissable et inatteignable. Cette approche herméneutique de l’infini sera confirmée par l’En Sof de la kabbale qui littéralement veut dire l’in-fini : splendeur au-delà de ce qui se conçoit.

L’infini d’Aristote n’était pas l’infini des modernes. Pour Aristote le ciel, la cosmologie était un monde fini doté d’étoiles fixes, ce sera l’organisation géocentrique de Ptolémée et ses épicycles qui dominera, avec une Terre centre de l’univers et sept planètes. L’antique géocentrisme sera remis en cause progressivement, suite à l’apport de l’Héliocentrisme copernicien de 1543. En 1600, Giordano Bruno sera brûlé sur un bûcher par l’inquisition pour avoir contesté le géocentrisme, introduisant le principe de pluralité de galaxies, il sera le philosophe de l’infinité. Galilée sera condamné par l’église pour avoir soutenu la thèse copernicienne en 1633. Pour Descartes père du doute méthodique, Leibniz auteur de calcul infinitésimal avec Newton, voir Kant, l’infini de Dieu est en rapport direct avec l’infini spatial et l’infini temporel ou cyclique : c’est le principe de non-limitation qui affecte le divin et le monde. Blaise Pascal en 1670 tentera une approche géométrique du « hors limite » : « Dieu est une sphère infinie, dont le centre est partout et la circonférence nulle part »

2/L’infini et la transcendance.

On voit donc se dessiner à partir de « l’infini attribut divin », l’idée de transcendance divine qui est sans limites par nature. Il s’agit pour Anselme de Canterbury de « l’Être tel qu’on n’en saurait concevoir de plus grand ». L’infini est donc lié au divin qui ne se limite pas et qui n’est pas mesurable. Donc pour nos anciens mathématiciens, l’infini conserve une dimension irréelle et initiatique proche de l’ontologie. L’infini constituait un attribut divin et source d’interrogation par l’irrationalité de sa suite c’est-à-dire par l’impossibilité de lui donner une limite. 

À cette transcendance de l’infini, Descartes répondra par l’infinie volonté libre de l’homme, puis Hegel poussera cette infinie volonté jusqu’au concept dangereux d’homme libre et de surhomme quasi égal du divin.

Enfin Spinoza conclura que l’infini du monde et donc des mathématiques et l’infini de Dieu ne font qu’un : Dieu est un « être absolument infini ».

Nous voyons donc se dessiner un infini à plusieurs significations conceptuelles. Quoiqu’il en soit la transcendance admet par principe le changement de plan, induisant une verticalisation du langage jusqu’à l’innommable ou l’imprononçable nom de Dieu…

3/ Autonomie des infinis mathématiques

Pour autant, la mathématique se libère de la métaphysique en finalisant son objet, mais il est reconnu que le mathématicien Cantor Georg en 1870, sur la base de la théorie des ensembles et de la notion d’appartenance, sépare nettement l’infini opératoire des mathématiques,  de l’infini conceptuel de la métaphysique.

Je cite seulement 3 exemples de découverte des infinis mathématiques :

►1/au plan mathématique les Grecs par Zénon d’Elée, déjà affirmaient que toute droite est sécable en une infinité de points

►2/le deuxième apport à l’infini mathématique nous intéresse au premier plan. Il est en rapport direct avec le pavé mosaïque et les cases carrées qui le composent, mais aussi avec le carré long et son hypoténuse. Ce fut la « découverte », de l’irrationalité de la diagonale du carré d’Euclide  √2 ou de 5 pour l’hypoténuse du carré long. C’est aussi le cas du nombre π bien connu des compagnons, et le nombre « e ». L’irrationalité est sans rapport de proportion avec les nombres entiers, c’est le lieu sans forme distincte, sans ombre, sans étendue , non mesurable. C’est un multiple sans fin dans ses décimales : c’est un changement d’état en regard d’un rapport naturel au nombre!

►3/Le Passage à la limite dans le calcul infinitésimal de Leibniz impliquant un changement d’état d’une suite de valeur qui tendrait vers l’infini dans un corps donné. La valeur du corps étudié valant un sa division par les parties qui le constituent et ceci portée à l’infini provoque un quatum c’est-à-dire une différence en deux valeurs de la suite qui s’évanouit. Ainsi pour un corps en mouvement cela se traduit par la continuité imperceptible du mouvement dans une constatation relevant de l’imaginaire et non de l’expérience. Donc à l’absence de limite mathématique l’expérience constate l’existence d’une borne marquant la fin du mouvement…

Les mathématiques s’émancipent du divin et font apparaître des catégories d’infini : on dira que si les nombres irrationnels sont infinis, que les nombres rationnels le sont aussi, mais que les irrationnels sont encore plus étendus que les rationnels. On instaure par cette remarque une variation d’étendue dans l’infini mathématique, une relativité de la notion d’infini qui sans être une limitation de l’infini le catégorise. L’infini catégorisé perd son antique statut ontologique.

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[i] Nous placerons le réel comme « le donné » porté aux cinq sens de l’homme comme une base sur laquelle l’homme réfléchi et déduit, imagine et espère.

[ii] Le changement d’état est le propre du changement de plan.

II — L’infini et l’éternité de l’homme ————————–

1 / Finitude de l’homme et désir d’au-delà

Notre temps à vivre est limité d’un point de vue corporel, il s’oppose donc à l’idée d’infini si ce n’est à considérer les recompositions cycliques comme synonymes d’infini permettant d’accéder à l’au-delà. On peut élaborer 4 concepts majeurs qui autorisent ou pas notre continuité :

► la mutualisation de l’au-delà par la perpétuation de « l’homme esprit » en sa tribu avec le culte des ancêtres proche de l’animisme tribal, le culte des reliques ou du génome.  Ici le divin est en toutes choses et en tout être dans une dévolution successorale, la tribu ou le clan par le jeu de la mémoire collective et l’action du chaman, sont garant de la survie et du lien dans l’au-delà.

►confondant l’esprit humain perpétuellement lié à la Grande Nature dans un panthéisme celtique des esprits des forets ou un monisme déiste résumé par la formule « Un le Tout ».

► la perpétuation de « l’homme esprit » séparé de la matière installant un dualisme transcendant de type théiste, ici le divin est séparé de sa création, l’esprit retourne auprès du Père, on distingue l’En Haut et l’ici bas.

► la métempsychose translatant une âme dans une suite de corps ou de végétaux (Platon et Pythagore y font référence, c’est aussi la loi du karma de l’hindouisme donnant un au-delà transitoire ou le gilgoul de la kabbale.).

Nous avons donc au moins 4 types d’au-delà générés par le désir de continuité de l’Homme.

Remarquons à quel point l’infini post mortem et l’au-delà se complètent si l’on considère l’infini des cycles de vie et de mort qui provoque un passage par l’autre monde. À la finitude on imagine une continuité linéaire ou cyclique dans un ailleurs, un autre plan.

 

  2/ L’infini des cycles, la lemniscate, l’ouroboros

L’infini linéaire est effrayant, car il sort de l’entendement humain. L’homme lui préfère l’infini des cycles, celui de l’éternel retour, selon Anaxagore de Clazomènes (Vème Siècle av. J.-C.) « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau… »…

L’infini est l’impossible représentation de l’inatteignable que l’on cantonne à l’Ouroboros ou la Lemniscate

Ouroboros d’origine égyptienne, il est l’attribut du Chronos grec. Il sera utilisé par les alchimistes sur le thème de la régénération et par les chrétiens pour illustrer la parole du Christ « je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin ». Ce serpent qui s’auto génère et se consomme, est une puissance vitale identique à l’œuf cosmique.  Il présente un Univers fini dans sa présentation, mais infini quant à son cycle et sa régénération. Ce symbole devient aussi symbole de la connaissance des cycles.

La Lemniscate est une évolution du cycle éternel avec l’adoption d’un double effet miroir. Le 8 parfaitement cyclique et symétrique qui nous renvoie à la définition protoscientifique de l’infini cyclique, ou du rythme éternel. Il a été inventé par le mathématicien John Wallis en 1655. Sa forme est proche du ruban de Möebus. Une lemniscate (un ruban) est une courbe plane ayant la forme d’un 8, soit un ouroboros symétriquement recroisé sur lui-même. On y constate une seconde symétrie par inversion du plan de circulation sur le ruban que l’on parcourt dessus puis dessous. Cette figure rassemble les trois axes et six directions.

Il s’agit donc d’un ruban identique aux phylactères indispensables aux rituels de consécration des églises qui se recroisent en son double milieu marqués par les deux équinoxes (le jour, égale la nuit par deux fois dans l’année). Donc ce qui est mesurable sur la figure en 8 de ce symbole est le point de rencontre en X du ruban soit sur un plan zodiacal, le point médian deux fois dans l’année, de la voûte céleste montante et descendante en regard de l’horizon terrestre. Cette égalité entre jour et nuit est située au point de focale du X qui crée à la fois la symétrie, l’inversion et l’axe immobile.

3/ L’infini métaphysique est un non-temps et un non-lieu qui échappe aux notions mathématiques.

En métaphysique l’infini n’est pas une donnée de calcul ou de cycle, il s’en détache définitivement par son irréductibilité et son non-conditionnement, L’Infini appartient aux états supérieurs de l’Être et se confond avec la Possibilité Universelle. Cette notion échappe à l’hypothèse mathématique. Ainsi cet infini contient aussi la non-possibilité. L’infini du point de vue de l’Être est à la fois l’être et ne non être, le crée, l’incréé. Cet infini ne se réduit à aucun qualificatif.

L’infini métaphysique rejoint l’illimitation de l’Absolu ou du Nom divin imprononçable non représentable. Ces trois notions ni ne se déterminent, ni se définissent à peine de les réduire. Cet infini métaphysique est souvent représenté par le centre du cercle ou le point d’intersection des trois axes et six directions. En loge comme dans la métaphysique, ce point qui génère la totalité « des causes et des étants » est insituable ou symboliquement évoqué dans le lieu séparé de la loge (qui est un non-lieu !) affectée d’un non-temps dit temps sacré « de midi à minuit » qui englobe les heures du temps, de l’éternité et du non-temps. L’infini métaphysique est donc lié à l’autre monde, appelé au-delà ou arrière monde pour certains.

     4/ L’infini en loge renvoie aux frontières de l’incommensurable.

L’infini est sur un plan symbolique « illimité » par son absolu, mais c’est aussi une  limite infranchissable par l’entendement de l’homme. Cet infini marque ici une frontière entre ce qui est l’horizon humain, l’horizon du plan solaro-terrestre et l’entrée dans l’espace céleste et sur céleste. Trois plans d’entendement (humain, solaro-terrestre, céleste) produisent trois infinis frontaliers. Cet inatteignable semble réservé aux dieux, ou aux grands initiés seuls capables d’intuition intellectuelle pure appelée Connaissance. La Connaissance permettait le franchissement de l’infini par l’établissement de ponts ou d’échelles. Les ponts et échelles relient les plans entre eux, mais aussi raccordent les infinis en un seul incommensurable. (Échelle de Jacob)

Sur un plan symbolique et maçonnique nous trouvons l’infini dans les las d’amour de la corde à nœuds qui ceint la limite supérieure du temple. L’origine de ce symbole est due aux cordes à nœuds que l’on trouvait encerclant le blason des veuves. Donc le las d’amour est le nœud qui lie la veuve au mari passé à l’Orient éternel. Nous autres maçons nous sommes aussi fils et filles de la Veuve en souvenir d’Hiram. Bien plus encore, cette marque de veuvage signifie la ligne de partage entre le créé et l’incréé : ce passage suppose la mort du corps assujetti au temps et aux lieux. Or nous savons que le passage d’Hiram dans un autre état nous renvoi à l’état inconditionné de l’Être, et donc aux perspectives rassurantes de l’éternité succédant le processus corporel de mort. C’est la mort qui a appris aux hommes à parler (Marcel Mauss). La mort suscite la culture traditionnelle du passage et de la métamorphose (métaphysiquement parlant).

La métamorphose accompagne l’éternité : l’extinction de l’état corporel et avènement d’état spirituel dans un au-delà. C’est l’enseignement de la geste hiramique du troisième grade.

Globalement la méthode maçonnique organise un triple cheminement vers l’infini, mettant sans doute inconsciemment en œuvre la maxime de Goethe « Si tu veux progresser vers l’infini, explore le fini dans toutes les directions ». En effet, nos passages initiatiques se font d’un état à l’autre lorsqu’ils tendent vers l’infini. Ainsi l’apprenti chemine sur la ligne sans fin vers la lumière d’un Orient inatteignable puis fait une traversée un changement d’état en Compagnon. Ce dernier chemine sur le Plan vers l’inatteignable étoile du berger (Vénus), puis subit une ultime métamorphose pour cheminer dans l’axe et les dimensions hors du plan d’exercice des vivants, dans un plérôme sans fin… dans un au-delà. Donc l’entrée dans l’au-delà passe par l’infini humain synonyme d’Éternité !!!

►Chaque changement d’état passe par le franchissement d’une limite qui dans l’état antérieur tendait vers l’infini et l’au-delà. 

►Chaque changement d’état implique de nouveaux référentiels de nouveau mot de passe et de nouveau mots sacrés…

►Nous confirmons notre premier postulat qui est que l’infini est une frontière infranchissable à notre entendement, si ce n’est par un changement d’état. Le changement d’état (métamorphose) permet un changement de plan. Le changement de plan ultime ou transitoire est l’au-delà.

III — Les « Au-delàs » et l’éternité de l’Homme

Ce qui ne peut être vu, car trop loin ou inaccessible tel que l’infini ou l’au-delà, peut toutefois être imaginé ou représenté. Cependant l’homme ne peut représenter le monde invisible qu’à l’aune de ce qui lui est accessible et relevant du semblable. C’est ici tout l’art de la fonction analogique qui trouve à s’exprimer. C’est le cas par exemple la ceinture zodiacale de la Voie lactée qui est sectionnée en 12 « petits animaux [i]» (traduction de Zodiaque). Autres images : le divin qui est symboliquement anthropomorphisé par les FM en GADLU, c’est le Paradis céleste ou la Jérusalem céleste, icône paysagée géométrisée par l’Ancien Testament, c’est l’Enfer de Dante  (1495) et les 9 cercles de l’Enfer illustrant les vices humains (les non baptisés, les coupables de luxure, de gourmandise, d’avarice, de colère, d’hérésie, de violence, de tromperie, de trahison avec Lucifer…).

On envisage l’au-delà comme un autre monde dans lequel se pense notre continuité, hors de notre vue ici-bas. On trouve trois approches de l’au-delà : le monde du néant, le monde des morts et le monde des dieux. Autrement dit, franchir la frontière du visible marqué par l’infini, suppose un changement d’état : nous sommes morts, mais nous nous prolongeons en âme ou en esprit dans l’au-delà. (Confirmation de Postulat 1) – ici l’éternité et un infini humain !)

Notre second postulat, miroir du premier, est de dire que l’au-delà est une mise en scène de l’infini temporel après la mort corporelle, un exutoire à la finitude de l’Homme. C’est le continuum constitutif de la notion d’éternité qui se substitue à l’infini (Postulat 2) – ici d’un point de vue humain, l’infini est un continuum temporel appelé éternité.

Se pose le problème de l’âme et de sa destinée dans l’au-delà (1) de sa territorialisation et sa ritualisation du passage (2) et enfin l’au-delà se conçoit comme le domaine du Néant colonisé ou ordonné par les Dieux (3)

1/ L’Âme et sa destinée

De l’âme et des âmes

La transition est donc trouvée pour parler de l’Au-delà qui pose le principe rassurant de la vie après la mort en un lieu ou espace dédié et séparé du monde des vivants. Pour les vivants l’au-delà est rassurant, il jugule les angoisses.

Si L’Au-delà établit une sorte de continuum post-mortem ou de renaissance après notre disparition, elle pose avant toute chose le problème de « l’autre monde ». La Vie est « inclusive » d’une conception de la mort. Le corporel peut disparaître sans que l’être se dissipe. L’âme ou son équivalent permet une continuité dans un monde « éternel » lieu espéré d’une béatitude.

La destinée de l’âme est un enjeu comportementalpour les Vivants, l’au-delà permet de retrouver les conséquences bonnes ou mauvaises de nos actes dans l’ici bas : ainsi servir le divin de son mieux (actes de bienfaisance) est récompensé dans l’au-delà.

Selon vos croyances, l’âme (ou l’esprit) étant une étincelle d’origine divine, elle possède un caractère d’éternité et de félicité sous certaines conditions de pratique comportementale (c’est le principe de « rétribution »). Finalement on thésaurise les bonnes actions pour s’assurer un au-delà merveilleux qui peut aller jusqu’à la résurrection de morts accédant ainsi à la vie éternelle.

Il y a deux au-delàs, l’au-delà personnel lié au comportement en serviteur d’une déité et celui qui est collectif lié à la fin des temps. Le premier est la continuité de la mort personnelle, le second est la continuité après la fin des temps messianiques. On organise ainsi une vie après la vie à deux niveaux microcosmiques et macrocosmiques.

2/ Territoires de l’au-delà et ritualisation

Ce désir d’éternité est marqué par des rites qui guérissent ses angoisses. L’homme est un animal doté des rites funéraires. Il enterre ses morts dans un état de préparation particulier pour aider le défunt à franchir une frontière et garder un rapport avec les disparus. La mort n’est pas un tabou dès lors que les civilisations lui donnent un territoire fut-il transitoire.

Cette notion de territoire pour l’au-delà est une constante universelle.

            A  / Ce qui est tabou n’est plus la mort, mais le territoire dédié aux disparus. Pour franchir le tabou, c’est-à-dire l’entrée dans l’autre monde il faudra un rituel, des mots de passe ou des gestes appropriés qui ouvrent le passage, il faudra donc des passeurs et des gardiens du seuil. Ce territoire est protégé par les Tabous et des règles. On ne doit pas y manger de nourriture qui est la nourriture des morts et les morts peuvent venir nous visiter (C’est le cas avec le Sid irlandais, la fête celtique de Samain au 1er Novembre marque une frontière perméable permettant la visite des morts dans l’ici bas. L’au-delà est aussi situation topographique : c’est dans la montagne, dans un Cairn, un tumulus ou au-delà des eaux). Chez les Tunguz de Sibérie, le pays des morts est au Nord, seuls les chamans peuvent y voyager.

 L’au-delà des Anciens Mystères se situent dans un sub terrestre (l’Hadès grec, lé Shéol hébraïque) ou tout au plus dans une contrée située sur le plan terrestre. En ce monde souterrain, on y enterre les défunts avec les attributs de leur vie passée comme en atteste le mobilier funéraire, c’est la tradition assyro-babylonienne, le Seol vétérotestamentaire…

 Il y a toujours une frontière à passer pour atteindre l’au-delà, un fleuve tel que l’Achéron, le Cocyte, le Styx par exemple avec un passeur tel que Charon, ou pour les Égyptiens tout un protocole complexe qui divise l’âme en deux parties, une restant dans le tombeau l’autre effectue un cheminement dans au-delà. Pour l’Égypte comme pour les chrétiens du moyen-âge se développe la pesée des âmes ou le jugement dernier pour les actes du défunt lors de son passage terrestre. On trouve alors dans cet au-delà des subdivisions territoriales (voir « La divine comédie » de Dante).

      B / L’au-delà intérieur et mystique est un territoire né de notre représentation mentale. Il appartient à notre topographie neurologique, zones du cerveau qui installent l’humanisation de l’homme par la conscience de la valeur de la vie, cette humanisation par le besoin de croire dans la promesse d’un au-delà. Croyance et prière déclenchent un processus de satisfaction par libération d’hormones du réconfort, situation plus facile à vivre que la béance du doute. D’une manière générale l’au-delà est le territoire des trépassés ou des « occis », c’est l’histoire de l’homme post mortem. C’est dans l’écriture des textes sacrés que se reflète l’au-delà. La Bible fait l’histoire de l’autre monde en faisant projet d’ouvrir une voie sur l’au-delà humain. Cet au-delà est lié au besoin de croire et à l’influence culturelle dans laquelle nous vivons. Le besoin de croire s’associe au besoin de répondre aux questions existentielles. Les croyants objectivent l’au-delà en territoire des morts en relation avec le divin. L’au-delà est donc une donnée mystique liée à la conscience religieuse ou mystique d’un groupe humain préoccupé par son continuum de l’ici-bas vers l’au-delà.

3/ Le territoire des « Occis » est désirable et redoutable :

C’est parfois un pays de cocagne, projection idéalisée du monde terrestre : on le trouve dans le mazdéisme, chez les Amérindiens des plaines, dans le paradis musulman qui est un désert inversé, verdoyant, et riche. Les morts dans la tradition Tuguz continuent à chasser dans la steppe comme dans le monde des vivants.

C’est le lieu du passage entre deux états : la métempsycose est spécifique aux croyances hindouiste et bouddhiste, qui situe le devenir de l’âme via un au-delà incrémental. La considération temporelle est impactée par les migrations des âmes.

C’est enfin un monde idéalisé, celui de la félicité : la Jérusalem Céleste et les résurrections caractérisent les religions du Livre… ou le nirvana. Le comportement du chef du vivant est pris en compte.

3/Monde du Néant et des Dieux

Cet au-delà est classé en trois catégories au moins :

a/le monde de type olympien fait de Dieux anthropomorphisés agissant sur le destin des hommes

b/ Le monde dualiste du dieu unique séparé de l’homme, dieu personnel chrétien, ou impersonnel inconnaissable des juifs, séparé ou pas de sa création.

c/ Le monde de la grande Nature héberge la puissance déiste et moniste ou panthéiste.

Je laisse à chacun le soin de peupler ce monde en fonction de ses convictions.

 


[i] Les petits animaux du Zodiaque sont bien plus à portée de flèche et donc à portée d’homme que les étoiles elles-mêmes.

 IV — Mise en scène de l’infini et l’au-delà en loge  

Nous relevons 6 aspects liant l’infini et l’au-delà.

1/ Les rituels et décors de la franc-maçonnerie traditionnelle symbolisent ces grandes questions philosophiques et ontologiques de l’infini et de l’au-delà en les domestiquant : le rituel est une mise en scène, une orthopraxie géométrique fondée sur la croix tridimensionnelle composée d’un centre ou milieu et de trois axes tendant vers l’infini.

2/ Nous avons en premier lieu la lumière ou l’étincelle divine qui éclaire notre conscience d’une finitude corporelle dans un continuum qui nous dépasse.

3/ Nous avons les gardiens du seuil authentiques passeurs de seuils, doté d’épées flamboyantes ou pas.

 4/ L’infini des las d’amour marquant le frontière de la ceinture zodiacale entre les plans solaro-terrestre et céleste, avec les points de fusion et de retournement. Ces points animent les cycles de la lumière solaire et son reflet sublunaire «  intériorisé » à l’homme, et enfin la lumière céleste.

5/l’infini de l’irrationnelle racine carrée de 2 ou de 5 nées de l’hypoténuse du carré de 1 sur 1 du pavé mosaïque ou l’hypoténuse du carré long , donnant notamment la proportion dorée.

6/Enfin et surtout, l’anthropomorphisme divin associé au GAGLU, Grand Géomètre et donc Grand Mathématicien de l’Univers dessinant un orbe soumis à la question de l’infini par la puissance multiple d’un point aussi original qu’ontologique.

L’infini et l’au-delà sont présents dans le parcours initiatique. À savoir le parcours sur la ligne infinie de l’apprenti puis sur le plan infini du compagnon et enfin dans l’axe infini du maître. Ces infinis successifs nous renvoient aux métamorphoses graduelles de l’être et de notre conscience. Chaque passage de l’infini « initiatique » est une mort à l’état passé et une renaissance dans des « au-delà » successifs !

La rituélie maçonnique valide l’infini et l’au-delà.

Je résume avec 3 postulats.

1/l’infini synonyme au plan phénoménologique d’éternité, est la porte d’entrée dans l’au-delà initiatique.

2/La métamorphose est le signe d’un changement d’état ou de paradigme.

3/Nous avons dans notre initiation 3 paradigmes qui impliquent une métamorphose symbolique suivant l’isomorphisme évolutif pierre / homme: 

►l’apprenti de la pierre brute et la ligne qui tend vers l’infini orient (paradigme de la lumière naissante et de la forme évolutive).

►le compagnon de la pierre cubique et le plan d’exercice (paradigme de l’autre soi et de la perfection sans fin).

►le maître de la clef de voute de l’édifice donnant accès aux plans célestes (paradigme de la Lumière éternelle, immanente en soi,  ou descendant en soi et donc transcendante).

 3 états géométriques tendant vers l’infini,

3 états formels établissant un « continuum de rupture » : La pierre brute, pierre cubique puis pierre cubique à pointe sont trois états qui vont de l’informe, à la forme parfaite vers la non-forme représentée par l’extrême pointe axiale de la pierre cubique à pointe ou par la clef de voûte du Temple, véritable arche contenant la Lumière axiale.  

3 états initiatiques portant trois au-delàs « lumineux » : la lumière cyclique de l’Orient infini pour l’apprenti, la lumière cyclique de Vénus inatteignable pour le compagnon voyageur et la lumière infiniment immobile de l’étoile du Nord pour le Maître.

Nous avons donc les outils et instruments symboliques en loge qui nous permettent de régler au plan métaphysique toutes les équations même celles que nos amis mathématiciens n’ont pas encore solutionnées, nous solutionnons d’un point de vue phénoménologique, le passage d’un infini à l’autre par un continuum de rupture. La rupture se délivre via un trauma corporel ou cognitif (poignard sur le cœur, bandeau, corde au cou, traversée de la rive, prononciation juste, mort minée par des coups et un reversement, relèvement, etc.).

Le trauma exprime le changement d’état lorsque l’on tente d’approcher l’infini. Cette métamorphose graduelle sanctionne le passage d’une perspective d’infini à une autre. Cette sorte de « transfini » est une manière d’apprendre le passage ultime dans l’au-delà.

(Version provisoire.)

 ER

SOURCE : http://www.ecossaisdesaintjean.org/2020/01/l-infini-et-l-au-dela-en-loge.html

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Le Temps … 7 février, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Le Temps

Publié le 3 décembre 2016 par Gérard Baudou-Platon

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Le temps

La Déesse Neith ….

(Inscription au fronton du temple de Saïs)

«  Je suis ce qui est, ce qui a été, ce qui sera,

Nul n’a jamais soulevé mon triple voile noir.

Le fruit que j’ai en engendré est le « Soleil » »

Le compagnon de Neith est Oupouaout, l’ouvreur des chemins … Avec Neith nous sommes dans la sphère des « Shemsou-Hor » et dans la mouvance des Grands anciens …

L’apprentie, Noen, dans le Temple du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, Voie Orientale, de sa colonne du septentrion doit tendre l’oreille, ouvrir les yeux, à chercher à comprendre par le cœur, par l’esprit … par la raison … Elle contemple cet espace considéré comme « sacré » … Son chemin parcouru depuis son statut de profane vers une « initiée ayant reçu la lumière » l’a conduit à se confronter à un ensemble de symboles. Chacun d’entre-eux  parle à son cœur et à son âme et éveille en elle une connaissance particulière.

Il est à propos de dire « connaissance » car la « Franc-maçonnerie n’étant pas un système de transmission dogmatique », elle n’érige rien, à partir des messages qu’elle suggère, comme une vérité absolue ou devant être reçu comme telle » … son rôle : la révélation de soi …  le « Connais-toi, toi-même et tu connaitras l’univers et les dieux » … ainsi la vérité exprimée par chaque Franc-maçon sera la vérité qu’il conçoit en son âme et conscience … Vérité qu’il apportera dans l’Athanor de la loge( ou de l’atelier) afin qu’elle se confronte aux miroirs de ses alter-égaux

L’Apprenti (Terme générique), après un parcours particulier « Profanum », aura été attiré par le « Naos », par la « circulation de la lumière » puis il aura côtoyé une démarche très instructive grâce à l’examen d’un « Compagnonnage particulier : celui de Platon » … un voyage, d’abord intérieur, s’il en est, au sein d’une  ancienne Égypte qui reste, aujourd’hui d’une richesse absolue en ce qui concerne l’accès au « savoir » et à la « connaissance ». Quels autres éléments symboliques lui sont-ils suggérés dans le Temple qu’il côtoie, maintenant ?

Une juste apposition de la lune et du soleil, une Houppe dentelée suggérant 12 fenêtres dans la voute céleste, chacune d’entre-elles évoquant un symbole que tout profane associera à la représentation de l’infini … mais aussi, d’un événement Cosmique qui fut à l’origine de tout …

Voici, donc, deux éléments qui interpellent profondément l’apprenti. Sans doute a-t ‘il raison  car voilà deux symboles qui lui parlent en profondeur et qui désignent, enfin, quelque chose de « vivant » … en un mot le « mouvement » …

L’un apporte la lumière et réchauffe la Terre et son absence détermine la nuit … l’autre rarement  visible le jour trône la nuit … soulignant des phases que le psychisme humain identifie à diverses situations réglant sa vie de façon quasi intime …  L’un rythmant jour-nuit et ensoleillement de toute la nature selon une judicieuse dilution orchestrée par les saisons … l’autre présidant à la germination … Oui, le couple  « Soleil – Lune » nous parlent de Vie et de Cycle … de Cycle de vie … et d’alternance.

Noen sent que la nature est « palpitante », qu’elle pulse, qu’elle construit inéluctablement, qu’elle conduit une création suivant un ordonnancement, manifestement, sans faille …

Voici … qu’apparaît ce qui se succède, ce qui est simultané, ce qui est occurrent, ce qui disparait puis revient. Voici, alors, des séquencements d’événements de toutes natures d’où émerge l’idée d’une  Horloge … le Calendrier et leurs phénomènes récurrents … Les Marées … le pouls humain … le souffle dont on dit qu’il peut être Cardiaque ou Mental …  le rythme social … économique … politique … tout semble alternance …

Tout est mouvement et transformation   quelle en est la cause ? Ou les causes ? …

… Le Temps …

Nécessaire ou inutile …. Présent ou Absent … Réel ou conceptions opportunes …

Le mouvement … Un concept claviculaire pour comprendre la Vie conduit à cette notion partageable par tous les chercheurs du Monde entier qu’ils soient scientifiques ou ésotéristes convaincus … car, en effet lorsque l’on évoque un mouvement il est difficile de ne pas le relier à un rapport « Espace / temps » voilà, un mouvement uniforme puis … un nouveau rapport entre le précédent rapport avec de nouveau le temps … né, par conséquent, l’accélération ou le mouvement uniformément varié sous l’action de forces, de gravitation (concept à l’œuvre dans tous les univers)… ainsi nous vient à l’esprit une nouvelle notion : « l’espace-Temps » … terme définissant les caractéristiques vivantes d’un lieu, partie du monde manifesté qui nous entoure.

Qu’est-ce que le temps ? Si d’aventure il est, assez, simple de définir « l’espace » (ce qui reste à démontrer) parler de la notion de « temps » est d’une grande complexité. Pour l’heure l’apprenti  sentira naturellement qu’il faille, à son stade, faire appel à l’intuition.

La logique humaine nous fait concevoir que la cause d’un phénomène est, forcément, antérieure au phénomène, lui-même. Lorsqu’il se produit il est impossible de revenir en arrière … la flèche du temps a une origine et une seule direction !!! … peut-être, peut-être ?

Pourtant il y a le « temps objectif », le « temps subjectif » … derrière le terme « Temps » émerge une complexité de notions toutes aussi vraies et toutes aussi essentielles … qu’est-ce que : la simultanéité, la succession, la durée, le changement, l’évolution, la répétition, la « synchronicité » chère à notre frère Young … le devenir

Le temps crée, use, détruit, sans jamais reconstruire ce qu’il détruit … il élimine mais il construit … jamais la même chose … enrichit-il ?  Adapte-t’il ? rend t-il adéquat ?

Le temps séquence les phénomènes (actions, réactions, rétroactions, évaluations, adaptations, …), la pensée, l’humanité … quel était le temps des civilisations disparues (le temps de l’Atlantide, le temps de la Mésopotamie, celui de l’Egypte ancienne, d’Alexandre le Grand),  le temps de la chrétienté … celui de Saint Augustin, pas celui des Arabes ni celui des Chinois, le temps du moyen-âge. Il n’est pas le temps du Siècle des Lumières, ni celui du 20ième siècle … celui des ténèbres mais aussi des révolutions industrielles, le temps du 21ième siècle qui n’est pas le temps de la construction des pyramides ni celui des cathédrales … c’est celui du temps raccourci, de la communication, de l’inter-connectivité … celui des réseaux sociaux, de l’événement médiatique immédiat, des technologies mobiles, celui la prolifération mathématique et des espaces multidimensionnels …

Mais alors ce temps, que signifie-t-il ?, y a-t-il un temps absolu ? Un temps relatif ? Existe-t-il, seulement ? Ou est-il tout simplement multiple et associé juste à une configuration … locale ?

Aristote nous explique cela : « Puisque le passé n’est plus, puisque l’avenir n’est pas, encore. Puisque le présent n’existe déjà plus dès qu’il a commencé d’exister comment pourrait-il être … un « être temps » … Bergson, lui fera la distinction entre temps objectif et temps subjectif et dira «  le temps est celui qui est vécu er ressenti par chaque être humain » …

Descartes, Kant professent l’idée que « le temps n’existe que selon l’esprit de l’homme ». Une manière de saisir l’ensemble des événements reposant sur la conscience humaine … l’homme non conscient serait-il, alors, hors temps ?

Mais revenons à Galilée qui nous confirme que « le temps est une valeur quantifiable susceptible de mesurer le mouvement » examinant la chute des corps il comprend, alors que la vitesse acquise est proportionnelle au temps de chute !!!! (Belle démonstration pour dire que le temps appliqué à lui-même nous projette dans un autre monde celui des forces d’attraction ou de gravitation et sa conséquence première : l’accélération des masses)

Newton mais aussi Stephen Hawkins évoquerons la théorie du temps absolu « avec une bonne horloge le temps devient le même pour tous »

Mais il existe un temps objectif … celui des objets célestes (-5000 Chine), celui des Clepsydres (horloge à eau) (-2500 Mésopotamie), celui des sabliers (1300), celui de l’horloge de Huygens qui utilisa le pendule (1656) … puis celui du balancier à spirale (1675) …  l’invention du Chronomètre marine par John Harrison (1761) … les premiers chronographes au 10ième de seconde en 1821 … l’horloge Astronomique, horloge Atomique  … Le temps de cosmologistes … qui détermineront l’origine de toutes existences (13,7 Milliard d’années pour notre univers … 4.5 Milliard d’année pour notre espace solaire et notre planète Terre, 3,5 million d’années pour voir apparaitre un bipède …

Avec Albert Einstein … le temps absolu n’existe pas … il est relatif et se définit dans une notion connue sous ne nom « Espace-Temps » (au moins trois dimensions + une pour simplifier). Il sera, alors, important de signaler le paradoxe des frères jumeaux de Paul Langevin. Pour ce dernier le temps n’est pas le même, lorsqu’il est évalué dans deux espace-temps en mouvement l’un par rapport à l’autre. Une horloge placée dans l’un et l’autre de ces deux espace-temps montrerait que l’une et l’autre se « désynchroniserait » … ce qui implique la valeur du temps dans l’un et dans l’autre des espaces-temps n’est plus la même !!!! (Phénomène parfaitement vérifié pour les satellites dont l’horloge embarquée détermine les résultats du système GPS). Il est, dès lors nécessaire des systèmes permettant la parfaite synchronisation avec notre planète Terre.

Enfin toute la famille des physiciens quantiques, pour les désigner … Planck, Einstein pour une part, De Broglie, Bohr puis Pauli, Heisenberg, Jordan, Dirac … et enfin Schrödinger, Born … tous ayant concouru à  modéliser un monde subtil grâce à la description de « fables » permettant de décrire des réalités physiques expérimentées et évaluées selon des probabilités crédibles et  de dire que le vide interstellaire et atomique est en fait un « plein » (nos ésotéristes nous l’avaient suggéré) un plein d’in-formation circulant à des vitesses qui sont de l’ordre de 20.000 fois la vitesse de la lumière ce qui démontre l’interrelation entre tous les éléments de l’univers, l’intrication de toutes formes de réalité, le principe de non localité, la croyance en la présence de multi-univers mais aussi d’un méta-univers produisant in-formation et processus de création ordonné … allant même à penser que la présence d’un champ A (Champs Akashique ?) pourrait être la référence de tout système d’où peut émerger vie et conscience … Qu’elle lien entre cet Akasha et les sources de l’âme ?  … quel lien entre ce que l’on vient d’écrire et notre capacité à changer le vieil homme que nous sommes ?

physicquanta-ingres

Cette photo, particulièrement symbolique du lien entre l’homme et le cosmos, a été tirée du blog dont je mets, ci-dessous, le lien …

https://allevents.in/neuchatel/physique-quantique-et-loi-de-l’attraction/1134548449936857

Ainsi pour l’apprenti … lorsque le moment est venu … lorsqu’il se trouve sur les parvis … il accomplit le passage d’un monde profane vers un monde sacré … l’un semble mettre en œuvre de multiple façons d’évaluer les dimensions temporelles qui y sont attachées. Dans le temple d’autres dimensions temporelles se font, dès lors, jour … elles ont trait aux dimensions profondes qui construisent toute vie, toute création, au travers d’un souffle qu’il faudra sans doute découvrir. Dans tous les cas, son corps, son esprit, du fait de l’incarnation qu’il expérimente, ici et maintenant, devra prendre en compte ces deux espaces … son temple intérieur & son temple extérieur.

Le Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, Voie Orientale notamment, est un Rite dont la vocation est, dès le degré d’Apprenti, d’apprendre à intégrer de nombreux champs ou plans de réflexion … Symbolisme, Philosophie surement mais aussi Physique, Mathématique, Métaphysique, Hermétique … ainsi l’apprenti souhaitera devenir Compagnon car l’apprentissage des Arts Royaux lui sera d’un grand secours pour … entrer en lui-même … et intégrer tous les temps qui structurent sa propre vie.

Faire mourir le vieil homme qui est en nous pour se régénérer en Homme réalisé c’est-à-dire devenir un être conforme et incarnant en tout point l’harmonie universelle des forces primordiales

Noen, a appris que l’espace est remplit de l’Energie, de Matière … mais le Temps. Si la vie est Mouvement alors l’espace a besoin de Temps ……. le « Temps » … est-il discontinu ?, est-il linéaire ?, est-il cyclique ? Est-il relatif ? Est-il uniforme ?…

Notre Sœur Noen se rappelle de ses premiers cours de physique … lorsque relation était faite entre Espace et Temps

Dès lors le facteur « temps » est de la plus haute importance à la fois sur le plan des différentes sciences dites objectives mais aussi sur le plan de l’organisation des sociétés (lorsque le temps des changements technologiques, des systèmies organisationnelles et même de l’évolution des savoirs ne sont plus en symbiose avec le temps individuel, intérieur du monde vivant et notamment de l’homme)

Que nous disent les anciens ?

Qu’Il existe des enseignements issus des Egyptiens et datant du 1ier siècle, connu sous le nom de « Corpus Herméticum » … il exprime le fondement d’un système de croyances qui voyait une connexion entre le cycle des étoiles, celui des hommes et des choses terrestres …  « Dieu organisa le Zodiaque en accord avec le cycle de la nature  …. Et conçut une machine secrète (le Système Stellaire)  associé au destin infaillible et inévitable auquel tout, dans la vie des hommes, de leur naissance à leur destruction finale, sera nécessairement soumis … et tout autre chose, sur Terre, dépendra également du fonctionnement de cette machine »

L’égyptologue Richard Wilkinson explique que jusqu’à des temps forts reculés trois grands thèmes : la structure cosmique originelle, la fonction cosmique dans le présent et la régénération cosmique … pouvaient être considérés comme récurrents  dans le symbolisme des Temples Egyptiens ….

Rundle Clark précise que tous les rituels et les fêtes pharaonique de l’Ancienne Egypte étaient « la répétition d’un évènement ayant eu lieu au commencement des Temps »  ….. « Les principes fondamentaux de la vie, de la nature et la société avaient été déterminés par des Dieux depuis longtemps, avant l’établissement de la Royauté … cette période, appelée Zep-Tepi « les premiers Temps » dura du moment où « le grand Dieu » fit son premier mouvement dans les eaux primitives jusqu’à l’intronisation d’Horus et la Rédemption d’Osiris … tous les mythes authentiques relatent des évènements de cette époque » …  (Jubilée Heb-Sed …. Le Zep-Tepi Heb-Sed ou le Hed-Sed des premiers temps  … Zep-Tepi Wahen Hed-Sed ou la répétition du Hed-Sed des premiers temps)

Ces fêtes Hed-Sed consacraient « Pharaon » apte à faire corrélation entre Ciel & Terre afin d’assurer Fertilité, Santé et Richesse

Ces fêtes étaient en relation avec ce que l’on appelle le « Cycle Sothiaque »  …. Pharaon suivait, alors, le trajet du Dieu Soleil Rê-Horakhty (Horus de l’Horizon)

Le cyclique sothiaque correspond au temps qu’il faut pour  que le temps présent  revienne à l’identique lorsque l’on compte la longueur d’une année en 365 jours … alors que manifestement la révolution solaire telle qu’elle est calculée est de 365 jour 2422

En effet si l’on considère que le Soleil fait une révolution en 365 jours ¼ (soit 0,25 jour en plus)  … l’on constatera, si nous ne prenons en  compte que 365 jours, qu’il nous faudra 365/0,25 soit 1460 ans pour « resynchroniser » les deux calendriers … année civile & année Sothiaque ##

Le Cycle Sothiaque concerne le lever héliaque de Sirius à l’Horizon … si cet évènement fût constaté en l’an 139 ap JC … alors le Zep-Tepi devrait avoir eu lieu (139 -1460) 1321 Av JC …. Ou 2781 av JC …. Ou 4241 av JC … 5701 av JC …. … … 11541 av Jc

Ainsi une fois tous les 1460 des super Jubilé étaient célébré « le retour du Phénix »   … les premiers temps » pourraient bien être à cet âge d’0r ou pour la première fois l’homme aurait vu Sirius pointer à l’Horizon … dans le livre « le Code Secret des Pyramides » (Robert Bauval) un chercheur utilisa le calculateur Starrynight qui utilisait un logiciel astronomique ultra performant dans la  reconstruction du ciel cosmique en fonction d’une date donnée) et proposa que cet évènement aurait eu lieu en 11.541 avant JC !!!

« A ce moment Sirius émergeait au Sud de l’Egypte …. Un observateur tourné vers  l’Est aurait vu, simultanément,  le lever d’une autre légendaire constellation  …  l’astronome Nancy Hathaway décrit ce moment avec lyrisme « la constellation du Lyon ressemble à un animal dont elle porte le nom … un triangle d’étoiles trace le contour de la patte arrière …. L’avant de la constellation comme un point d’interrogation géant retourné, profile la tête, la crinière et les pattes avant … au pied du point d’interrogation de se trouve « Regulus », le cœur du lion » »

Sur le plateau de Guizeh  il existe un Lion tourné vers l’Est que l’on nomme le Grand Sphinx …. Entre ses pattes se tient une grosse pierre couverte d’inscription dont celle-ci «  ceci est le lieu Splendide du Premier Temps » …. (Message ésotérique du Sphinx selon Etienne Guillé : Savoir, Vouloir, Oser, se taire)

En 11541 ans avant JC  … la voie lactée se trouvait, alors, dans l’axe du Nil …. « Ainsi les eaux d’en haut (la voie Lactée) fécondait les eaux d’en bas (le Nil) » …. Et notre rituel ajoute « en la même mystérieuse saison » … en ce temps, Sirius, le Phenix-Bennu s’était sphynx-04posé et avais mis en marche le « Temps »

Les Egyptiens de 2781 avant JC  (date du Retour de Sirius …  la réapparition du Phénix) fut le départ de la construction du complexe pyramidal de Guizèh et de l’implantation des Temples  … cette disposition représentait dans son intégralité la cosmologie, le renouveau cosmique et l’autorité cosmique qui affectait les Egyptiens … les prêtres d’Héliopolis se mirent à mettre en œuvre l’aménagement de la région de Memphis et d’Héliopolis

Mais une autre forme de Temps peut être pointée par la raison : c’est le grand cycle Solaire … comme le cycle Sothiaque il est déterminé par le fait que une révolution solaire se fait en 365 jours et 0,2422 ou pour simplifier 0,243 jours … ainsi basée sur une année de 365 jours  … le dit Cycle se régénère tous les 365/0,243 soit 1506 ans  … ce sera le retour du jour de l’an au Solstice d’été …  ce Cycle se nomme « le Grand Cycle Solaire »

Enfin le « symbole solaire » de notre Temple (et le luminaire du tous les mondes vivants) nous invite, toujours, en relation avec notre planète « Gaia » (Note Terre-mère) à prendre en compte une autre notion …. La « précession des équinoxes »  qui fut bien comprise par les Egyptiens …. En témoigne la construction de temples de Satis bâtis en Eléphantine, les temples d’Horus construit sur la colline de Thot … les Temples d’Isis à Dendérath … ce cycle est de 25.960 ans … ce cycle sera nommé « la grande Année »

Précisons un peu :

S’agissant de la Grande Année … pour simplifier nous dirons que la précession des équinoxes fait croiser la route du soleil avec l’équateur de la Terre (« point vernal »)  … terre_axe04avec un recul de 1° tous les 72 ans dans le champ Zodiacal …. Ainsi faudrait-il  (72 ans * 30 soit 2160 ans) pour reculer d’un signe …. Pour l’exemple, selon les données astronomiques,  l’Ere du poisson aurait débutée  en -130 Av JC … et verrait sa fin en 2030 Ap JC  …. Là commencerai l’ère du verseau !!!  ….

Il conviendra de noter que l’Ere du Poisson, nommée « ère de César » …. A vue épopée Christique se développer  sous le symbole même du Poisson : l’évangéliste Luc en sera témoin et porteur du symbole  …

Pour parcourir l’écliptique dans sa totalité, c’est à dire les douze constellations, le temps serait de 2160 * 12 soit 25920 ans

Profitons d’en être à ce point pour compléter une définition naturelle du découpage temporel de notre espace Terre. De façon classique que cela soit dans l’hémisphère Sud comme au Nord au niveau du +- 45° parallèle lorsque le Soleil passe au point Vernal, il déterminera un point « Zéro » pour nos saisons … entre le 19 et le 21 Mars ce sera, pour l’hémisphère Nord le « Printemps » (en 2016 le 30/03/ à très exactement 5H30’11’’) … puis l’Eté … Puis l’Automne … enfin l’Hiver … (et l’inverse pour l‘hémisphère Sud) Il n’y a pas lieu de préciser plus mais il nous sera facile de comprendre que les énergies et la lumière associées à ces saisons orchestreront la magnificence de la création sur notre Planète Terre

De même rappelons qu’un autre effet et non des moindres !!! sera mis en œuvre par un autre Symbole : « La Lune » … avec son cycle de 28 jours en moyenne … au moment de l’équinoxe de printemps 2016 … la pleine lune était le 23/03 …

Sur le plan astronomique :

Là, encore, inutile de préciser, ici, toutes les conséquences tant elles sont nombreuses sur notre environnement et même en médecine !!!

Voilà la magie des Cycle … mais revenons, quelques instants, à l’ancienne Egypte … lors de l’écoulement d’une année le fait important  sera la crue du Nil …  de cet événement s’amorcera le début de la nouvelle année ….   Moment de la fécondation  du Nil par les eaux d’en haut …. et sa conséquence bienfaisante … la crue du Nil charriant les limons nécessaires pour la nourriture des hommes et des animaux

La montée des eaux commençait fin juin (21 Juin) … et se terminait fin Septembre..

… en l’an 2781 av JC  qui était un nouveau début du Cycle Sothiaque soit une image des « premier temps » Sirius avait disparu 70 jours avant … le 21 Juin, jour du Solstice d’été  … il réapparait, juste avant le lever du Soleil  … les astronomes égyptiens n’ont pas pu s’empêcher de remarquer une triple coïncidence : Levé héliaque de  Sirius dans la constellation du Lion, Solstice d’été, le début de la saison de la crue du Nil  …. Ainsi les Egyptiens voyaient dans les mystérieux 70 jours qui précédaient la renaissance du Nil une période de transformation magique du « Douat souterrain » menant de la mort à la renaissance  ….

Ainsi s’établissait la première saison : « Akhet »  (Inondation)  … Comprenant 4 mois  (Thot, Phaopi, Athyr, Choiak) … puis la saison « Peret » (émergence) comprenant 4 mois aussi (Tybi, Méchir, Phamenoth, Pharmaouti) …. Enfin la saison « Shemou » de 4 mois également (Pachons, Payni, Epiphi, Mesori)

Suivaient … les jours épagomènes ….  – le jour d’Osiris  – d’Horus, – de Seth,  – d’Isis, – de Nephtys, …  la crue du Nil … le jour suivant ce sera le premier  jour du mois de Thot … en ce temps-là cela devait être le 19 juillet

Dès maintenant l’Apprenti notera que toutes ces « intuitions » sur la notion de temps seront présentes partout, dans toutes les civilisations, dans toutes les religions, dans toutes les sensibilités initiatiques, mais aussi dans tous les calendriers profanes !!!!

Concernant notre Ordre, l’OIAPMM, notre Calendrier a retenu le décodage scientifique du symbole …. crue du Nil le 19 juillet …. Adombrement de Terres de Memphis après la gestation du Nil  – 29 Aout (+ 40 jours) …. Retrait des eaux le 30 Septembre

Dans ce cas : Les jours épagomènes que nous avons retenus ….  – 24 Aout :: Osiris  – 25 Aout :: Horus, – 26 Aout :: Seth, – 27 Aout Isis, – 28 Aout Nephthys, … puis Le 29 Aout la Maturation/Accouchement du Nil  … le 29 Aout, ce sera le premier  jour du mois de Thot …

Les deux Calendriers sont, pourtant, éminemment intéressants sur le plan symbolique … :

Les Anciens égyptiens ne semblaient pas vouloir établir une chronologie de référence et laissaient de côté la chasse au temps qui nous préoccupe tant, aujourd’hui.  Seuls les cycles les intéressaient puisqu’ils rythmaient à ceux-ci leurs vies et leur richesse …. L’alpha et l’Omega du temps leur étaient indifférents … Tout était au temps de l’an 000.000.000 de la Véritable Lumière  … c’est-à-dire un temps de l’indéfinissable « origine du temps »

Une convocation à une tenue du 22 Octobre 2016, par exemple, se traduira au sein de notre rite par le texte suivant :

« J’ai le grand plaisir de vous informer que le 25 du mois de Paophi de la Saison Sha de l’an 000.000.000 de la V...L... soit l’an13.557 du « Zep Tepi » Vous êtes cordialement invités à venir partager nos Travaux Fraternels, en Tenue de Loge dans un lieu empli de Mystères, très éclairé par la Lumière d’Egypte ». Sachant que le Zep-Tepi fut évalué à l’an -11541 … et la nouvelle année commençant le 1ier Jour de Thot soit le 29 Aout dans notre Calendrier.

D’autres sensibilités utilisant notre Rite utiliseront d’autres dates … le choix des « origines » et dès lors significatifs sur le plan initiatique, philosophique, politique ou sociologique … le temps ne « compte » pas seulement, il situe un peuple dans sa référence historique

Au sein de l’année égyptienne, encore des Rythmes (cf. Supra).

Comme nous l’avons déjà évoqué, notre Rite avec ses 90 degrés initiatiques traditionnels doit nous mener vers une condition propice à l’éveil … ainsi dans la recherche d’une définition « du temps » nous avons pu appréhender le fait que rythme cosmique, Rythme terrestre et Rythme du vivant pourraient bien être lié de façon intime. La Médecine Traditionnelle Chinoise en est un exemple. C’est une médecine basée sur la maitrise des énergies, de la matière … et du Chi qui garantit les bons équilibres et les transformations nécessaires à l’entretien de cette vie si fragile dont la durée dépend de notre capacité individuelle à « s’adapter ». Elle nous enseignera que l’année Terrestre verra le siège, pour la biologie humaine, d’un cycle très précis qui conditionnera notre état de santé. En voici le découpage :

Le printemps : du 07/02 au 05/05 … 46 jours avant et 47 jours après notre Équinoxe du 21/03 … en ce temps-là ce sera le règne du « Air » (le Vent)

L’été : du 06/05 au 06/08 … 50 jours avant et 47 jours après notre Solstice d’été (environ 21 juin) … en ce temps-là ce sera le règne du « Feu »  (la Chaleur)

L’Automne : du 07/08 au 06/11 … 47 jours avant et 46 jours après notre Équinoxe du 21/09 … en ce temps-là ce sera le règne du « Eau » (l’Humidité)

L’Hiver : du 07/11 au 06/02 … 47 jours avant et 42 jours après notre Solstice d’été (environ 21 Décembre)… en ce temps-là ce sera le règne du « Terre » (la sècheresse)

En « MTC, Médecine Traditionnelle Chinoise » Santé, source de maladie et traitement seront évalués en référence à ces différents cycles

Maintenant, tenter de placer la création dans une histoire cosmique nous amènera, encore pour l’exemple, à méditer sur le déroulement de l’œuvre cosmique selon les années divines svastika-001-gris(hindou) … selon une source …  un jour de Brahma (le Kalpa) comprend 14 manvantaras  …. Un Manvantara (nous sommes dans la 7ième) est composé de 64.800 ans  … Ces 64800 ans ordonnées selon la relation mythique  4,3,2,1  ….

4/10 de 64.800 * 4 …. 25.900 ans c’est le Krita – Yuga ou « Sattwas » … l’âge D’or

3/10 de 64.800 * 3 …. 19.440 ans c’est le Treta –Yuga ou « Rajas » … l’âge d’Argent

2/10 de 64.800 * 2 …. 12.960 ans c’est le dwapara-Yuga ou « Tamas » … l’âge d’Airain

12.960 ans ce sera la grande Année selon des Grecs et les Perses

1/10 de 64.800 …. 6480 ans c’est Kali-Yuga ou « Tamas » …. L’âge de Fer  …

Il sera aisé de constater que un Manvantara contient 5 Grandes années Grecques et Perses  (12.960 * 5 = 64.800) … dans ce cas, si la fin du cycle est en 2030 …

Du point de chronologique, il y concordance quasi parfaite avec les récits de « Platon » figurant dans le « Timée et de Critias » …

La fin de l’ère du Kali-Yuga (âge de fer prévu en 2030 (une différence de 40 ans avec ce qui est écrit supra)) où il était prévu par les anciens un temps chaotique et de grandes catastrophes …

Qu’en pensons-nous ?  

Voilà sans doute une belle démonstration de synchronisation des évènements sur notre planète … d’autres synchronisations sont proposées par l’histoire, plus conforme à des textes de grands initiés …

Tout d’abord « Samain » le 01 Novembre : « Cette heure n’est pas une période de l’année car il n’y plus d’année. La vieille année celtique s’achève, la nouvelle année commence. A Samain le Temps n’existe plus »

Ensuite « Alban Arthan » le 21 Décembre qui correspond au Solstice d’Hiver … « Par les Noms Sacrés de Lugh et de Koridwenn, Emanations Supérieures de l’Incréé, en vertu des liens existant entre vos Intelligences et le Tribann, nous nous inclinons respectueusement devant vous. Nous sommes au Solstice d’Hiver de l’Année des Humains. Nous sommes rassemblés Ici et Maintenant… afin de célébrer la Renaissance des Forces vives de la Terre – qui vient à nouveau de s’éveiller sous le Feu du Jeune Soleil. »

Puis, « Imbolc » le premier février … « Il est vrai que depuis la Nuit-Heureuse de la Fête du Gui qui marque le Solstice d’Hiver, tandis que les semences pointent leurs germes dans le sein de la tiède glèbe ; que la sève reprend avec lenteur son ascension dans le tronc des arbres et les tiges des plantes…le Jour grignotant la Nuit, a préparé la solennité de IMBOLC que nous célébrons ce soir. Et de cette Nuit-Heureuse jusqu’à celle triomphale de Lughnasad, le Char de Belen conduit par Berc’Hed va illuminer de plus en plus durablement le Ciel et la Terre… »

Suit, « AlBan Eiler » le 21 Mars soit vers l’équinoxe de printemps … « L’œuf d’Or est Equilibre entre les Forces Solaires et les Forces Lunaires ; équilibre entre la Vie et la Mort par le Souffle de Vie du dragon, le Grand Serpent-Vert. Cette Harmonie jaillit de GWENVED en cette saison des Semailles … »

Suit, encore, « Beltaine » le premier Mai … « Nous venons d’assister à la Danse de l’Arbre de Mai effectuée sur la Musique des Druides : le «Jabadao».  Danse et Musique sacrées qui nous mettent en relation avec le Cosmos, et se faisaient à l’origine dans une clairière dès la minuit passée, face au ciel étoilé. Les Anciens d’Hyperborée rendaient ainsi grâce aux Etoiles qui tournoyaient autour de l’Axe du Monde Celtique = la POLAIRE, faisant partie des deux OURSES, la Petite et la Grande. C’est pourquoi également le Roi Mythique s’appelait  ARTUS (l’OURS). Ce puissant Symbolisme est toujours vivace de nos jours, et nous nous devons de le connaître au mieux.… »

Vient, « Alban Efin » le 21 Juin … près du Solstice d’été … « Nous sommes au Solstice  d’Eté,  Fête du Feu Nouveau, du Feu Purificateur. Nous sommes assemblés ici pour célébrer la Renaissance de la Nature, de notre Terre-Mère, en ce Jour le plus long, en cette Nuit la plus courte.… »

Puis « Lughnasad » le premier Aout … « Voici venu le Temps de la première Moisson. Les fruits mûrs tombent, les blés dorés seront fauchés et battus, le foin sera étalé pour sécher. C’est le moment où Gwion Bach fut avalé sous forme de graine ; c’est le moment où il est entré dans le noir de la Matrice du Monde. »

Enfin, « Alban Elfed » le 21 Septembre ou près de l’Equinoxe d’Automne … « Enfants de la Terre, les Portes de la Nuit sont ouvertes. Effectuons nos provisions de nourriture pour nos survies ; effectuons nos provisions d’énergie pour nos esprits ; effectuons nos provisions d’amour pour nos cœurs. Attendons dans la Paix, le Printemps »

Qui fut imposé par la Convention, le 5 Octobre 1793. Ce calendrier part du 22 Septembre 1792. Il est structuré de la façon suivante. 12 Mois de 30 Jours (soit 360 jours) … et 5 Jours calendrier-revolutionnaire-allegorieparticuliers, «  les sans-culottides » correspondant à des valeurs Républicaines foncières : « Vertu », « Génie », « Travail », « Opinions », « Récompenses » …. Et enfin 1 journée supplémentaire tous les 4 ans … ce sera la « fête de la révolution ». Ainsi le Printemps sera composé du mois de Germinal (Germinations), de Floréal (Fleurs), Prairial (Prairies) … l’Eté du mois de Messidor (Moissons), Thermidor (Chaleur), Fructidor (Fruits) … l’Automne avec les mois de Vendémiaire (Vendanges), Brumaire (Brouillards), Frimaire (Frimas) … et enfin l’Hiver et ses mois de Nivôse (Neiges), Pluviôse (Pluies), Ventôse (Vents)

cyclesvie-humain-001En haut le monde cosmique et ses influences planétaires … au centre des pulsations cardiaques … mystère des mystères où la matière s’anime et déclenche rythme et souffle … en dessous des biorythmes qui symbolisent un rythme interne qui semble contrôler les divers processus de toute biologie …

 

Selon les Grecs la vie de l’homme serait liée au nombre 7 et chaque « septénaire » fait l’objet d’un bilan « de pertes et d’acquisitions » … citons « Solon »

« Sept. L’enfant perd ses dents et d’autres les remplacent, et son esprit s’accroit

Sept, encore se passent et son corps florissant se prépare à l’amour.

Trois fois Sept, sa vigueur va grandissant, toujours, et sur sa fraiche joue un blond duvet se lève,

Sept, encore, il est mur pour les travaux du glaive. Son esprit et son corps sont tous deux accomplis.

Cinq fois Sept, il est temps que vers de justes lits, il tourne sa pensée et choisisse une femme.

Six fois Sept : il a su, enrichissant son âme, vivre, penser, combattre, obtenir, s’efforcer, et s’il le fallait, sans deuil il pourrait renoncer aux biens trop éloignés, au but peu accessible, content, dorénavant, de jouir du possible.

Sept fois Sept et huit fois Sept : il se connait soi-même,

Neuf fois sept : tout en lui a gardé sa fierté, mais sa voix au Conseil est désormais moins sûre. Il sent diminuer sa vieille autorité …

Dix fois Sept : de la vie il a pris sa mesure … il va pouvoir dormir avec sérénité »

Bien sûr nous laisserons Solon à sa limite de 70 ans … l’auteur de cette planche l’ayant franchi … Il peut, encore, certifier qu’en bon maçon il n’aspire point au repos !!!!

Pamela Levin, décrit, elle, les « cycles de l’identité » qui s’expriment par Six étapes de croissance et de développement  jusque à l’âge de 19 ans. De la naissance à 6 mois : exister … de 5 à 18 mois : Faire … de 18 mois à 3 ans : Penser … de 3 à 6 ans : découvrir son identité … de 6 à 12 ans : Acquisition des compétences, pouvoir de réussir, se structurer … de 13 à 19 ans environ : donner une unité à sa personnalité, se socialiser ….

Conclusion … provisoire … provisoire !!!

Dès lors, pour l’apprenti un nouveau monde apparait, multiple, diverse, kaléidoscopique, multiforme et sans cesse en transformation sous l’injonction de multiple cycles de vie … des mondes dans des mondes, les espaces-temps encapsulés, interpénétrés … et lui abritant cette multitude ….

Il devra comprendre cela … et même vivre cela … car de cela est-il fait … « Compagnon » il devra pénétrer ces lieux car c’est, sans doute là que se situe … la réalité de son être …

J’ai buriné avec passion

Gérard Baudou-Platon

 

Clin d’Oeil

Le temps et le labyrinthe :

Tiré de Mr René Lachaud …

Il existait dans le Fayoun, au pied de la Pyramide d’Hawara, un gigantesque Temple funéraire à étages  … les voyageurs de l’antiquité disaient que celui qui pénétrait dans ce hawaraTemple ne pouvait en sortir que grâce à l’aide des Prêtres … d’où son qualificatif de labyrinthe … Aujourd’hui ce temple est devenu invisible « à l’épreuve du temps » qui passe inexorablement … pourtant il est présent dans la mémoire … il est donc vivant au-delà de tout matérialité … il niche dans le cerveau au mille circonvolutions labyrinthiques … voyager en Egypte et en explorer les arcanes c’est accomplir une formidable exploration de la mémoire de l’humanité …. Et par conséquent l’histoire de notre propre mémoire …  en progressant dans ce pays on a l’impression très nette de se déplacer dans un espace-temps qui échapperait  à toutes les limitations … et mieux cerner « l’éternité » …

Le livre des morts Egyptiens :

« Je suis l’enfant d’hier qui marche sur le chemin de demain » ….

Mémoire vivace de « Kemet » … plongeant ses racines dans le terreau de notre devenir ….

Et de continuer en écrivant : « Le royaume d’Egypte … échappe aux conditionnements humains … agit comme un révélateur de ce que nous sommes réellement …

Isis retrouve Osiris,

Thot devient Frère avec Seth

Horus affronte encore ses limitations ..

Il existe en soi, un royaume blasonné par le Lys, le Papyrus, le vautour et le Cobra, le roseau et l’Abeille …

« Celui qui n’a pas expérimenté sais peu,

Celui qui a expérimenté a cru en sagesse,

Laisse le voyageur s’instruire encore » »

IMHOTEP CONSTRUCTEUR – PRÊTRE ET INSTRUCTEUR DE L’HUMANITÉ 11 janvier, 2021

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Contribution , ajouter un commentaire

IMHOTEP CONSTRUCTEUR – PRÊTRE ET INSTRUCTEUR DE L’HUMANITÉ (1ère partie)

imhotep 

Imhotep (« Ἰμούθης » en grec) dont le nom signifie « celui qui vient en paix », est un personnage historique emblématique de l’Égypte antique.

 

Ayant vécu au troisième millénaire avant notre ère, il fut un homme aux multiples talents. Vizir et architecte du roi Djéser (IIIe dynastie), on le dit également médecin et philosophe.

Sur le socle d’une statue du roi Djéser (aujourd’hui au Musée du Caire), il est présenté comme « Le chancelier du roi de Basse-Égypte, le premier après le roi de Haute-Égypte, administrateur du grand palais, noble héréditaire, grand prêtre d’Héliopolis, Imhotep, le constructeur, le sculpteur ».

Son œuvre architecturale la plus connue est sans conteste le complexe funéraire qu’il édifie à Saqqarah (près du Caire) pour Djéser et plus particulièrement la plus ancienne pyramide à degrés du monde.

Imhotep apporte à l’Égypte quelques innovations :

- l’historien égyptien Manéthon le crédite de la généralisation de l’utilisation de la pierre comme matériau de construction des temples et tombeaux funéraires, alors qu’ils étaient faits auparavant de briques de terre cuite. Il est aussi le premier à utiliser des colonnes dans l’architecture ;

- il innove architecturalement avec l’invention de la pyramide à degrés comme tombeau (« demeure d’éternité ») du roi.

Imhotep est considéré comme le fondateur de la médecine égyptienne et l’auteur d’un traité médical, le papyrus Ebers (même si le document a été probablement rédigé vers -1700 avec des écrits complémentaires de plusieurs médecins).

Ce texte décrit en détail des observations anatomiques, l’examen, le diagnostic, le traitement et le pronostic de nombreuses blessures. Les traitements sont associés aux formules magiques.

En 2017, la momie de l’un de ses disciples, Nespamedou, est radiographiée et son visage reconstitué.

Le Grand Prêtre IMHOTEP inventa la formule chimique il y a 5000 ans permettant de réaliser des vases en pierre (un aggloméré).

Il fût le concepteur et constructeur de la première pyramide de l’histoire : la pyramide à degrés de SAQQARAH. La première manifestation de la connaissance la plus élevée en Egypte antique.

Il a appartenu a une organisation fermée de prêtres appelés l’Ecole des Mystères « de l’œil de Horus », les gardiens exclusifs de la connaissance en Egypte antique.

IMHOTEP dont le nom signifie « le sage qui vient dans la paix » occupe une place particulière dans l’Histoire. Il était vénéré en Egypte pendant 3000 ans, c’est-à-dire de sa propre vie pendant le règne du Roi DJOSER jusqu’aux conquêtes grecques et romaines en Egypte.

Son Père était l’Architecte royal KANOFER, sa Mère KHREDUONKH, une noble héréditaire.

A un âge très jeune, IMHOTEP entra en prêtrise et commença à vivre au Temple d’ ANNU sur les rivages du Nil. Ce temple était un centre de la science et de la religion avec une grande bibliothèque. Là, IMHOTEP apprit comment lire et écrire dans la langue symbolique des hiéroglyphes.

IMHOTEP laissa des plans de conceptions de temples qui étaient bâtis des milliers d’années après sa mort, comme indiqué par les hiéroglyphes de plusieurs temples.

Il était géomètre, docteur en médecine, inventeur du Caduceus (le caducée, symbole actuel des médecins, représentant Hermès dans la mythologie grecque).

La légende indique qu’IMHOTEP divisa les cieux en secteurs de 30°, connus aujourd’hui comme les zones du zodiaque, pour noter les mouvements des étoiles et des constellations.

Un prête scientifique comme IMHOTEP pouvait faire des vases en pierre, bénéficia d’un statut spécial puisque sa connaissance lui permit de donner la forme aux pierres, et, la pierre pour les Egyptiens était le symbole de l’Eternité.

Après sa mort, il a été divinisé par les Egyptiens qui l’ont identifié à THOTH, la divinité à visage d’ibis, dieu de la sagesse.

Les Gnostiques l’ont appelé HERMES TRIMEGISTUS, trois fois le Grand, fondateur et l’origine de leur sagesse ésotérique.

Vous avez toujours été fascinés par la civilisation de l’Égypte antique. Et votre esprit s’évade dans votre imagination dès que l’on vous parle de la mythologie égyptienne.

Les mots Karma et réincarnation vous interpellent, et vous ressentez profondément en vous l’utilité d’une démarche spirituelle dans votre vie.

Vous recherchez l’éveil de votre conscience à travers un enseignement ésotérique et surtout pratique.

Alors je vous propose un atelier de deux jours, avec les plus grands secrets de la pratique spirituelle et quotidienne de l’école des mystères de l’œil d’Horus.

Je m’appelle Didier Boulay et, depuis plus de 25, j’étudie les traditions ésotérique du monde entier, et grâce à plusieurs enseignements et à mes propres recherches, j’ai fini par redécouvrir et transmettre des outils énergétiques et spirituelles liés à l’ancienne civilisation égyptienne.

J’ai appelé cet atelier « Les Secrets d’Imhotep «.

Imhotep signifie « celui qui vient en paix », et il est le personnage emblématique de l’Égypte antique.

Grand vizir du pharaon Djéser, architecte, concepteur de la plus ancienne pyramide à degrés du monde : Saqqarah.

Médecin, reconnu comme le plus grand guérisseur de son époque, on lui doit le Caducée encore utilisé de nos jours comme symbole de la Médecine.

Il utilisait le Caducée, un bâton entouré de deux serpents garni de sept pierres, pour sentir dans quels Chakras étaient installés les déséquilibres et il envoyait de l’énergie dans l’aura pour rééquilibrer les chakras appropriés.

Il fut appelé Hermès Trismégistus (Le trois fois grand), et Asclépios par les Grecs venus recevoir son enseignement.

Asclépios ou Esculape chez les Romains, était le dieu de la médecine dont les attributs étaient le serpent, le coq, le bâton, la coupe.

Pére de la Médecine, de l’Hermétisme, de la Gnose, inspirateur de la rose croix, des illuminatis et de la franc maçonnerie.

Il fut aussi astronome, astrologue, philosophe, grand prêtre de l’œil d’Horus, il utilisait la géométrie sacrée et consacra sa vie à l’évolution spirituelle de l’humanité à travers ses réalisations et son enseignement.

La médecine dans l’Égypte antique se réfère à la pratique courante de la médecine dans l’Égypte du XXXIIIe siècle avant notre ère jusqu’à l’invasion perse de -525.

Cette médecine très avancée pour l’époque, était le fait d’un système de soins particulier, avec des médecins spécifiquement formés et aux pratiques contrôlées, exerçant en clientèle ou dans des lieux réservés, établissant des conclusions diagnostiques, usant de moyens thérapeutiques multiples, et toujours en relation avec le divin.

Le concept de maladie était différent de la définition moderne :

• en Égypte antique, on ne meurt pas en bonne santé,

• la maladie est la manifestation corporelle de la « prise de possession » du corps du patient, œuvre d’agents surnaturels (ennemi disposant d’une puissance magique, défunt mécontent, divinité fâchée, etc.),

• l’enveloppe corporelle est un élément nécessaire pour accéder à la vie éternelle, et sa destruction interdirait de l’espérer (la pire situation pour un ancien égyptien était d’avoir son corps brulé, car le corps était alors perdu).

Il existe une hypothèse sur l’origine des connaissances de la médecine égyptienne de l’Antiquité, qui voudrait qu’elle soit une « copie » de la médecine mésopotamienne, ce à quoi il est fait réponse que le développement de la civilisation mésopotamienne est postérieur à celui de l’Égypte. Cette polémique est hors sujet et ne peut pas participer à l’objet de cet article encyclopédique.

Les médecins égyptiens pratiquaient une petite chirurgie, non invasive, la réduction des fractures, disposaient d’une riche pharmacopée et se servaient de formules magiques.

Bien que les remèdes de l’Égypte antique soient souvent considérés dans la culture moderne comme des incantations magiques et des ingrédients douteux, les recherches en égyptologie biomédicale montrent qu’ils étaient souvent efficaces et que soixante-sept pour cent des formules connues respectent les règles du codex pharmaceutique britannique de 1973, en dehors des règles de stérilisation1.

Les textes médicaux précisent les étapes de l’examen clinique, du diagnostic, du pronostic et les traitements qui étaient souvent rationnels et appropriés.

Les connaissances sur la médecine en Égypte antique proviennent de papyri, de récits de savants grecs et romains, de bas reliefs, d’ostraca.

Jusqu’au XIXe siècle, les principales sources d’information sur la médecine égyptienne antique ont été les écrits de l’Antiquité tardive. Homère en -800 remarquait dans l’Odyssée : « En Égypte, les hommes sont plus qualifiés en médecine que tous les autres hommes » et « les Égyptiens avaient dans le domaine de la médecine davantage de compétence qu’en tout autre art. » L’historien grec Hérodote s’est rendu en Égypte aux environs de -440 et en a rapporté des descriptions détaillées, de leurs pratiques médicales. Pline l’Ancien a également dit grand bien d’eux dans son œuvre historique. Hippocrate (le père de la médecine), Hérophile, Érasistrate et plus tard Galien ont étudié au temple d’Amenhotep et ont reconnu la contribution de l’Égypte antique à la médecine grecque.

En 1822, la découverte de la pierre de Rosette a finalement permis la traduction des inscriptions hiéroglyphiques et des papyrus de l’Égypte antique, dont de nombreux textes consacrés à des thèmes médicaux. L’intérêt pour l’égyptologie qui s’en est résulté au cours du XIXe siècle a conduit à la découverte de documents médicaux écrits.

Il y avait à la bibliothèque d’Alexandrie une encyclopédie médicale en six volumes dont il n’est resté que le sommaire. Mais l’importance de la pratique médicale était consignée dans une quinzaine de papyri, écrits en langue grecque sacrée. Le plus célèbre et le plus ancien est le papyrus Ebers, écrit durant le Nouvel Empire, regroupant sept cents formules de maladies internes, classées en fonction des organes concernés. Le Papyrus d’Edwin Smith était selon son auteur, une copie du Moyen-Empire du livre d’Imhotep, intitulé le livre secret des médecins, livre d’enseignement exotérique et ésotérique, dont il ne reste que quelques chapitres, notamment sur le cœur mais qui exposait une médecine objective, scientifique basée sur de minutieuses observations et une très bonne connaissance de l’anatomie humaine2.

• les papyri médicaux : papyrus Ebers, papyrus Edwin Smith, papyrus Hearst et d’autres encore qui remontent à 3000 ans avant notre ère. Un papyrus médical égyptien du Nouvel Empire vient de rejoindre les collections du Louvre (2007) :

• le papyrus Edwin Smith est un manuel de chirurgie et d’observations anatomiques détaillées traitant de l’examen, du diagnostic, du traitement et du pronostic pour de nombreuses affections3. Il a probablement été écrit vers -1 600, mais est considéré comme une copie de plusieurs textes antérieurs. Les connaissances médicales qu’il contient remontent à 3 000 ans avant notre ère4. Imhotep pendant la IIIe dynastie est considéré comme l’auteur du texte du papyrus original et le fondateur de la médecine égyptienne antique. Les premières interventions chirurgicales connues ont été réalisées en Égypte aux environs de -2750 (voir § La chirurgie),

• le papyrus Ebers (v. -1550) est rempli d’incantations et d’imprécations épouvantables destinées à chasser les démons responsables des maladies et comprend également 877 prescriptions1. Il contient peut être également la plus ancienne référence documentée à des tumeurs, si le peu qu’on ait compris de la terminologie médicale de l’Antiquité a été correctement interprété. D’autres informations proviennent des peintures qui ornent souvent les murs des tombes égyptiennes et de la traduction des inscriptions qui les accompagnent. Le tombeau d’Ânkh-ma-hor de la VIe dynastie (vers -2200) représente ce qui ressemble au déroulement d’une cérémonie de circoncision, les ostraca médicaux :

en Égypte antique, ce terme est appliqué à des éclats de calcaire ou des fragments de poterie sur lesquels le scribe, ou l’apprenti scribe, inscrivait un texte ou faisait un dessin rapide.

Le coût du papyrus ne permettait pas d’utiliser ce support pour des notes écrites non officielles, des dessins explicatifs ou satiriques, et encore moins pour apprendre l’écriture hiéroglyphique ;

les stèles (votives ou funéraires) et les représentations figurées (parois de tombe, murs ou colonne de temple).

LES PRÊTRES DE L’ANCIENNE ÉGYPTE

La classe sacerdotale

Tous n’étaient pas des prêtres dans cette « Maison » représentée par le clergé de l’ancienne Égypte, qui vivait dans l’enceinte des temples et de ses annexes, mais beaucoup l’étaient à un titre ou à un autre.

Par « prêtre », il nous faut comprendre tout homme qui s’était mis dans l’état de pureté requis pour approcher le lieu saint, résidence du dieu.

Si le nombre, des « prêtres purifiés » (les ouêbou), était considérable, du chapelain au prêtre s’étageaient des classes, entre lesquelles se répartissaient une foule d’officiants et d’auxiliaires.

Ces classes étaient flottantes et parfois insuffisantes, car diverses catégories servant dans le domaine des temples n’auraient su être systématiquement rattachées à l’une ou à l’autre. C’était le cas des « chanteuses », des « prêtres lecteurs », des « hiérogrammates » (scribes), des « horologues » (annonceurs de l’heure) qui jouaient un rôle très important, dans les offices du culte divin, dans les cérémonies du Jubilé ou lors d’un couronnement.

Aussi, nous adopterons une classification, fondée sur le rôle joué par chaque officiant dans ses fonctions. Les textes ne manquent pas où l’on voit des prêtres de petits sanctuaires cumuler titres sacerdotaux et titres administratifs, passer du domaine du culte au statut de chef des troupeaux, ou bien encore au service du compte des sacs de blé.

L’accession au sacerdoce

Il est difficile de dégager une règle définissant les conditions d’accès aux fonctions sacerdotales pour toutes les époques. Plusieurs filières étaient admises : les droits de l’hérédité — un prêtre pouvait être remplacé par un membre de sa famille — la cooptation, le rachat des charges ; ces filières permettaient en général un recrutement convenable.

Il ne faut pas perdre de vue le fait que le culte divin rendu dans le temple, quels que soient les droits de fait acquis par les membres du clergé au service du dieu, restait une délégation royale. Le pharaon étant pratiquement le seul ministre des cultes, son autorité pouvait à tout moment intervenir dans les arrangements au sein du clergé.

À d’autres moments, Pharaon — Per-aâ, qui, sous l’ancien Empire signifiait la « Grande Demeure » — prenait la décision de promouvoir un prêtre dont l’activité et les dispositions lui agréaient.

Ce fut le cas du prêtre Nebouây, sous le règne de Thoutmosis III, qui fut élevé au statut de « Premier Grand Prêtre d’Osiris ». « Les dieux m’ont préparé la route, c’est le roi qui m’envoie contempler le dieu dans le Saint des Saints », dit un chapitre du rituel d’intronisation.

• Vers le Nouvel Empire, dans l’enceinte des temples, les femmes eurent la possibilité d’exercer une charge sacerdotale de second rang.

Un clergé féminin, les ouêbouit, fut mis en place lors des cultes.

Des exemples de femmes prêtresses ne manquent pas.

L’institution thébaine consacrait une épouse terrestre au dieu Amon, appelée « la Divine Adoration », Lors de représentations des Mystères religieux, deux jeunes femmes, choisies vierges, jouaient le rôle du cérémonial des déesses Isis et Nephtys.

À partir de la XVII° dynastie, des scènes épigraphiques mettent en évidence ce que des épouses royales eurent des fonctions religieuses et des transmissions de mère à fille.

Ce fut le cas de la reine Hatshepsout pour sa fille Neferouré, et de Néfertari pour sa fille Merytamon. Les chanteuses d’Amon, les hymnodes, se rangeaient parmi les prêtresses, car il convenait que le rythme des mélopées adressées au dieu fût conforme aux traditions d’élocution sacrée.

Les prêtres et l’ensemble des officiants qui assuraient le service du culte au temple fonctionnaient sur une période d’un mois environ. Autrement dit, chaque groupe n’officiait que trois mois par an, chacune de ces périodes étant séparée par un trimestre d’inactivité, tout au moins dans l’enceinte du temple. Le groupe sortant livrait le temple avec son matériel de fonctionnement aux nouveaux arrivants.

Seule la haute prêtrise demeurait en fonction permanente au sein du temple.

La pensée religieuse

La pensée religieuse égyptienne a produit des œuvres qui tournent une à une les pages glorieuses d’un passé plusieurs fois millénaire, ou le désir d’une vie sans fin s’étendait au-delà des formes créées. Le domaine de l’inconnaissable restait à tout moment perceptible dans un autre monde, où les dieux et les morts se fixaient dans une vie dans déclin.

C’était une magie qui agissait comme un régulateur d’énergies spirituelles et matérielles entre le divin et l’homme, parce qu’elle plaçait le sacré comme première valeur.

C’était Pharaon qui, par sa filiation divine (fils d’Amon-Rê), était la clé de voûte ; sur lui reposait le fonctionnement social et religieux du peuple d’Égypte.

Appelé aussi le « Grand Magicien », il rendait le culte divin qui se déroulait chaque jour dans la « Demeure du dieu », ce qui en faisait le « Premier Grand Serviteur » du temple.

• Considéré comme le reposoir terrestre du dieu, le temple était l’image symbolique du « Tertre originel émergé du Noun ».

Et parce qu’il devait être un creuset d’ordre et d’équilibre du monde sous l’influence de Maât, il fallait pour faire fonctionner cette « centrale d’énergie » tout un personnel qui peuplait et semait la vie dans l’ensemble du domaine du temple :

du « Grand Prêtre », haut personnage politique et religieux, aux différentes classes des prêtres et chapelains, des scribes, des fonctionnaires au personnel d’entretien.

À Karnak, au temps de la faveur d’Amon, on pouvait évaluer les membres du clergé attachés aux fonctions sacerdotales à plus d’un millier, sans compter les autres personnels affectés à la gestion du domaine économique du temple.

Le statut de prêtre

L’Égypte (Kemet), un pays immuable aux lignes toujours semblables : un soleil jamais voilé, un fleuve qui chaque année s’enfle pour fertiliser ses rives, un désert ocre, qui s’étend comme une entité de puissance et de silence. Mais encore, des voiles blanches de felouques glissant tel un ibis, qui, ailes étendues, trace dans le ciel les signes sacrés du dieu Thot et encore des fellahin qui, en buvant le karkadé, discutent à l’ombre d’une palmeraie, enfin des enfants rieurs qui s’ébattent dans le Nil, les mélopées des femmes qui règlent la vie du village.

Tel fut le cadre où se forma l’âme du peuple égyptien, marquée par une religiosité envers les dieux et le monde, tel qu’il fut créé au premier jour.

Pour maintenir cet équilibre selon le plan défini par les dieux, il fallait un « Législateur » » :

en premier lieu venait Pharaon, suivi du haut clergé avec sa cohorte de prêtres.

Si nous prêtons l’oreille, il nous semble entendre le vieil écrivain et philosophe d’Alexandrie, Porphyre, décrire avec admiration les prêtres des bords du Nil : « Par la contemplation, ils arrivent au respect, à la sécurité de l’âme, par la réflexion à la science, et par les deux, à la pratique de mœurs ésotériques du temps jadis. Être en contact avec l’inspiration divine et la science réprime les passions et stimule la vitalité de l’intelligence. »

De par sa double fonction religieuse et législative, sa Majesté (hemef) était le garant du culte divin qui s’exerçait quotidiennement au temple : aussi l’existence officielle du corps sacerdotal dans sa fonction, reposait en nom et place du souverain régnant. Il assurait sur tout le territoire l’exercice du culte, ainsi que l’ensemble des rituels à l’occasion des grandes cérémonies.

L’action théologique essentielle contribuait à maintenir la présence du dieu sur Terre et à conserver le monde sous la forme où les dieux l’avaient établi au premier matin.

Nous devons nous garder, au travers du terme « prêtre », de les considérer comme les dépositaires d’une « vérité révélée » qui ferait d’eux une catégorie à part de la société, la religion égyptienne n’étant pas une « vérité acceptée ».

En ce sens, ils n’avaient rien de prophètes : à l’exemple des Hébreux, c’étaient des hommes semblables aux autres, et ils ne bénéficiaient d’aucun privilège d’origine divine.

S’ils pouvaient être de riches penseurs ou saints hommes, c’était grâce à l’action de leurs tendances personnelles, et non par une suite obligatoire sacerdotale.

Il faut reconnaître que la prêtrise, ouverte parfois trop largement, pouvait accueillir un recrutement d’hommes sans convictions, peu enclins à la vie spirituelle et à la méditation qui se révélaient à l’ombre des temples ; ainsi l’accès aux charges religieuses fut-il l’enjeu de constantes convoitises.

Les postulants à la prêtrise pouvaient entrer très jeunes dans des collèges où étaient enseignées l’instruction religieuse et les sciences.

Hiérarchie du clergé

Le fonctionnement du corps sacerdotal se trouvait sous la responsabilité d’un haut personnage religieux d’État, appelé le « Grand des Voyants (Our-Maour) de Rê ».

Après Pharaon, c’était lui qui assurait l’office divin au temple ; à son service étaient placés les « prêtres purs » (ouêbou), puis venaient les scribes ; suivait tout un personnel de fonctionnaires et d’auxiliaires qui assuraient et préparaient la bonne marche du temple.

Le « Grand des Voyants » était désigné par Pharaon à la fonction suprême ; il était dans la tradition de faire confirmer sa nomination par un oracle du dieu.

Divinement intronisé, ce haut personnage recevait alors deux anneaux d’or et bâton magique héka, symboles de son autorité spirituelle et de ses pouvoirs, tandis que Pharaon prononçait la phrase traditionnelle : « Te voici, Grand Prêtre du dieu, ses trésors et ses greniers sont sous ton sceau : tu es le premier serviteur de son temple ».

Eu égard à ses fonctions, tant politiques que religieuses, il se trouvait fréquemment écarté de son service quotidien du temple, si bien qu’il déléguait ses devoirs au « prêtre Sem », second serviteur en rang.

Parmi les classes des « prêtres ouêbou », qui pouvaient, suivant l’expression consacrée, « ouvrir les portes du ciel » et contempler le dieu hors du culte quotidien, se formait une élite dans laquelle se recrutaient les plus hauts dignitaires et savants du clergé, à l’exemple d’Imhotep qui fut Grand Prêtre à Héliopolis et choisi par le Pharaon Djoser pour construire à Saqqarah sa « Demeure d’éternité ».

Observances et rites

Pour accomplir les offices divins au temple, les prêtres devaient se purifier se prêtant à des observances et à certains rites, où se rattachait tout un symbolisme.

L’eau était, dans la pensée religieuse des Égyptiens, l’élément initial d’où toute vie était sortie ; celui d’où le dieu Rê, accomplissant son cycle de renaissance, apparaissait à l’aurore pour disparaître au crépuscule, afin de puiser, dans son voyage à travers le monde souterrain d’Osiris, la nouvelle énergie qui allait lui donner un lendemain rajeuni dans sa pureté originelle.

Dans certains bas-reliefs figurent des scènes de purification, où l’eau fraîche s’échappe des aiguières, remplacées parfois par une pluie de petits signes de vie ankh. Le rite d’ablution d’eau fraîche pour le culte divin du matin imprégnait les officiants d’une vie rajeunie et purifiée qui leur permettait d’assurer le rituel du culte.

Une autre forme de purification, à laquelle devaient se soumettre les officiants avant de pénétrer les lieux saints en empruntant l’Adyton, consistait à se laver la bouche avec du natron délayé dans de l’eau.

Autre observance rigoureuse : dépouiller son corps de tout poil et se raser les cheveux. Certains textes précisent que les prêtres devaient s’épiler les cils et les sourcils ; à ces règles, venait s’ajouter la circoncision.

Constituait-elle une des conditions nécessaires ? On ne peut être affirmatif. Néanmoins, des écrits relatent que des novices à la prêtrise ne subissaient ce rituel qu’au moment où ils accédaient officiellement à leur charge.

La vie sacerdotale demandait encore un autre état de pureté : l’abstinence de relations sexuelles durant les périodes de présence et de service au temple.

Les prêtres du temple pouvaient se marier : leurs fonctions ne les contraignaient pas au célibat ; tout au plus devaient-ils se satisfaire d’une épouse.

Cette restriction ne fut pas toujours respectée, puisque le prêtre Phérenptah s’était constitué un véritable harem.

Mais ils devaient être purs lorsqu’ils franchissaient les portes du temple. Sur ce point, les textes sont formels : « Quiconque accède au temple doit être purifié de tout contact féminin par une abstinence de plusieurs jours ».

Le texte d’une statue d’un jeune prêtre donne ce détail : « Je me suis présenté devant le dieu, étant un jeune homme excellent, tandis qu’on m’introduisait dans l’horizon du ciel. Je suis sorti du Noun (l’eau initiale) et je me suis débarrassé de ce qu’il y avait de mauvais en moi ; j’ai ôté mes vêtements et les onguents comme se purifient Horus et Seth. Je me suis avancé sans souillure devant le dieu dans la salle sacrée, plein de crainte devant sa puissance ». Les étapes de purification accordaient la présentation au temple, la vision du dieu, la reconnaissance de quelques secrets que seuls les « prêtres initiés » pouvaient transmettre, ainsi que la communication de formules magiques. Celles-ci permettaient de charmer le ciel, la terre et les eaux, de voir le soleil monter au ciel et en redescendre — Khépri au lever, Rê au zénith, Atoum au coucher — de voir les étoiles en leur forme et la lune se lever, de sentir les pulsations de Noun.

Les prêtres-initiés et les scribes

Cette dalle de grès décorée d’un bas-relief provient du temple dédié à la déesse Hathor construit à Dendérah, au nord de l’actuelle Louxor.

Ce temple fait partie de ces merveilles architecturales que l’Expédition d’Égypte, conduite par le général Bonaparte, révéla au monde occidental. Le zodiaque circulaire ornant le plafond d’une des chapelles situées sur le toit du temple est une représentation de la voûte céleste constituée d’un disque soutenu par quatre femmes, les piliers du ciel, aidées par des génies à tête de faucon.

Sur son pourtour, 36 génies symbolisent les 360 jours de l’année égyptienne.

Puis on trouve des constellations, au nombre desquelles figurent les signes du Zodiaque.

Pour la plupart, leur représentation reste proche de leur désignation. On peut ainsi facilement reconnaître le Bélier, le Taureau, le Scorpion, le Capricorne. D’autres ont une iconographie plus égyptienne tel le Verseau représenté par Hapy.

Dans cette grande « Maison » du clergé vivait une catégorie de prêtres et scribes.

Des documents du Moyen Empire désignent ces prêtres sous le nom de chendjouty, ce qui signifie le « prêtre du pagne ». Ils devaient préparer les objets du culte divin et pourvoir à leur entretien, aux habillements de la statue du dieu, ses parures, ses bijoux, ses parfums et les onguents, apprêter les aiguières pour les ablutions, l’encens pour les fumigations, ainsi que la table des offrandes. Parmi ces prêtres figuraient les intellectuels et les savants de la « Maison de Vie » (Per-Ankh), où se rédigeaient, les livres liturgiques et où s’élaboraient aussi les éléments de la science sacrée.

IMHOTEP CONSTRUCTEUR – PRÊTRE ET INSTRUCTEUR DE L’HUMANITÉ (2ème partie)

Hermes-4

À ces institutions appartenaient les scribes et les « hiérogrammates » ; certains d’entre eux étaient prêtres, particulièrement estimés à la cour de Pharaon en raison de leur vaste culture.

Auprès d’eux s’affairaient les « prêtres lecteurs » : porteurs des rouleaux du Livre divin, ils partageaient le renom et la popularité de la « Maison de Vie ».

À l’extérieur du temple, on les retrouvait dans d’autres contextes où ils s’occupaient de médecine et de chimie ; plusieurs recettes de papyrus médicaux sont attribuées à leur science. Ils représentaient pour le peuple égyptien le type même du magicien populaire, dont les légendes étaient racontées par la « femme sage », le soir à la veillée.

À ces « Maisons de Vie » se rattachaient deux ordres de prêtres, les « horologues » et les « horoscopes ».

Les « horologues » ou « prêtres horaires » (ounout) sembleraient avoir été en fait des astronomes, chargés d’approfondir les écrits, établis par les scribes de la « Maison de Vie », relatifs à l’ordonnancement des étoiles fixes, des mouvements de la Lune et des planètes qui errent dans le ciel, les « infatigables » (ikhémou-sek).

Ces prêtres étaient aussi chargés de préciser les jours et heures favorables pour la grande fête d’Opet (la Belle Fête de la vallée), qui se déroulait chaque année. Tout prouve qu’ils étaient parvenus dans la science du ciel à des connaissances avancées pour l’époque.

• Les éclipses Soleil/Lune leur étaient parfaitement connues ; un texte de Thoutmosis III évoque le passage d’un astre lumineux qui, relevant des calculs de nos astronomes modernes, pourrait être la comète d’Halley.

Sur le zodiaque du temple de Dendérah et sur le plafond de la tombe de Senmout, on peut reconnaître la grande Ourse, sous la forme d’une « jambe de bœuf », la constellation d’Orion, représentée par un homme courant et tenant dans sa main une étoile, et Cassiopée, figurée par un personnage bras tendus vers le ciel. Dans une salle du Ramesseum, le « Château des millions d’années » de Ramsès II, existe un magnifique plafond astronomique.

La connaissance du firmament jouait un rôle dans la détermination des points cardinaux, en fonction desquels était édifiée et disposée la « Demeure du dieu ». Toute fondation d’un temple cultuel partait d’observations célestes.

Dans les documents dont nous disposons, tout semble indiquer que l’astrologie, venant très probablement de la Babylonie, fut très employée.

Les traités d’astrologie étaient confiés aux « prêtres horoscopes » ; ceux-ci devaient connaître le calendrier mythologique et établir quels étaient les jours fastes et néfastes de l’année égyptienne, qui comptait 365 jours.

On a retrouvé des papyrus-calendriers, où chaque jour de l’année était défini comme bon, neutre ou néfaste.

Puis l’idée s’est progressivement infiltrée de lier le destin de chaque individu aux circonstances cosmiques de sa naissance en déterminant les influences des astres qui étaient dominantes à l’heure de sa venue au monde.

Des écrits nous informent que des scribes, instruits dans la science des « apparitions nocturnes » se tenaient à la disposition de ceux qui désiraient connaître la signification de leurs rêves.

Ces scribes se faisaient les interprètes des songes ; eux-mêmes avaient coutume de s’endormir dans une salle du temple, dans l’espoir qu’un rêve prémonitoire pût leur révéler un événement présent à venir. L’histoire nous met en mémoire le rêve de Pharaon, dont Joseph, à la demande du roi, se fera l’interprète.

Des prêtres initiés aux sciences divinatoires étaient requis pour les oracles mis en œuvre pour interroger les dieux, sans omettre les requêtes écrites. Dans un petit temple du Fayoum, on a retrouvé des requêtes adressées au dieu du temple.

À la cour du Pharaon, des « prêtres-précepteurs » étaient recrutés pour instruire les jeunes princes et princesses à leurs futures charges royales et religieuses.

La magie héka

Aux yeux des prêtres, la connaissance de la magie et de ses formules fournissait une puissance quasi-certaine sur les êtres vivants, les dieux et les forces de l’univers.

Le « prêtre-magicien » était un personnage que les événements les plus spectaculaires ne faisaient pas reculer. Un texte lui prête ces paroles : « J’abattrai la terre dans l’abîme de l’eau, le Sud deviendra le Nord, la terre sera bouleversée ».

Dans la pratique, l’action était plus estimable, en ce sens qu’il fallait avant tout protéger l’ordre du monde constamment menacé par des forces perverses.

Il y avait un ciel, il y avait une terre, ils agissaient l’un sur l’autre, imprégnés d’une force spirituelle que les « prêtres-magiciens » appelaient héka (magie).

Si certains sorciers de village utilisaient quelques recettes magiques, seule la « Grande Magie » était révélée à une élite de prêtres et de scribes. « Voilà que je me suis adjoint cette puissance magique en tout lieu où elle se trouve, elle est plus rapide que le lévrier, plus prompte que la lumière », dit le magicien dans le Livre des Morts.

La croyance répandue dans le peuple des fellahin voulait que les maladies fussent envoyées par la terrible déesse Sekhmet ; il fallait donc exorciser le mauvais démon, et personne n’était aussi qualifié pour rédiger une formule magique que le « prêtre-lecteur », versé dans toutes les ressources de la vieille magie.

Et seul le Supérieur des prêtres de Sekhmet avait la compétence pour enrayer la fureur de la déesse lionne.

Un autre prêtre, le hery-tep « celui porte le rituel » était instruit à une forme de magie plus particulière, dite « défensive ».

Cette magie était un don des dieux, que les hery-tep utilisaient contre des procédés d’envoûtement, ou de toute manifestation venant d’un ennemi, et relevant de la protection de Pharaon sur sa personne, de son épouse ou de ses descendants.

Sous la XI° dynastie, un magicien héka, le prêtre Hétépi, fut un personnage très important. Il est écrit que le héka fut donné par le démiurge en tant qu’arme pour agir sur l’effet d’événements survenant dans la vie des hommes, comme détourner l’action néfaste du serpent Apopis « ennemi du dieu Rê », de Seth « le fauteur de troubles », ou de Sekhmet « celle qui a le pouvoir » », ou bien encore Sobek « la mangeuse de l’Occident ».

C’est le héka dans le bâton d’Aaron, qui s’est transformé en serpent protecteur (Menen) et a absorbé le bâton du « prêtre-magicien » de Pharaon. Dans cet acte, Aaron invoquait l’entité héka, pour recevoir d’elle la puissance magique. C’est aussi celui par l’entremise duquel Moïse déclencha les dix plaies d’Égypte, fendit les eaux de la Mer des Roseaux, puis fit jaillir l’eau du rocher en Horeb.

Il serait difficile de passer sous silence ceux qui s’acquittaient des cérémonies funéraires, rangés sous le nom de « prêtres-embaumeurs ».

Dans le clergé, ils occupaient une place très importante ; s’ils étaient pour la plupart indépendants des sanctuaires, ils constituaient une sorte de confrérie sans rapport avec l’office des cultes, dont s’acquittaient les prêtres-ouêbou.

Les « prêtres-embaumeurs » accomplissaient la momification qui se déroulait dans la « Tente de purification » (ouêbet), située en dehors du temple.

Il pratiquaient sur la momie tous les rites régénérateurs qui devaient la transformer en un nouveau corps rajeuni, doté de toutes ses anciennes facultés terrestres qu lui permettaient d’être apte à franchir les sombres régions du serpent Apopis, et de jouir d’une vie sans déclin.

Le rite essentiel pratiqué par l’officiant était l’ouverture de la bouche. Armé de l’herminette nétjerty ou de la baquette magique ouret-hékaopu, il faisait le geste rituel d’écarter les lèvres du défunt, afin de lui rendre le souffle de vie et l’usage de la parole.

Durant cet acte, le « prêtre-lecteur » récitait les litanies du Livre des Respirations.

Les Maisons de Vie

Chaque temple dans son domaine, avec sa raison d’être, la Demeure du dieu sur Terre, possédait une « Maison de Vie » et une bibliothèque.

Il faut constater que les Égyptiens parlaient d’elles sans donner de détails ; c’étaient des institutions encore assez mystérieuses.

D’une façon certaine, nous connaissons leur existence à Memphis, Abydos, Coptos, Esna, Karnak et Tell el-Amarna.

Ces institutions étaient probablement des centres plus ou moins fermés où s’élaborait la science, où les textes étaient étudiés et recopiés par des prêtres et des scribes initiés.

En retranscrivant les vieux manuscrits, en comblant les lacunes, on élaborait les textes sacrés de la théologie et de la liturgie ; on réécrivait à des milliers d’exemplaires des versions de ces œuvres : le Livre des Morts, le Livre des Cavernes, le Livre de la Totalité réunie, le Livre de ce qu’il y a dans la matrice des étoiles, les Litanies de la Demeure d’éternité, les Litanies de Rê qui dévoilent les noms de la Lumière divine, le Livre de la Barque solaire, le Livre de la Vache du Ciel, le Livre des Portes, le Livre de ce qu’il y a dans l’autre monde (l’Amdouat).

On préparait les grimoires magiques, on enseignait l’astronomie, la philosophie, la religion, la médecine, la littérature et les arts.

Quelques-uns des plus beaux textes spirituels ou moraux qui furent retrouvés, sont nés des réflexions et des convictions de scribes et de prêtres obscurs, dont les noms nous restent encore inconnus.

On peut considérer que tout ce qui s’écrivait sur la pierre des temples, sur les parois des tombes, dans les sarcophages, comme tous les textes sur papyrus nécessaires au culte divin, aux cérémonies, les hiéroglyphes décrivant et dévoilant aux initiés ce qui réside dans le Noun, d’où naît toute forme de vie, tous les éléments de la science, de la religion, de la culture, sortaient des « Maisons de Vie ».

Il existait aussi une classe de prêtres plus sélective: les prêtres de la « Demeure d’Or », dans laquelle un art magistral mettait en œuvre le métal précieux considéré comme la « Chair des dieux », dont étaient revêtues les momies royales, où s’opérait l’alliage des métaux pour obtenir l’électrum qui revêtait le pyramidion des obélisques. Là se préparaient les potions magiques, les onguents et les parfums, se réalisait aussi la chimie des pigments servant à la composition des couleurs et s’opérait la reconstitution de pierres précieuses comme le lapis-lazuli, qui servait à l’ornementation des maques funéraires, des amulettes et des bijoux.

Nous pouvons supposer que dans des ateliers, des prêtres-artisans façonnaient les objets sacrés : le diadème seshed où venait se fixer l’Uræus, symbole de protection de la puissance royale ; le collier meânkh, « celui qui donne la vie », l’amulette Oudjat, « qui donne la vie éternelle », tout un art magique qui se pratiquait dans les « Maisons de Vie ».

Conclusion de ce chapitre

En parcourant les textes grecs anciens, on ne peut se défendre de l’idée que, dans ce confluent méditerranéen, l’Égypte pharaonique, fût le berceau d’un souffle porteur d’une vérité fondamentale : le rapport entre les hommes et les dieux est indispensable au maintien de l’harmonie du monde. Cette relation ne pouvait être maintenue que par la célébration des rites cultuels et de la magie héka.

Des savants, des philosophes, des historiens, tels Homère, Platon, Solon, Thalès, Pythagore, Hérodote, ont franchi la mer et se sont rendus dans ces « Écoles de Mystères » pour y recevoir l’enseignement d’une partie de cette science accumulée au cours des millénaires. C’est la que Platon aurait été informé de la légende de l’Atlantide par des prêtres d’Héliopolis. Dans son ouvrage les Aiguptiaka, Manéthon nous donne des informations qui restent une des sources principales de connaissance des mœurs des Égyptiens, Grecs et Romains, passionnés par la science de la religion de cette fabuleuse civilisation, laissèrent des témoignages qui constituent le fonds le plus riche que nous ayons à notre portée pour comprendre l’histoire et la religion de l’Égypte ancienne.

Nous savons aussi par des commentaires de voyageurs grecs qui firent des stages à cette époque en Égypte, que les prêtres et les scribes des « Maisons de Vie » éprouvaient une réticence à divulguer certaines révélations, selon les textes sacrés de la Tradition du passé : « J’ai été initié dans ces Mystères. En vérité je ne le répéterai jamais ce que j’ai entendu. Je ne raconterai à personne ce que j’ai vu ». Livre des Morts

Cette connaissance, relevant de la haute idée qu’ils conçurent de la science, de la religion et de la morale, enseignait le respect de la hiérarchie aux futurs prêtres et fonctionnaires royaux. Les enseignements de Ptahotep, vizir du roi Djedkarê de la V° dynastie, rendus célèbres et utilisés dans les écoles égyptiennes, en sont un témoignage. Des scribes lettrés écrivirent des contes dans le genre des Mille et une Nuits : conte des Deux Frères, conte du naufragé, conte de l’Oasien, conte de Sinouhé, pour ne citer que ceux-là.

Les prêtres de l’Ancienne Égypte étaient-ils des initiés, œuvrant dans les secrets des « Maisons de Vie » où s’élaborait une science: science de l’approchement et l’application (le savoir), science de la réalisation et de l’accomplissement (la connaissance) ?

Nous pouvons reconnaître l’existence d’une élite qui se partageait un savoir et une connaissance.

De ce fait, nous pourrions qualifier cette élite de « cercle d’initiés », dans le sens où ce terme codifiait l’admission à la révélation des mystères de la science de Dieu, de l’univers de l’homme.

Nous sommes en mesure d’affirmer que la mission du corps sacerdotal de l’Ancienne Égypte était de maintenir par la magie du sacré la présence du dieu sur Terre, d’imposer une ligne de conduite permettant d’aspirer à l’immortalité, et également de veiller sur la personne de Pharaon « fils du dieu », garant de l’ordre du monde, tel qu’il fut établi par les dieux (les Netjerou) au commencement de la Création.

L’Égypte était considérée comme la réalité du monde. Pharaon et les prêtres en étaient les magiciens… !

LE GRAND PRÊTRE IMHOTEP A INVENTÉ LA FORMULE CHIMIQUE IL Y A 5000 ANS.

Concepteur et constructeur de la PREMIÈRE PYRAMIDE de l’histoire, la pyramide à degrés à Saqqarah…

Depuis les années 1980, Joseph Davidovits démontre que les pyramides et les temples de l’Ancien Empire égyptien furent construits en calcaire aggloméré, et non pas avec des blocs de calcaire taillés et transportés depuis les carrières.

Ce type de béton de calcaire, avec des coquillages fossilisés, aurait ainsi été moulé ou compacté dans des moules.

Les ouvriers égyptiens ont extrait le matériau dans des carrières de calcaire relativement tendre, puis l’ont désagrégé avec de l’eau, mélangé cette pâte de calcaire à de la chaux et des ingrédients comme l’argile kaolinitique, le limon et le sel natron égyptien (carbonate de sodium) formant des tecto-alumino-silicates (geosynthèse).

La boue de calcaire (incluant les coquillages fossiles) fut transportée dans des paniers puis versée, tassée ou compactée dans des moules (faits de bois, pierre, argile ou brique) placés sur l’aire des pyramides.

Ce calcaire ré-aggloméré, lié in situ par réaction géopolymèrique (appelé ciment géopolymèrique), durcit en blocs de grande résistance.

En 1979, au 2eme Congrès International des Égyptologues, à Grenoble en France, Joseph Davidovits présenta deux conférences.

L’une exposa l’hypothèse que les blocs de pyramide ont été moulés comme du béton, au lieu d’être taillés. Une telle théorie était très dérangeante par rapport à la théorie classique avec ses centaines de milliers d’ouvriers participant à cet effort gigantesque.

La deuxième conférence a souligné que des vases en pierre, fabriqués il y a 5000 ans par des artisans égyptiens, ont été faits en pierre dure synthétique (fait de main d’homme).

Imhotep a conçu et construit la première pyramide de l’histoire humaine, la pyramide à degrés de Saqqarah, la première manifestation de la connaissance la plus élevée en Egypte antique.

Il a appartenu à une organisation fermée de prêtres appelés l’école des mystères “de l’oeil de Horus”, les gardiens exclusifs de la connaissance en Egypte antique.

Imhotep, dont le nom signifie “le sage qui vient dans la paix”, occupe une place particulière dans l’histoire.

Il était vénéré en Egypte pendant trois mille ans – c’est-à-dire, de sa propre vie pendant le règne du Roi Djoser jusqu’aux conquêtes grecques et romaines en Egypte.

Son père était l’architecte royal Kanofer, sa mère Khreduonkh, une noble héréditaire.

À un âge très jeune, Imhotep entra en prêtrise et commença à vivre au temple d’Annu sur les rivages du Nil – un centre de la science et de la religion, avec une grande bibliothèque. Là, Imhotep apprit comment lire et écrire dans la langue symbolique des hiéroglyphes.

Imhotep laissa des plans de conceptions de temples qui étaient bâtis des milliers d’années après sa mort, comme indiqué par les hiéroglyphes de plusieurs temples.

Il était géomètre, docteur en médecine, inventeur du Caduceus, le symbole actuel des médecins.

La légende indique qu’Imhotep divisa les cieux en secteurs de 30º, connus aujourd’hui comme les zones du Zodiaque, pour noter les mouvements des étoiles et des constellations.

Un prêtre-scientifique comme Imhotep, pouvant faire les vases en pierre, bénéficia d’un statut spécial, puisque sa connaissance lui permit de donner la forme aux pierres, et la pierre pour les Egyptiens était le symbole de l’éternité.

Après sa mort, il a été divinisé par les Egyptiens qui l’ont identifié à Thoth, la divinité à visage d’ibis, dieu de la sagesse.

Les Gnostiques l’ont appelé Hermes Trismegistus, trois fois le grand, fondateur et l’origine de leur sagesse ésotérique.

Hermès, le Trois Fois Grand, est une personnalité devenue légendaire, et dont on discute cependant ‘l’existence. Mais son nom est comme un fil d’or dans toute la littérature ésotérique mondiale.

Très importantes sont les paroles gravées au-dessus de la Porte des Lions de Mycène:

« Les Egyptiens descendent du Fils de Toth, Prêtre de l’Atlantide. »

ALCHIMISTE

Les enseignements que l’on retrouve en partie dans la littérature, ont été écrits par Hermès II, fils d’Hermès-Toth.

Hermès II est devenu une figure vivante pour le lecteur moderne, car on peut lire ses discours avec son fils Tat, et son petit-fils Asclépios, c’est-à-dire, le grand Imhotep.

D’Hermès-Toth, on raconte qu’il fut l’arbitre entre les Dieux géants et les Titans, et qu’il fut le conseiller des bons géants qui transmirent la connaissance aux hommes.

Ainsi la légende devint réalité. Ces écrits, si volontiers niés par certains ésotéristes, ne peuvent cependant pas être mal interprétés.

Il y eut un temps où les Fils de la Lumière descendirent, ou chutèrent.

Il y eut un temps où quelques Fils de la Lumière régnèrent sur diverses régions, comme de divins prêtres-rois.

Et il y eut un temps où quelques uns « retournèrent » et où d’autres restèrent en arrière – ces autres dont nous descendons -, nous, chercheurs-âmes.

De ce point de vue, il est compréhensible que tous les Sages de l’ère préchrétienne, soient considérés comme les Ancêtres de la Connaissance divine et de tous ces Enseignements immatériels, et que tous les autres Fils de la Lumière soient leurs descendants.

Les Papyrus égyptiens ne manquent pas de citer son nom, ni celui d’Isis, d’Osiris et d’Horus, avec des annotations très tangibles. Ils entrèrent alors dans l’histoire comme de véritables Messagers d’un Enseignement divin, qui ne peut être compris que par des « dieux » – les Fils de la Lumière restés sur terre.

L’humanité-terrestre les imita et cita leurs enseignements; elle ne désirait cependant pas la « Reddition » ou la Lumière, mais elle voulait être comme ces Dieux; elle n’aspirait pas non plus à une Source originelle, comme étant son Pays d’Origine.

L’Alchymie nous vient d’Hermès-Toth, et a vue le jour en Egypte comme un enseignement originel, dont la médecine – où l’enseignement du Salut de l’âme – est issue. Logiquement donc, le premier Guérisseur fut Asclépios-Imhotep, le petit-fils d’Hermès-Toth, qui puisa son savoir « des livres de son père et de son grand-père, des livres qui étaient descendus du ciel. »

L’ibis est connu comme étant le symbole le plus ancien de l’Alchymie.

L’ibis blanc avec des taches noires était considéré comme étant le plus saint, car il était le symbole de la renaissance.

Il en va de même avec le corbeau noir et la colombe blanche.

La symbolique la plus ancienne remonte toujours à cet Evénement extraordinaire que fut la « descente » des Fils de la Lumière, leur « Retour partiel », et le « Salut » ou la « Renaissance » de ceux qui restèrent.

Ce fut sans doute un Evénement qui changea la face du monde et de l’humanité, et dans le Livre d’Enoch, on peut lire à ce propos:

« ….. après (la descente et la résistance au Créateur), le monde devint différent. »

Dans ce monde devenu différent, nous vivons avec les Souvenances, les Ecrits, le Symbolisme et les Paroles divines qui nous touchent.

Jadis, Hermès fut le Guide de l’Ogdoade – le Saint Huit -, les 4 premiers couples de la création qui devaient ordonner le Chaos.

Même la symbolique des nombres témoigne de ce temps inoubliable.

Hermès-Toth est de temps à autre cité comme étant l’un des Elohims, les Dieux qui créèrent le monde. Ses Pensées sont gravées en hiéroglyphes sur les piliers des temples, dans une écriture à double sens:

L’Ecriture des saints, comportant des symboles pour les Fils de la Lumière, et l’écriture profane.

Après le Déluge, son fils Hermès II, père de Tat, grand-père d’Asclépios, aurait recopié ces hiéroglyphes sur des papyrus. Ainsi nous racontent les traditions. Ces saints papyrus auraient été cachés dans les temples égyptiens, et essentiellement à Memphis.

Ainsi, le Tarot de Memphis est-il un Chemin initiatique, écrit de la main d’Hermès II. Les gravures ont été effectuées d’après les saints Ecrits d’Hermès-Toth, le « Trois Fois Grand ».

Le nom d’Hermès signifie: Médiateur.

Tout comme le nom Chrestos ou Christ, qui signifierait Médiateur, Messager.

Les Papyrus d’Hermès II ont été recopiés par Manéthon, le fameux prêtre égyptien cité par tous les historiens. Ainsi ces Paroles sont-elles parvenues jusqu’à notre époque.

Dans les citations attribuées à Hermès-Toth, nous lisons que l’âme, après qu’elle eut quitté le corps, ne se perd pas dans l’Ame du monde, mais elle continue d’exister en tant qu’âme, pour rendre compte devant le Père de tout ce qu’elle a fait durant sa vie terrestre.

C’est ici également une confession de l’âme, une responsabilité pour ses actes – une confession qui a été imitée par les hommes dans leurs religions. Ces notations sont en accord avec les découvertes modernes sur l’existence post-mortem.

L’âme ne peut pas vivre comme elle le veut, « sans loi », mais elle a un but; elle s’est séparée jadis de son Pays natal, et depuis ces temps-là, elle doit y retourner au travers des expériences de la vie.

Ce qui est divin la purifie, ce qui est satanique la lie au chaos.

En vérité, tout serait si simple si nous n’avions pas érigé cet égo comme quelque chose d’exceptionnel!

Car, une âme repentante souhaiterait-elle faire autre chose que des Choses divines?

En tous cas, lorsqu’une telle âme est torturée par la compréhension?

De la cosmogonie d’Hermès-Toth, nous citons ce qui suit:

« Le soleil relie le ciel et la terre comme un médiateur. Du ciel, il envoie l’essentiel, et la matière terrestre est alors tirée vers le haut. Le soleil est le cœur du char du monde; il donne aux immortels l’Eternité, et à travers sa lumière, il nourrit les immortelles parties de la terre.

Lorsque sa lumière est emprisonnée par la terre, elle stimule la naissance, la métamorphose et la vie. La sphère du penser est fixée à Dieu; l’émotion ou le monde des sens, est fixé à l’intelligence et au soleil.

Pendant son voyage à travers les sphères du penser et de l’émotion, le soleil reçoit sa nourriture de Dieu; c’est l’entrée en action de l’activité créatrice » le véritable Bien.

De plus, autour du soleil, gravitent des sphères dont les dieux sont dépendants, et de ces dieux également, les hommes sont dépendants – mais tout et tous sont dépendants du Dieu. »

Voilà bien une citation hermétique originelle. On y trouve l’ancienne astrologie, le pouvoir des dieux planétaires et leur influence sur la terre, sur le penser et les émotions des hommes.

Au-dessus de tout rayonne le soleil, comme médiateur entre le ciel et la terre, et entre Dieu et sa création.

Evidemment, l’astronome moderne y trouvera un non-sens!

Mais il y a autre chose encore, car bien que la terminologie soit archaïque, l’essentiel a cependant été préservé.

Tout homme ésotérique pourra croire à un « Fils du Soleil », un Mithra, un Chrestos, un Osiris.

Un « Fils du Soleil » est quelqu’un qui, comme le dit Hermès-Toth, a autour de lui des sphères dont les dieux sont dépendants, c’est-à-dire, ceux qui sont en contact direct avec le Fils de la Lumière.

Et d’eux sont dépendants également les hommes-terrestres – oui – toute la terre et sa vie.

A quoi aspire en effet un chercheur spirituel: A redevenir un Fils du Soleil (et pas une imitation des dieux!), un Fils du Soleil ayant un Champ vibratoire autour de lui, champ vibratoire dont les « dieux », ses semblables sont dépendants, jusqu’à ce qu’ils soient eux aussi, devenus des Fils de la Lumière – et la terre et son humanité, sont dépendantes de leur action, dans sa globalité.

Ainsi, si nous pensons être un Fils de la Lumière, même si c’est à l’état latent, il y aura aussi une responsabilité et une « note à payer », que la terre et son humanité offrent à ce Fils de la Lumière!

La nature n’est pas satanique, c’est le Fils de la Lumière qui apporte ce satanisme.

Ces Fils qui donnèrent à Hodur, le dieu aveugle, une branche de gui pour blesser Baldur, le Fils de la Lumière, dans son point faible.

On peut y penser, lorsque l’on sait que le gui est un remède contre la prolifération anarchique des cellules – le cancer – et contre les maladies héréditaires.

Une cellule cancéreuse est un agresseur dans le système de division cellulaire, dans leur structure et leurs lois: Elle ne désire plus prendre part à cet ordre: elle a un comportement anarchique.

L’Enseignement hermétique est, dans son ensemble, destiné à ceux qui retournent, à celles des âmes qui possèdent encore la possibilité de Choix entre la Lumière et l’obscurité.

« Je me sens tellement isolé tout seul, je ne peux parler avec personne… »

C’est effectivement pourquoi beaucoup d’entre elles parlent ainsi.

En toute logique, de tels hommes-âme ne peuvent « qu’échanger » et « parler » avec des Fils de la Lumière; mais également, et tout aussi logiquement, ils ne sont jamais dociles et dépendants de leurs prochains pour leur « salut ».

Chaque âme tombée est clairement appelée à rendre des comptes.

Personne ne peut alors se cacher derrière autrui!

Il est aussi curieux de voir que des Fils de la Lumière ayant une Souvenance céleste innée, puissent condamner la nature comme étant satanique et détournant l’âme.

N’est-ce pas là un peu vouloir rejeter sa dette sur les autres?

S’il y a quelque chose de satanique, d’anti-divin dans cette création, et même de provoquant, c’est bien le résultat de l’intervention des Fils de la Lumière.

Car selon les paroles d’Hermès:

« La nature temporelle et la Nature Originelle, sont une Unité. »

Dans la première, se trouve une partie de la Divinité.

Dans la seconde, se trouve Dieu, en Totalité.

Seulement dans la première, on peut enlever cette partie de divinité, et ce qui reste alors est mort.

L’Enseignement d’origine hermétique, nous apprend aussi cela: De la Nature Originelle, chuta le 1.

Il peina à travers les 7 phases d’-expériences, puis devint l’Ogdoade, le René, et finalement il fut le 9, le « Trois Fois Grand » (3×3=9), pour aboutir dans la Nature Originelle. (Le 10 n’est rien.)

Asclépios, le petit-fils d’Hermès, dit aussi:

« Le Dieu Créateur a formé le corps humain, comme le monde, à partir des quatre éléments que sont l’eau, le feu, l’air et la terre, afin que leur combinaison harmonieuse en fasse une belle créature.

Il y mis en plus un Souffle céleste puissant qui provient de l’Esprit divin; et ainsi ce Souffle (Pneuma) reçut-il une petite « demeure » fragile, qui ressemble malgré tout au monde. »

Ainsi l’homme est-il semblable au monde, mais vivifié par une Flamme éternelle, et la marche éternelle des cinq planètes, ainsi que celle du soleil et de la lune – afin que l’être, bien qu’il fut semblable au monde, soit dominé par le même Noyau Divin.

L’axiome hermétique « Ainsi en haut, ainsi en bas » est clairement démontré ici; aussi l’idée hermétique qui dit que l’homme est à l’image du Macrocosme, et que, comme tout dans ce Macrocosme, il possède un « ordre spirituel », selon la quantité de Lumière ou selon l’intelligence qu’il a de cette Lumière, et par lequel toute la création est ordonnée. Ici, on peut se faire une idée de la classification des planètes: Jupiter est « bon » – Saturne est « mauvais » ou inférieur.

On peut ainsi également trouver la base alchymique par laquelle « L’inférieur doit se transmuer en supérieur ».

Ce qui est purement naturel, ne pourra pas devenir divin, mais est et reste dans cette nature.

Connaissez-vous les axiomes de la science hermétique?

Les anciennes idées s’y retrouvent:

Premier axiome: Ce que l’on peut accomplir simplement, ne doit pas être tenté par la voie difficile

Un monde plein de sagesse doit s’ouvrir maintenant devant nous.

Je l’ai déjà dit: C’est si simple! Une âme tombée, jadis divine, a le choix entre la divinité ou le satanisme, qui est de la divinité transmuée.

Si elle éprouve de la repentance ou de la compréhension vis à vis de cet état, qu’est-ce qui la sépare alors de la divinité?

Ne désignons pas encore et de nouveau ici l’égo, pauvre et aveugle, à la vindicte, ou comme étant le grand coupable! L’égo ne fait que suivre celui qui guide, aveuglément.

Il ne possède pas de Lumière en lui-même, il est éclairé comme par transparence; il est éclairé ou bien il est obscurci.

Deuxième axiome:

II n’y a pas de substance qui, sans une longue souffrance, ne puisse être parfaite

La souffrance purifie n’est-ce pas ?

Si elle fait autre chose en nous, c’est qu’il y a quelque chose dans notre intérieur, dans notre âme, qui fait défaut. Une « action » apporte des expériences intenses.

Le plomb qui doit devenir de l’or, devra beaucoup expérimenter.

Troisième axiome:

La nature doit être aidée par l’Art, si sa force est trop faible

L’Art est l’Enseignement à travers l’égo, pour que celui-ci retrouve le bon chemin, et devienne une nature pure, forte et équilibrée.

L’Art est l’Alchymie ;

la Transmutation du Tout.

La nature retourne à la nature, et l’Esprit retourne à l’Esprit.

L’Art et la nature doivent coopérer.

Quatrième axiome:

La nature ne peut rectifier que selon son propre état

La nature est la nature, et elle ne deviendra jamais l’Esprit. La nature ne peut s’identifier à autre chose, elle ne peut que ressembler à cette autre chose.

Ici, je pense à ce splendide exemple du diamant et du saphir : Le diamant est la pierre précieuse la plus élevée; il est, selon son appellation grecque « Adamas », invulnérable.

Mais le saphir peut lui ressembler, lorsqu’on le fond très doucement avec de l’or – le métal le plus élevé – Ainsi le saphir perd-il sa couleur bleue et devient clair comme de l’eau – brillant comme un diamant – mais il reste dans sa structure cristalline (son âme), un saphir. Il ne peut devenir l’autre.

Cinquième axiome:

La nature comprend et conquiert la nature

La nature peut tout entreprendre avec la nature. Il n’y a que l’âme – qui n’est pas de cette nature – qui lui reste incompréhensible.

Et l’on ne peut pas attendre autre chose d’elle. Ainsi, toutes ces méthodes provenant de cette nature, de l’égo, destinées à changer l’âme ou à la renforcer, sont-elles parfaitement inutiles.

Sixième axiome:

Celui qui ne connaît pas la vie, ne connaît pas la nature

Ceux qui ne se connaissent pas, qui ne connaissent ni leur organisme, ni les lois qui régissent leur être naturel, et qui même les repoussent, ceux-là ne vivent pas et n’ont pas alors part au mouvement éternel qui est la Vie.

Septième axiome:

On ne peut arriver d’une extrémité à une autre qu’à travers un médiateur

Le plus Haut et le plus bas ont besoin d’un médiateur pour s’unir l’un à l’autre. L’âme unit Dieu et l’homme. C’est pourquoi l’on doit d’abord être véritablement « homme »: nature – Porteur du mouvement éternel.

Huitième axiome:

Dans l’Alchymie, rien ne peut porter de fruits sans être mort au préalable

Si en nous se trouve encore présent un « petit roi de papier têtu », la Sagesse du Grand Roi ne pourra pas se démontrer.

Plus encore: On ne pourra pas être un prêtre-roi, ni un Hermès, ni un 9.

Le Neuf est le « UN » René; c’est la suffisance purifiée en Sagesse par la souffrance d’un chemin de dures expériences.

Neuvième axiome:

Où les vrais Principes sont absents, les résultats seront imparfaits.

Nous devons nous fonder sur une triple base: Dieu, qui est présent dans l’âme; celle-ci demeure dans une nature modeste et harmonieuse.

Sans ces trois Principes, on ne peut même pas penser à un Chemin spirituel.

Dieu doit demeurer en nous, et pas dans autrui. L’âme doit être clairement présente et vivante, et notre nature doit savoir s’arrêter de s’élever sur elle-même.

Et finalement, comme dixième axiome, une brève sagesse embrassant le tout:

Dixième axiome:

L’Art commence là où la nature arrête son activité

C’est le passage étroit; ici, il y en a beaucoup qui tombent. On considère souvent ce passage comme un début, sans avoir compris l’ensemble des autres axiomes.

L’homme présomptueux lit superficiellement ceci, et il commence par punir la nature, par la torturer, par la mépriser et même par la haïr.

Cependant, ces paroles ne veulent rien dire d’autre que ceci: La nature n’est en mesure d’accomplir que ce qu’elle peut accomplir selon son état – après cela, vient l’Identification avec la Lumière.

Mais avant que cela n’ait lieu, la nature doit être harmonieuse; car toute dysharmonie dans cette nature est un frein dans le processus de l’Art.

Aussi longtemps que nous sommes occupés à observer notre égo avec contrainte, à le traîner ou à le punir, nous serons et resterons des âmes stupides et de pauvres petites gens.

Que pouvons-nous alors parler encore de spiritualité ?

Le miracle de la nature est qu’elle sait transformer.

Le Miracle de l’Esprit, est qu’il s’Identifie.

La nature se perd dans la nature, et devient différente, mais elle reste toujours de la nature.

L’esprit s’adonne à l’Esprit, mais reste Esprit.

L’esprit est individuel – la nature est division : deux forces aveugles par lesquelles elle se transforme sans fin.

Le UN est UN, et à travers chaque nombre travaille la force de ce UN, pour finalement redevenir le Un qui est comme un Neuf.

C’est l’énigme – Et dans le 9, il y a 3 x 3.

D’abord la Lumière, ensuite le Choix, et finalement la Sagesse: 3 – 6 – 9 .

Et ensemble, ils font de nouveau: 3 + 6 + 9 = 9 : l’Ermite, l’Inaltérable, la Lumière de la Lumière, Omniprésent et Indivisible.

Un Mystère en soi. Hermès connaissait ce Secret.

Nous le connaîtrons si nous Le sommes.

Le 9, ce Soleil qui lie ciel et terre, et qui porte en Lui le Message divin, a besoin d’eux, qui lui sont dépendants.

Que cet exposé philosophique soit très proche de la réalité en nous-mêmes :

« Toutes les forces en moi louent le Un et le Tout-puissant, afin que la Gnose devienne Vivante en moi ».

 

SOURCE : le net (merci mon F:. Louis de cet apport)

IbisToth3

La tête magique des Templiers 28 novembre, 2020

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La tête magique des Templiers

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 5 janvier 2016

Par Salomon Reinach [1]

On trouve encore, dans quelques catalogues de musées, la description de sculptures, reliefs sur pierre ou petit bronzes, qui sont qualifiés de baphomets ou de baphométiques [2]. Ces termes singuliers remontent au procès des Templiers, soupçonnés d’avoir une mystérieuse idole dite Baphomet. Il n’est plus douteux que Baphomet soit une simple altération de Mahomet [3] : l’accusation cherchait, en effet, à établir que les Templiers étaient convertis à l’islamisme et qu’après avoir renié le dieu des chrétiens, dans leurs cérémonies secrètes, ils rendaient hommage au prophète des musulmans. Personne ne consentirait plus à discuter l’étrange hypothèse de M. de Hammer, qui voulait reconnaître dans Baphomet les deux mots grecs Baphé et Mêtis et interprétait le prétendu composé par « le baptême de l’intelligence ». La véritable explication, qui saute aux yeux, avait déjà été donnée par Sylvestre de Sacy (1810) et par Raynouard (1813).

Ce dernier historien refusait, malgré tous les aveux arrachés aux membres de l’ordre soit par la torture, soit par la menace de la torture, d’admettre l’existence de l’idole des Templiers et de ses copies ou congénères. Pourtant, en 1872 encore, le savant bibliothécaire d’Orléans, Loiseleur, croyait fermement non seulement à un Baphomet, mais à plusieurs idoles de ce nom [4]. Dans l’intervalle entre le travail de Raynouard et celui de Loiseleur, les monuments qualifiés de baphométiques s’étaient multipliés dans les collections. La critique moderne n’en a rien laissé subsister. Alors que Montaiglon, en 1881, parlait encore de figures baphométiques [5], j’ai montré, en 1886, qu’un objet ainsi désigné au Cabinet des médailles était, en réalité, un moule asiatique en serpentine [6], probablement hittite ; M. de Villefosse, en 1900, a dénoncé comme des faux récents, probablement du début du XIXe siècle, toute une série de petits bronzes dits baphométiques, dont l’un, conservé au musée du Louvre, semble porter la date 1156, correspondant à l’époque la plus florissante de l’ordre [7] ; enfin, il y a peu d’années, j’ai repris, dans la Revue africaine, l’examen des reliefs en pierre du musée de Vienne et de l’ancienne collection du duc de Blacas, aujourd’hui au Musée britannique, pour montrer sur quels indices fragiles reposait l’attribution aux Templiers de ces objets dépourvus de style, dont l’authenticité éveille d’ailleurs de graves soupçons [8].

Privée du soutien qu’elle croyait dériver de certains monuments figurés, la croyance au Baphomet paraît généralement abandonnée aujourd’hui ; du moins le dernier historien du procès des Templiers, M. Finke, a-t-il pu écrire (p. 327) : « Il y a longtemps qu’on ne cherche plus la mystérieuse idole du Baphomet. [9] » C’est sans doute pour cette raison que M. Finke ne s’est pas arrêté aux témoignages qui concernent cet objet et les objets similaires. Toutefois, il ne suffit pas de dire qu’une chose n’a pas existé ; il semble nécessaire aussi de chercher comment elle a été conçue et quelles idées préexistantes ont contribué à la formation d’un fantôme qui, après avoir été exploité contre l’orthodoxie des Templiers, a tourné la tête de Plus d’un archéologue.

Baphomet

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Cérémonie maçonnique avec le Baphomet

I

Avant même le commencement de la procédure, c’est-à-dire l’arrestation des Templiers français par ordre de Philippe le Bel (octobre 1307), le dénonciateur et calomniateur de l’ordre, le Biterrois Esquin de Floyrans [10], avait accusé les Templiers auprès du roi Jayme II d’Aragon, puis auprès du roi de France, d’adorer une idole. Ce crime est un de ceux qui furent spécifiés dés le début et sur lequel les commissaires royaux durent interroger les chevaliers [11]. Mais dans le procès-verbal de leur enquête, que nous possédons, ce grief passe tout à fait au second plan : les Templiers, Jacques de Molay en tête, confessèrent avoir renoncé au Christ et craché sur la croix [12] ; mais ne dirent rien de leur prétendue idole. C’est seulement plus tard [13] que les témoignages se multiplient à ce sujet, témoignages d’ailleurs contradictoires et même inconciliables, comme le remarque déjà Raynouard, puisque l’idole est, suivant les uns, une statue, suivant d’autres une tête, suivant d’autres encore, un ensemble de plusieurs têtes ou même une peinture sur bois [14].

Loiseleur, qui a étudié ces dépositions et en a publié de nouvelles – celles que recueillirent les inquisiteurs de Florence – a essayé d’en faire la moyenne pour arriver à se former une opinion. « L’objet du culte des Templiers, écrit-il [15], était tantôt une idole ayant une seule tête, laquelle était barbue, tantôt une autre idole ayant deux et même trois têtes [16]. » Du corps de l’idole il ne dit rien, car la plupart des témoignages mentionnent seulement la tête. Le troisième témoin (entendu à Florence) déclare que « le précepteur de la maison de Sainte-Sophie de Pise avait une tête semblable à l’idole de Bologne, tête qui était sa propriété particulière et qu’il adorait [17]. » Ainsi il y avait des têtes-idoles qu’on montrait dans les chapitres et d’autres qui servaient seulement à des rites privés. « L’idole adorée par les Templiers, écrit encore M. Loiseleur, paraît, comme celle des Druses et des Nosaïris, être l’emblème du mauvais principe ; mais elle en diffère profondément quant à la forme, puisque c’est une tête humaine ayant un ou deux visages, tandis que chez les Druses au moins l’idole offre la figure d’un veau, symbole des cultes ennemis de la religion unitaire [18]. » Loiseleur alléguait encore, entre autres témoignages, celui d’un témoin de Florence, suivant lequel la tête était placée dans la salle du chapitre et recevait les hommages de deux cents frères prosternés [19] ; en montrant l’idole pour la première fois à l’un des initiés, le précepteur lui avait dit : Ecce deus vester et vester Magumet [20]. Mais c’était peu d’adorer cette tête ; il fallait tirer parti de ses vertus magiques. Je cite encore Loiseleur : « Pierre de Bonnefond apprit des témoins de sa réception que la cordelette dont il était ceint avait touché, dans les pays d’outre-mer, une certaine tête (c’est la tête par excellence, conservée en Orient, dont les autres seraient des copies [21]). Les quatre premiers témoins de Florence déclarèrent avoir assisté à la cérémonie de la consécration de la cordelette et de sa distribution tant à eux-mêmes qu’à plusieurs frères présents. Une fois consacrées par leur contact avec l’idole, les cordelettes étaient conservées dans des coffrets pour en être extraites au fur et à mesure des réceptions. Ces coffrets voyageaient avec les Templiers et servaient ainsi à serrer les idoles (voilà l’origine des prétendus coffrets baphométiques du duc de Blacas). Gaucerand de Montpesat dépose qu’il lui fut baillé une ceinture que son initiateur tira de la caisse où était la figure de Baphomet et qu’il lui commanda de garder cette ceinture et de la porter perpétuellement [22]. »

Disons, en passant, que la mention de cette cordelette, rappelant le fil de lin que portaient les cathares albigeois, est une des causes de la profonde erreur où Loiseleur est tombé. Il voyait là une analogie frappante entre les Templiers et les hérétiques du midi de la France et se confirmait dans cette illusion par un autre témoignage, portant que l’idole avait le pouvoir de faire fleurir les arbres et de faire germer la terre. « Ces termes, remarque-t-il, ne sont pas seulement ceux de l’accusation ; ce sont les expressions mêmes dont se sert le frère Bernard de Parme, le second des témoins entendus à Florence. Or, ces termes sont exactement ceux employés par l’inquisition de Toulouse pour désigner le dieu mauvais des Cathares albigeois ; nouveau trait de lumière au milieu de ces ténèbres. » Trait de lumière, en effet, mais pas dans le sens de la thèse de Loiseleur. On conçoit assez que les accusateurs du Temple, en possession des manuels qui avaient servi contre les albigeois, aient attribué aux chevaliers certaines erreurs albigeoises et aient cherché à en obtenir l’aveu [23].

Il fallait bien suggérer aux chevaliers des réponses, puisqu’on les faisait parler, de gré ou de force, de choses inexistantes. Ceux qui osaient dire, malgré les termes précis de l’acte d’accusation, qu’ils ne savaient rien de l’idole, risquaient d’être traités sans ménagements : témoin ce Gérard de Pasage, du diocèse de Metz, qui, pour avoir fait une pareille réponse, fut cruellement torturé sur l’ordre du bailli de Mâcon, par la suspension de poids à ses testicules [24].

L’historien danois Münter a autrefois émis l’hypothèse que les prétendues têtes adorées par les Templiers étaient de simples chefs reliquaires, comme on en trouve encore dans beaucoup de musées et de trésors d’églises. À l’appui de cette opinion, on allégua qu’une perquisition, faite au Temple de Paris en 1310, fit découvrir, en effet, une tête en métal contenant des reliques, qui fut présentée à la commission pontificale. Cette tête portait le numéro LVIII en chiffres romains ; on a supposé qu’il y en avait, par suite, beaucoup d’autres, que les Templiers eurent le temps de mettre à l’abri [25]. À quoi l’on peut objecter – et l’objection paraît sans réplique – que si la fameuse tête des Templiers avait été un chef reliquaire, il eût été trop facile aux accusés de le déclarer sans ambages et de faire tomber ainsi l’accusation d’idolâtrie. Or, à une seule exception près, aucun des témoins interrogés n’a dit que la tête fût un reliquaire ; ils ont dit des choses extravagantes, parce qu’ils ne savaient pas sur quoi on les interrogeait et qu’ils devaient bien, sous peine d’être torturés, inventer ou répéter quelque chose.

L’idée que les Templiers avaient une idole devait se présenter naturellement à leurs ennemis. Du fait même qu’on les soupçonnait véhémentement d’hérésie, ils devaient être idolâtres ; on sait que le mot idolâtre figura sur l’écriteau de Jeanne d’Arc, bien qu’on ne l’ait jamais accusée ouvertement d’offrir un culte à une image. Cette idole des Templiers idolâtres devait être un Mahomet ou un Baphomet, puisqu’on voulait que ces soldats du Christ eussent passé au camp ennemi de l’islamisme. Mais pourquoi une tête ? Pourquoi une tête douée de pouvoirs magiques ? On peut, je crois, tenter de répondre à ces questions, que Loiseleur, dans sa foi naïve à la véracité des aveux, n’avait pas la même raison que nous de se poser.

II

Rappelons d’abord les termes précis d’un article de la première enquête (articulo super quibus inquiretur contra ordinem Templi) :

Que les chevaliers, dans les diverses provinces, avaient des idoles, à savoir des têtes, dont quelques-unes à trois faces et d’autres à une seule ; d’autres possédaient un crâne humain. Ces idoles ou celte idole étaient adorées… Les chevaliers disaient que cette tête pouvait les sauver, les rendre riches, qu’elle fait fleurir les arbres, qu’elle fait germer les moissons ; les chevaliers ceignaient ou touchaient avec des cordelettes une certaine tête de ces idoles et ensuite ils se ceignaient avec celle cordelette, soit au-dessus de la chemise, soit sur la peau [26].

Voici maintenant la déposition faite en présence de deux évêques par le notaire public, apostolica et imperiali auctoritate, Antonio Sicci (Antonius Sycus) de Verceil [27]. Notaire des Templiers en Syrie pendant quarante ans, il avait déjà été interrogé, au cours de l’instruction, par les inquisiteurs parisiens.

Au sujet de l’article faisant mention de la tête, j’ai plusieurs fois entendu raconter ce qui suit dans la ville de Sidon. Un certain noble de cette ville aurait aimé une certaine femme noble d’Arménie ; il ne la connut jamais de son vivant, mais, quand elle fut morte, il la viola secrètement dans sa tombe, la nuit même du jour où elle avait été enterrée. L’acte accompli, il entendit une voix qui lui disait : « Reviens quand le temps de l’enfantement sera venu, car tu trouveras alors une tête, fille de tes œuvres. » Le temps accompli, le chevalier susdit (praedictus miles) revint au tombeau et trouva une tête humaine entre les jambes de la femme ensevelie. La voix se fit entendre de nouveau et lui dit : « Garde bien cette tète, parce que tous les biens te viendront d’elle. » À l’époque où j’ai entendu cela, le précepteur de ce lieu (Sidon), était frère Mathieu dit le Sarmage, natif de Picardie. Il était devenu le frère du Soudan à Babylone qui régnait alors, parce que l’un avait bu du sang de l’autre, ce qui faisait qu’on les regardait comme des frères. Le précepteur des chevaliers était un certain frère Philippe ; le gonfalonier était un maître des servants qui s’appelait frère Simon Picard [28].

Avec ce curieux témoignage, nous sommes en plein folklore : le viol d’une morte aimée, ou nécrophilie ; la fécondité de cette monstrueuse union ; la puissance magique de la tête séparée du tronc. Cette déposition émut vivement les inquisiteurs ; ils la firent écrire par Antonio lui-même et interrogèrent ensuite à ce sujet plusieurs des témoins qui avaient résidé en Syrie. L’un deux, frère Jean Senandi, un servant, dit avoir vécu cinq ans à Sidon ; il n’avait rien appris au sujet de la tête, mais il savait que la ville de Sidon avait été achetée par les Templiers et que Julien, un des seigneurs de cette ville, était entré dans l’ordre [29]. Plus tard, ayant apostasié, il tomba dans la misère ; Senandi avait entendu dire, mais ne se souvenait pas par qui, qu’un des ancêtres de Julien avait aimé une fille de ce pays et avait cohabité avec elle après qu’elle fut morte.

Un témoignage beaucoup plus complet et plus fantastique que celui de Sicci lui-même fut apporté aux inquisiteurs par Hugues de Faure, chevalier, réconcilié par l’évêque de Limoges [30]. Il déclara qu’après la chute d’Acre il se trouvait à Chypre ; là il entendit conter par un chevalier, bailli de la ville de Limassol, qu’un noble avait aimé une jeune fille de Maraclée en Tripoli. Ne Pouvant la posséder vivante, il la fit exhumer après sa mort, eut commerce avec elle et lui coupa ensuite la tête. Une voix l’avertit de conserver avec soin cette tête, qui avait le pouvoir d’anéantir et de dissiper tout ce qu’elle regardait. Il la couvrit et la déposa dans un coffret. Peu après, en lutte avec les Grecs qui résidaient à Chypre et dans les lieux voisins, il se servit de cette tête contre les villes et les camps des Grecs ; il lui suffisait de la montrer pour anéantir ses ennemis. Un jour qu’il naviguait vers Constantinople, avec le projet de détruire cette ville, sa vieille nourrice vola la clef du coffret pour voir ce qu’il contenait et en retira la tête : aussitôt une tempête terrible éclata et le navire fut submergé ; seuls quelques matelots purent se sauver et raconter ce qui s’était passé. Depuis cet événement, disait-on, il n’y avait plus de poissons dans cette partie de la mer. Mais Hugues de Faure n’avait pas entendu dire que cette tête eût appartenu ensuite aux Templiers et ne connaissait pas celle au sujet de laquelle maître Antoine de Verceil avait déposé. Enfin, suivant un autre témoin, une tête mystérieuse paraissait parfois dans le tourbillon voisin de Satalia et alors tous les navires qui voguaient dans ces parages couraient les plus grands périls [31].

L’histoire d’Hugues de Faure offre plusieurs éléments nouveaux. La tête n’est pas le produit d’un viol, mais c’est la tête même de la morte séparée du tronc ; cette version est sans doute plus authentique que l’autre, car l’efficacité magique des têtes coupées est un trait fort connu dans le folklore [32]. En second lieu, la tête n’est pas un talisman qui assure, d’une manière mal définie, la fortune de son possesseur, mais une arme qui le rend invincible, qui lu permet d’anéantir ses ennemis. Enfin, l’histoire de la vieille nourrice, qu’un sentiment de curiosité pousse à violer le secret du coffret, est un des motifs les plus fréquents des contes populaires ; la mention du coffret, où la tête est soigneusement enfermée, peut être à l’origine de la croyance obstinée qui attribuait aux Templiers des coffrets où ils dissimulaient avec soin leurs talismans.

III

Ni Antonio Sicci ni Hugues de Faure, déposant en 1310, n’ont rien inventé. Ils n’ont pas cherché non plus à noircir les Templiers ; aucun d’eux n’a dit qu’un chevalier du Temple fût en possession de la tête magique. Ils se sont simplement faits l’écho d’une légende plus ancienne qui paraît vers 1190 dans Gautier Map, vers 1201 dans Roger de Hoveden, vers 1210 dans Gervais de Tilbury. Il suffit de rapporter la première en date de ces versions, celle de Map, dans son livre si curieux De nugis curialium, écrit à la cour d’Angleterre entre 1182 et 1190. Notons que Map parle des Hospitaliers et des Templiers et qu’il raconte l’origine de ces ordres, en déplorant leur corruption croissante [33]. Ce n’est pas à dire que son texte ait influé sur les témoignages cités plus haut : bien au contraire, cela est inadmissible mais son récit est le prototype de ceux qui furent recueillis par les inquisiteurs et soumis, comme des documents sérieux, aux Pères du concile de Vienne en 1311.

Au temps de Gerbert, dit Map, il y avait à Constantinople un jeune cordonnier très habile et très expéditif. Il lui suffisait de voir un pied nu, bien conforme ou difforme, pour trouver aussitôt la chaussure qui lui convenait. Il n’excellait pas moins dans les jeux et les exercices physiques. Un jour, une belle jeune fille, entourée d’une nombreuse escorte, vint à sa fenêtre et lui montra son pied nu, désirant être chaussée par lui. Le cordonnier devint amoureux à la folie de sa cliente. Désespérant de se faire agréer d’elle, il quitta son métier, vendit son patrimoine et se fit soldat, rêvant d’acquérir une illustration qui fit de lui l’égal des nobles et lui donnât quelque chance d’être accueilli. Bientôt, la fortune aidant, il s’éleva à une haute distinction. Alors il demanda la jeune fille à son père mais sa requête fut repoussée. Fou de colère, il se joignit à une bande de pirates et se fit redouter sur terre et sur mer. Tout à coup il apprit que la jeune fille était morte ; il court assister à ses funérailles, note le lieu de sa sépulture et, la nuit venue, ouvre le tombeau. On devine le reste. Son crime accompli, il entend une voix qui l’avertit de revenir au moment où la morte aurait enfanté. Il obéit à cet avis et, le temps révolu, retira de la tombe une tête humaine, avec défense de la faire voir à d’autres qu’à des ennemis. Il la déposa dans un coffret clos avec grand soin, puis se mit à courir la terre ferme ; muni de ce masque de Gorgone (Gorgoneum ostentum), il pétrifiait ceux qui l’approchaient comme avec la tête de Méduse. Tous s’inclinaient devant lui, tous le reconnaissaient pour maître… À la mort de l’empereur de Constantinople, sa fille lui est offerte ; il l’accepte et lui apprend son terrible secret. Elle ouvre le coffret et, au réveil de son mari, lui montre le masque. Puis elle ordonne qu’on jette la tête de Méduse (Medusaeum prodigium) et le corps du pirate dans la mer des Grecs. Les envoyés de la princesse exécutèrent ces ordres ; mais aussitôt la mer se souleva avec fureur, comme si elle voulait vomir ce monstre, et il se forma en ce lieu un tourbillon, pareil à celui de Charybde près de Messine, qui engloutit tout ce qui l’approche. Comme la jeune fille s’appelait Satalia, le tourbillon, évité de tous les navigateurs, s’appelle le gouffre de Satalia.

Sous cette forme, la légende est tout à fait transparente, Map lui-même parle de la Gorgone et de Méduse ; c’est une survivance, dans le folklore de la Méditerranée orientale, du mythe de Persée. Suivant Gervais de Tilbury, c’est Persée lui-même qui a jeté à la mer la tête de la Gorgone ; celle-ci, dit-il, était une belle courtisane qui paralysait les âmes des hommes. Mais les « indigènes », ajoute-t-il, racontent une autre histoire. « Un chevalier aima une reine, mais ne put la posséder ; quand elle fut morte, il la viola dans son sépulcre et il en résulta cette tête monstrueuse. Au moment du crime, le chevalier entendit une voix dans les airs : “Ce que cette femme enfantera détruira et consumera toutes choses par son aspect.” Neuf mois après, il ouvrit le tombeau et y trouva la tête ; il eut grand soin de ne pas la regarder ; mais lorsqu’il la faisait voir à des ennemis, il les détruisait aussitôt avec leurs villes. Un jour, naviguant sur mer, il s’endormit dans le sein de sa maîtresse ; celle-ci vola la clef du coffret qui contenait la tête et l’ouvrit ; mais, dès qu’elle la regarda, elle mourut. Le chevalier, à son réveil, vit sa maîtresse morte et, dans sa douleur, leva les yeux ; ses regards rencontrèrent la tête merveilleuse et il périt avec son navire. On raconte que tous les sept ans la tête remonte sur l’eau, la face tournée vers le ciel, et qu’il en résulte des dangers pour les navigateurs. »

Dans le récit de Roger de Hoveden (mort en 1201), la vierge violée par le chevalier s’appelle Yse ; elle a donné son nom à un groupe d’îles que Philippe-Auguste traversa lorsqu’il revint de Saint-Jean d’Acre en France [34]. Les autres variantes ne méritent pas d’être relevées.

IV

Ainsi, plus de cent ans avant le procès des Templiers, nous trouvons en Orient, sur la côte syrienne, une légende dérivée de celle de Persée et de Méduse, mais où Persée est devenu un chevalier, miles. Alors que Persée décapite la Gorgone endormie, le chevalier décapite une morte ou retire de sa tombe une tête magique, fruit d’un viol perpétré dans le tombeau même. Le chevalier cache avec soin cette tête redoutable ; il la tient enfermée dans un coffret. Le mystère qui enveloppe ce talisman et le coffret où on le transporte sont des traits qui se retrouvent dans les dispositions que l’enquête a recueillies. Dans un pays où le Templier était le chevalier par excellence, il n’est pas étonnant que l’on ait raconté d’un ou plusieurs Templiers la légende du héros grec devenu un chevalier de leur temps. Une fois cette histoire d’une tête magique mise en circulation, on imagina naturellement qu’elle servait à la fois de talisman et d’idole ; comme personne ne l’avait vue, on en fit les descriptions les plus différentes ; mais il est à remarquer que l’acte d’accusation parle d’une tête sculptée ou d’un crâne humain, par une évidente allusion à quelque commérage fondé sur la légende syrienne de la tête coupée.

Au début du Philopatris, qui date, comme je l’ai prouvé [35], de la fin du Xe siècle, un des interlocuteurs vient à parler de la Gorgone. Critias affirme qu’elle était vierge et que la puissance de sa tête coupée s’explique ainsi. « Quoi, répond Triéphon, en coupant la tête à unie vierge, on se procure un épouvantail ? Moi qui sais qu’on a coupé dix mille vierges par morceaux “dans l’île aux bords fameux qu’on appelle la Crête”, si j’avais su cela, mon bon Critias, que de Gorgones je t’aurais rapportées de Crète ! J’aurais fait de toi un général invincible ; les poètes et les rhéteurs m’auraient mis au-dessus de Persée, parce que j’aurais trouvé un bien plus grand nombre de Gorgones. » Il me semble que ce passage peut contenir une allusion non seulement à la tradition antique, mais à la forme moderne que l’informateur de Gautier Map en a recueillie.

Les survivances de la légende de Persée ont été étudiées en grand détail par M. Sydney Hartland. Le voyageur anglais Bent les a encore rencontrées, vers 1880, dans l’île de Sériphos, un des centres du culte de Persée dans l’Antiquité. Les paysans, découvrant des monnaies de l’île à l’effigie de la tête de la Gorgone, racontaient qu’elles avaient été frappées par la première reine du pays, qui résidait dans un château fort, perché sur un roc au-dessus du port de Livadhi [36].

L’épisode de Persée et d’Androméde était localisé par les Anciens dans les environs de Joppé (Jaffa), où l’on montrait le rocher auquel avait été enchaînée la belle princesse ; non loin de là était un étang aux eaux rouges, ou Persée, disait-on, avait lavé la tête du monstre [37]. Aujourd’hui encore, les ciceroni de Jaffa connaissent l’endroit ou fut délivrée Androméde. Il n’est donc pas surprenant qu’un autre épisode mémorable de la légende de Persée se soit transmis, avec une vitalité particulière, dans les mêmes lieux. Avant de devenir un chevalier, Persée y fut représenté comme un magicien : c’est en cette qualité qu’il paraît dans la chronique de Jean Malala [38], écrite au VIIe siècle, où les récits de la mythologie classique, traditions populaires fixées par la littérature, tendent à se résoudre de nouveau en traditions populaires, colorées par les superstitions du temps. Un curieux monument, conservé à Saint-Pétersbourg, nous montre d’ailleurs que Persée jouait un rôle dans la médecine magique de basse époque. Le héros est représenté, sur un sardonyx, tenant en mains la tête de Méduse et la harpe ; au revers on lit : Fuis, podagre, Persée te poursuit (… [39]) [40]. Persée tient ici la place qu’on assigne, sur d’autres monuments analogues, au roi Salomon ou à l’archange Michel.

Ces observations-là ont déjà été faites ; ce qui est nouveau, je crois, dans mon petit travail est le lien établi entre les traditions syriennes relatives à Persée, transformé de héros en magicien et en chevalier, et les histoires extravagantes qu’enregistrèrent les inquisiteurs du XIVe siècle, chargés d’enquérir sur une tête ou un crâne magique dont on peut affirmer, malgré tant de témoignages, qu’ils n’ont jamais existé.

V

Pour me résumer, au risque de me répéter, voici comment je conçois le développement de la légende qui, originaire des temps héroïques de la Grèce, laquelle n’y crut jamais, finit par faire des dupes au concile de Vienne :

1. Des gens venus d’Orient parlent d’un ou plusieurs chevaliers lesquels, en possession d’une tête magique, qu’ils cachent avec soin, acquièrent richesse et puissance ;

2. On soupçonne que cette tête magique appartient aux Templiers ;

3. Comme le bruit court que les Templiers sont secrètement convertis à l’islamisme, on soupçonne que cette tête n’est pas seulement un talisman, mais une idole qu’on révèle aux initiés et qu’ils adorent ;

4. Comme le symbole que les Templiers sont censés rejeter et même souiller est le crucifix, le Christ, on qualifie du nom de Mahomet le symbole qu’ils préfèrent et opposent à celui-là, sans songer que les musulmans eux-mêmes n’avaient pas d’images ;

5. Par analogie avec ce qu’on croit savoir des hérétiques du midi de la France, les albigeois, on attribue aux Templiers la croyance que leur « dieu » fait fleurir les arbres, etc., et l’on estime qu’ils consacrent leurs cordelettes au contact de leur idole ou de leurs idoles.

Pourquoi l’acte d’accusation, confirmé par de nombreux témoignages, attribue-t-il plusieurs têtes à une ou plusieurs des idoles ? Petit-être faudrait-il reconnaître là aussi l’influence lointaine de certains monuments antiques polycéphales, sculptures ou intailles, qui sont bien connus des archéologues ; mais c’est là une question accessoire que je préfère laisser en suspens.

Salomon Reinach

Notes

[1] Revue de l’histoire des religions, 1911, p.25-29.

[2] Voir, par exemple, Chabouillet, Catalogue des Camées, n° 2255.

[3] On trouve aussi, dans les interrogatoires du procès, la forme Magometus (Finke, Papstum und Untergang des Templerordens, t. II, p. 343).

[4] Loiseleur, La doctrine secrète des Templiers, Paris, 1872.

[5] Voir Revue archéologique, 1881, I, p. 368 et Bulletin de la Société des antiquaires, 1881, p. 207-208.

[6] Revue archéologique, 1885, I, p. 54 et suiv.

[7] Bulletin de la Société des antiquaires, 1900, p. 309.

[8] Revue africaine, 1908, p. 1-23.

[9] M. Finke renvoie sur ce point à Wenk, Götting. gelehrte Anzeigen, 1890, p. 256 et suiv. (compte-rendu critique de l’ouvrage de Prutz) ; mais Wenk n’a guère fait que résumer Lea, dont le chapitre sur les Templiers est un chef-d’œuvre parmi tant d’autres.

[10] Finke, op. laud., p. 111.

[11] Ibid., p. 134.

[12] Ibid., p. 166.

[13] Loiseleur, La Doctrine secrète des Templiers, op. cit., p. 108. Voir les dépositions de Carcassonne (novembre 1307), dans Finke, t. II, p. 321-324.

[14] Voir une page amusante de l’abbé Corblet, « Le pour et le contre sur les Templiers » dans la Revue de l’art chrétien, 1865, IX, p. 393 sq.

[15] Loiseleur, ibid., p. 147.

[16] Un témoignage parle même de quatre têtes.

[17] Loiseleur, ibid., p. 23.

[18] Ibid., p. 94.

[19] Ibid., p. 40.

[20] Ibid., p. 100.

[21] Cf. le témoignage d’un frère servant (Finke, t. II, p.355) : « (debebat habere spem salvationis) in quoddam ydolum quod erat, ut sibi distum extitit, ultra mare, et in quoddam aliud ydolum quod erat ibi praesens in quadam banca opertum de sindato rubeo. »

[22] Loiseleur, La Doctrine secrète des Templiers, op. cit., p. 111.

[23] De même, dans les aveux relatifs aux cérémonies secrètes, on voit intervenir un chat noir, brun ou blanc, qui est emprunté aux histoires courantes de sorcellerie (par ex. Finke, t. Il, p. 350).

[24] Michelet, Procès, I. p. 218 ; Finke, p. 159 : Respondit… quod propter dictos articulos quia non confitebatur eos coram baylico regio Matiscouensi, fuit quaestionatus ponderibus apensis in genitalibus suis et in aliis membris quasi isque as exanimacionem.

[25] Loiseleur, La Doctrine secrète des Templiers, op. cit., p. 102.

[26] Michelet, Procès, t. I. p. 92.

[27] Ibid., t. I, p. 645.

[28] « Tempore vero quo hoc, erat praeceptor illius loci frater Matheus dictus le Sarmage Picardus (Michelet, Procès, t. I, p. 645). – Sur les relations cordiales entre ce personnage et les Sarrasins, voir Rey, L’Ordre du Temple en Syrie, p. 8. À cet endroit, Rey écrit Sermage ; mais il écrit Sarmage à la page 26. L’index du tome II de Michelet porte Sauvage (Matheus), avec renvoi à la p. 209 où on lit lo Sauvacge. C’est sans doute le même personnage.

[29] Sur Julien ou Julian, seigneur de Sagette, mort en 1275, voir Clermont-Ganneau, Recueil d’archéologie orientale, t. IV, p. 5 et suiv. « Julien, seigneur de Sagette, ne pouvant plus défendre sa seigneurie contre les entreprises des musulmans, la céda aux Templiers moyennant finances en 1260 » (p. 7).

[30] Michelet, Procès, t. II, p. 225.

[31] Michelet, Procès, t. II, p. 238.

[32] Voir Longperier, Œuvres, t. II, p. 311, et surtout le grand mémoire de Pinza, La Conservazione delle teste uname (analysé par moi dans la Revue critique, 1898, II, p. 121).

[33] Gautier Map, De nugis curialium, Édition Th. Wright, I, 18, p. 29.

[34] Liebrecht, Gervasius Tilbur, p. 93.

[35] Cultes, t. I, p. 383-394.

[36] Bent, dans Hartland, The legend of Perseus, t. I, p. 4.

[37] Cf. Frazer, Pausanias, t. III. p. 454.

[38] Malalas, éd. Dindirf, p. 41.

[39] En grec dans le texte original (N.d.E. : Psychanalyse-paris.com).

[40] Kuhnert, ap. Roscher, Lexikon, P, p. 2027.

Baphomet, par Nosve (Simon Bossert), 2007.

Baphomet, par Nosve (Simon Bossert), 2007. Visiter sa galerie sur Deviant Art.

SOURCE :https://www.esoblogs.net/

La tête magique des Templiers dans Recherches & Reflexions EzoOccultlogo105

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 9 décembre, 2019

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Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 1

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 4 décembre 2019

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 1 – première partie, par Jean Bricaud. 

Étrange personnage, que les uns ont pris pour un homme de génie et les autres pour un banal escroc, traversa la fin du XVIIIe siècle, remplissant le monde du bruit de ses prodiges : Joseph Balsamo, plus connu sous le nom de comte de Cagliostro. Il s’entourait volontairement de mystère et dissimulait les premières années de sa jeunesse, médiocrement honorables.

Né à Palerme en 1743, il était entré à l’âge de treize ans dans un ordre de religieux gardes-malades, les Benfratelli, où il avait pris l’habit de novice. Son inconduite lui ayant attiré bientôt les réprimandes les plus sévères, il avait dû, à la suite de diverses aventures quitter le couvent et Palerme. Il commença à parcourir le monde, étudia la chimie, la médecine, les sciences occultes, et, grâce à son intelligence, conquit en Europe la réputation d’un homme extraordinaire. Il alla de Rome à Barcelone, à Madrid, à Londres, à Varsovie, à Saint-Pétersbourg, entouré d’une réputation mystérieuse. Partout la curiosité s’éveillait à son sujet : on parlait de guérisons merveilleuses, d’évocations fantastiques, de découvertes importantes, d’une puissance complète de divination.

Cette renommée le précédait lorsqu’il vint de Russie en France et arriva à Strasbourg, au commencement de 1780.

Une foule énorme s’était portée à sa rencontre, et quand il parut, une longue acclamation s’éleva ; son entrée fut un vrai triomphe.

Il guérissait toutes les maladies sans daigner accepter la moindre rétribution de ceux de ses clients qui étaient riches ; il donnait de l’argent à ceux qui étaient pauvres (Funck-Brentano, l’Affaire du Collier).

Il prétendait posséder la science des anciens prêtres de l’Égypte.

Sa conversation roulait d’ordinaire sur trois points : 1° la médecine universelle dont il connaissait les secrets ; 2° la Maçonnerie égyptienne qu’il voulait restaurer en Europe ; 3° la pierre philosophale au moyen de laquelle il transmuait tous les métaux imparfaits en or fin. Ainsi, il apportait à l’humanité par sa médecine universelle, la santé du corps ; par la Maçonnerie égyptienne santé de l’âme, et, par la pierre philosophale, des richesses infinies. C’étaient là ses grands secrets, car il en avait beaucoup d’autres, mais de moindres importances.

Sa réputation était immense, et il réussit à éclipser pour un moment toutes les célébrités contemporaines. Dans le peuple, dans la bourgeoisie, chez les grands et surtout à la Cour, l’admiration alla pour lui jusqu’au fanatisme. On ne l’appelait que le divin Cagliostro. Son portrait était partout, sur les tabatières, sur les bagues et jusque sur les éventails des femmes. On posa même sur les murailles des affiches où l’on rappelait que Louis XVI avait déclaré coupable de lèse-majesté quiconque ferait injure à Cagliostro.

Nous avons dit qu’il vint en France en 1780. Il resta trois ans à Strasbourg, où il fit la connaissance du prince cardinal de Rohan. Au milieu de 1783, il fit un voyage à Rome, Naples, Florence et Antibes. Le 1er décembre 1783, il s’installa à Bordeaux. Les guérisons qu’il fit dans cette ville passèrent pour miraculeuses. Les malades affluèrent. La police fut obligée d’organiser un service d’ordre autour de sa maison pour éviter des désordres parmi la foule qui s’y précipitait. Aux jours de consultation, 8 ou 10 soldats montaient la garde à la porte et dans l’escalier.

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Après être resté dix mois à Bordeaux, il se dirigea vers Lyon où il fut reçu par les francs-maçons avec de grands honneurs.

* * *

Il arriva à Lyon le 1er novembre 1784. Il y resta six mois pendant lesquels il déclara ne pas vouloir s’occuper de médecine, mais entreprendre de réformer la franc-maçonnerie suivant le rite égyptien dont il avait, disait-il, retrouvé les éléments dans l’intérieur des Pyramides.

Depuis plusieurs années, il s’était fait, en effet, le propagandiste zélé d’une maçonnerie nouvelle, dite Maçonnerie égyptienne, dont avait trouvé l’organisation et les détails non pas dans les Pyramides, comme il le disait, mais à Londres, dans les manuscrits d’un nommé Georges Couston, que le hasard lui avait mis entre les mains. Ces manuscrits exposaient un système maçonnique mêlé de magie et de superstition. Cagliostro résolut de créer sur le plan de ce Manuscrit un nouveau rite, en écartant, disait-il, tout ce qu’il jugeait impie ou superstitieux dans la doctrine qu’ils contenaient.

Déjà il avait établi une première loge à Strasbourg, en 1780. Son but était, expliquait-il, de conduire ses disciples à la perfection par une double régénération physique et morale. Il obtenait la première, grâce à la découverte d’une matière donnant la santé et l’éternelle jeunesse ; la seconde, par l’application du pentagone ou feuille vierge « sur laquelle les anges ont gravé leurs chiffres et leurs sceaux », et qui restituait à l’homme l’innocence primitive perdue par le péché originel.

Aucune religion n’était exclue. Les seules conditions imposées aux adeptes étaient de croire en Dieu, à l’immortalité de l’âme et (pour les hommes) d’avoir été admis dans la Maçonnerie ordinaire.

Les pratiques de son rite étaient un mélange de cérémonies religieuses, de réunions mondaines, d’opérations cabalistiques et d’évocations par lesquelles il correspondait avec les esprits et les anges.

La hiérarchie comprenait trois grades : apprenti, compagnon et maître égyptien. Les maîtres égyptiens prenaient les noms des anciens prophètes et les femmes — car elles étaient admises — ceux des sibylles. Cagliostro était lui-même le Grand Maître du Rite et s’appelait le Grand Kophte, mais le duc de Luxembourg-Montmorency avait le titre de grand maître protecteur de la Maçonnerie égyptienne.

Nous avons dit que le principal but du voyage de Cagliostro à Lyon était de chercher à y implanter son Rite égyptien. Dans ce but il visita d’abord la loge du Parfait-Silence, mais n’y obtint qu’un succès de curiosité. Il en fut autrement à la loge la Sagesse, du rite de la Haute Observance, dans laquelle il fut reçu avec de grands honneurs, sous la voûte d’acier. Il monta sur le trône du Vénérable, et ayant invoqué l’assistance divine, il prononça un long discours sur l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme et le respect dû aux souverains. Plusieurs membres de la Sagesse témoignèrent le désir de connaître sa doctrine d’une façon plus approfondie. À cet effet, Cagliostro leur enjoignit de préparer la loge selon son cérémonial, pour le lendemain, de choisir douze maîtres et une petite fille qu’il appelait une colombe.

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Le lendemain, il inaugura la séance par un discours dans lequel il démontra que tout homme doit être un Apôtre de Dieu, prêcher le bien et fuir le mal, et que, comme les apôtres avaient toujours pratiqué cette maxime, de même, étant douze comme eux, ils devaient tenir la même conduite, être ses douze apôtres et promettre avec serment de se conformer à tout ce qu’il leur imposerait.

Il leur fit alors prêter le serment prescrit par son rite. Ensuite, « je leur prédis (ce sont ses propres paroles extraites de la Procédure) que, de même que parmi les douze Apôtres, il y en avait eu un qui avait trahi Jésus-Christ, il s’en trouverait un aussi parmi eux qui trahirait la Société : ils déclarèrent que cela ne pouvait pas arriver ; mais je leur répétai deux fois la même prédiction, ajoutant que ce traître serait puni par la main de Dieu ». Il passa ensuite aux « travaux » de la colombe, qui s’exécutèrent soit à l’aide d’une carafe dans laquelle l’enfant apercevait des anges et des scènes prophétiques, soit derrière un paravent d’où elle répondait aux questions qui lui étaient posées, questions connues de celui seul qui l’interrogeait.

Ces expériences eurent le plus grand succès ; les anges descendirent et apparurent, en témoignage de l’assistance que Dieu prêtait à au Grand Kophte. On juge de l’étonnement des maçons lyonnais à la vue de tels phénomènes ; mais leur surprise augmenta encore lorsque, le lendemain, ils constatèrent la désertion d’un des membres de la loge.

Cet homme, affirma plus tard Cagliostro, au cours de son interrogatoire, fut bientôt puni par la main de Dieu, car, quelques mois après, on lui vola tout ce qu’il possédait, et de riche qu’il était, il devint misérable.

Ceux qui étaient restés fidèles prièrent Cagliostro de fonder à Lyon une Loge Mère du Rite égyptien : « J’instituai donc, dit-il, et je fondai dans ce lieu une loge du Rite égyptien, sous le nom de Loge Mère ; elle fut appelée ainsi, parce qu’elle devait avoir la primauté sur toutes les autres loges dont elle devait être la mère et la maîtresse. » (Procédure contre Joseph Balsamo, instruite à Rome en 1790).

La Loge Mère du Rite égyptien fut appelée la Sagesse Triomphante. Elle fut installée très luxueusement, avec un local distinct pour chacun des trois grades, d’apprenti, de compagnon et de maître.

Cagliostro l’inaugura lui-même avec un pompeux cérémonial. Il délégua ensuite ses pouvoirs de grand maître à deux vénérables à laissa l’original de son Rituel de la Maçonnerie égyptienne muni, au commencement et à la fin, de son sceau représentant un serpent percé d’une flèche.

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 1

Ces délégués reçurent également de lui la patente d’institution suivante que nous reproduisons in extenso :

« GLOIRE, UNION, SAGESSE, BIENFAISANCE, PROSPÉRITÉ.

Nous, Grand Kophte, fondateur et grand maître de la Haute Maçonnerie égyptienne dans toutes les parties orientales et occidentales du globe, faisons savoir à tous ceux qui verront ces présentes que, dans le séjour que nous avons fait à Lyon, beaucoup de membres de cet Orient, suivant le rite ordinaire et qui porte le titre de SAGESSE, nous ayant manifesté l’ardent désir qu’ils avaient de se soumettre à notre Gouvernement et de recevoir de nous les lumières et les pouvoirs nécessaires pour connaître et propager la maçonnerie dans sa vraie forme et dans sa primitive pureté, nous nous sommes rendu à leurs vœux, persuadés qu’en leur donnant des signes de notre bienveillance, nous aurons la douce satisfaction d’avoir travaillé pour la gloire de l’Éternel et pour le bien de l’humanité.

Sur ces motifs, après avoir suffisamment établi et vérifié auprès du Vénérable et de beaucoup de membres de ladite loge le pouvoir et l’autorité que nous avons à cet effet, avec le secours de ces mêmes frères, nous fondons et créons, à perpétuité, à l’Orient de Lyon, la présente loge égyptienne, et nous la constituons Loge Mère par tout l’Orient et l’Occident, lui attribuant pour toujours le titre distinctif de SAGESSE TRIOMPHANTE et nommant pour ses officiers perpétuels et inamovibles :

  1. N. vénérable et N. pour son substitut.
  2. N. orateur et N. pour son substitut.
  3. N. garde des sceaux, archiviste et trésorier et N. pour son substitut.
  4. N. grand inspecteur et maître des cérémonies et N. pour son substitut.

Nous accordons, une fois pour toutes, à ces officiers le droit et le pouvoir de tenir loge égyptienne avec les frères soumis à leur direction, de faire toutes les réceptions d’apprentis, de compagnons et maîtres maçons égyptiens, d’expédier les attestations, de tenir des relations et des correspondances avec tous les maçons de notre rite et avec les loges dont ceux-ci sont membres, en quelque lieu de la terre qu’elles soient situées, et d’adopter, après l’examen et avec les formalités prescrites par nous, les loges du rite ordinaire, qui désireront embrasser notre institution ; en un mot, d’exercer généralement tous les droits qui peuvent appartenir et appartiennent à une loge égyptienne juste et parfaite, qui a le titre, les prérogatives et l’autorité de maîtresse loge.

Nous ordonnons au vénérable, aux maîtres, aux officiers membres de la loge, d’avoir un soin continuel et une attention scrupuleuse pour les travaux de la loge, afin que les réceptions et généralement toutes les autres fonctions se fassent conformément aux règlements et aux statuts que nous avons expédiés séparément et munis de notre signature et du sceau de nos armes.

Nous ordonnons encore à chacun des frères de marcher constamment dans le sentier étroit de la vertu et de montrer, par la régularité de sa conduite, qu’il aime et connaît les principes et le but de notre ordre.

Pour donner de l’authenticité aux présentes, nous les avons signées de notre main, et nous avons appliqué le grand sceau que nous avons accordé à cette Loge Mère, de même que notre sceau maçonnique et notre cachet profane :

Donné à l’Orient de Lyon. »

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise – première partie, par Jean Bricaud. 

Revue d’histoire de Lyon, 1910.

Illustration : Fondo Antiguo de la Biblioteca de la Universidad de Sevilla from Sevilla, España [CC BY 2.0], via Wikimedia Commons

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 2 – seconde partie, par Jean Bricaud.

En l’absence de Cagliostro, les deux vénérables devaient présider la loge et y faire des travaux avec les pupilles (jeunes garçons) et les colombes (jeunes filles). À cet effet, il leur communiqua son pouvoir qu’il avait, disait-il, reçu de Dieu, et sans lequel ils n’auraient pu réussir.

Le premier vénérable de la Sagesse Triomphante était le banquier Saint-Costard qui, déjà, à plusieurs reprises, avait été vénérable de la loge la Sagesse.

Avant son départ de Lyon, Cagliostro reçut des membres de la Sagesse Triomphante, pour lui et pour sa femme, des tabliers et autres symboles de la maçonnerie, tous richement brodés et ornés d’argent, d’or et de pierreries.

La consécration de la loge, dont le principal ornement était une statue du maître, eut lieu quelque temps après le départ de Cagliostro. Elle fut célébrée aussi solennellement que la consécration d’une église. Cagliostro envoya de Paris deux députés chargés de présider à sa place et de donner toutes les instructions nécessaires pour la cérémonie.

Elle fut très longue. Les adeptes, vêtus de blanc, un voile noir sur la tête, devaient rester en adoration, en se reposant une heure sur sept, jusqu’à ce que la colombe, enfermée dans un tabernacle, eût vu, dans une carafe, Moïse ou le Grand Kophte apparaître au milieu d’un nuage bleu et déclarer que le ciel était satisfait. À ce moment seulement, l’assistance pouvait rejeter les voiles de deuil et séparer.

L’adoration dura cinquante-quatre heures.

Voici d’ailleurs la lettre qu’un des adeptes écrivit à Cagliostro, qui se trouvait alors à Paris, pour lui donner quelques détails sur la consécration du nouveau local :

« Monsieur et Maître, rien ne peut égaler vos bienfaits, si ce n’est la félicité qu’ils nous procurent. Vos représentants se sont servis des clefs que vous leur avez confiées ; ils ont ouvert les Portes du grand temple, et nous ont donné la force nécessaire pour faire briller votre grande puissance.

L’Europe n’a jamais vu une cérémonie plus auguste et plus sainte ; mais nous osons le dire, Monsieur, elle ne pouvait avoir de témoins plus pénétrés de la grandeur du dieu des dieux, plus reconnaissants de vos sublimes bontés.  

Vos maîtres ont développé leur zèle ordinaire, et ce respect religieux qu’ils portent toutes les semaines aux travaux intérieurs de notre loge. Nos compagnons ont montré une ferveur, une piété noble et soutenue, et ont fait l’édification des deux frères qui ont eu l’honneur de vous représenter. L’adoration et les travaux ont duré trois jours et, par un concours remarquable de circonstances, nous étions réunis au nombre de 27, dans le temple ; sa bénédiction a été achevée le 27, et il y a eu cinquante-quatre heures d’adoration.

Aujourd’hui notre désir est de mettre à vos pieds la trop faible expression de notre reconnaissance. Nous n’entreprendrons pas de vous faire le récit de la cérémonie divine dont vous avez daigné nous rendre l’instrument ; nous avons l’espérance de vous faire parvenir bientôt ce détail par un de nos frères, qui vous le présentera lui-même. Nous vous dirons cependant qu’au moment où nous avons demandé à l’Éternel un signe qui nous fît connaître que nos vœux et notre temple lui étaient agréables, tandis que notre maître était au milieu de l’air, a paru sans être appelé le premier Philosophe du Nouveau Testament. Il nous a bénis après s’être prosterné devant la nuée bleue dont nous avons obtenu l’apparition, élevé sur cette nuée dont notre jeune colombe n’a pu soutenir la splendeur, dès l’instant qu’elle est descendue sur la terre.

Les deux grands prophètes et le législateur d’Israël nous ont donné des signes sensibles de leur bonté et de leur obéissance à vos ordres : tout a concouru à rendre l’opération complète et parfaite autant qu’en peut juger notre faiblesse.

Vos fils seront heureux, si vous daignez les protéger toujours et les couvrir de vos ailes ; ils sont encore pénétrés des paroles que vous avez adressées du haut de l’air à la colombe qui vous implorait pour elle et pour nous : dis-leur que je les aime et les aimerai toujours.

Ils vous jurent eux-mêmes un respect, un amour, une reconnaissance éternels, et s’unissent à nous pour vous demander votre bénédiction ; qu’elle couronne les vœux de vos très soumis, très respectueux fils et disciples.

Le frère aîné : ALEXANDRE TER… »

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Nous ne possédons pas le texte de la réponse que fit Cagliostro aux membres de la loge de Lyon ; nous savons seulement qu’il leur affirma que, s’ils l’avaient vu en cette occasion dans les nuages, après sa mort, ils le verraient de même un jour dans sa gloire.

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 2

Il nous reste maintenant à examiner le rôle joué dans la maçonnerie française par le Rite égyptien et principalement par sa Mère-Loge, la Sagesse Triomphante.

Disons d’abord que le Rite égyptien ne fut pas reconnu par tous les autres Rites pratiqués en France. C’est ainsi que, quelques mois après la fondation de la Sagesse Triomphante, la Mère-Loge du Rite écossais philosophique ou Mère-Loge écossaise de France sous le nom de de Saint-Alexandre-d’Ecosse et du Contrat-Social réunis, arrêta qu’elle ne reconnaissait pas le Rite égyptien et qu’il serait adressé une circulaire aux loges et aux chapitres du régime philosophique pour les inviter à se défier des novateurs en maçonnerie, « lesquels sont d’autant plus dangereux qu’ils éloignent les véritables maçons du but auquel doivent tendre les frères de l’Ordre ». Et comme l’un de ses membres, le frère Devismes, devrait se rendre à Paris pour rendre compte de sa conduite.

Il en fut tout autrement du rite des Elus-Coëns (rite de Martinez Pascalis) ainsi que du régime des Philalètes ou chercheurs de la vérité, nouveau rite fondé par Savalette de Langes, qui avait installé à Paris la loge des Amis réunis dans le but de grouper les hauts maçons et illuminés, disciples de Swedenborg, de Pascalis, de Saint-Martin et de Weishaupt.

Le 24 août 1784, les Philalètes avaient décidé la réunion d’un Convent fraternel où se rencontreraient des représentants de tous les rites maçonniques, et qui aurait pour but principal d’étudier l’origine et la nature de la science maçonnique, ses rapports avec les sciences connues sous le nom de Sciences occultes ou secrètes enfin, de décider lequel était des régimes actuels le meilleurs à suivre, non comme coordination générale, mais pour faire faire aux disciples de prompts et utiles progrès dans la vraie science maçonnique.

Le Convent devait avoir lieu en janvier 1786. Mais, dans la suite, le Comité d’organisation décréta qu’il serait avancé d’une année, parce que le fameux Cagliostro étant en France, on en profiterait pour lui demander de venir exposer le système de son Rite égyptien.

On le voit, les Philalètes attachaient au Rite égyptien une très grande importance, et voyaient dans Cagliostro une des plus hautes personnalités de la Franc-Maçonnerie.

La proposition de convoquer Cagliostro avait été adoptée par le Comité organisateur, le 10 février 1785. Ce fut l’élu-coën Dessales, qui fut chargé de se rendre à Lyon, afin de savoir par Saint-Costard, vénérable de la Sagesse Triomphante, les intentions de Cagliostro. Il en rapporta la promesse que Cagliostro se rendrait au Convent s’il y était invité.

Le Convent fut ouvert le 19 février 1785, et le 10 mars le Comité organisateur écrivit officiellement à Cagliostro, par l’intermédiaire de Beyerlé, pour l’inviter à venir développer sa doctrine. Mais en dépit des promesses de Saint-Costard, Cagliostro ne se rendit pas à cette convocation. Il se contenta d’envoyer un manifeste emphatique qui, daté du 1er de l’an 5555, fut expédié le 6 avril par la Sagesse Triomphante. Ce manifeste était ainsi conçu :

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« Le Grand Maître inconnu de la maçonnerie véritable a jeté les yeux sur les Philalètes.

Touché de leur piété, ému par l’aveu sincère de leurs besoins, il daigne étendre la main sur eux et consent à porter un rayon de lumière dans les ténèbres de leur temple.

Ce sera par des actes et des faits, ce sera par le témoignage des sens qu’ils connaîtront Dieu, l’homme et les intermédiaires spirituels créés entre l’un et l’autre, connaissance dont la vraie maçonnerie offre les symboles et indique la route. Que les philalètes donc embrassent les dogmes de cette maçonnerie véritable, qu’ils se soumettent au régime de son chef suprême, qu’ils en adoptent les constitutions. Mais avant tout, le sanctuaire doit être purifié ; les Philalètes doivent apprendre que la lumière peut descendre dans le temple de la foi, et non dans celui de l’incertitude. Qu’ils vouent aux flammes ce vain amas de leurs archives ! Ce n’est que sur les ruines de la tour de confusion que s’élèvera le temple de la Vérité. »

Ce manifeste fut suivi d’une lettre de la Sagesse Triomphante, insistant pour que le Convent se pliât aux exigences de Cagliostro : « Ah ! bénissez, heureux Philalètes, le jour où vous attirâtes sur vous les regards de notre Maître, où il vous adressa les paroles de joie et de consolation contenues dans l’écrit ci-joint que nous vous envoyons de sa part. »

Un peu surpris par le ton du manifeste et par le lyrisme de la lettre, le Convent écrivit sans retard (le 12 avril) aux frères de Lyon pour leur demander une réponse plus précise et plus claire.

La réponse ne se fit point attendre. Elle est datée du 13e jour du 2e mois de l’an 5555 et porte au bas la signature hiéroglyphe de Cagliostro, ainsi que les signatures véritables de Montmorency, prince de Luxembourg, grand maître protecteur ; Laborde, grand inspecteur ; Saint-James, grand chancelier ; Devismes, grand secrétaire.

Les signataires de cette lettre déclaraient :

« Nous vous avons offert la vérité. Vous l’avez dédaignée. Nous donnons et vous avez voulu nous prescrire comment et à qui nous devons donner ; vous avez voulu gouverner notre marche dans une carrière où vous n’avez pas encore fait le premier pas.

Nous retirons donc nos offres, et ainsi tombent tous les scrupules et toutes les incertitudes que vous inspiraient vos formes… »

Après avoir donné lecture de cette lettre au Convent, Savalette de Langes expliqua que Cagliostro avait demandé que le Convent adhérât à son rite et formât une loge de la Maçonnerie égyptienne. Cette demande avait été transmise à la loge des Amis réunis, centre du régime des Philalètes qui, seule, pouvait y faire droit, et la Sagesse Triomphante avait été invitée à nommer des délégués pour donner tous les éclaircissements compatibles avec ses devoirs.

Cagliostro avait alors répondu par la lettre dont Savalette de Langes venait de donner lecture, déclarant que puisque l’Assemblée cherchait à établir une distinction entre le Convent et le régime des Philalètes pour arriver par une voie détournée à sauver des archives, dont la destruction lui était demandée, toute relation devait cesser entre elle et lui.

Le Convent résolut de déléguer auprès de Cagliostro le baron de Gleichen, dans le but de lui faire observer que, formé pour un temps limité et pour une besogne spéciale de maçons de divers rites, de pays différents, le Convent ne pouvait s’ériger en loge permanente et que, d’autre part, il serait désirable que ceux qui voudraient être initiés n’eussent pas besoin, pour obtenir leurs grades de faire le voyage de Lyon.

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Cagliostro répondit qu’il daignait permettre aux Phialètes de conserver leurs archives, mais qu’il était indispensable qu’une délégation de trois frères allât prendre à Lyon « les constitutions avec pouvoir et puissance ».

Trois délégués du Convent partirent pour Lyon : les frères Marnezia, Raimond et de Paul. Plusieurs entrevues eurent lieu, au cours desquelles le Grand Maître du Rite égyptien exposa sa doctrine et son rite.

Dans un rapport adressé au Convent, à la suite de leur seconde entrevue, les trois délégués se déclarèrent enchantés de Cagliostro.

« Sa doctrine, dirent-ils, doit être regardée comme sublime et pure et, sans avoir parfaitement l’usage de notre langue, il l’emploie comme les prophètes s’en servaient autrefois. » Après une troisième entrevue, les délégués écrivirent de nouveau au Convent une lettre enthousiaste. Ils annoncèrent qu’ils avaient fait les premiers pas dans la carrière égyptienne, que Cagliostro leur avait communiqué, sous le sceau de la parole d’honneur, les enseignements du Rite égyptien et qu’ils avaient entrevu dans cette communication une interprétation sublime de la Maçonnerie.

Les choses semblaient donc aller pour le mieux, lorsque, convaincus sans doute qu’ils n’avaient qu’à ordonner pour être obéis, Cagliostro et la loge la Sagesse Triomphante crurent de nouveau devoir exiger la destruction des archives des Philalètes et l’adhésion du Convent au Rite égyptien.

Les mêmes objections se reproduisirent. Irrité, Cagliostro envoya, le 30 avril, au Convent cette lettre qui est une véritable excommunication :

« À la gloire du Grand Dieu,

Pourquoi le mensonge est-il toujours sur les lèvres de vos députés, tandis que le doute est constamment dans vos cœurs ? Ne vous excusez point, car, je vous l’ai déjà écrit, vous ne m’avez point offensé. Dieu seul peul décider entre vous et moi.

Tous dites que vous cherchez la vérité ; je vous la présentai et vous l’avez méprisée. Puisque vous préférez un amas de livres et d’écrits puérils au bonheur que je vous destinais et que vous deviez partager avec les élus ; puisque vous êtes sans foi dans les promesses du Grand Dieu ou de son ministre sur la terre, je vous abandonne à vous-mêmes et, je vous le dis en vérité, ma mission n’est plus de vous instruire. Malheureux Philalètes, vous semez en vain, vous ne recueillerez que de l’ivraie. »

Après lecture de cette lettre, le Convent, se jugeant suffisamment éclairé sur les véritables intentions de Cagliostro, rompit toute négociation.

Le Convent clôtura ses séances le 26 mai 1785.

Cagliostro quitta Lyon le mois suivant. Il se rendit à Paris où devait éclater, quelques mois plus tard, la fameuse affaire du Collier, affaire qui fit le plus grand tort à sa réputation et, par là même, au Rite égyptien.

Peu à peu, ses fidèles l’abandonnèrent, ses loges disparurent. En 1789, la Sagesse Triomphante était la seule loge du Rite égyptien qui existât encore. En effet, lorsque vers la fin du mois de mai de l’année 1789, Cagliostro se rendait à Rome, où il devait être arrêté par ordre de l’Inquisition, il fit en route la connaissance de jeunes Romains qui lui demandèrent de les initier dans le Rite égyptien. Il leur réclama cinquante écus pour la patente, qui devait être expédiée de Lyon.

Peu après l’arrestation de Cagliostro, son internement au château Saint-Ange et sa mort mystérieuse portèrent le dernier coup au Rite égyptien déjà bien compromis. La Sagesse Triomphante disparut. Ses membres se rallièrent aux autres rites et il ne resta plus rien de l’œuvre maçonnique de Cagliostro.

J.-B. BRICAUD.

Retour à la première partie.

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 2 – seconde partie, par Jean Bricaud. Revue d’histoire de Lyon, 1910.

Sur la piste des Amazones… 8 décembre, 2018

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Sur la piste des Amazones…

 

Les Dames arrêtent, avec deux rubans, les deux côtés de leurs robes, pour la soutenir à la hauteur de leurs poches, ce qui signifie qu’elles sont prêtes à marcher au combat : elles découvrent une partie de la mamelle gauche et se couvrent absolument la droite d’un nœud de ruban rouge et blanc ; elles portent sur l’épaule gauche un carquois garni de flèches : elles tiennent un arc de la même main [en posant][& portent la droite sur le côté] la droite sur le côté. La reine ajoute une couronne sur sa tête. Cette couronne doit être de laurier ornée de fleurs de la saison & elle tient un sceptre.

Les hommes portent une barbe postiche & ils ajoutent sur le côté gauche de leur habit une plaque, un drap brodé représentant le Delta. Ils ont le chapeau rabattu & sont sans épée.

Les chambres [salle d’assemblée] d’assemblée se nomment Conseil. Elles doivent être décorées le plus richement qu’il est possible, principalement en lustres & girandoles dont le nombre est illimité.

Il doit y avoir, au midi, un trône surmonté d’un dais.

NOMS AU CONSEIL

La 1ère dame, qui est en possession [tient] des Constitutions prend le titre de Reine.

La 2e est appelée Courageuse Généralissime.

– 3e prend le titre de Courageuse Inspectrice.

– 4e Celui de Courageuse Introductrice.

– 5 – de Courageuse Intendante.

Les autres dames sont appelés Courageuse Scythienne[1].

Le 1er homme prend le titre de Grand Patriarche.

– 2e le titre de Patriarche Gardien.

– 3e — de Patriarche Orateur

– 4e ——————–Trésorier.

Le 5e de Patriarche présentateur.

Les autres sont désignés sous le titre de Patriarche Scythien.

PLACES AU CONSEIL

La reine [est] sur le trône.

Les Courageuses à sa gauche  tenant aupré [?] vers le nord.

Il faut observer que si le nombre des dames ou des hommes est plus grand l’un que l’autre, ceux ou celles qui seront de trop seront obligés de s’asseoir pendant toute la tenue du conseil, sur les marches du trône, aux pieds de la reine, ce qui – appartient aux derniers reçus, parce que les exercices ne peuvent être faits avec justesse que quand le nombre des dames est égal à celui des hommes.

Ainsi commence un des plusieurs curieux textes, qualifié de « maçonnique ». Mais qu’est-ce qu’un texte, fut-il maçonnique ? Si l’on en croit Roland Barthes[2], c’est la surface phénoménale de l’œuvre littéraire, le tissu des mots engagés dans l’œuvre et agencés de façon à imposer un sens stable et autant que possible unique. Le texte apporte la garantie de la chose écrite par rapport à la fragilité de l’oral. Il relève de la stabilité et de la sécurité. Il est donc souvent lié aux institutions dont il exprime la légitimité et les activités. Néanmoins l’existence de manuscrits ne préjuge pas d’un fonctionnement. Présentement, aucun autre document (décors, diplômes, discours, etc.) ne vient confirmer la réalité de la mise en œuvre dudit texte, mais une découverte est toujours possible, infirmant cette hypothèse.

Présentement, le rituel des Amazones est connu par cinq ( ?) exemplaires dont nous avons tenté un classement chronologique :

* BNF, Paris, FM4 76, L’Amazonie anglaise in [volume sans titre] ff. 36r-41v, le texte est compris entre le Maître Parfait Irlandais & le 3e Grand Grade Maître Anglais (daterait entre la fin de la décennie 1760 & le début de la décennie 1770)

* BNF, Paris, FM4 1323 : Maçonnerie de Dames [ou] L’azille Enchanté Ou la Réunion des deux Sexes (1780-1785) (daterait d’entre 1771 et 1775 selon JS[3]), 121r-139v

* The Morison Library (GL of S), Edimbourg, ML 495 : Maçonnerie d’Adoption (1780) dont L’Amazonnerie Anglaise ou l’Ordre des Amazonnes (85-113)

* Centre culturel maçonnique Prins Frederik (GOdPB), La Haye, Fonds Georg Kloss, 240.E.123 Amazonerie Anglaise ou Ordre des Amazonnes (c. 1818)

* BM Lyon Part-Dieu, SJ Mss 8/709, 1 volume 188 pages (L’Amazone à partir de la page 137) (semble une copie du précédent)

 

*** Un Ordre « antique » redécouvert dans les ruines d’Herculanum ?

Sur la piste des Amazones… dans Recherches & ReflexionsSi on en croit le texte lui-même, on apprend que ledit rituel fut trouvé « dans les Ruines de la Ville d’Herculanum ». Au demeurant, le mot de passe (BRA-CO-MA-PRE) confirmerait cette origine puisqu’il serait formé par les premières lettres des « quatre lords anglais qui découvrirent, dans les ruines de la ville d’Herculanum, l’Ordre » à savoir Braïn, Cointer, Madine & Pretemmer [4]. Néanmoins, ces quatre noms ne semblent pas appartenir à l’honorable catégorie des antiquarian gentlemen. Pourtant diverses sociétés étaient fort actives dans la Grande-Bretagne, à l’image de la Dilettanti Society, fondée en 1734, qui enverra en mission des architectes, des dessinateurs, des arpenteurs, des épigraphistes, en Grèce et en Asie Mineure. À partir des années 1740, les voyages « archéologiques » dans le bassin méditerranéen s’étaient multipliés. Dans ce domaine comme dans tant d’autres, la rivalité entre la France et la Grande-Bretagne, en matière d’expéditions, de voyages, d’explorations, de transfert d’œuvres et de publications d’ouvrages « scientifiques » fut active. Pour illustrer cette rivalité, citons Leroy Julien-David (1724-1803), d’un côté [5], et Stuart James (1713-1788) & Nicholas Revett (1720-1804) [6], de l’autre.

Les fouilles sur le site d’Herculanum (découvert en 1709) furent menées de 1738 à 1745, à l’initiative du roi Charles (V de Sicile & VII de Naples) [7](1716-1788), roi de 1734 à 1759, despote éclairé [qui laissera le royaume à son fils Ferdinand (III & V) (1751-1825), roi de 1759 à 1806 [8]], par l’ingénieur espagnol Rocque Joaquim de Alcubierre (1702-1780) qui prospectera également Pompéi. Ces travaux seront poursuivis par le Suisse Karl Jacob Weber (1712/64). Les découvertes sur les sites d’Herculanum et de Pompéi (fouillé à partir de 1748) eurent de profondes conséquences sur la culture du temps.

Emmanuel Maurice de Lorraine-Guise (1677-1763), futur duc d’Elbeuf (1748), colonel maréchal des troupes autrichiennes (1710) qui occupèrent Naples, marié en 1713, à Marie Thérèse Stramboni, des ducs de Salsa, fut à l’origine de la découverte des ruines de Portici. Pompéi fut exploré à partir de 1748. Mais très vite la fouille fut délaissée et les efforts se reportèrent sur Herculanum où l’on venait de découvrir la Maison des Papyri, ses statues de bronze et sa bibliothèque riche de mille huit cents manuscrits. Quand les travaux reprirent à Pompéi, en 1765, on procéda à de grands déblaiements : l’Odéon, le temple d’Isis et la caserne des gladiateurs.

Ces fouilles connurent une grande popularité tout au long du siècle, en dépit ou peut-être à cause de la tentative de les garder secrètes. Elles firent donc l’objet de diverses publications à succès. Le prêtre florentin Antonio Francesco Gori (1691-1757), considéré comme l’un des hommes les plus savants d’Italie, rédigea, dès 1748, les Notizie del memorabile scoprimento dell’antica città di Ercolano, vicina a Napoli [9]. La même année, l’écrivain et érudit véronais, le marquis Scipione Maffei (1675-1755) narrait la découverte dans un recueil de lettres la seconda sopra le nuove scoperte d’Ercolano [10]. Les Descrizione delle prime scoperte della antica città d’Ercolano (Description des premières découvertes de l’antique cité d’Herculanum)[11], de Marcello Venuti (1700-1755) furent présentées par Charles de Brosses (1709-1777), futur président du Parlement de Bourgogne (1775), en 1749, à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, à Paris. Le Antichità di Ercolano [12] (Les Antiquités d’Herculanum) de Francesco Valleta (1680-1760), publiées en 1757 (huit volumes [13] jusqu’en 1792) sous le patronage de Charles III et d’une académie de quinze membres, exposèrent aux amateurs impatients des copies des peintures, sous forme de gravures, que l’ambassadeur de France à Naples communiqua au directeur (1751-1775) de l’Académie de France (villa Médicis), à Rome, Charles Natoire (1700-1777), puis à Paris. Le protonotaire apostolique d’origine parmesane Ottavio Antonio Baiardi (1694-1764), ancien gouverneur de Narni, puis de Bénévent, publia successivement le Prodromo delle antichità d’Ercolano [14] & le Catalogo degli antichi monumenti dissotterrati della discoperta città di Ercolano [15]. Johann Joachim Winckelmann (1717-1768) [16], un des fondateurs de l’archéologie comme science, visita les fouilles de Pompéi et d’Herculanum à quatre reprises (1758, 1762, 1764 & 1767) et les signala, de manière critique, dans diverses correspondances :  Sendschreiben von den Herculanischen Entdeckungen [17], au comte saxon Heinrich von Brühl (1700-1763), favori et premier ministre de l’Electeur (1733) Auguste III (1696-1763), par ailleurs roi de Pologne (1733/1763) et beau-père du Roi Charles (V & VII) de Naples et Sicile [et père du comte Aloïs/Alojzy, dont nous reparlerons plus loin] et den Nachrichten von neuesten Herculanischen Entdeckungen [18] à l’historien et éditeur zurichois Johann Heinrich Füssli (1745-1832). Le Lausannois Gabriel Seigneux de Correvon (1695-1775) fit publier ses Lettres sur la découverte de l’ancienne ville d’Herculanum et sur ses principales antiquités, à Yverdon, en 1770, en deux volumes.

Si l’on voulait trouver un idéaltype de l’antiquarian gentleman, on se référerait sans doute à l’Ecossais Sir William Hamilton (1731-1803), ancien lieutenant aux 3rd Foot Guards, ancien député de Midhurst (Sussex)[19] et ambassadeur de Sa Très Gracieuse Majesté à Naples de 1764 à 1800. Pendant son ambassade mission, Hamilton étudia l’activité volcanique et les séismes de la Campanie. Il envoya diverses communications à la Royal Society, en particulier un compte-rendu de l’éruption du Vésuve de 1766. Il s’intéressa aux fouilles et écrira un livre sur Pompéi[20]. Il constitua une des plus importantes collections de vases grecs de son temps, et autres antiquités gréco-romaines. La partie de sa collection vendue au British Museum en 1772 servit de base de son département antiquités grecques et romaines. La seconde partie de sa collection sera perdue lors du naufrage du HMS Colossus pendant son voyage vers la métropole. C’est d’après les collections du diplomate que l’historien et marchand d’art nancéen Pierre-François Hughes dit d’Hancarville (1719-1805) exécuta son grand mais onéreux ouvrage, orné de magnifiques gravures : Antiquités étrusques, grecques et romaines, tirées du cabinet de M. Hamilton, envoyé extraordinaire de S.M. britannique en Cour de Naples u chevalier W. Hamilton, (en anglais et en français[21]), Naples, 1766-67, 4 vol. in-fol.

Néanmoins, en France, l’Académie des inscriptions se concentrait principalement sur les monnaies antiques. Les érudits et savants ne prenaient en considération que les textes anciens, et comme Pline le Jeune n’avait pas fait mention d’Herculanum dans son récit de l’éruption du Vésuve, l’indifférence persista chez les Français plusieurs années en dépit de l’intérêt manifesté par de Brosse ou par Caylus[22]. Malgré ce dédain pour les « antiquaires », l’Encyclopédie publiait en 1758 un article enthousiaste de quatre pages sur Herculanum[23] écrit par Louis de Jaucourt (1704-1779), dit l’esclave de l’Encyclopédie, puisqu’il écrivit environ un quart des articles.

 

*** Un ordre légitimé par l’intelligentsia gréco-romaine ?

 dans Recherches & ReflexionsCet Ordre « antique » fut et demeure légitimé par 38 historiens et 12 poètes [24], à savoir pour les premiers :

Appien d’Alexandrie (+ 161), Apollodore d’Artemida (130/87), Arrien de Nicomédie (c. 90/170), Athénée de Naucratis (c. 170/225-30 ?), Cicéron (Marcus Tullius Cicero, 106/43), Lucius Coelius Antipater (c. 180/ C. 120), Denys d’Halicarnasse (c. -60/+8), Diodore de Sicile (90/30), Dion Cassius (155/235), Etienne (Stephanus) de Byzance (VIe siècle), Eustathe (Eustatius) d’Epiphanie (c. 455/518-27), Hérodote (c. 480/c. 425), Hygin (Caius Julius Hyginus, -67/+17), Isidore de Séville (Isidorus Hispalensis, c.560-70/636), Isocrate (436/338), Jordanès (Jornandès) (VIe siècle), Justin (Marcus Junianus Justinus, IIIe siècle), Juvenal (45-65/c.128-30), Memnon d’Héraclée, Monoetius ( ?), illisible (Oratien ?, Oratibus ?), Paulus Orosius (385-420), Pausanias (c. 115/c.180), Philostrate d’Athènes (c. 170/ 244-9), Pline le Jeune (61-2/113-5), Plutarque (c. 46/c. 125), T. Mufidius Pollianus, Pollidomin ( ?), Polybe (c. 206/c. 124), Pomponius Mela (c. 15/50-60 ?), Posidonius d’Apamée (135/51), Quinte Curce (Ier siècle), Salluste (85/35-4), Maurus Servius Honoratus (Ive siècle), Strabon (c. -64/21-5), Suètone (c. 70/c. 122), Suidas le lexicographe (IXe siècle), Thucydite (c. 460/400-395) & illisible (Tserxes ?) ;

Et pour les seconds :

Claudien (Claudius Claudianus, 370/408), Homère (BC VIIIe siècle° ? Horace (65/8), Silius Italicus (526/101), Juvenal (I/II siècles), Martial (c. 40/ C.104), Ovide (-43/+7-8), Properce (c. 47/16-5), Sénèque[25] (- 4-1/65), Stace (40/96) et Virgile (70/19).

 

*** Un texte pas très maçonnique !

Le texte présentement uniquement des références mythologiques gréco-latines empruntées entre autres à Aristote, Virgile, Diodore de Sicile & Justin, mais on n’y trouve aucune allusion à l’Art royal, pourtant dès le Moyen Âge occidental, on voyait parmi les femmes guerrières en général et les Neuf Preuses [26] en particulier, quelques bâtisseuses comme la reine Sémiramis ou dans d’autres registres, la fée constructrice Mélusine ou la Reine de Saba.

Comme souvent dans le corpus amazonique, le texte présente les caractéristiques ambiguës des Amazones : féministes ou femmes virilisées. La haine des hommes n’y est pas du tout évidente. Les Amazones n’y sont point androphobes ou misandres, mais simplement opposées à la domination masculine. Depuis le XVe siècle et en particulier chez Christine de Pizan (1364/c. 1430), elles apparaissaient déjà comme politiquement et sexuellement autonomes, libres d’agir et non dépendantes des hommes, et comme on le voit à partir de la fin du XVIIe siècle, un tantinet asexuées. Ces guerrières semblent faire peu la guerre et l’amour. Elles n’incarnent ni la barbarie (bouleversement de l’ordre naturel par le refus des femmes d’accepter la destinée qui leur est assignée par « nature », entrainant l’état de barbarie, thématique développée par les auteurs gréco-romains, repris par les Pères de l’Eglise, les compilateurs médiévaux & divers écrivains contemporains), ni l’animalité, mais semblent plus signifier l’altérité, voire l’utopie (l’île des Femmes, gynécocratie).

Cependant, le caractère « extraordinaire » de ces femmes guerrières peut aussi légitimer l’ordre social existant comme l’avait déjà fait le thème littéraire des Neuf Preuses. Depuis le Haut Moyen Âge, la chevalerie occidentale en tant que société et culture militaro-politiques était en déclin constant, mais n’en demeurait pas moins un modèle toujours exalté. N’étant plus un fait social et culturel pertinent, la chevalerie s’évada dans l’imaginaire comme le montre l’essor de la thématique chevaleresque dans les grades post-magistraux maçonniques. Pendant féminin des chevaliers, les Amazones étaient très présentes dans la culture occidentale dès le premier roman écrit en langue romane le Roman de Troie (1160/1170) en vers octosyllabes à rimes plates du poète normand (ou angevin) Benoît de Sainte-Maure. Dès ce moment, elles apparurent sous les traits flatteurs de Preuses, de reines célibataires et vertueuses, alliant courage et vertu et donc dignes d’entrer dans une société où l’on disait élever des temples à ladite vertu.

 

*** Un manifeste « féministe » prônant l’égalité hommes/femmes ?

Il est également possible de lire le texte des Amazones comme un manifeste « féministe » prônant l’égalité des sexes à la suite de divers auteurs du XVIIe siècle, comme la « fille d’alliance » de Montaigne, Marie de Gournay (1565-1645) [27], la poétesse et savante néerlandaise Anna Maria Van Schurman (1607-1678) [28], la philosophe catholique Gabrielle Suchon (1632-1703) [29] ou le philosophe cartésien converti au protestantisme François Poullain de la Barre (1647-1725) [30]. De même la théologienne anglaise Mary Astell (1666-1731) avait dénoncé le caractère politico-culturel de l’assujettissement féminin. Son ouvrage Serious Proposal to the Ladies for the Advancement of their True and Greatest Interest [31] présentait un plan d’enseignement exclusivement réserve aux filles et aux jeunes femmes qui n’est pas sans annoncé le « programme pédagogique » du rituel étudié.

Ce thème « féministe » reprend force et vigueur au milieu du XVIIIe siècle, de part et d’autre de la Manche. Il semble se retrouver comme un fil rouge dans le rituel, sans doute par qu’il est dans l’esprit du temps. En effet, un courant de réaction à la prééminence du masculin sur le féminin s’exprimera à travers les écrits d’auteurs et surtout d’auteures qui généralement sous couvert d’anonymat manifestèrent leurs revendications. Reprenant des arguments déjà développés par Gournay & Poullain de La Barre, l’ouvrage précurseur est celui de Sophia, A Person of Quality [32]. Il s’agit d’une remise ne cause fondamentale du postulat machiste de la supériorité naturelle, intellectuelle, culturelle et sociale de l’homme sur la femme. Ce texte connut en France un certain succès.

Selon une hypothèse, il aurait été repris par l’écrivaine moraliste Madeleine de Puisieux (1720-1798), par ailleurs maîtresse de Diderot [33] depuis environ 1745, d’abord sous le titre de Dissertation dans laquelle on prouve que la femme n’est pas inférieure à l’homme (1749), puis sous celui de La femme n’est pas inférieure à l’homme [34]. Il sera republié l’année suivante sous le titre Le Triomphe des dames [35]. On attribue parfois les deux textes au mari de Madeleine, Philippe-Florent de Puisieux (1713-1772), avocat de Parlement de Paris, ambassadeur de France en Suisse car il était en effet l’auteur de nombreuses traductions depuis l’anglais. Selon d’autres, le texte de Mary Wortley Montagu serait une réécriture de l’égalité des sexes (1673) de François Poullain de La Barre (1647-1725), lors de son exil à Genève (1690).

Quoiqu’il en soit ses thématiques se retrouvent peu ou prou dans le rituel des Amazones.

 

*** Un invitation à une certaine égalité, voire une égalité certaine frères/sœurs en loge ?

 

Faut-il inclure ce texte dans la littérature qui durant tout le XVIIIe siècle présentait les arguments défavorables ou favorables à la présence des femmes en loge ? En effet, en autre chose, la maçonnerie des Dames exprima un proto-féministe, au moins dans sa forme marginale et non réglementée des années 1750, à l’exemple de la loge de Juste, à La Haye (1751). Lorsque, notamment en France, s’institutionnalisa la maçonnerie dite d’adoption, la question de l’admission des femmes en loge (à égalité avec les hommes) se reposa. Ce débat est particulièrement vif dans les décennies 1770/1780 comme le montrent les quelques exemples suivants, d’autant que c’est en 1774 que le GOdF codifia le statut de la maçonnerie des Dames.

* Discours du 5 mai 1777 de Pierre-Louis Goulliard Aîné (173 1-1800), ancien séminariste, avocat au Parlement, régent de la faculté de Droit de Paris, censeur royal, officier du GOdF & vénérable de la loge Sainte-Sophie (1772-1785). Texte cité par G.O. Vat, Etude sur les loges d’Adoption, Paris, V. Gloton, 1933, p. 38/42.

* 15 mai 1777 : discours de Pierre A. F. Choderlos de Laclos (1741-1803), lors de l’installation des loges masculine & d’adoption L’Union parfaite, sise à Salins (BM Besançon, ms).

* Beyerlé-Philalète, Jean-Pierre Louis (de) Beyerlé (1738-1805), Essai sur la franche-maçonnerie ou du But essentiel et fondamental de la franche-maçonnerie, Latomopolis, X, Andron, l’an de la V.L. 5784, 2 volumes, appendice De la FM d’Adoption, à partir de la page 241.

. Le texte est très contemporain des écrits cités ci-dessus. Il est donc possible qu’un nouvel ordre mixte ait été envisagé dans l’attente (ou par substitution) d’une maçonnerie des deux sexes ?

 

*** Un texte inclus dans l’omniprésente thématique amazonique du XVIIIe siècle.

 

Au XVIIIe siècle, la thématique amazonique sera omniprésente dans les arts, les lettres, l’histoire et la géographie.

* Ce fut Francisco de Orellana (c.1490/1511-1545) qui définitivement donna le nom d’Amazone pour la simple raison que pendant son voyage sur le grand fleuve de l’actuel Brésil, il fut attaqué le 24 juin 1541 par une tribu de femmes guerrières. Il est également à l’origine du mythe de l’El Dorado.

* Mocquet, Jean, Voyages en Afrique, Asie, Indes Orientales & Occidentales garde du cabinet des singularités du roi, aux Tuileries, enrichi de figures, 6 vol., Paris, Jean de Heuqueville, 1617.

* Pierre Petit (1617-1687), « De Amazonibus dissertatio qua an vere extiterint, necne, vanis ultro citroque argumentis et conjecturis disputatur », Paris, A. Cromoisy, 1685; (voir plus loin : Traité historique sur les Amazones, Leyde, J.A. Langerak, 1718) [36].

* Le jésuite tchéque Samuel Fritz, après avoir parcouru l’Amazone de 1689 à 1692, dressa la carte du fleuve qui sera publiée à Quito en 1707. La version française a été publiée en 1717 à Paris.

* La Neuville, P. de, Chaillou Michel., Saltiel, M., « Lettre sur le fleuve des Amazones », (Journal de Trévoux, novembre 1722) dans La Petite vertu : huit années de prose courante sous la régence, Paris, Bailland, 1980, p. 337-340.

* Guyon, Claude-Marie, Histoire des Amazones anciennes et modernes : enrichie de médailles : avec une préface historique pour servir d’introduction, Bruxelles, Jean Leonard, 1741 [37].

* La Condamine, Charles Marie de, Journal de voyage fait par ordre du roi à l’Equateur, servant d’introduction historique à la « Mesure de trois premiers degrés du méridien dans l’hémisphère austral », Paris, Imprimerie Royale, 1751

[* Charles-Marie de La Condamine (1701-1774) qui relate l’expédition faite en 1737-1743 avec le mathématicien Pierre Bouguet (1698-1760) et l’astronome Louis Godin (1704-1760), [1]« Relation abrégée d’un voyage fait dans l’intérieur de l’Amérique méridionale, en descendant la rivière des Amazones »].

 

  1. NB : L’omniprésence du mythe des Amazones dans les récits et travaux des voyageurs et géographes aux Amériques est si importante qu’elle va entrainer dans l’iconographie la représentation/symbolisation du continent américain sous les traits d’une Amazone.

 

Au XVIIIe siècle, les Amazones sont également omniprésentes dans les arts (François Verdier, Louis Elle Le Jeune, Jean-Germain Drouais, Wilhelm Tischbein, Johann Platzer) dans la littérature : sans être exhaustif (loin s’en faut), citons :

* Marthésie, première reyne des Amazones, tragédie chantée devant le roi, à Fontainebleau (octobre 1699) et à l’Académie de musique (Paris), le 29 novembre 1699, musique d’André-Cardinal Destouches (1672-1749), paroles d’Antoine Houdar de La Motte (1672-1731).

* Louis Fuzelier (c.1672-1732), auteur prolixe (240 pièces environ), Thésée ou la défaite des Amazones, pièce en trois actes et intermèdes, avec un nombre variable de personnages, 1701, Paris, foire Saint-Laurent, au théâtre de marionnettes d’Alexandre Bertrand (1684-1723).

* François Augustin Paradis de Moncrif (1687-1770), de l’Académie française (1733), Zéloïde & Amanzarifdine, contes indiens, 1715

* François de Salignac de La Mothe-Fénélon (1651-1715), archevêque de Cambrai (1695), Voyage dans l’île des Plaisirs, extrait des Fables et opuscules pédagogiques, édition posthume (1718), collationnée par le Chevalier Michel André de Ramsay (1686-1743) & par Gabriel de Salignac de La Mothe, marquis de Fénélon (1688-1746)

* traduction en français du De Amazonibus dissertation de P. Petit (1685) sous le titre de Traité historique des Amazones où l’on retrouve tout ce que les auteurs tant anciens que modernes ont écrit pour ou contre ces héroïnes, Leïde, Marchand, 1718 & J. A. Langerak, 1718, tous deux en deux volumes.

* Alain-René Lesage (1668-1747) & Jacques Philippe d’Orneval (c. 1700- c. 1766), L’Isle des Amazones, opéra-comique, pièce en un acte qui devait être jouée à la foire St Laurent, en 1718, mais éditée seulement en 1721.

* Marc-Antoine Legrand (1673-1728), Les Amazones modernes, comédie, Théâtre de Monsieur le Grand (1727).

* Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (1688-1763), La nouvelle colonie ou la Ligue des femmes, présentée (une seule fois) au Théâtre-Italien de Paris, le 18 juin 1729, puis publiée sous le titre la colonie, comédie en prose et 18 scènes, dans Le Mercure en décembre 1750.

* Louis (don Luis) Le Maingre de Boucicaut (Bouciquault), Les Amazones révoltées, comédie en cinq actes, roman moderne en forme de parodie sur l’Histoire universelle, Rotterdam, 1730.

* Le Nouveau Gulliver ou voyage de Jean Gulliver, fils du capitaine Gulliver, Traduit d’un manuscrit anglois par Monsieur L.D.F. [l’abbé Pierre-François Guyot-Desfontaines, 1685-1745], Paris, La veuve Clouzier & François Le Breton, 1730.

* Louis Rustaing de Saint-Jorry (c. 1690-1752), Les femmes militaires, relation historique d’une isle nouvellement découverte, chez Claude Simon & Pierre De Bats, A Paris 1735.

* Anonyme, Zensoli & Bellina ou la tragédie de la nature, La Haye, 1746.

* Anonyme, Antiope, reine des Amazones, traduit du grec par M.D.N***, Paris, J. Clousier, 1749.

* Anne-Marie du Boccage (1710-1802), Les Amazones, tragédie en cinq actes, Paris, F.Mérigot, 1749.

*Thème amazonique repris dans La Colombiade ou la Foi portée au Nouveau Monde, Paris, (1758).

* Farin de Hautemer (c. 1700- c. 1770), Les femmes corsaires ou l’Île des Amazones, opéra-comique ballet en un acte, représenté pour la première fois sur le théâtre de la foire St Laurent, le 24 août 1753 (plagiat de la comédie de Lesage et d’Orneval).

* Talestri, regina delle Amazzoni, dramma per musica, musique et livret d’Ermelinda Talea (pseudonyme de Marie Antoinette Walpurgis de Bavière (1724-1780), princesse de Saxe), Nymphenburger Schloss, près de Munich, 6 février 1760.

* Jean-Pierre Louis dit le marquis de Luchet (1740-1792), La reine de Berni, nouvelle historique, Amsterdam & Paris, Grangé, 1766.

* Etienne Lauchery (1732-1820), L’Amour vainqueur des Amazones (1769), ballet héroï-pantomine, musique de Johann Christian Innocenz Cannabich (1731-1798).

 

***Mais la thématique amazonique est peu présente dans le corpus maçonnique

A mis-siècle, on trouve bien l’œuvre d’Antoine Alexandre Henri Poinsinet (1735-1769), les Fra-Maçonnes. Parodie de l’Acte des Amazones, [opéra-ballet de Rameau, livret de Louis de Cahusac, et plus spécialement de la première entrée dite Osiris ou les Amazones] dans l’Opéra des Fêtes de l’Amour et de l’Himen, en un acte, représentée pour la première fois sur le Théâtre de la Foire Saint-Laurent, le 28 août 1754, A Paris, chez Duchesne, Libraire…

En réalité, il s’agit d’une tentative de femmes pour percer le secret des loges.

Postérieur aux premières versions du rituel, la Société Olympique (souchée sur la loge parisienne L’Olympique de la Parfaite Estime) possède un chapitre des Amazones (au rôle par encore précisé) qui selon le tableau de 1786 compterait onze sœurs /

* Jeanne David, comtesse de Colbert par mariage avec Louis Henri François Colbert (1737-1792), comte de Chabanais.

* Marie Anne Rosalie Adam, Dame Cheyssac, par mariage avec André de Cheyssac, sieur de La Rivière

* Antoinette Louise, marquise de Corberon, par mariage avec Pierre Philibert Bourrée, marquis de Corberon (1746-1794), vénérable de la loge Olympique.

* Marie Marguerite des Hayes, comtesse Dauvet, par mariage avec Alaoin Louis, seigneur de Bouffé, dit le comte Dauvet.

* Marie Josèphe de Robert de Lignerac de Caylus, comtesse Duplessis, par mariage avec Pierre François Olivier de Rouget dit le comte Duplessis de Bellière (1756-1816).

* Marie Adelaïde Bouret, dame Lahaye, par mariage avec Charles Marin de La Haye des Fosses, fermier général.

* Petronille de La Lande, dame Delaunay, par mariage avec Louis Guillaume Cordier de Launay de Montreuil.

* Marie Elisabeth Des Brets, marquise de Lucenay, par mariage avec Pierre Louis Randon dit le marquis de Lucenay.

* Charlotte Marie Lelong de Vadancourt, dite la marquise de Pardieu par mariage avec Guy-Félix Centurion, marquis de Pardieu (1758-1799).

* Elisabeth Langloys, mariée à Jean-Baptiste Pavée, seigneur de Vandeuvre (1752-1814).

* Jeanne Louise d’Aumont (1731-1816), duchesse de Villeroy par mariage avec le 5e duc de Villeroy, Gabriel de Neufville (1731-1794).

 

*** Faut-il alors se tourner vers la Pologne, le pays des Sarmates ?

En 1767 est fondée à Varsovie, la loge Le Vertueux Sarmate (Cnotliwego Sarmaty), présidée par le comte Alojzy Brühl (1739-1793), grand maître de l’artillerie du roi de Pologne et fils du comte Heinrich évoqué plus haut. En juin 1769, August Moszynski (1731-1786), lui succède à la tête d’un atelier auto-proclamé Grande Loge.

Par une politique d’alliance matrimoniale, le saxon Brühl se fit patriote « sarmate ». Le sarmatisme était à la fois un mouvement culturel & patriotique, une idéologie de caste et un mode de vie pour la Szlachta (noblesse) polonaise. Au bas Moyen Âge, le mythe sarmate était apparu en Pologne. En 1555, Marcin Kromer (1512-1586), prince-évêque d’Ermeland et secrétaire royal des rois Sigismond 1er et Sigismond 2e théorisa l’origine sarmate de la Pologne. La noblesse polonaise vit dans les Sarmates sa propre origine, différente de celle du peuple[38]. Des traditions, comme le costume sarmate (inspiré de vêtements persans et/ou turcs) ou l’habitude de se raser le crâne furent « inventées ». Ce corpus servit de construction légitimatrice à la confiscation de la vie publique par l’aristocratie. Formant 4 à 12% de la population, mais très hétérogène, de la magnateria (haute aristocratie) jusqu’à la gueuserie nobiliaire, en passant par le Ziemianstwo (moyenne noblesse terrienne), cette « élite » fut idéologiquement et culturellement unifiée par le sarmatisme. Mélange de traditions équestres, de culte du terroir, d’esprit de caste, de religiosité flamboyante & d’activités civiques, le sarmatisme pénétré par les Lumières et l’influence française, s’étendit à tous les aspects de la société aristocratique (philosophie, style, habillement, habitat, conversation, décoration) [39]. Les malheurs de la Pologne dans le dernier tiers du XVIIIe siècle amenèrent une revalorisation du sarmatisme comme défense et illustration identitaires et patriotiques de la nation.

2. NB : Le sarmatisme remit à la mode l’épisode des Amazones de Bohème. Imaginées par la princesse Libussa, fille du « roi » Krok, elles furent organisées par une jeune guerrière Wlasta (début VIIIe siècle). A la mort de la princesse (c. 722-5), un conflit naquit avec le prince consort Premysl le Laboureur. Wlasta incita à la formation d’un état gynécocratique indépendant qui se maintint sept ou huit ans avant d’être vaincu, par la ruse, par les Bohémiens. Cette histoire est narrée dans la Chronica Boemorum (Histoire des habitants de la Bohême, pays des Tchèques), rédigée par Cosmas de Prague, un intellectuel européen des 11ème et 12ème siècles, devenu doyen de la cathédrale de Prague et historien de son peuple. Le 210e pape Pie II (1458/1464), sous le pseudonyme d’Anéas Sylvius, dans sa Historica Bohemica (1457) attribue une parenté amazonienne à cet événement.

Cette histoire sera reprise par le savant polonais et franc-maçon Jan Potocki (1761-1816) au 18ème siècle dans Fragments historiques et géographiques sur les Slaves[40]. La date est postérieure d’une vingtaine d’années à la rédaction dudit rituel, mais on peut supposer que l’épisode des Amazones de Bohème était connu dans la Pologne sarmate.

 

*** La Pologne est aussi le pays des Ordres androgynes

 

Sternkreuz-Orden (congrégation de la Croix étoilée), ordre féminin fondé à Vienne en 1683, mais avec de nombreuses ramifications en Pologne, notamment grâce à la polono-écossaise Izabela Morstin (1671-1758), mariée au prince Kazimierz Czartoryski (1674-1741)[41].

Confrérie rouge (Czerwone Bractwo), fraternité mixte fondée à Varsovie en 1720 (siège à Torun).

Ordre des Mopses d’origine « allemande » mais avec des groupes en Pologne dont le roi (1733/63) Auguste III est le grand maître.

Ordre des Chevaliers et des Dames de la Persévérance, avec une implantation en Pologne grâce à Anna Teresa Potocka et la complicité du roi Stanislas II.

Société de la Table Ronde.

Ordre des Hermines (quelques Polonaises).

Le Vieux Sarmate possédait une brillante loge d’adoption présidée entre autres par la sœur du roi la comtesse Isabelle Branicka [42] (1730-1813), dite Madame de Cracovie[43] & Anna Teresa Potocka (1746-1810) [44], dame chevalière du Sternkreuz-Orden. On y trouvait également deux cousines germaines, petites-filles d’Izabela Czartoryska (Morstin), Izabela Poniatowka[45](Brancka) (1730-1813), mariée au comte Jan Klemens Branicki  & sœur du roi Stanislas II, & Izabela Czartoryska[46] (Lobomirska) (1733/1816), mariée au prince grand maréchal Stanislas Lobomirski (172261782).

Cf. http://mvmm.org/c/docs/div19/elsner3.html

  1. Néanmoins la France demeure le grand pays des ordres et sociétés androgynes badines, galantes et/ou culturelles.

 

Hypothèse

Faute d’autres documents, il est donc difficile de préciser la nature exacte du Rituel de l’Amazone anglaise.

On ne peut émettre que des hypothèses qui seront confirmées, modifiées ou infirmées en fonction de la découverte de nouvelles sources.

Peut-être s’agit-il d’un Ordre (simplement imaginé) androgyne, « inventé » dans les milieux polonais sarmates maçonniques & importé en France par des Polonais (décennie 1760) ?[47]

Peut-être s’agit d’un projet d’un Ordre androgyne élaboré en France comme moyen de « contournement » (d’entrisme) dans la maçonnerie qui par le système de l’adoption tenait les femmes en infériorité dans les loges ?

Peut-être s’agit d’un manifeste « proto-féministe » arrivé dans le corpus maçonnique un peu par hasard ?

Peut-être… ?

Ensuite ledit rituel aurait été inscrit (délibérément ou par hasard) dans un cahier maçonnique (fin décennie 1760/début 1770)…

Puis cette version aurait été recopiée à la fin d’un cahier d’adoption (1771-1775)…

Avant d’être déclarée 7e grade d’un système d’adoption (1818) ???

Non idem est si duo dicunt idem.

 

[1] Du Pays des Scythes. Le héros Héraclès, aidé de Thésée, après avoir vaincu comme neuvième des travaux imposés à lui par le roi Eurysthée d’Argolide, les Amazones à la bataille du fleuve Thermodon, en Cappadoce, au cours de laquelle leur reine Hippolyté fut tuée, avait fait monter les survivantes prisonnières sur trois navires pour les amener en Grèce. Durant la traversés, les guerrières se révoltèrent et massacrèrent leurs geôliers, mais ignorant tout de l’art de la navigation, elles errèrent sur les flots du Pont Euxin avant d’échouer sur les rivages du Palus Maiotis (peut-être l’embouchure du Don ?), avant-pays de la Scythie. Ayant débarqué, les Amazones s’emparèrent d’un troupeau de chevaux et s’empressèrent d’attaquer les autochtones, lesquels furent tout à la fois irrités, surpris et consternés quand ils découvrirent que leurs agresseurs étaient de jeunes guerrières. Préférant l’amour et la diplomatie à la guerre, les Scythes envoyèrent les plus jeunes d’entre eux auprès des Amazones pour les amadouer, les séduire et plus si affinité(s). La stratégie fut payante. Les indigènes proposèrent aux Amazones de s’installer avec eux en Scythie, mais elles refusèrent invitant à leur tour leurs compagnons à les suivre, ce qu’ils firent. Ainsi fut fondée la nation des Sauromates (Sarmates), peuple des steppes de l’actuelle Russie méridionale, connue par la description faite par Hérodote, au livre IV de ses Histoires.

[2] Théorie du texte, in Encyclopedia Universalis, 1973, tome 22 (2002), p. 461/65.

[3] Cf. Snoek Jan, Le rite d’adoption et l’initiation des femmes en franc-maçonnerie, Paris, Dervy, 2012.

[4] Pour le ms de Lyon : Brin/Evinter/Madine/Prentemev.

[5] Ruines des plus beaux bâtiments de la Grèce, Paris, H.L. Guerin, Delatour & Nyon, & Amsterdam, Nevalme, 1758.

[6] [& William Newton (1735-1790)], Antiquities of Athens, Londres, John Haberkorn, 1762 à 1816.

[7] Il deviendra roi d’Espagne de 1759 à 1788 sous le nom de Charles III.

[8] Puis roi des Deux-Siciles de 1816 à 1825.

[9] Florence, Stamperia imperiale, 1748.

[10] Vérone, Stamperia del Seminario, 1748.

[11] A Venise, Lorenzo Baseggio, 1749.

[12] Naples, Regia Stamperia.

[13] I-V, Le pitture antiche d’Ercolanoe contorni incise con qualche spiegazione, 1757-1779 ; De’bronzi di Ercolano, 1767-1771, 2 vol.; VI, I busti…1767 ; VII, Le statue… 1771 ; VIII, Le lucerne…1792.

[14] Naples, Regale Stamperia Palatina, 1752, 4 volumes.

[15] Naples, Regia Stamperia di S.M., 1755.

[16] Né protestant et pauvre, lettré, Winckelmann fut secrétaire (1748/1753) du comte Heinrich von Bünau (1697/1762), puis se convertit au catholicisme et partit pour Rome où il fut successivement bibliothécaire des cardinaux Alberico Archinto (1698-1758) et Alessandro Albani (1692-1779).

[17] Dresde, George Conrad Malther, 1762.

[18] Dresde, Malther, 1764.

[19] Un des plus célèbres Rollen Buroughs (Bourgs Pourris) de l’Angleterre qui élisait deux députés de 1311 à 1832.

[20] Account of the discoveries at Pompeii, Londres, W. Bowyer & J. Nichols, 1777.

[21] Naples, F. Morelli, 1766/7, 4 volumes.

[22] Anne-Claude de Pestels, dit le comte de Caylus (1692-1765) avait largement contribué à l’histoire et au succès de l’archéologie par la rédaction d’un recueil des antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et romaines qu’il rédigea entre 1752 et 1765. Le dernier et septième volume avait été publié à titre posthume en 1767. Cet ouvrage présente les objets et les monuments antiques, au nombre total de 2890, qui composent le cœur de sa collection. On compte pourtant pas moins de 400 objets qui ne lui appartiennent pas. Il publie ainsi un grand nombre d’objets provenant des fouilles de Pompéi et d’Herculanum, en dépit des interdictions du Roi des Deux-Siciles. Ces interdictions concernaient tout autant le commerce des antiquités de Campanie que leur diffusion par le dessin et la gravure.

[23] Herculanum, L’Encyclopédie, tome VIII, 1766, p.150/154.

[24] On trouve cette référence (trente-deux historiens et douze poètes, à quelques variantes près) dans un auteur à la vie méconnue, le numismate et historien François de Chassipol, dans son Histoire nouvelle des Amazones, Lyon, imprimeur-libraire Thomas Amaulry & Paris, Claude Barbin, 1678. Ce détail inciterait à penser que le dit texte est d’origine française, ou du moins conçu dans un milieu francophile et/ou francophone. Le même ouvrage donne une description adoucie des guerrières, régies par une sororité franche construite sur des principes équitables, chaleureux et égalitaires. Il semble donc être une des sources dudit rituel. Le nombre d’historiens et de poètes est supérieur à trente-huit et douze car selon les divers manuscrits, les listes ne sont pas tout à fait identiques.

[25] Considéré comme un poète tragique.

[26] Selon le Vœux du Paon (1312/3) de Jacques de Longuyon, les neuf étaient quatre reines (Déiphyle d’ArgosS, Sémiramis de Babylone et Teuca d’Illyrie. Tomirys, reine des Massagètes (cousins des Scythes) est considérée par Christine de Pisan (La Cité des Dames, VII) comme la dernière reine des Amazones) & cinq amazones (Hippolyte, Lampeta, Ménalippe, Penthésilée & Sinope).

[27] Egalité des hommes et des femmes, Paris, n.a., 1622.

[28] Question célèbre, s’il est nécessaire ou non que les Filles soiens Sçavantes, Paris, R. Le Duc, 1646.

[29]Petit traité de la faiblesse, de la légèreté et de l’inconstance qu’on attribue aux femmes mal à propos, publié sous le pseudonyme  de G.S. Aristophile. (G.S. pour Gabrielle Suchon), Lyon, B. Vignieu & Jean Certe, 1693.

[30] De l’Égalité des deux sexes, discours physique et moral où l’on voit l’importance de se défaire des préjugés, Paris, chez Jean du Puis, 1673.

[31] Londres, T.V. pour R. Wilkin, 1694.

[32] Lady Mary Wortley Montagu (1689-1762), Woman Not Inferior to Man, Londres, J. Hawkins, 1739.

[33] L’article « Réflexions sur le Courage des Femmes« , paru dans le Mercure de France en mars 1745, révèle un Diderot nettement féministe. Dans Le Rêve de d’Alembert, rédigé en 17693, Diderot revient sur le rapport homme/femme, mais dans un contexte avant tout biologique. Entre-temps, en vue de la rédaction de L’Encyclopédie, il a suivi intensément le mouvement de la pensée médicale (surtout de 1754 à 1769). Dans ce texte est proposée une identification entre les deux sexes, identification non contraignante, libératrice…[ D’après Jean Varloot {Le Rêve de d’Alembert, Editions Sociales, Paris 1971, p. LIV, LV), la publication des dialogues se fit dans La Correspondance littéraire d’août 1782 sous forme restreinte. Ils ne furent édités intégralement qu’en 1830].

[34] Traduit de l’Anglois, à Londres, 1750.

[35] De Milledi P****, à Londres, 1751.

[36] Compte tenu de la multiplicité et de l’importance des textes amazoniens, Pierre Petit en déduit la réalité historique de l’existence des Amazones constituées en République, preuve que les femmes sont capables de gouverner et de s’organiser politiquement.

[37] L’abbé Guyon défend lui aussi la réalité historique des Amazones, mais constate que les femmes d’aujourd’hui ont perdu leurs qualités guerrières d’antan d’autant que plus la guerre, elles ont la propension à vivre en paix.

[38] Cf. L’Empire des Sarmates : aujourdhuy royaume de Pologne, Nuremberg, Lochner, 1748, du prince Jozef Jablonowski (1711-1771) : les Polonais sont des descendants des Sarmates & des Amazones (et/ou les Amazones sont des Sarmates).

[39] Les « Républicains Sarmates » sont dirigés par le clan Potocki, fortement maçonnisé.

[40] Brunsvic [Brunswick], dans la Librairie des Ecoles, 1796.

[41] Une de ses filles, Konstancja (1700-1759), fut la mère du roi Stanislas II August.

[42] Sœur de Stanislas II Auguste Poniatowski (1732-1798), roi de Pologne (1764-1795).

[43] Veuve, Izabela épousa Andrzej Mokronowski (1713-1784) qui avait fait et fera diverses missions en France avant de devenir le 26 février 1784 grand-maître du Grand Orient de Pologne, avant de décéder le 4 juin courant.

[44] Née Ossolinska, mariée au comte Josef Potocki (1735-1802).

[45] Fille de Konstancja Czartoryska (1700/1759) & de Stanislas Poniatowski (1676-1762).

[46] Fille d’August Aleksander Czartoryski (1697-1782), lui-même frère de Konstancja (et par elle oncle du roi Stanislas II).

[47] Cette hypothèse avait été avancée et développée par Olivia Harman, dans un article pertinent et novateur L’Azille enchnaté ou la réunion des deux sexes, in Renaissance Traditionnelle, n° 127/128, juillet-octobre 2001.

NB. La thématique amazonique (amazonienne) a été grandement renouvelée par l’ouvrage d’Adrienne Mayor, The Amazons, Lives and Legends of Warriors Women Accros the Ancien World,  Princeton (New Jersey), Princeton University Press, 2014; traduit de l’anglais par Philippe Pignarre, Les Amazones. Quand les femmes étaient les égales des hommes (VIIIe  siècle av. J.C.-Ier siècle apr. J.C.), Paris, La Découverte, 2017, bibliographie, p. 537/551.

SOURCE : https://yveshivertmesseca.wordpress.com/2017/07/28/sur-la-piste-des-amazones/

LA MACONNERIE DISSEQUEE 24 février, 2016

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

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Union Maçonnique Universel du Rite Moderne

 

LA MACONNERIE DISSEQUEE

Samuel Prichard 1730

                       

Eques a Leopardo aureo

Liberaliter agere

 

Ce texte est un des textes fondateurs, en particulier pour ceux qui pratiquent les rites basés sur les principes des Moderne.  C’est la première divulgation complète avec le grade de Maître. Je pense donc qu’il est de mon devoir de Franc-Maçon, dans la recherche de la vérité, de le mettre gracieusement à la disposition des Sœurs et des Frères. Que le traducteur et les frères qui m’ont aidé soient remerciés.

J’ai inclus le tableau de la Grand Loge de Londres fait par Picart en 1735. On le trouve dans Illustrations de Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde.   Source : Bibliothèque nationale de France.

Ce document est particulièrement intéressant : il montre bien la forme en équerre de la table autour de laquelle les Frères se réunissaient et l’emplacement des trois chandeliers.

Je vous joins en introduction un petit texte de l’érudit de notre Ordre en ce début du 3ème millénaire: Alain Bernheim.

Jean-Claude Villant                        jvillant@yahoo.fr

Membre de l’académie Internationale du Vème Ordre U.M.U.R.M.

 

Que nous apprennent les plus anciens documents maçonniques écrits en anglais?

Tout ce que nous savons des anciennes cérémonies maçonniques en Grande-Bretagne se trouve réuni dans un livre intitulé The Early Masonic Catechisms, publié en 1943 par Douglas Knoop, G. P. Jones et Douglas Hamer. Une seconde édition de cet ouvrage, revue et complétée, fut publiée en 1963, avec une Préface de Harry Carr. Elle comprend notamment la transcription de dix manuscrits (catechisms) et de dix divulgations imprimées.

Les trois plus anciens manuscrits transcrits dans ce livre proviennent d’Écosse et furent écrits dans les années 1700, c’est-à-dire avant qu’aucune Grande Loge au monde n’ait été fondée. Ils sont divisés en deux parties distinctes: l’une comprend les questions et les réponses que l’on posait à un Maçon qui affirmait être en possession du « Mot de Maçon » avant de le reconnaître (comme tel). Ces questions et réponses deviendront ce que nous appelons aujourd’hui instructions ou mémentos (les Anglais les appellent catechisms ou lectures) et donneront naissance au milieu du 18è siècle à l’ouverture et à la clôture rituelle des travaux d’une loge. L’autre partie décrit notamment une cérémonie se rapportant à la communication du « Mot de Maçon » à un Apprenti. Cette cérémonie est l’ancêtre de ce que nous appelons aujourd’hui initiation, passage et élévation, c’est-à-dire la manière de recevoir un profane dans la Franc-Maçonnerie (l’initier comme Apprenti), puis de lui conférer deux autres grades, ceux de Compagnon et de Maître.

La première divulgation imprimée fut publiée à Londres en avril 1723. La dernière divulgation de cette première période, Masonry Dissected de Samuel Prichard, date d’octobre 1730. Ce texte célèbre est particulièrement intéressant pour deux raisons: il est le premier à reproduire en trois parties séparées les questions et les réponses concernant les grades d’Apprenti, de Compagnon et de Maître; il est également le premier à narrer les circonstances dans lesquelles l’architecte Hiram fut assassiné. Comme la mention de ce meurtre ne se trouve ni dans la Bible ni dans les Old Charges (les anciens manuscrits des maçons opératifs), on peut en conclure que son récit a dû être inventé aux environs de 1730.

Aucun de ces vingt textes ne constitue un « rituel » au sens contemporain du mot, c’est-à-dire le dialogue et la description des actions accomplies pour ouvrir et fermer les travaux d’une loge, ou pour conférer un grade. Mais presque tous comprennent différentes versions du serment que prêtait, comme aujourd’hui, un nouveau Maçon, serment par lequel il s’engageait, sous peine de châtiments graves, à ne révéler d’aucune manière les secrets qui lui avaient été transmis. Les précédentes générations d’historiens maçonniques en tirèrent la conclusion apparemment logique qu’on ne saurait accorder d’authenticité aux textes de ces divulgations puisqu’ils ne pouvaient avoir été écrits que par des parjures… Jusqu’au jour où le hasard fit qu’on s’aperçut que quelques lignes écrites en 1702 dans le Livre d’Architecture d’une loge d’Écosse se retrouvaient presque identiquement dans les anciens manuscrits des années 1700 (cf. Harry Carr, AQC 63, 1950, pp. 259-263). Les historiens anglais comprirent alors qu’il convenait de ne pas confondre les documents manuscrits qui avaient sans doute servi d’aide-mémoire, avec certains textes imprimés, publiés dans le but de ridiculiser la Franc-Maçonnerie ou de lui porter tort. Ils en conclurent que plusieurs de ces textes étaient très vraisemblablement authentiques.

Ils estiment d’autre part qu’aucune autre divulgation de caractère authentique ne fut publiée en  anglais pendant la période comprise entre octobre 1730 et avril 1760.

Alain Bernheim  33ème

 

La maçonnerie disséquée

(1730)

Samuel Prichard

Commentaire et traduction nouvelle par Gilles Pasquier

 

Description générale et véridique de toutes ces parties depuis l’origine jusqu’au moment présent. Telle qu’elle est donnée dans les Loges régulières constituées tant en ville qu’à la campagne, selon les différents grades d’admission. Donnant un récit impartial de leur procédure régulière lors de l’initiation de leurs nouveaux membres à l’ensemble des trois grades de la Maçonnerie, c’est-à-dire 

I. Apprenti Entré.  II Compagnon du Métier.  III Maître.

A cela est ajoutée sa propre défense par 1’auteur.

 

Troisième édition par Samuel PRICHARD  ancien membre d’une Loge constituée.

LONDRES: Imprimé pour J. Wilford aux Trois Fleurs de Lys* derrière la maison du chapitre près de Saint -Paul

1730

Prix : 6 pence

(SERMENT)

Samuel Prichard a fait le serment que le texte ci-annexé est un texte authentique et véridique dans tous les détails.

(A juré le 13e jour d’octobre 1730 Aérant moi R. Hopkins)

                                  SAM. PRICHARD

(Dédicace)

A la Très Vénérable et Honorable Fraternité des Maçons France et Acceptés.

Frères et compagnons,

Si les feuillets qui suivent, écrits avec impartialité, obtiennent l’approbation unanime d’une si illustre Société, je ne doute pas que leur caractère général ne soit diffusé et estimé parmi le reste de l’humanité cultivée, ce qui, je l’espère, donnera, entière satisfaction à tous les amis de la vérité, et je resterai, avec une très humble soumission, le plus obéissant et le plus humble serviteur de la Fraternité.

Ce « catéchisme » est assurément un grand classique du corpus des textes anciens de la maçonnerie, puisqu’on en connaît plus de trente éditions sans tenir compte des éditions pirates. La première parution est du 20 octobre 1730 et ce fut sans doute un succès de librairie, car un second tirage intervint le 23 octobre suivant et un troisième le 31 octobre. C’est sur cette troisième édition, dont un exemplaire est conservé au British Muséum et dont le texte est reproduit dans Tue Early Masonic Catechisms de Knoop, Joncs et Hamer que nous avons travaillé.

On disposait jusqu’à présent d’une traduction française de Masonry Dissected datée de 1743 (reproduite en 1976 par les éditions du Baucens). Cette dernière traduction était précieuse mais incomplète, voire erronée sur quelques points; il convenait donc d’en présenter une nouvelle aux curieux de la tradition maçonnique.

Les faux frères ou imposteurs

On se posera bien sûr la question de savoir si l’auteur était maçon. D’après Harry Carr (AQC, n° 94, p. 107) Samuel Prichard était en 1728 visiteur de la loge « Le Cygne et la Coupe» et membre de la loge « La Tête d’Henry VIII ».

Samuel Prichard se présente lui-même comme un ancien maçon, mais aussi comme un adversaire résolu de la maçonnerie. C’est du moins ce qui apparaît dans la justification qui suit le texte du catéchisme proprement dit. Pour S. Prichard, la maçonnerie est une escroquerie à laquelle il ne faut pas se laisser prendre. C’est d’ailleurs pour lever ce leurre et le rendre inopérant que S. Prichard dévoile du mieux qu’il peut les « secrets » de la maçonnerie.

Du mieux qu’il peut et c’est déjà très bien: cet adversaire de la maçonnerie est très informé sur le sujet, le contenu du pamphlet en fait foi. C’est justement au vu de cette richesse documentaire que la réaction de S. Prichard à l’égard de la maçonnerie nous étonne. La raison de cet étonnement, c’est que l’on sait qu’une position initiatique implique, pour être soutenue, certaines conditions, nécessaires mais non suffisantes il est vrai. Ces conditions font l’objet de la plus grande attention de la part des maçons du XXè siècle où règne la quantité: pureté des rituels et mise en pratique effective. Nous n’avons pas à dire ici quels effets portent les rituels qui remplissent ces conditions. Seulement, nous devons remarquer qu’en 1730 lesdites conditions étaient indubitablement respectées: le rituel était alors dans sa pureté d’origine et Masonry Dissected nous donne le reflet d’un rituel déjà très complet. Quant à la pratique, elle n’était à coup sûr pas remplacée par une simple lecture. Or, il semble que S. Prichard – s’il a été comme il l’affirme, maçon et donc impétrant dans un rite maçonnique – n’ait rien vécu: il ne lui est rien arrivé. Pour lui les secrets de la maçonnerie se réduisent aux mots, signes et attouchements qu’il dévoile et il a tout à fait l’air d’un profane avec tablier (alors que nous connaissons des maçons sans tablier).

Entrait-on facilement dans une loge en 1730 ? C’était sans doute difficile, mais faisable: les tavernes où se réunissaient les loges étaient des lieux publics. Dans la mesure où l’information sur les individus circulait plus lentement que de nos jours, un « voyageur » pouvait se faire passer pour « visiteur » après avoir prêté l’oreille au bon moment, ou même après avoir lu A Mason’s  Examination. Tout cet arrière-plan donne au maçon S. Prichard une responsabilité qui dut peser lourd dans la décision du député grand maître de proposer dès le 15 décembre 1730 (E.M.C., p. 17), que désormais l’entrée en loge ne soit plus accordée qu’à des visiteurs dont les membres de la loge pourraient se porter garants. Les minutes de la Grande Loge précisent bien que cette proposition faisait suite à la parution de Masonry Dissected. On comprend dès lors l’opinion défendue par B.E. Jones dans Freemason’s  Guide and Compendium, selon laquelle I interversion des mots de reconnaissance avait été rendue nécessaire par les publications de A Mason’s Examination et de Masonry Dissected. Il est vrai que, pas plus dans Masonry Dissected que dans A Mason’s  Examination, on ne discerne entre J. et B. quel mot est spécifique du premier ou du second grade: les deux textes attribuent à la fois J. et B. à l’apprenti. Mais outre qu’ils exposent des détails propres à chacun des deux grades, ces pamphlets permettaient à un patron de taverne de faire ce que l’on vit à l’époque: créer de faux maçons pour quelques shillings. L’interversion des mots allait s’ajouter à la précaution, déjà mentionnée, voulue par le député grand maître et contribuer à protéger les loges des « faux frères ou imposteurs »., selon son expression.

Les cowans

Les imposteurs ont leurs pendants opératifs, les cowans, à propos desquels le catéchisme de 1730 se montre très sévère dès le grade d’apprenti: si un cowan était surpris pendant les tenues on le condamnait à rester sous la gouttière de la loge par temps de pluie! Le malheureux devait y être contraint, sauf bien sûr si cette peine était fictive comme celle de l’obligation. Mais le fait que le rôle de couvreur, chargé de tenir les cowans à l’écart, soit dévolu au plus jeune apprenti est significatif: même le débutant de la loge était supérieur aux cowans, qu’il apprenait très tôt à traiter en ennemis.

Qui étaient donc ces cowans?

En nous référant au regretté Harry Carr (The Free-Mason at Work, p. 86) et à Knoop et Jones (The Genesis of Freemasonry, p. 28) nous pouvons dresser le portrait de ces ouvriers. C’étaient des bâtisseurs non maçons qui, à l’origine, n’avaient le droit de construire que des murs en pierres sèches. En 1636, à Canongate, on autorise les cowans à utiliser de la glaise comme mortier, mais pas du mortier à la chaux. En 1623 à Glasgow, on autorise un cowan, un certain John Shedden, à construire des murs avec un mortier de glaise, mais sans chaux ni sable, et jusqu’à une hauteur d’une aune seulement. Dans ce dernier cas, le cowan était dûment enregistré dans la liste des ouvriers du chantier, mais il s’agit là d’une exception dans tous les autres cas il était interdit à un maçon de donner du travail à un cowan. Les Statuts Schaw de 1598 comportent cette interdiction. Il existe même un document de la célèbre loge « Mary’s Chapel » d’Édimbourg, document daté de 1599, qui rapporte qu’un maçon avait dû reconnaître et confesser avoir offensé le surveillant et les maîtres en donnant du travail à un cowan. Ce maçon dut faire une « humble soumission » et promettre de ne pas recommencer.

Harry Carr remarque encore qu’à Kilwinning, les maçons qui acceptaient des cowans étaient condamnés par la loge à des amendes assez lourdes. Et, à Edimbourg, les cowans n’étaient admis au chantier du château que les semaines où aucun maçon n’y travaillait. C’est l’occasion pour notre historien de constater que le terme de cowan est d’origine écossaise. 11 faut souligner à ce propos que les sources de l’Oxford English Dictionary, à l’article cowan, sont toutes écossaises; et que le Chambers Scots Dictionary, qui est un dictionnaire de langue écossais-anglais, comporte bien un article cowan. La présence de ce mot dans Masonry Dissected serait un signe certain de l’influence de l’Ecosse sur la maçonnerie anglaise.

Le rituel de la Première Grande Loge

On ne possède pas le rituel de la Grande Loge de Londres ou Première Grande Loge, fondée en 1717, mais c’est à ce rituel que se réfère Masonry Dissected comme on va le voir. Il va de soi que nous ne considérons pas que la Première Grande Loge avait unifié le rituel de ses loges en 1730. On sait qu’avant 1717 existaient des différences d’une loge à l’autre puisque les «catéchismes», dont notre revue publie les traductions, ne sont pas semblables les uns aux autres. Cela continua sans doute au sein de la Première Grande Loge. C’est d’ailleurs ce qu’explique B.E. Jones dans son récit sur la querelle des Anciens et des Modernes. Les grades mêmes n’étaient pas unifiés: en 1738 certaines loges de la Première Loge sont signalées comme ayant « aussi » un grade de maître (Constitutions d’Anderson, p. 184-190). Cela prouve au moins qu’en 1738 le système à trois grades n’était pas pratiqué par toutes les loges de l’obédience.

Néanmoins, on peut se faire une idée approximative de ce qu’était, en 1730, le rituel de la Première Grande Loge en lisant Masonry Dissected car c’est bien de cette maçonnerie-là que S. Prichard nous parle.

Les preuves de ce que nous avançons là sont dans le pamphlet même: il s’agit de la liste de loges qui fait suite à la justification de l’auteur. Cette liste est apparue dans la troisième édition de Masonry Dissected, édition faite par Prichard lui-même et non par un éditeur pirate. C’est la liste des loges « constituées » et il faut savoir que ce qu’on appelait « loges constituées » en Angleterre en 1730, c’étaient celles de la Grande Loge et non d’autres. On trouve ce terme de constituted dès 1723 dans les Constitutions d’Anderson (p. 71) où il est dit que les loges doivent être solen­nellement constituées par le grand maître ». L’usage de ce mot est d’ailleurs resté de nos jours pour désigner cette cérémonie spéciale au cours de laquelle le grand maître constitue une loge.

C’est donc bien la liste de loges de la Grande Loge de Londres, année 1730, que S. Prichard donne à la fin de son pamphlet. Au reste, si l’on avait quelque doute, il suffirait de comparer cette liste au tableau publié par Erich Lindner dans L’Art royal illustré (p. 257). Ce tableau donne une série de petites images. Ce sont les enseignes des tavernes où se réunissaient les loges de la Première Grande Loge en 1735, soit cinq ans seulement après la publication de S. Prichard. Les enseignes sont numérotées et accompagnées des noms des rues, des quartiers ou des villes où sont situées les tavernes. Les loges prenaient tout simplement, comme titre distinctif, le nom de la taverne où elles se réunissaient. Par exemple, l’enseigne numéro 23 nous montre un croissant de lune accompagné de la mention « Cheapside ». Cela veut dire qu’en 1735, la loge n°23 se réunissait dans la taverne de la Demi-Lune située dans le quartier lon­donien de Cheapside. Or, que trouvons-nous dans la liste donnée par S. Prichard? Qu’en 1730 une loge portant le numéro 23 s’appelait La Demi-Lune et se réunissait dans Cheapside les premier et troisième mar­dis de chaque mois.

Autre exemple: dans la liste de 1730 nous trouvons, au numéro 11, la loge de « la Tête de Reine » qui se réunissait dans Knaves-acre les premier et troisième mercredis de chaque mois. Et dans le tableau de 1735 on voit, au numéro 11, une enseigne constituée par un portrait de femme couronnée, accompagnée de cette mention de lieu: Knaves-acre ».

On retrouve en tout trente-cinq loges de la liste de 1730 dans le tableau de 1735. Certaines ont entre-temps changé de numéro, mais pas de nom ni de lieu de tenue, comme la loge du « Cerf blanc » qui se réunissait à Bishopsgate et portait les numéros 44 en 1730 et 45 en 1735. Cela ferait vraiment trop de coïncidences: c’est bien de la maçonnerie de la Première Grande Loge dont nous parle S. Prichard. Il faut d’ailleurs noter au passage qu’il y a, en plus des similitudes, des différences entre les deux listes. En 1730 la liste comporte soixante-sept loges alors que le tableau de 1735 en donne cent vingt-neuf, dont plusieurs d’ateliers supérieurs au grade de maître. Par ailleurs, sur les soixante-sept loges de 1730, trente-deux ont disparu (ou changé de nom?) en 1735. Tout cela donne l’impression d’un formidable bouillonnement et l’impression est encore plus forte si l’on continue les comparaisons en utilisant la liste publiée à la fin de l’édition de 1738 des Constitutions d’Anderson.

Hiram enfin

Avec le manuscrit Graham (1726) on assistait au premier redressement d’un corps, mais ce n’était pas encore du cadavre d’Hiram qu’il s’agissait. Depuis quand était-il question de cet assassinat dans la franc-maçonnerie? Dans Early masonic Pamphlets (p. 193), Knoop et Jones nous rapportent un texte qui constitue une sorte de prospectus destiné à un public de maçons; « La Maçonnerie antédiluvienne ». Ce document fait allusion au « fils d’une veuve, tué d’un coup de masse». En 1723, le pasteur Anderson mentionnait Hiram dans la première édition des Constitutions, mais ne soufflait mot de la destinée du maître et de sa position de référent dans le rituel d’élévation (11-12, note). Il est vrai qu’en 1723, la Première Grande Loge ne fonctionnait encore qu’avec un système à deux grades, ainsi qu’en témoigne l’article IV des Constitutions de 1723.

Comment la mise au point, ou pour mieux dire la mise en rite, de la légende d’Hiram avait-elle pu s’opérer? Nous devons bien admettre que le processus est encore très mal connu et nous espérons que des documents anciens restent à découvrir qui nous apprendront la vérité sur tout cela. Toutefois il est possible de résumer la situation de la maçonnerie en 1730 de la façon suivante:

La Grande Loge de Londres, ou Première Grande Loge, fondée en 1717, avait débuté avec un système à deux grades: l’apprenti et le compagnon ou maître; le maître en titre étant le maître de la loge, celui qui préside.

Par ailleurs, il existait un système à trois grades. Témoignent de l’existence de ce système les manuscrits Trinity College (1711) et Graham (1726). En témoigne également un document de la loge de Dumbarton Kilwinning, daté de 1726 et que nous rapporte Harry Carr (The Free Mason at Work, p. 274): ce texte dit que le compagnon Gabraël Portefield a été reçu maître « après avoir renouvelé son serment et payé son droit d’entrée».

Si l’on admet que le grade de maître est apparu au terme d’une évolution, on peut considérer que le manuscrit Graham (1726) nous donne un état primitif du grade: pas encore de meurtre, Noé tient la place d’Hiram, mais on relève bien un corps. Dans cette perspective et compte tenu du fait que les deux textes peuvent appartenir à deux «courants »différents, Masonry Dissected donne un état du rite très avancé dans l’évolution du grade. Très avancé, mais pas encore achevé: les trois grades ont encore entre eux des adhérences et la distinction de chaque grade par rapport aux autres n’est pas tout à fait réalisée. Par exemple, l’apprenti reçoit deux mots alors que, quelques années plus tard, un de ces deux mots sera attribué à l’apprenti, l’autre au compagnon. Autre exemple:

Harry Carr (The Free-Masons at Work, p. 104) souligne que d’après S. Prichard, c’est dans la Chambre du Milieu que se trouve la lettre G et que le compagnon reçoit son salaire. Enfin, on verra en lisant Masonry Dissected que les cinq points par lesquels on relève le maître, sont encore les cinq points du « compagnonnage».

Ces quelques réflexions nous rendent évident le fait que les maçons spéculatifs ont intérêt à savoir ce qu’est la maçonnerie opérative, la franc-maçonnerie ayant connu une mutation en passant de l’état opératif à l’état spéculatif. Ce changement de nature qui a pris en tout et pour tout une vingtaine d’années semble s’être accompagné de l’avènement du mythe d’Hiram dans le rituel du troisième grade.

Le judéo-christianisme de la maçonnerie

On verra dans Masonry Dissected que le livre sur lequel se prête l’obligation du maçon est la Bible. La Bible est d’ailleurs la source de plusieurs éléments du catéchisme concernant le Temple de Salomon, sa construction et certaines de ses parties. Le passage de la Bible, dans lequel se trouvent les mots, est cité dès le grade d’apprenti et, bien sûr, le roi Salomon est cité dans le grade de maître. On trouve également au grade d’apprenti la précision suivante: la loge est située dans la vallée de Josaphat, et si elle est orientée c’est parce que toutes les églises et chapelles le sont. Au grade de compagnon la description des colonnes est empruntée à la Bible et accompagnée de la référence biblique. Enfin, toujours au grade de compagnon, il est expliqué que si les loges s’appellent loges de Saint Jean, c’est que celui-ci fut le prédécesseur du Sauveur et qu’il traça la première ligne parallèle à l’Evangile.

Tout cela donne à Masonry Dissected un caractère nettement judéo-chrétien. Cela ne doit pas surprendre les maçons du XXè siècle, même s’ils ont acquis la conviction du contraire. Il nous semble  utile de faire ici la distinction entre ce qui est de l’ordre de la conviction ou de l’opinion, et ce qui est  de l’ordre de l’information. L’étude des textes anciens de la maçonnerie et des versions d’origine des différents rites encore pratiqués à notre époque montre à l’évidence que la franc-maçonnerie est une des formes d’expression de la tradition judéo-chrétienne, indépendamment des différentes convictions  et opinions qui ont pu se former à ce sujet et dont chacun est libre.

Dans les rituels de langue française cela est vrai même pour le plus récent des rites encore actifs de nos jours, le Rite Ecossais Ancien et Accepté, dont la plus ancienne version connue remonte au plus tôt à 1804.

Dans ce rite, c’est sur la Bible qu’est prêtée l’obligation d’apprenti (Guide, p. 22 et 31) de même que celles de compagnon et de maître (p. 62 et 89). L’hypothèse selon laquelle on pourrait remplacer la Bible, non plus pour un impétrant mais en permanence, par divers livres tels que le Coran ou le Zend Avesta est certes intéressante, mais ce serait sortir de son cadre propre le livre qui doit s’y trouver pour y insérer des livres appartenant à d’autres traditions. Bien sûr, il existe une initiation chinoise Ming dans laquelle l’impétrant pose le genou nu sur une équerre, mais cela ne prouve qu’une chose: que l’acte de construire prête partout à sacralisation. Le premier homme qui construisit, fût-ce une cabane, fit sortir l’humanité des cavernes. En cessant de vivre sous terre et dans les abris naturels, en accédant à la surface de l’ordre naturel et en le modifiant par des constructions l’homme savait, comme les alchimistes, qu’il aidait la nature et que la nature l’aidait. Construire c’était toucher à l’Œuvre de Dieu, mais aussi participer à celle-ci. Il est bien normal qu’il ait été saisi de crainte et d’adoration tout à la fois, d’une part, et que ce comportement fondamental n’ait pas été propre  au monde occidental ni à la maçonnerie, d’autre part.

Les maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté des origines n’utilisaient d’ailleurs pas la Bible sans savoir ce qu’ils faisaient. Des signes de cette conscience apparaissent dans le corps du rituel dès le grade d’apprenti: — Pourquoi votre loge est-elle située est et ouest?

— Parce que tous les temples le sont ainsi.

— Pourquoi cela?

— Parce que l’Evangile fut d’abord prêché dans l’est et s’étendit ensuite dans l’ouest. (Guide, p. 33.)

Il en va ainsi jusqu’au grade de maître. On demande au maître:

— Pourquoi étiez-vous sans souliers?

Et le maître de répondre

— Parce que le lieu où je fus reçu était une terre sainte, sur laquelle Dieu dit à Moïse: « Ote tes souliers, car le lieu où tu marches est une terre sainte. »

Ce n’est donc pas â l’étourdie que le Rite Écossais Ancien et Accepté avait un caractère judéo-chrétien: c’était témoigner de ses sources mêmes. C’est également évident pour le Rite Français et encore plus pour le Rite Ecossais Rectifié.

Ce ne sont pas là des remarques ponctuelles. Le Rite Ecossais Ancien et Accepté plonge ses racines dans la maçonnerie des « Anciens » et c’est même là ce qui lui valut son titre d’Ancien. Cette maçonnerie des « Anciens »a été elle aussi victime d’une divulgation: en 1760 un ouvrage intitulé Trois Coups distincts donnait une description complète de ce qu’était le rite des Anciens.

Cela nous permet de vérifier qu’en 1760, aux trois grades, on prêtait les obligations sur la Bible(Three Distinct Knocks, p. 19, 40 et 54) et que dès le grade d’apprenti, il était fait référence au roi Salomon et â la construction du Temple (ibid., p. 30). Entre autres preuves de l’ancrage judéo-chrétien de ce rite des «Anciens », on trouve, toujours au grade d’Apprenti, ces questions et réponses (p. 32):

— Pourquoi, mon frère, onze font-ils une loge?

—Parce qu’il y avait onze patriarches quand Joseph fut vendu en Egypte et qu’on le crut perdu.

— Quelle est la seconde raison mon frère?

— il n’y avait plus que onze apôtres après que Judas eût trahi le Christ.

Là encore si la maçonnerie décrite dans Trois Coups distincts ne doit rien au hasard quant à ses sources, c’est bien que la maçonnerie britannique de 1760 descendait de celle de 1730 que Prichard nous montre émerger dans un système à trois grades.

Ce qui n’était pas nouveau pour la maçonnerie de 1760 ne l’était pas davantage pour celle d’avant 1730. Il n’est pour le vérifier que de lire les textes anciens publiés en traduction dans ce cahier.

Il est clairement question de Noé, de Salomon et du Christ dans le manuscrit Graham de 1726. Cela n’est d’ailleurs pas spécifique des textes anglais. Dans le manuscrit Dumfries (1710), peut-être d’origine écossaise, les données extraites de l’Ancien et du Nouveau Testament abondent. Nous n’en rappellerons que trois tirées des questions et réponses de ce caté­chisme:

1)                David prescrivait que les fondations du Temple fussent posées sur une « aire à blé, comme vous pouvez le lire dans la Sainte Bible, où elle dénomma l’aire d’Oman le Jébuséen ».

2)- Combien d’échelons y avait-il dans l’échelle de Jacob?

—     Trois.

—      Lesquels?

Le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

3) Le Christ est le marbre blanc sans tache, la pierre que les bâtisseurs ont rejetée, mais que Dieu a choisie d’entre les autres pour que le Temple puisse être construit.

Il n’est pas jusqu’aux textes écossais de 1696 et 1700 qui ne précisent que c’est sur la Bible que l’on prête l’obligation du maçon. Ces deux manuscrits, Edimbourg (1696) et Chetwode Crawley (1700), donnent même, en dépit de leur brièveté et de leur dépouillement, deux références bibliques pour les mots J et B: I Rois, 7-21, et II Chroniques 3, dernier verset.

Nous ne citons même pas ici tous les textes anciens. Qu’on y aille voir: le manuscrit Sloane (1700) et le manuscrit du Trinity College (1710) n’infirment pas notre thèse, bien au contraire. A Mason’s  Confession (1727) ou le manuscrit Wilkinson (1727). Une telle constance de la part des maçons, de 1696 à 1804, n’a d’autre explication que celle que nous avancions au début de notre propos: la maçonnerie est une des formes d’expression de la tradition judéo-chrétienne.

Ceci nous amène à une double réflexion.

Bien des maçons pensent que puisqu’il est interdit par les Constitutions d’Anderson (1723) d’être un athée stupide, il suffit d’être un athée intelligent pour faire un maçon régulier. Nous n’avons pas la prétention d’être nous-mêmes un très fort angliciste mais enfin, il faut être vraiment très faible en langue anglaise pour donner dans le panneau. Relisons Anderson: « … If lie rightly understands the Art, lie will never be a stupid Atheist, nor an irreligious Libertine. »Si d’après cette phrase il est possible, selon certains traducteurs d’Anderson, d’être un athée intelligent, il sera tout autant possible d’être un libertin religieux. Voilà ce qu’on gagne à philosopher prématurément: la position de l’adjectif devant le substantif ne doit pas faire illusion, en anglais c’est la règle – ça s’appelle de la syntaxe – et pour le pasteur Anderson et ses lecteurs anglophones, un athée est stupide tout comme un libertin est irréligieux. Par suite, ni l’un ni l’autre ne pouvaient être maçons en 1723. La seconde réflexion découle de la première. Il n’entre aucune part d’interprétation dans notre traduction de la phrase d’Anderson citée plus haut, en voici la preuve. On s’est beaucoup servi de cette phrase pour le plus grand profit des athées intelligents, mais aussi pour promouvoir une sorte de « religion maçonnique »: la religion naturelle ou déisme. Cette religion naturelle serait sans révélation, une religion d’avant les opinions particulières que sont par exemple le judaïsme et le christianisme. Ce dernier point est exact, et c’est bien à la religion de Noé que pensait Anderson; il le dit nettement dans ses Constitutions de 1738. Mais il faut être aussi ignorant de la Bible que les athées intelligents le sont de la syntaxe anglaise pour croire que le pasteur Anderson proposait une religion naturelle en 1723 et 1738 aux maçons de la Première Grande Loge. Il eût été étonnant en effet qu’un pasteur ne connaisse pas la Bible et en l’occurrence les passages desquels il ressort que Noé, tout au long de son histoire, a bénéficié de nombreuses révélations sur lesquelles il réglait ses actes. Noé ne marchait dans les voies du Seigneur que parce que celles-ci lui étaient tracées d’en haut. Voici trois citations parmi bien d’autres qui confirment ce que nous disons:

1)   Alors Dieu dit à Noé: la fin de toute chair est arrêtée par-devers moi; car ils ont rempli la terre de violence; voici, je vais les détruire avec la terre. Fais-toi une arche de bois de gopher; tu disposeras cette arche en cellules, et tu l’enduiras de poix en dedans et en dehors (Genèse, 6-13, 14).       2)      L’Eternel dit à Noé: entre dans l’arche, toi et toute ta maison; car je t’ai vu juste, devant moi parmi cette génération (Genèse, 7-1).

3)     Dieu parla encore à Noé et à ses fils avec lui, en disant: voici, j’établis mon alliance avec vous et avec votre postérité après vous (Genèse, 9-8, 9).   Ainsi Noé, après avoir été sauvé grâce à l’avertissement de Dieu, devint l’ouvrier de Dieu en servant à la création selon Ses directives. Si l’on admet que le pasteur Anderson avait lu la Bible, on admettra aussi que la religion noachide dont il parlait en 1738 n’était pas le déisme. Cela méritait d’être précisé avant que le lecteur n’entre, par la lecture de Samuel Prichard, dans les secrets et mystères de la Maçonnerie du pasteur Anderson.

Traduction

INTRODUCTION

L’institution primitive de la Maçonnerie repose sur le fondement des sciences et Arts Libéraux, mais plus spécialement sur le cinquième, C’est-à-dire la Géométrie. Car c’est lors de la construction de la Tour de Babel  que l’Art et le Mystère de la Maçonnerie furent en premier introduits, et de là transmis par Euclide, digne et excellent mathématicien des Egyptiens, et il les communiqua à Hiram, le Maître-Maçon qui s’occupa de la construction du Temple de Salomon à Jérusalem, où il y eut un excellent et singulier Maçon qui commandait sous les ordres de leur Grand-Maître Hiram; son nom était Xannon Grecus, il enseigna I’ Art de la Maçonnerie à un certain Carolos Marcil en France, qui fut élu plus tard Roi de France. Et de là ensuite il fut introduit en Angleterre à l’époque du Roi Athelstone, qui ordonna qu’une assemblée fût tenue une fois chaque année à York, ce qui fut sa première introduction en Angleterre. Et les Maçons étaient faits de la manière suivante.

“Tune unus ex Senioribus teneat Librum, ut illi vel ille ponant vel ponat Manus supra Librum ; tum Praecepta debeant legi”. C’est-à-dire:  Tandis que l’un des Anciens tient le Livre, qu’il (ou ils) mette(nt) leurs mains sur le Livre pendant que le Maître devra lire les Lois ou Devoirs,

Lesquels Devoirs étaient: qu’ils soient sincères les uns envers les autres sans exception, et s’engagent à secourir les Frères et les Compagnons dans la nécessité, ou bien leur donnent du travail et les rétribuent en conséquence,

Mais durant ces derniers temps, la Maçonnerie n’est plus composée d’artisans, comme elle l’était dans son état primitif, lorsqu’un petit nombre de questions par demandes et réponses était suffisant pour déclarer un homme suffisamment qualifié comme Maçon opératif.

Les termes de Maçonnerie Franche et Acceptée n’ont pas été entendus (tels qu’ils le sont maintenant), jusqu’à ces dernières années. Il n’a été question d’aucune Loge Constituée ni de communications trimestrielles jusqu’en 1691 lorsque des Lords et des Ducs, des Hommes de Loi et des Commerçants, et autres négociants plus modestes; les portiers, n’étant pas exceptés, furent admis dans ce Mystère ou dans cette absence de Mystère. La première catégorie fut reçue en versant une très grosse somme, la seconde à un taux moyen, la dernière pour la somme de six ou sept shillings, en échange de quoi ils reçurent l’insigne honneur qui est (comme ils disent) plus ancien et plus honorable que l’Etoile et la Jarretière ; son ancienneté repose d’après les Règles de la Maçonnerie, sur le fait qu’il aurait été transmis par leur tradition sans interruption depuis Adam, ce que je laisse au lecteur Impartial le soin d’examiner

Des Maçons Acceptés proviennent les Vrais Maçons et des deux proviennent les Gorgomons, dont le Grand-Maître, le Volgl, tire son origine des Chinois, dont les écrits, si on peut les croire, soutiennent l’hypothèse des Pré-Adamites, et par conséquent doivent être plus anciens que la Maçonnerie.

La société la plus libre et la plus ouverte est celle du Grand Kaihebar, qui consiste en une compagnie choisie de gens compétents, dont le principal, sujet de conversation concerne le Commerce et les Affaires, et développe une amitié mutuelle sans contrainte ni restriction.

Mais si, après son admission dans les secrets de la Maçonnerie, quelque nouveau frère n’aime pas leurs façons et se met à réfléchir en voyant qu’on lui a soutiré aussi aisément son argent, se retire de la fraternité ou  bien se tient éloigné à cause des dépenses trimestrielles de la. Loge et des Communications trimestrielles, bien qu’il ait été légitimement admis dans une Loge Régulière et Constituée, il lui sera refusé le Privilège (en tant quo Frère Visiteur) de connaître le Mystère pour lequel il a déjà payé, ce qui est en contradiction manifeste avec l’Institution do la Maçonnerie elle-même, ainsi qu’il apparaîtra de toute évidence dans le  traité qui suit.

 

 

     Gravure de Bernard Picart Grande Loge de Londres 1735

Gravure de Bernard   Picart Grande Loge de Londres 1735

    

Illustrations de   Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde

Source : Bibliothèque   nationale de France

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b23005558/f105.item   vue 105

 

 

Le Grade de l’Apprenti Entré

 

1   D. D’où   venez-vous?
    R. De la    Sainte Loge de Saint Jean
       
2   D. Quelles   recommandations en avez-vous apportées ?
    R. Les   recommandations que j’ai apportées des Très vénérables Frères et Compagnons   de la Très Vénérable   et Sainte Loge de Saint Jean d’où je viens, et vous salue trois fois de tout   cœur.
       
3   D. Que   venez-vous faire ici ?
    R. Non   pas faire ma propre volonté.

Mais   soumettre mes passions: prendre en mains les Règles de la Maçonnerie. Et   ainsi  faire des progrès quotidiens.    4 D.Etes-vous Maçon ?  R.Je suis   reconnu et accepté comme tel parmi les Frères et Compagnons.    5 D.Comment   connaîtrai-je  que vous êtes Maçon ?  R.Par les   Signes et les Attouchements et les points parfaits de mon Entrée.    6 D.Que   sont les signes?  R.Toutes   équerres, angles et perpendiculaires    7 D.Quels sont   les attouchements?  R.Certaines poignées de main régulières et fraternelles    8 Examinateur:Donnez-moi   les Points de votre Entrée.  Répondant:Donnez-moi le premier et je vous donnerai le second.    9 Examinateur:Je le garde.  Répondant:Je le cache.    10 Examinateur:Que   cachez-vous ?  Répondant:Tous secrets   et mystères des Maçons et de la    Maçonnerie, sauf à un Frère véritable et légitime après un   examen en due forme, ou dans une Loge juste et vénérable de Frères et de   Compagnons régu1ièrement assemb1és.    11 D.Où avez-vous   été fait Maçon?  R.Dans une Loge juste et parfaite.    12 D.Qu’est-ce   qui fait une Loge juste et parfaite ?  R.Sept ou plus.    13 D.De quoi se   composent-ils ?  R.D’un Maître,   de deux Surveillants, de deux Compagnons du Métier et de deux Apprentis   Entrés.    14 D.Qu’est-ce   qui fait une Loge ?  R.Cinq    15 D.De quoi se   compose-t-ils ?  R.D’un Maître,   de deux survei1lants, d’un Compagnon du Métier, d’un Apprenti Entré.

16 D.Qui vous a   amené en Loge ?  R.Un Apprenti Entré.17 D.Comment vous   y a-t-il amené ?  R.Ni nu ni   vêtu, ni pied nu ni chaussé,   dépouillé de tous métaux et avançant dans une attitude droite.    18 D.Comment   avez-vous été admis ?  R.Par trois grands coups.    19 D.Qui vous a reçu ?  R.Un Deuxième   Surveillant.    20 D.Qu’a-t–il   fait de vous ?  R.Il. m’a   conduit à la partie Nord-Est de la    Loge et m’a ramené ensuite à l’ouest  et m’a remis entre les mains du Premier   Surveillant.    21 D.Qu’a fait de   vous le Premier Surveillant?  R.Il m’a présenté et m’a montré comment marcher (par trois   pas) vers le Maître.    22 D.Qu’a fait de   vous le Maître ?  R.Il m’a fait   Maçon.    23 D.Comment vous   a-t-il fait Magon ?  R.Avec le   genou nu fléchi et le corps dans l’Equerre, le Compas ouvert sur le sein   gauche nu, la main droite nue sur la Sainte Bible. Dans cette posture, j’ai prêté   l’Obligation (ou serment) du Maçon.    24 D.Pouvez-vous   répéter cette Obligation?  R.Je vais m’y efforcer,

(Ce qui est comme suit).

25     Moi, par ceci, solennellement   je fais vœu et jure en Présence de Dieu Tout-Puissant et de cette Très   Vénérable Assemblée, que je garderai et cacherai et jamais ne révélerai les   Secrets ou Mystères des Maçons ou de la Maçonnerie qui me seront révélés, sauf à un   Frère véritable et légitime, après un examen en due forme, ou dans une Loge   juste et vénérable de Frères et de Compagnons régulièrement assemblés.

Je promets et fais vœu en outre que je nie les écrirai, ni   ne les imprimerai, ni ne les marquerai, ni ne les taillerai ni ne les   graverai, ou les ferai écrire, imprimer, marquer, tailler ou graver sur le   bois ou la pierre, en sorte que le caractère ou l’impression visible d’une   lettre puisse apparaître, par quoi on pourrait l’obtenir illicitement.

Tout ceci   sous un châtiment qui ne saurait être moindre que d’avoir la gorge coupée, la   langue ôtée du palais(1) de la bouche le cœur arraché la bouche, le cœur   arraché d’en dessous le sein gauche, et qu’ils soient enterrés dans les   sables do la mer, à une encablure du rivage, là où la marée monte et descend   deux fois en 24 heures, mon corps étant réduit en cendres, mes cendres   dispersées sur la surface de la terre en sorte qu’il ne subsiste plus aucun   souvenir de moi parmi les Maçons.

Ainsi que Dieu me soit en aide.

1 Le texte anglais porte roof, mais il faut vraisemblablement lire   root.

26 D.Quelle est la forme de la loge?  R.Une équerre.    27 D.Quelle   longueur?  R.De l’Est à   l’Ouest.28 D.Quelle   largeur?  R.Du Nord au   Sud.    29 D.Quelle   hauteur?  R.Des pouces,   des pieds et des toises innombrables, aussi haut que les cieux.    30 D.Quelle   profondeur?  R.Jusqu’au   centre de la terre.    31 D.Où se tient la Loge ?  R.Sur une   terre sainte, ou sur la plus haute colline ou la plus profonde vallée, ou   dans la vallée de Josaphat, ou en tout autre lieu secret.    32 D.Comment   est-elle située ?  R.Plein Est et Ouest.    33 D.Pourquoi   ainsi?  R.Parce   que toutes Eglises et Chapelles le sont ou devraient l’être ainsi.    34 D.Qu’est-ce   qui soutient une Loge ?  R.Trois   grandes colonnes.    35 D.Comment les   nomme-t-on?  R.Sagesse, Force et Beauté.    36 D.Pourquoi   ainsi?  R.Sagesse pour   créer, Force pour soutenir et Beauté pour orner.    37 D.De quoi   votre Loge est-elle couverte?  R.D’un dais   nuageux de couleurs variées (ou des nuages).    38 D.Avez-vous   des meubles dans votre Loge ?  R.Oui.    39 D.Quels   sont-ils ?  R.Le pavé   mosaïque, l’étoile flamboyante et la houppe dentelée. Quel est leur usage?    40 D.Quel est   leur usage?  R.Le pavé   mosaïque est le sol de la Loge,   l’Etoile Flamboyante, le Centre, et La houppe dentelée la bordure tout   autour.    41 D.Quels sont   les autres meubles d’une loge ?  R.La Bible, le Compas et   1’Equerre.    42 D.A qui   appartiennent-ils en propre?  R.La Bible à Dieu, le Compas an   Maître et 1’Equerre au Compagnon du Métier.    43 D.Avez-vous   des bijoux dans votre Loge ?  R.Oui.    44 D.Combien ?  R.Six. Trois   Mobiles et trois immobiles.    45 D.Quels sont   les bijoux mobiles ?  R.L’équerre,   le niveau et la perpendiculaire.    46 D.Quel est   leur usage ?  R.L’équerre   sert à tracer des lignes exactement à angle droit, le niveau à vérifier   toutes les horizontales et la perpendiculaire à vérifier toutes les   verticales.    47 D.Quels sont   les bijoux immobiles ?  R.La planche à tracer, la pierre brute et la pierre ouvrée.    48 D.Quel est   leur usage ?  R.La planche à   tracer sert au Maître pour y dessiner ses projets, la pierre brute sert aux   compagnons du Métier pour y essayer leurs bijoux et la pierre ouvrée à   l’Apprenti Entré pour y apprendre à travailler.    49 D.Avez-vous   des Lumières dans votre Loge?  R.Oui, trois.    50 D.Que   représentent-elles?  R.Le Soleil, la Lune et le Maître Maçon.

Ces lumières sont trios grandes chandelles placées   sur de hauts chandeliers.

  51 D.Pourquoi   cela ?  R.Le Soleil pour gouverner le Jour, La Lune, la Nuit et le Maître Maçon sa   Loge.    52 D.Avez-vous   des lumières fixes dans votre Loge ?  R.Oui.    53 D.Combien?  R.Trois.    N.B. Ces   lumières fixes sont trois fenêtres, Qu’on suppose (mais ce n’est pas   le toujours le cas) se trouver dans toute salle où une Loge est tenue, mais   plus exactement les quatre points cardinaux conformément aux antiques règles   de la Maçonnerie.     54 D.Comment   sont-elles disposées ?  R.L’Est, au Sud et à l’Ouest.    55 D.Quel est   leur usage ?  R.Eclairer les   hommes lorsqu’ils vont au travail, lorsqu’ils y sont, et lorsqu’ils en   reviennent.    56 D.Pourquoi n’y   a-t-il pas de lumière au Nord?  R.Parce   que le Soleil n’envoie aucun rayon à partir de cette région.    57 D.Où se tient   votre Maître ?  R.A l’Est.    58 D.Pourquoi   cela?  R.Comme le   Soleil se lève à l’est pour ouvrir le jour, de même le Maître se tient à   l’Est (avec la main droite sur le sein gauche, ce qui est un signe et   l’équerre au cou) pour ouvrir la    Loge et mettre ses hommes au travail.    59 D.Où se   tiennent vos Surveil1ants ?  R.A l’Ouest.    60 D.Quel est   leur devoir?  R.Comme le   soleil se couche à l’ouest pour fermer le jour, de même les Surveillants se   tiennent à l’ouest (avec la main droite sur le sein gauche, ce qui est un   signe et le niveau et l’équerre au cou) pour fermier la Loge et renvoyer les hommes   du travail en leur payant leur salaire.    61 D.Où se tient   le plus ancien Apprenti Entré?  R.Au Sud.    62 D.Quel est son   office?  R.Entendre et   recevoir les instructions et accueillir les Frères étrangers.    63 D.Où se tient   le dernier Apprenti entré ?  R.Au Nord.    64 D.Quel est son   devoir?  R.Ecarter les   manœuvres et les indiscrets.    65 D.Si un   manœuvre (ou un écouteur aux portes) est attrapé, comment doit-on le punir?  R.En le   plaçant sous les gouttières des Maisons (lorsqu’il pleut) jusqu’à’ à ce que 1’ eau lui entrant par les   épaules ressorte par les souliers    66 D.Quels sont les secrets d’un Maçon?  R.Des signes,   des attouchements et de nombreux mots.    67 D.Où   conservez-vous ces secrets ?  R.Sous mon   sein gauche.    68 D.Avez-vous   une clé pour ces secrets ?  R.Oui.    69 D.Où la   gardez-vous ?  R.Dans une   boîte en os qui ne peut être ouverte ou fermée qu’avec des clés d’ivoire.    70 D.Pend-elle ou   gît-elle ?  R.Elle pend.    71 D.A quoi   pend-elle ?  R.A un câble   de 9 pouces   ou un empan.    72 D.De quel   métal est-elle ?  R.D’aucun   métal ; mais c’est une langue du bon renom aussi bonne dans le dos d’un Frère   qu’en face de lui.

N.B. La clé est la langue, la boîte en os les dents, le   câble la racine de la bouche(1).

 (1)Le texte   anglais porte également ici roof. II faut vraisemblablement lire encore root.

 73 D.Combien y   a-t-il de principes en Maçonnerie?  R.Quatre.    74 D.Quels   sont-ils?  R.Le point, la   ligne, la surface et le volume.    75 D.Expliquez-les.  R.Le point est   le centre  (à partir duquel le   Maître ne peut s’égarer) la ligne est la longueur sans largeur, la   surface la longueur et la largeur, le volume englobe le tout.    76 D.Combien de   signes principaux ?  R.Quatre.    77 D.Quels   sont-ils?  R.Le Guttural,   le pectoral, le manuel et le pédestre.    78 D.Expliquez-les.  R.Le Guttural,   la gorge; le pectoral, la poitrine; le manuel, la main; le pédestre, le pied.    79 D.Qu’apprenez-vous   comme gentilhomme Maçon?  R.La discrétion, la moralité et la bonne amitié.    80 D.Qu’apprenez-vous   comme Maçon opératif ?  R.A tailler, à   équarrir, à façonner la pierre, à poser un niveau et à dresser une   perpendiculaire.    81 D.Avez-vous vu   votre Maître aujourd’hui ?  R.Oui.    82 D.Comment   était-il vêtu ?  R.D’une veste   jaune et d’une culotte bleue.

N.B. La veste jaune est le compas et la culotte bleue   les pointes d’acier.

 83 D.Pendant   combien de temps servez-vous votre Maître ?  R.Du lundi   matin au samedi soir.    84 D.Comment le   servez-vous ?  R.Avec la   craie, le charbon de bois et la   terrine.    85 D.Que   désignent-i1 ?  R.Liberté, Ferveur et Zèle.    86 Examinateur :D ormez-moi   le signe d‘Apprenti Entré  Répondant:Etendre les   quatre de la main droite et les retirer en travers de la gorge, o’ est le   signe, et il demande l’attouchement,

N.B. L’attouchement se fait en pressant l’extrémité   du pouce de_1a main droite sur la première articulation de1’index de   1a main droite du Frère. Il demande un mot.

 87 D.Donnez-moi   le mot,  R.Je l’épellerai avec vous.    88 Examinateur:BOAZ  R.(N, B.    L’Examinateur dit B, le Répondant   O, l’Ex. A, le Rép. Z, c’est-à-dire BOAZ).    89 D.Donnez-moi   un autre.  R.JACHIN

(N.B. Boaz et Jachin étaient deux colonnes dans le   porche de Salomon.    I Rois chap.   VII, vers. 21)

90 D.Quel âge   avez-vous ?  R.Moins de sept (signifiant qu’il n’est  passé-Maître).    91 D.A quoi sert   le jour?  R.A voir.    92 D.A quoi sert   la nuit ?  R.A entendre.    93 D.Comment   souffle le vent?  R.Plein est et   ouest.    94 D.Quelle heure   est-il?  R.Midi plein

Fin de la partie de   l’Apprenti Entré

                              

 

Le   Grade du Compagnon du Métier.

 

 95 D.Etes-vous   Compagnon du Métier ?   R.Je le suis.      96 D.Pourquoi   avez-vous été fait Compagnon du Métier ?   R.Pour   connaître la lettre G.      97 D.Que signifie   ce G?   R.Géométrie,   ou la cinquième science.      98 D.Avez-vous   jamais voyagé?   R.Oui. A l’est   et à l’ouest.      99 D.Avez-vous   jamais travaillé ?   R.Oui, à la   construction du Temple.      100D.Où avez-vous   reçu votre salaire ?   R.Dans la chambre du milieu.      101D.Comment   êtes-vous parvenu  dans la chambre du   milieu ?   R.Par le   porche.      102D.Lorsque voua êtes passé par le porche, qu’avez-vous vu?   R.Deux grandes   colonnes.      103D.Comment les appelle-t-on?   R.J. B., c’est-à-dire   Jachin et Boaz.      104 D.Quelle est leur hauteur?   R.Dix-huit coudées.      105D.Quelle est   leur circonférence ?   R.Douze   coudées.      106D.De quoi   étaient-elles ornées ?   R.De deux   chapiteaux.      107D.Quelle était   le, hauteur des chapiteaux ?   R.Cinq   coudées.      108D.De quoi   sont-ils ornés ?   R.D’un réseau   et de grenades.      109D.Comment   êtes-vous parvenu dans la chambre du milieu?   R.Par un   escalier double en forme de vis.      110D.De combien ?   R.Sept ou   plus.      111D.Pourquoi   sept ou plus ?   R.Parce que   sept ou plus font une Loge Juste et parfaite.      112D.Lorsque vous   êtes parvenu à la porte de la chambra du milieu, qui avez-vous vu ?   R.Un   surveillant. 113D.Que vous   a-t-il demandé ?   R.Trois   choses,      114D.Lesquelles ?   R.Un signe, un   attouchement et un mot.      

N.B. Le signe se fait en plaçant la main droite sur   le sein gauche, l’attouchement se fait en joignant votre main droite à celle   de la Personne   qui le demande, et en pressant avec 1’extrémité du pouce sur la première   articulation du médium, et  le mot est   Jachin.

 115D.Quelle   hauteur avait la porte de la chambre du milieu?   R.Elle était si grande qu’un manœuvre ne pouvait l’atteindre pour y   piquer une épingle. (gros clou, cheville, broche, axe d’une clé)      116D.Lorsque vous   êtes arrivé dans la chambre du milieu, qu’avez-vous vu?   R.La   ressemblance de la lettre G.      117D.Que signifie   ce G?   R.Quelqu’un   qui est plus grand que vous.      118D.Qui est plus grand que moi, qui suis un Maçon Franc et accepté, le   Maître d’une Loge?   R.Le Grand Architecte et Créateur de l’univers, ou Celui qui fut porté   sur le sommet du pinacle du saint Temple.      119D.Pouvez-vous   répéter la  lettre G?   R.Je vais m’y   efforcer      

            La répétition de la lettre   G.

   Répondant:Au milieu du   Temple de Salomon il y a un G,

 

Lettre pour   tous belle à lire et à voir.

Mais seul un   petit nombre comprend

Ce que   signifie cette lettre G.        Examinateur:Mon ami, ai vous prétendez être

De cette Fraternité

Vous pouvez   dire exactement et sur-le-champ

Ce que   signifie cette lettre G.   Répondant :P ar les   sciences sont amenés à la lumière

Des corps de   diverses sortes,

Qui apparaissent parfaitement à la vue ?

Mais   personne sinon des mâles ne connaîtra ma pensée.        Examinateur:Le Très le   fera.   Répondant:Si   Vénérable.        Examinateur:A la fois   Très et Vénérable je suis De vous saluer j’ai ordre,

Afin que   voue me fassiez savoir sur-le-champ, comment  je puis vous comprendre.      

Répondant :P ar Lettres   quatre et Science cinq

Ce G se tient exactement

En juste art et proportion,

Voua avez votre réponse, Ami.      

N.B. Les quatre lettres sont BOAZ. La cinquième   Science Géométrie

 Examinateur:Mon Ami, vous   répondez bien,

Si les droits et libres principes vous découvrez

Je changerai votre nom d’Ami

Et désormais   tous appelleront frère.   Répondant:Les sciences   sont bien composées

De vers d’une noble venue,

Un point, une ligne et un extérieur ;

Mais un   solide est le dernier.        Examinateur:Que le bon   salut de Dieu soit dans notre heureuse rencontre.   Répondant:Et tous les   Très Vénérables Frères et Compagnons.        Examinateur :D e la Très Vénérable et   Sainte Loge de St Jean.   Répondant :D ’où je   viens.        Examinateur:Vous   saluent, vous saluent, vous saluent trois fois, de tout cœur, vous priant de   faire connaître votre nom.   Répondant:Timothy   Ridicule.        Examinateur:Bienvenue,   Frère, par la Grâce   de Dieu. N.B. La   raison pour laquelle ils se disent de la Saintes Loge de   Saint Jean est qu’il fut le précurseur de Notre Sauveur, et qu’il trace la   première ligne parallèle à l’Evangile (d’autres assurent que notre Sauveur   lui même fut accepté Franc-Maçon lors de son incarnation) mais combien cela   semble ridicule et profane. Je le laisse à la réflexion du lecteur sensé.

 Fin de la partie de   Compagnon du Métier.

      

Le Grade de Maître

 

D.Etes-vous   Maître Maçon?   R.Je le suis ;   examinez-moi, éprouvez-moi, désapprouvez-moi si vous pouvez.       D.Où avez-vous   été passé Maître ?   R.Dans une   Loge parfaite de Maître.        D.Qu’est-ce   qui fait une Loge parfaite de Maîtres ?   R.Trois.        D.Comment   êtes-vous parvenu à être passé Maître ?   R.Avec le secours   de Dieu, l’Equerre et mon propre travail.        D.Comment   avez-vous été passé Maître?   R.De l’Equerre   au Compas.        D.Je présume   que vous avez été Apprenti Entré ?   R.Jachin   et Boaz j’ai vu; Un très bon Maître-Maçon j’ai été fait, Avec le   losange, la Pierre   taillée et l’Equerre.       D.Si un Maître-Maçon vous voulez être    Vous devez comprendre parfaitement la Règle de Trois. Et M.B. (Machbenah) vous rendra   libre : Et ce que vous désirez en Maçonnerie Te sera montré dans cette Loge.  R.Je comprends   la bonne Maçonnerie Les clés de toutes les Loges sont à ma disposition.       D.Vous êtes un   Compagnon héroïque ; d’où venez-vous ?   R.De l’Est.        D.Où   allez-vous ?   R.A l’Ouest.        Examinateur: Qu’allez-vous   faire dans cette direction ?   R.Chercher ce   qui a été perdu et est maintenant retrouvé.        Examinateur Qu’est-ce   qui a été perdu et est maintenant retrouvé ?   R.Le mot de   Maître-Maçon.        Examinateur: Comment   a-t-il été perdu?   R.Par Trois   Grands Coups, ou la Mort   de notre Maître Hiram.        Examinateur: Comment   trouva-t-il la mort?   R.Il était   Maître Maçon lors de la construction du temple de Salomon, et à 12 heures de midi plein, tandis que les hommes étaient partis   se reposer, il vint inspecter les travaux comme il en avait l’habitude.   Lorsqu’il fut entré dans le Temple, trois scélérats, supposés être trois   Compagnons du Métier, se postèrent aux trois entrées du Temple. Lorsqu’il   sortit, l’un lui demanda le Mot de Maître ; et il lui répondit qu’il ne   l’avait pas reçu de cette manière mais que le temps et un peu de patience le   lui ferait obtenir. Mécontent de cette réponse, le scélérat lui porta un coup   qui le fit chanceler. Il alla à l’autre porte où, accosté de la même manière   et donnant la même réponse, il reçut un coup plus fort, et au troisième son coup   de grâce.       Examinateur Avec quoi   les scélérats la tuèrent-ils?   R.Un maillet,   un levier et une masse.        Examinateur Comment se   débarrassèrent-ils de son corps?   R.Ils le   transportèrent hors du Temple par la porte Ouest et le cachèrent sous des   décombres jusqu’à 12 heures   pleines à nouveau.      

Examinateur

Quelle heure   était-ce ?   R.12 heures pleines de la nuit,   tandis que les hommes étaient au repos.        Examinateur Comment se   débarrassèrent-ils de son corps ensuite?   R.Ils le   transportèrent jusqu’en haut d’une colline où ils firent une tombe décente et   l’ensevelirent.       Examinateur Quand   s’aperçut-on de son absence?   R.Le même   jour.        Examinateur Quand fut-il   retrouvé?   R.Quinze jours   plus tard.        Examinateur Qui le   retrouva?   R.Quinze   Frères dévoués, sur l’ordre du Roi Salomon, sortirent par la porte   ouest du Temple et se dispersèrent de droite à gauche, à portée de voix l’un   de l’autre. Ils convinrent que, s’ils ne trouvaient pas le Mot sur lui ou   près de lui, le premier Mot serait le Mot de Maître. Un des Frères, plus las   que les autres, s’assit pour se reposer et, saisissant un arbuste, qui céda   aussitôt, et s’apercevant que le sol avait été défoncé, il appela ses Frères.   En poursuivant leurs recherches, ils le trouvèrent décemment enseveli dans   une belle tombe de 6 pieds   à l’est, 6 pieds   à l’ouest et 6 pieds   perpendiculaires; elle était couverte de mousse et de gazon verts, ce qui les   surprit. Sur quoi, ils s’écrièrent : Nuscus Domus Dei Gratia, ce qui,   selon La Maçonnerie,   veut dire Rendons grâce à dieu, notre Maître a une maison moussue,   Aussi la recouvrirent-ils avec soins, et, comme autre ornement, placèrent une   branche de Cassia à la tête de sa tombe. Puis ils revinrent avertir le   Roi Salomon.       Examinateur Que dit le   Roi Salomon de tout cela ?   R.Il ordonne   de le relever et de l’ensevelir décemment et que 15 compagnons du métier en   gants et tabliers blancs assistent à ses obsèques ( qui doivent être   célébrées parmi les Maçons jusqu’à ce jour ).      Examinateur Comment Hiram   fut-il élevé ?   R.Comme le   sont tous les autres Maçons, lorsqu’ils reçoivent le Mot de Maître.       Examinateur Comment cela   ?   R.Par les cinq   points du Compagnonnage.        Examinateur Quels   sont-ils?   R.Main à Main,   Pied à Pied, Joue à Joue, Genou à Genou, Main dans le dos.      N.B.  Lorsque Hiram fut relevé, ils le prirent   par les index et la peau se détacha, ce qu’on appelle le glissement. Étendre   la main droite et placer le médium sur le poignet, en serrant l’index et   l’annulaire sur les côtés du poignet, cela s’appelle la poignée de main. Le   signe se fait en plaçant le pouce de la main droite sur le sein gauche et en   étendant les doigts.   Examinateu rQuel est le   nom d’un Maître Maçon ?   R.Cassia   est son nom, et je viens d’une Loge juste et parfaite.        Examinateur Hiram   fut-il enterré ?   R.Dans le sanotum   Sanatorum. (1) 

(1) Le Saint des Saints.

  Examinateur Par Où   fut-il amené?   R.Par la porte   ouest du Temple.        Examinateur Quels sont   les bijoux du Maître ?   R.L’arcade, le   dormant et le pavé d’équerre        D.Expliquez-les.   R.L’Arcade est   l’entrée du sanctum sanctorum, le dormant les fenêtres ou les lumières   à l’intérieur, le pavé d’équerre le sol.       Examinateur Donnez-moi   le Mot de Maître.   R.Il le   murmure à l’oreille, et, dans la posture des Cinq Points du Compagnonnage   ci-dessus indiqués, dit Machbenah, ce qui signifie L’Architecte   est  frappé.    N.B. Si   des Maçons sont au travail sur un chantier, et si vous désirez reconnaître   les Maçons Acceptés des autres, prenez un morceau de pierre, et demandez-lui   ce qu’il sent : il répondra immédiatement: ni le cuivre, ni le fer, ni   l’acier, mais le Maçon. Ensuite, si vous lui demandez son  âge, il répondra «au-dessus de sept», ce   qui signifie qu’il est passé Maître.     

Fin de la Partie de   Maître

 

L’AUTEUR SE JUSTIFIE LUI-MÊME EN RAISON DES PRÉJUGES D’UNE PARTIE DE L’HUMANITÉ.

De tous les abus qui sont apparus dans l’humanité, aucun n’est aussi ridicule que le Mystère de la Maçonnerie, qui a diverti le monde et suscité diverses interprétations. Ces soi-disant secrets, (qui sont) sans valeur, ont été, quoique incomplètement, révélés, et l’Article essentiel, c’est-à-dire l’Obligation, a été plusieurs fois imprimée dans les journaux publics, mais il est entièrement authentique dans le Daily  Journal du Samedi 22 août 1730 qui s‘accorde par sa véracité avec ce qui est donné dans cet opuscule. En conséquences, lorsque l’obligation du secret est abrogée, le susdit Secret devient sans effet et doit être entièrement aboli. Car quelques Maçons Opératifs (mais selon la manière polie de s’exprimer, des Maçons Acceptés) rendirent visite, venant de la première et  plus ancienne Loge constituée (selon le Livre des Loges de Londres), dans une Loge réputée de cette ville, où l’entrée leur fut refusée sous le motif que leur vieille Loge s’était transférée dans une autre maison, ce qui, bien qu’en contradiction avec ce grand Mystère, exige une autre constitution, à un prix qui n’est pas inférieur à douze guinées, avec un divertissement élégant, sous le prétexte de servir à des fins charitables, ce qui, si c’est exact, mériterait de grands éloges à une si digne entreprise. Mais on peut en douter et il est plus raisonnable de penser que cela sera dépensé en vue de constituer un autre système de Maçonnerie, l’ancienne structure étant si délabrée que, à moins d’être renforcée par quelque Mystère occulte, elle sera bientôt réduite à néant.

J’ai été amené à publier ce puissant Secret pour le Bien public, à la demande de plusieurs Maçons,  et cela donnera, j’espère, entière satisfaction, et cela aura son effet souhaité en empêchant un si grand nombre de personnes crédules d’être attirées dans une Société aussi pernicieuse.

 

FINIS

LISTE DES LOGES RÉGULIÈRES

PAR ORDRE D’ANCIENNETÉ ET DE CONSTITUTION

 

1.         Les Armes du Roi, dans Saint Paul’s Church Yard. 1er et 3e lundis de chaque mois. Constituée en 1691.

2.         La Rose et le Taureau, contre l’auberge Furnival, Holborn. 1er mercredi. 1712.

3.         La Taverne de la Corne, à Westminster. 3e vendredi.

4.         Le Cygne, Hampstead. 1er et 3e samedis. 17 janv. 1722.

5.         Les Trois Cygnes, dans Poultry. 2ème vendredi. 11 juillet 1721.

6.         Le Café de Tom, dans Clare Street près Clare Market. 2e et 4e mardis. 19 janv. 1722.

7.         La Coupe, dans Queen Street, Cheapside. 2e et 4e jeudis. 28 janv. 1722.

8.         La Taverne du Diable, à Temple Bar. 2e mardi. 25 avril 1722.

9.         Le Tonneau, dans Noble Street. 1er et 3e mercredis. Mai 1722.

10.       Le Lion et le Bouclier, dans Brewer Street. Dernier jeudi. 25 nov. 1722.

11.       La Tête de Reine, dans Knaves Acre. 1er et 3e mercredis. 27 février 1722-3.

12.       Les Trois Tonneaux, dans Swithin’s Alley. Vè mardi. 27 mars 1723.

13.       L’Ancre, dans Dutchy Lane. 2e vendredi et dernier lundi. 28 mars 1723.

14.       La Tête de Reine, dans Great Queenstreet. 1er et 3e lundis. 30 mars 1723.

16.       Le Lion Rouge, dans Tottenham Court Road. 3e lundi. 3 avril 1723.

17.       Le Taureau et la Jarretière, dans Bloomsbury. ler et 3e jeudis. 1723.

18.       La Couronne et le Coussin, à Ludgate Hill. ler mercredi. 5 mai 1723.

19.       Le Dragon vert, à Snow Hill. let et 3e lundis. 1723.

20.       Le Dauphin, dans Tower Street. 3e mercredi. 12juin 1723.

21.       La Tête de Baudet, dans Prince’s Street, Drury Lane. 2e et dernier jeudis.

22.       Le Navire, à Fish Street Hill. 1er vendredi. 11 septembre 1724.

23.       La Demi-Lune, dans Cheapside.1er et 3e mardis. 11 septembre 1723.

24.       La Couronne, hors les murs à Cripplegate. 2e et 4e vendredis.

25.       La Mitre, à Greenwich. Dernier samedi. 24 décembre 1723.

26.       Les Armes du Roi, dans le Strand. 4e mardi. 25 mars 1724.

27.       La Couronne et le Sceptre, dans St Martin’s Lane. 2e et dernier lundis. 27 mars 1734.

28.       La Tête de Reine, dans la ville de Bath. Dernier jeudi.

29.       La Tête de Reine, dans la ville de Norwich.

30.       Le Cygne, dans la ville de Chichester. 3e vendredi.

31.       Le Taureau Fie, dans Northgate Street, Ville de Chester.

32.       Le Château et le Faucon, dans Watergate Street, ville de Chester,

33.       La Tête de Baudet, dans Carmarthen, Galles du Sud.

34.   Les Armes de l’East India, à Gosport dans le Hampshire. 2e jeudi à 3 heures.

35.       L’Ange, à Congleton dans le Cheshire.

36.       Les Trois Tonneaux, dans Wood Street. 1er et 3e jeudis. Juillet 1724.

37.       Le Cygne, à Tottenham High Cross. 2e et 4e samedis. 22janvier 1725.

38.       Le Cygne et la Coupe, dans Finch Lane. 2e et dernier mercredis. Février 1725.

39.       La Tête de St-Paul, dans Ludgate Street. 2e et 4e lundis. Avril 1725.

40.   Le Sarment de Vigne, dans Flolborn. W lundi. 10 mai 1725.

41.   La Têté d’Henry VIII, dans St Andrew Street, près des sept cadrans. 4è lundi.

42.   La Rose, à Mary-la-Bone. W lundi l’hiver et 3e lundi l’été. 25 mai 1725.

43.       Le Cygne, dans Grafton Street, Ste Anne, Soho. W et dernier mercredis. Septembre 1725.

44.       Le Cerf Blanc, hors les murs à Bishopsgate. 1~ mardi. 19janvier 1726.

45.   Le Café Mount, dans Grosvenor Street, près de Hanover Square. 1er mercredi. 12janvier 1727.

46.       Les Trois Couronnes, à Stoke Newington. 1er samedi. 9 août 1727.

47.       La Tête de Roi, à Salford, près de Manchester. 1er lundi.

48.       Le Château, dans Holborn. 2e et dernier mercredis. 31 janvier 1727-8.

49.       Les Trois Fleurs de Lys, dans St Bernard Street, à Marid. ler dimanche.

50.       Le Sac de Coton, dans Warwick. 1er et 3e vendredis. 22 avril 1728.

51.       Le Café de Bishopsgate. 1er et 3e mercredis. 1728.

52.       La Rose et la Couronne, dans Greek Street, à Soho. 1er et 3e vendredis. 1728.

53.       Le Lion Blanc, à Richmond. 1er et 3e samedis à midi.

54.       La Couronne et l’Ancre, dans Shorts Gardens.

55.       La Tête de la Reine Elizabeth, dans Pittfield Street à Hoxton. W 1er et 3è lundis.

56.       La Couronne, dans la Halle aux blés, à Oxford. Chaque jeudi. 8 août 1729.

57.       Les Trois Tonneaux, à Scarsborough. 1er mercredi. 7 août 1729.

58.       Les Trois Tonneaux, à Billingsgate. 2e et 4e jeudis. 22janvier 1730.

59.   Les Armes du Roi, dans Cateton Street. 1er et 3e vendredis. 24janvier 1730.

60.   Ceorge, à Northampton. W samedi. 16janvier 1730.

61.   Prince William, à Charing Cross. 2e et 4e lundis. 26 février 1730.

62.   L’Ours, dans Butcher Row. W et 3e vendredis. 6 mars 1730.

63.   La Colline St Roch, près de Chichester dans le Sussex. Une fois l’an, c’est-à-dire le mardi de la semaine de Pâques. Sous le règne de Jules César.

64.       Le Lion Rouge, dans la ville de Canterbury. 1er et 3e mardis. 3 avril 1730.

65.       Le Café de Dick, dans Gravel Street à Hatton garden. Dernier jeudi. 16 avril 1730.

66.       Les Clous Dorés, à Hamstead. 2e et 4e samedis, 28 avril 1730.

67.       La Tête de Roi, dans Fleet Street. 2e et 4e vendredis. 22 mai 1730.

 

NOTES

 

1.  Catechetical: de catéchèse. Nous nous sommes risqué à traduire par catéchisme car les problèmes de catéchèse sont le fait de clercs, alors que les questions que l’on peut poser ~ un candidat maçon ne peuvent être de catéchèse, mais de catéchisme.

2.         On comprendra que le terme furnitures ne pouvait mieux se traduire que par s meubles ». Étant donné ce que sont ici les meubles, il n’était pas sans intérêt de noua en tenir à ce terme qui possède, entre autres, un sens héraldique.

3.         Rough ashler. Ashler désigne une pierre taillée utilisée pour la face extérieure du mur, ou pierre cubique. (Early Masonic Catechisms p. 241.) Le terme rough suggère qu’il s’agit d’une pierre dure, propre à l’appareil du mur.

4.         Broach’d thurnel. C’est une corruption de broached ornel: une pierre assez tendre travaillée au ciseau ou à la laie (E.M.C., p. 241). Le travail à la laie ne donne pas une pierre polie, c’est pourquoi nous traduisons par le terme de pierre dégrossie

5.         On remarquera les nombreuses erreurs que comportent le signe, l’attouchement et les mots.

6.         Notre traduction est de nature à ne pas dérouter les maçons de langue française. Il convient toutefois de noter qu’en anglais la phrase est: « For the sake of the letter  G. . Cela pourrait se traduire par: Pour l’amour de la lettre G.»  C’est là une traduction extrême mais le caractère polémique de sake devait laisser ce sens présent à l’esprit du maçon de 1730.

7.         Combien? Juste après la question des escaliers, constituait un coq-à-l’âne incompréhensible. C’est pourquoi nous avons ajouté entre crochets un complément explicatif autorisé par la suite du texte.

8.         Where was you pass’d Master? dit le texte anglais. Il ne s’agit pas pour autant de devenir passé maître » mais simplement d’être reçu maître. L’expression est cependant ~ retenir car les ~‘ passed masters » apparaîtront quelques années plus tard dans la Franc-Maçonnerie.

9.         Nous soumettons bien volontiers cette réplique à la discussion des anglicistes: « A Setting Maul, Setting Tool and Setting Beadle.» Beadle est sans doute une altération de beetle (masse). Quant à setting tool, « outil de pose », nous avons cru pouvoir le traduire par « niveau ». On pourrait aussi le traduire par « levier », dans la mesure où le verbe to set signifie « poser» mais aussi « mettre en place».

SOURCE :

Numérisation jvillant@yahoo.fr   http://unionmasonicauniversalritomoderno.blogspot.com http://www.lespertuis.fr  

Zirkel_und_Winkel

Discours réception au 1er Deg:. Symb:. rite ancien et primitif de Mem:. Misr:. 25 avril, 2015

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Contribution , ajouter un commentaire
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Mes BA:.. FF :.

vous avez devant vos yeux cette partie surélevée qu’on appelle l’Orient parce que c’est de là que partent les orientations de notre RL :. ,

à la droite du Vénérable Maître, c’est à dire à gauche pour vous, le frère secrétaire, qui incarne la mémoire de l’atelier, en inscrivant sur un registre tous les travaux qui s’y font afin de leur donner leur dimension d’éternité … Et de l’autre coté, le frère Orateur, moi, en l’occurrence, qui a parmi ses missions, celle d’être le porte-parole de l’atelier dans les grandes circonstances.

C’est le cas en ce jour qui constitue l’une des dates importantes de la vie de cet atelier. En effet, toute initiation de nouveau frère est un acte collectif qui engage l’ensemble de la Loge. Et votre initiation, nous la vivons aujourd’hui comme ce qui constitue une des étapes essentielles du processus de sa création, justifiant en cela la présence parmi nous de FF et SS venant d’autres ateliers et d’autres Or :. Et les Vénérables Maîtres siégeant à l’Orient.

Ainsi, m’adressant à vous pour vous souhaiter la bienvenue parmi nous, c’est à travers le Vénérable Maître et à vous tous, mes frères et sœurs que je m’adresse …

Mes FF ………….. je dois d’abord vous dire toute notre joie de vous accueillir parmi nous, joie qui est celle que peut éprouver une famille à la naissance d’un frère ou d’une sœur et encore plus d’un parrain. Le rituel que vous venez de vivre s’apparente en effet à une naissance. Ce n’est pas un apprentissage ni un enseignement, c’est un cheminement dans lequel chacun de vous s’est engagé, seul et dans la nuit. Tu as pris la route mon BAF d’une évolution personnelle comme le faisaient les francs-maçons opératifs du moyen-âge, ceux qui bâtissaient des cathédrales, et qui, ne dépendant d’aucun patron construisaient eux-mêmes leur parcours professionnel.

Pour commenter cet événement, je m’appuierai sur une comparaison plus parlante. La voie dans laquelle tu t’es engagé mon FF peut en effet être comparée à un homme qui part en voyage dans la nuit. Il peut le faire en utilisant les moyens de transport collectifs, train, autocar ou avion et beaucoup de nos concitoyens confient leur cheminement spirituel à l’une ou l’autre de ces religions qui offrent un ensemble cohérent de vérités, de rites et d’obligations.

Le franc-maçon quant à lui est comparable à celui qui, délaissant les transports publics, part seul au volant de sa voiture. Cela n’exclue pas qu’il s’engage sur le même parcours que tel ou tel transport collectif, autrement dit qu’un franc-maçon puisse adhérer à la foi de sa croyance et religion quel qu’elle soit …. Mais il ne s’y laisse pas guider comme un passager endormi dans sa couchette, il pilote lui-même sa propre conduite. En particulier, le franc-maçon se met dans la main de ceux qui ont fait ou font l’expérience du GADLU.

Ce voyageur individuel qui me sert de base de comparaison, s’arrête régulièrement sur le coté de la route pour faire le point. Il le fait avec un certain rituel : met son clignotant, ralentit, déboîte progressivement, s’arrête et met son frein à main. Ces arrêts sont comparables à nos tenues. Elles commencent par un rituel qui vise à nous sortir du courant de la circulation pour entrer dans le monde de la réflexion.

Puis, notre voyageur déplie sa carte routière, c’est le résultat des observations et des mesures prises par un certain nombre de personnes qui ont fait le voyage avant lui. De même, pour démarrer nos travaux, nous ouvrons ce que nous appelons « le volume de la loi sacrée » qui dans notre RL est la Bible. Certains d’entre nous attribuent ce caractère sacré à un contenu dans lequel ils voient une intervention divine. Cette explication leur est personnelle et ne saurait être imposée à tous.

Est sacré ce qui constitue la base, le fondement, sur lequel on s’appuie.

La loi sacrée est le fondement de notre personne morale comme la vertèbre sacrée qui, elle-même, repose sur le sacrum est la base de notre colonne vertébrale.

Pour le franc-maçon, ce qui est sacré, c’est la référence à la tradition, c’est à dire, d’une part, le respect pour ceux qui nous ont précédés, d’autre part, l’acceptation qu’il y a dans ce livre, des propos qui, ayant été ressassés chaque semaine à nos ancêtres pendant des siècles, et qui sont, qu’on le veuille ou non, profondément ancrés dans nos inconscients.

C’est sur ce livre que tu as prêté serment tout à l’heure, comme le fait le président des États Unis, mais avec une différence essentielle. Celui-ci prête serment sur une Bible fermée ; toi tu as prêté serment sur une Bible ouverte à une page où le texte latin commence par « in principio », c’est-à-dire, à la base, à la racine, dans le principe.

En outre, cette Bible est recouverte par une équerre et un compas.

L’équerre permet de passer de l’abscisse à l’ordonnée, de changer de dimension, d’avoir un regard perpendiculaire et notamment de passer, par exemple, de la lecture historique à la lecture symbolique.

Le compas, comme son nom l’indique, permet de comparer. Il évoque en outre cet instrument de marine qui permet de garder le cap. Ces trois éléments, le livre ouvert, l’équerre, le compas, sont des signes qui t’invitent à te construire toi-même avec le maximum de liberté et de discernement.

Mais quel est ce pays dans lequel se déroule ce voyage ? Notre obédience en général et notre atelier en particulier repose sur l’affirmation que l’univers a un ordre, qu’il a été conçu par celui que Voltaire appelle le Grand horloger, que nous appelons Le Grand Architecte de l’Univers, que certains d’entre nous appellent Dieu, Elohim ou Allah. Tous, individuellement ou collectivement, nous avons vocation à prendre notre place dans cette construction architecturale. C’est ce que nous appelons travailler à la gloire du Grand Architecte de l’Univers..

Mes FF, la première étape de votre parcours consistera à apprendre à écouter, à recevoir la parole de l’autre. Car il n’y a d’enrichissement spirituel que par la rencontre de l’autre, par l’acceptation et la prise en compte de sa différence. La tolérance maçonnique ne consiste pas à accepter que l’autre pense différemment et par conséquent se trouve dans l’erreur. Elle consiste, au contraire, dans la conviction que l’autre, celui qui est différent, a quelque chose à m’apporter et, par voie de conséquence, l’importance de ce qu’il peut m’apporter est proportionnelle à l’importance de la différence.

Le rapprochement de l’autre est au cœur de notre démarche.

Nous sommes un ordre qui se dit symbolique. Chacun sait que le symbole est un objet, généralement une poterie, que l’on casse en deux de telle manière que le rapprochement des deux morceaux détenus par deux personnes différentes, constitue un moyen de reconnaissance.

Comme les deux morceaux de la poterie, l’autre et moi qui sommes différents, nous avons vocation à nous rencontrer et à entrer en communion. Ainsi, est symbolique ce qui rapproche ce qui unit, par opposition à ce qui divise qui est diabolique.

Mais reprenons la comparaison avec la pause que fait le voyageur pour consulter sa carte. Il arrive un moment où il faut repartir, éteindre l’éclairage intérieur de la voiture et reprendre la route, car la pause ne se justifie que par la route, et nos tenues n’ont de sens que si elles se traduisent dans nos comportements, ce que nous appelons poursuivre à l’extérieur l’œuvre commencée dans le temple. C’est par notre présence et notre place dans la société que nous existons. Si le philosophe dit « je pense donc je suis », le maçon doit dire « je construis donc je suis ».

Mes FF vous vous êtes engagé à respecter le secret, car ce que tu as vécu est incommunicable. A cette occasion, constatant que j’arrive au terme de ma planche il m’apparaît qu’il lui manque une dimension essentielle, car une planche sans humour est une choucroute sans moutarde. Et Pour combler ce manque, je ferais observer que les francs-maçons se réfèrent à un texte qui dit « au commencement il y a la parole » pour inviter le nouvel arrivant à commencer par se taire tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Ton engagement de ce soir est l’engagement collectif que nous allons renouveler. Il sera prononcé tout à l’heure, en votre nom à tous, par le Vénérable Maître et les deux surveillants au moment ou l’on éteint les etoiles comme le voyageur coupe l’éclairage intérieur de sa voiture pour pouvoir voir ce qui se passe au dehors. Il est désormais pour vous comme pour nous, dans chacun de nos actes, dans chacune de nos activités, dans chacune de nos paroles, de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que la paix règne sur le terre, pour que l’amour règne parmi les hommes et pour que la joie soit dans les cœurs.

Ainsi que vos oreilles entendent que vos yeux voient et que votre âme comprenne

j ai dit VM

SOURCE : l’excellent site « le blog de anck 131″

http://anck131.over-blog.com/2015/04/discours-reception-au-1er-deg-symb-rite-ancien-et-primitif-de-mem-misr.html

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